‹ Mémoires de M. le comte de VaublancChapitre 27 sur 36 · V2 MEMOIRES · texte numérisé non relu

V2 MEMOIRES

«•raiiilcs en ccrtitiulos. liu me retiraul cliez moi, je fis prepanT (les clu'vaux (h' selle |)oiir aller a S.'iint-Cloud , mon petit-fils et FDoi. Des doinestiques envoyés daiis les rues par les<pielles il fallait passer vinrent nous dire que dt*ja elles éUiient dépavées et qu'il était impossible d'y passer à cheval. On se battit, ce jour et le lendemain, dans les rues et dans les places. Je ne puis parler de choses que je n'ai pas vues, mais voici quelques détails dont je suis certain. Quand tout fut terminé, .M. de Champagny, chargé de radniinistralion de la guerre, me dit qu'il n'avait connu cette ordonnance que le lundi , jour où elle parut dans le Moniteur^ qu'il reçut à la campagne. Il se rendit vSur-Ic-champ à Paris ; il vit qu'il y avait dans la caisse du ministère soixante mille francs en argent. Il pensa que dans une pareille crise cette somme pourrait être nécessaire ; il se rendit aux 'i'uileries, oiJ se trouvaient momentanément le ministère et l'etat-major de la petite armée qu'on croyait suffisante pour imf)oser au peuple. II demanda une escorte pour aller chercher les soixante mille francs, somme si précieuse dans ce moment ; il ne put l'obtenir. Je laisse à d'autres personnes à raconter ce (|u'ils ont vudu combat; je ne parle, dans ce moment, que d'après M. de Champagny. 11 pense que la cause du malheur de cette journée vient de l'ordre du jour du jeudi matin. Il avait fallu beaucoup de courage au maréchal INIarmont pour accepter un commandement aussi pénible, et que le petit nombre de troupes rendait si hasardeux. Cet ordre du jour annonçait une espèce de pacification qui paraissait d'autant plus vraisemblable qu'on savait que le roi avait chargé plusieurs personnes de conférer avec les chefs de l'insurrection. A peine cet prdre du jour fut-il connu que des femmes du peuple , en grand nombre , s'approchèrent des troupes stationnées sur la place Louis XV ; elles fraternisèrent avec ces troupes, suivant l'expression révolutionnaire, ainsi qu'elles l'ont fait en 1 789 avec l'armée du maréchal de Broglie , à Versailles, au mois d'octobre , et dans toutes les autres occasions semblables. Elles chantaient, dansiiient, pre-

naieut même les schakos des soldats et les mett^iieiit sur leur tf'te; leur cri général était : « l.a paix est faite. »

Dans le même temps, d'autres femmes voulurent se conduire ainsi envers des troupes qui étaient en bataille dans la rue Saint-Honoré; le commandant s'y opposa avec fermeté; de là une querelle vive. Des hommes accoururent et attaquèrent les troupes, qui se défendirent. Des coups de fusils furent tirés de part etd'autre. Uncri général s'éleva : << Nous sommes trahis. » Il parvint à la place Louis XV, il y fut répété avec mille clameurs, et à l'instant ces troupes se débandèrent et coururent vers les Champs-Elysées. M. deChampagny, averti promptementdecette fuite, les suivit, son portefeuille sous le bras. Arrivé à l'arc de triomphe des Champs-Klysées, il y trouva le général Balthazar, qui se retirait aussi, et lui demanda la cause de ce désordre. Ce général l'en instruisit et ajouta : « Il serait impossil;le de les rallier. Nousallons nous rendre à Saint-Cloud. » M. de Champagny ajouta que, le lendemain, il avait vu quinze ou dixhuit mille hommes rangés en bataille à Saint-Cloud et environ quinze pièces de canon ; il en instruisit INI. le Dauphin , dont il était aimé. Ces troupes manquaient de vivres ; elles n'avaient rien mangé depuis la veille.

Un colonel de la garde royale m'a dit que, sur ses représentations à M. le Dauphin relativement à ce manque de subsistance, et d'après la prière qu'il lui fit de venir parler aux troupes, le prince se rendit auprès d'elles, mais ne leur adressa que quelques paroles vagues. Je n'en accuse point le prince, mais la trois fois détestable éducation qu'ont reçue tous nos princes depuis Louis XV. L'embarras et la timidité en étaient l'unique fruit; ils n'osaient agir d'après eux-mêmes, ils n'osaient donner un ordre sans en avoir reçu le pouvoir. Bien loin de se jeter avec confiance au milieu du péril, ils ne pouvaient agir d'après eux-mêmes et sans ordre dans de telles occasions. On ne leur avait certainement jamais dit ces paroles de Bossuet : « Quand Dieu veut former un grand homme , il met en lui

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« cette con(iai)cc n)agnaiiiine sans laquelle; il ne |>ourrjit ricii « fainî (le grand. »

ie n'ose parler des étranges paroles dites au roi par les «-«miiniissaires de la (Ihainbre des (\('\mUtH , de i'assuranee qu'ils lui •ionnèrent que deux eent mille hommes mareluiient eontre lui, et de la confianee qu'il eut dans leurs paroles ; mais je puis dire qu'ils ont souvent répété ces étranges discours, avec la satisfaction d'eux-mêmes et une froide dérision envers le prince qu'ils avaient trompé en le menaçant d'un péril imaginaire. Il est mille détails devant lesquels je recule en frémissant. Tout fut consommé en deux jours : le trône tomba sans être défendu. I.n famille royale alla chercher un asile dans les rochers de l'Kcosse.

Ainsi donc, un monarque, héritier d'une longue suite de rois, qui avait un trésor, une armée, des administrateurs accoutumés à lui obéir, tombe devant les paroles d'un petit nombre de factieux qui se vantent quelques jours après de l'avoir trompé. Ce n'est pas la plus imprudente des ordonnances qui est la cause immédiate de la catastrophe : toute autre cause aurait pu l'amener, après quinze années d'un gouvernement qui confondait deux choses si différentes : administrer et gouverner. Dans une de mes premières circulaires aux préfets, j'avais écrit ces mots : « Dans les circonstances actuelles, il faut gouverner bien plus qu'administrer. » Les ministres trépignaient de joie devant la hausse des fonds et ouvraient une grande bouche pour dire. « Les rentes sont au pair. » Après cette si facile révolution, on a connu les sociétés secrètes, celle des Droits de l'homme , qui travaillait nuit et jour à saper les fondements du trône.

Louis XVIIl avait d'avance fait tout le mal en donnant une amnistie à ceux qui l'avaient suivi à Gand comme s'ils avaient été coupables envers lui; en déclarant dans une séance solennelle qu'il repoussait le zèle des royalistes ; en signant les ordonnances de Gouvion-Saiut-Cyr, qui remplissaient l'armée d'un

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esprit de facrtion d'autîir^t plus contagieux que la loi inrmc l'autorisait et le propageait.

Il faut ni'arr^ter ici pour dire à la postérité quelle fut Tindigne et coupable conduite des ambassadeurs étrangers . pas un seul ne se présenta auprès de Charles X , et cependant tous avaient suivi Louis XVIIÏ à Oand. iVoù vient cette différence? Louis XVIII à Gand était appuyc par l'armée des alliés; Charles X, àSaint-Cloud, incapable de faire agir les troupes fidèles, avait devant lui les faubourgs révoltés. Kt comme, pendant toute la Restauration , les ambassadeurs n'ont cessé de montrer leur condescendance pour le parti libéral, j'ai le droit de regarder la conduite dont je parle comme la suite de cette condescendance. Avaient-ils oublié qu'ils ne sont pas envoyés par leur souverain pour les représenter uniquement dans les fêtes et dans les banquets, et que c'est au contraire dans les moments du danger qu'ils doivent accourir avec un noble empressement auprès du monarque malheureux ou placé dans un péril inmiinent? Ils auraient dd se rappeler la conduite du comte de Guiscar, ambassadeur de France auprès de Charles XII, roi de Suède, liorsque ce prince s'embarqua pour attaquer le Danemark , il le congédia au moment du départ; l'ambassadeur déclara qu'il devait résider auprès de lui en tout temps , et qu'il ne le quitterait pas dans de si beaux moments. Auprès de Charles XII était le poste du danger, etparconséquent de l'honneur. En 1744, lorsque le roi de Naples fut surpris par l'armée autrichienne dans Velletrie , le marquis de l'îlôpit^d , ambassadeur de France auprès du roi, fut promptement réveillé par le bruit , courut avertir le monarque, et le sauva en s'exposaut lui-même au phis grand danger.

Dans la bataille de Culloden, où le prince Edouard fut vaincu, il avait auprès de lui l'agent de France, qui fut fait prisonnier, ïe regrette de ne pas n)e rappeler son nom; je me souviens seule^iient qiu? c'était un ancien magistrat; mais l'honneur l'entraîna dans le combat , (pioiqu'il ne fut pas militaire

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INI. Ily(l<' (l«* Nruvillr, iimlt.issadcur en Portiip.'il , se. r.'i|»jM'la l<'S nncicniies ina\iin(!S ; il (oiinit dans un nionicnt dangereux auprès du roi J«'an , [)rcs duqu<'l il représentait la France. Il aurait eu la nu^nie conduite auprès de (Iharles XII.

Nous venons de voir M. de Keyneval, ambassadeur de Louisl*hilip|)e auprès de la reine régente d'Kspagne, accourir dans son palais a l'instant où elle venait de recevoir le plus sanglant outrage d'une soldatesque révoltée. M. de Rcyneval y est mort presque subitement ; on n'en sait point la cause. Les ambas.s«'idcurs de France et d'Angleterre ont eu la même conduite auprès de dona .Maria, dans un moment dangereux.

Pourquoi les ambassadeurs qui étaient à Gand auprès de Louis XVIII n'ont-ils point paru auprès de Cbarles X dans les journées de juillet? Ce n'était pas certainement par la crainte du danger, car il n'y en avait point ; c'était par cette funeste influence qu'avait sur eux l'esprit révolutionnaire, et dont peutêtre ils ne se rendaient pas compte à eux-mêmes. J'ai droit de penser ainsi, moi, si souvent le témoin indigné de leurs moqueries envers le parti royaliste et de leur inepte condescendance envers les libéraux ; moi, le témoin de la manière dont ils entraînaient le^duc de Richelieu dans le relèvement de la démocratie , dans la flétrissure de la monarchie , dans la conception d'un traité honteux , et dans l'obligation , qu'ils lui imposèrent sans doute , de ne pas présenter un seul article de ce traité à l'evamen du conseil des ministres.

ïoutcela est une nouvelle et imposante preuve de ce caractère débile qui a saisi toutes les âmes, en Europe comme en France, et qui ne leur laisse plus que la bravoure. La bravoure appartient au soldat comme à des ministres et à des ambassadeurs ; elle n'a aucun rapport avec le courage de l'esprit , lequel demande cette vigueur native que notre prétendue instruction énerve tous les jours de plus en plus.

Ce qu'il y eut de plus déplorable , au moment de la catastrophe, c'était de jeter huit mille hommes au milieu de Paris , et

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de croire contenir ainsi son immense population. Les conseils du bon sens, autant que les règles de l'art militaire, disent, depuis des siècles, qu'il faut être hors d'une ville pour la |)rendre ; qu'en y pénétrant les armes à la main et eu vainqueur on y trouve un peuple soumis; que si, au contraire, on commence par se placer au milieu de ce peuple , avant qu'il soit soumis, on n'est point maître de ses mouvements ; qu'on peut être attaqué à la lois sur ses flancs , sur son front , et du haut des toits. Après la catastrophe, les enfants répétaient ce mot du grand Condé : « Je suis poltron pour la guerre des pots de chambre. » Le duc de La Kochefoucault raconte cette anecdote dilTéremment ; suivant lui, Condé s'écria : «■ Je n'ai pas le courage de faire une guerre de tisons et de pavés. » Ce prince si courageux se servait exprès de cette expression pour montrer l'immense danger de livrer des combats au milieu des rues. Henri IV pensait de même ; c^r, après tant de combats et de sièges dont il était toujours sorti vainqueur, après la célèbre bataille d'Ivry, ayant des intelligences dans le quartier de l'Université, il voulut en profiter, mais avec sa prudence ordinaire ; il força l'épéo à la main les faubourgs Saint-.lacques , Saint- Victor, Saint-Marceau. Le peuple le reçut comme on reçoit toujours un roi victorieux , en élevant au Ciel des cris d'admiration. C'était la veille de la Toussaint. Le lendemain , il permit à ses officiers catholiques d'entendre la messe dans l'église do Saint-Jaccpies. Il monta dans le clocher et regarda attentivement si quelque mouvement se montrait dans le quartier de l'Université. Quand il fut convaincu que tout était tran- (piille et qu'on lui avait donné de fausses espérances , il fit soinier la retraite. Il rangea son armée en bataille dans la plaine, afin de montrer qu'il était prêt à combattre si on voulait l'attaquer. Sa conduite était d'autant plus prudente que Mayenne était sorti de Paris pour aller au-devant du duc de Parme. Comment un tel exemple n'était-il pas présent à la mémoire de Charles X ? On m'objecterait en vain qu'Henri IV,

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diins un nuire loinps , av.iit pénétré dans la ville de C^iorf avîintd'cn être le maître ; il y eourut les plus grands dangJTS On peut à peine croire ce merveilleux combat, et sa réw>luti<)n de ne point se retirer, malgré les eonseils de ses générnix ; m.iis il avait ordormé au vicomte de J'urenue d'attaquer la ville par un autre endroit; il attendait à chaque insUmt reffet de cette attaque , et il répétait à ses amis ces paroles inspirées par sa grande âme : '< Turenne ne nous manquera point de parole. » « Le voilà! » s'éeria-t-il aussitôt qu'il entendit l'explosion d'une porte de la ville et les trompettes de Turenne qui ainioiicaient sa victoire. La ville se soumit aussitôt. Ainsi ce grand capitaine ne fut pas imprudent. Il devait espérer le concert de l'attaque de Turenne et de la sienne, et le retard qu'il éprouva ne sert qu'à montrer encore plus la valeur surnaturelle de ce prince.

L'histoire ancienne nous a laissé un grand exemple. Pyrrhus, roi d'Épire, si renommé par son courage et sa capacité mililitaire, pénétra imprudemment dans Argos, et y fut tué par une jemme qui du haut de son toit lança sur sa tête une grosse tuile au moment oii elle voyait son fils prêt à périr de la main de Pyrrhus. Il périt au milieu d'un désordre effroyable, qui montre bien le danger qu'entraîne l'imprudence de se jeter au milieu d'une ville.

De nos jours , lors de la révolte de Varsovie contre les Pvusses, le grand-duc Constantin ne s'obstina point à combattre dans la ville ; il fit sa retraite en bon ordre , et emmena même avec lui des régiments polonais. Lors de la révolte de la Belgique , les troupes du roi de Hollande placées dans Bruxelles furent accablées par le peuple et forcées d'en sortir en désordre. Cette ville n'aurait pu résister à une attaque en règle faite par l'armée entière du roi Guillaume.

Nous avons vu, au contraire, dans une insurrection de Lyon, sous Louis-Philippe, un général de Bonaparte, le général Roguet , faire retirer ses troupes aussitôt qu'il vit une forte ré-

sistance, et, lorsque le inaréchyl Soult se chargea de soumettre cette ville, il réunit sous ses murs une armée de (|uaraiite mille hommes et força la soumission sans eomhattre. Je vous prie de rapprocher ces exemples, et surtout le dernier, de la conduite tenue au mois de juillet 1830, et déjuger si l'on pouvait alors se flatter du succès.

J'ai entendu des officiers s'écrier : « Huit mille hommes auraient sufli pour réduire Paris s'ils avaient été bien conduits. Il suffisait de prendre un ou deux postes et de s'y bien fortifier. » Comme si huit mille hommes, ainsi maîtres de quelques endroits, auraient empêché la multitude de se jeter sur l'hôtel de ville et sur le Louvre ! (le sont ces deux poste*? que ces officiers désignaient. Quelques jours après le terme définitif de la catastrophe, je disais, chez madame de Berthier, que, si le roi avait rallié les troupes sorties de Paris et les avait conduites dans un poste militaire où il aurait pu rappeler à lui toute la garde royale et les régiments fidèles, il aurait entièrement changé sa destinée. Un brave officier m'interrompit aussitôt en s'écriant : « Comment! Monsieur, vous auriez voulu que le roi de France prît la fuite ? » Je lui répondis : « Eh ! grand Dieu ! jMonsieur, ce fut une triste fuite que sa course de Saint-C.loud au port où il s'est embarqué. » (le brave homme ne savait pas qu'un roi (pli se retire à la tête d'une armée ne fait pas autre chose qu'une manœuvre faite, dans tous les temps, par les plus grands capitaines.

Je fais ici ces deux remarques parce que les discours dont je parle peignent merveilleusement le caractère français. Sa valeur se manifeste toujours par des paroles imprudentes ; il prend la témérité pour la bravoure. C'est le même esi)rit présomptueux qui nous ilt perdre les batailles de Poitiers , d'Azincourtet deCrécy. Ce n'élait pas l'esprit de l)uguesclin,qui commença par une retraite la bataille qu'il remporta à Cocherelle contre le fameux C-aptal du Bue, ni celui du grand Condé, (|ui prépara par ime retraite sa victoire de I.cmis: encore moins

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W cnraclerc <lc Tiironnn, (fui, dans son iiK*oin|>aral>l<* c.jmpagiK* i\p. 1G73, ne vainquit deux arm«*es l)icn plus nombreuses qii<î la siciin»^ que par des n'traitcs, après une victoire. L'une surtrmf ronsterna la France, ctorina KKiirope; et ce fut elle ce|K*ndanl (pli assura la dispersion totales des armées ennemies et la prise de leurs maf;asins et de leur artillerie. Ce ne fut pas non plus la conduite de Bonaparte, dans cette retraite qui prépara la bataille d'Austerlitz ; ni celle du général Moreau, qui, par une retraite savante, amena l'armée aulricluenne, commandée par un archiduc, sur le terrain ou il remporta la victoire de lioheniindea. Je vois, j'entends encore les deux officiersdontj'ai parlé , l'un voulant soumettre Paris avec huit mille honmies clins l'intérieur, l'autre me demandant av(!C emphase .si je pensais que le roi pouvait fuir, et oubliant ainsi qu'il avait malheureusement trop fui, pour aller se jeter dans le vaisseau qui allait le conduire en Angleterre, Je suis persuadé que mille autres braves ont tenu le même discours, parce qu'il est, suivant une de nos expressions actuelles, éminemment français.

Je suis douloureusement affecté en écrivant toutes ces lignes , mais encore plus embarrassé pour garder le silence sur des détails qui m'oppressent, et qui me di.sent qu'on ne peut être utile en cachant d'importantes vérités. Mais il m'est impossible de ne pas dire, sans accuser personne, que jamais, non, jamais , on ne vit des ministres plus débiles, plus imprévoyants, que les ministres de toute la Restauration. Pas un d'eux n'avait lutté avec les patriotes, les libéraux ; pas un d'eux ne les connaissait. Cette ignorance, ce manque absolu d'une épreuve nécessaire devaient amener ce que nous avons vu. J'ai bien conservé dans ma mémoire les discours qu'ils répétaient à l'envi ; quand je citais des exemples ils me disaient : « Les temps sont bien changés. » Pauvres gens ! qui ne savaient pas qu'on peut trouver des exemples et des maximes propres au temps actuel dans Charlemagne , dans saint Louis , comme dans Louis XIV et dans Bonaparte. Leur esprit était trop peu

étendu pour se remettre sans cesse sous les yeux les grandes IcM'ons de l'histoire. Ils ne voyaient que le moment on ils travaillaient selon leurs petites idées , et dormaient ensuite paisiblement.

Il y avait ainsi deux hommes dans Charles X ; je l'ai bien vu, bien étudié. Son esprit n'était pas d'accord avec son ame magnanime : une mauvais éducation et l'esprit de notre pauvre siècle avaient empêché cet accord ; mais, s'il avait eu auprès de lui un ami généreux, qui sans cesse aurait tendu à fortifier sou esprit par les inspirations de son Ame , il aurait été capable (les plus grandes choses. Mais il n'entendait parler à ses ministres que de la hausse et de la baisse des fonds , de grands chemins, de canaux, de chemins vicinaux, de chemins de fer, (les ridicules statistiques. Jamais rien de grand dans les pensées habituelles du gouvernement et dans les maximes répressives, si nécessaires dans des temps de révolution.

Sans doute l'expédition d'Alger fut noble , comme celle qui replaça Ferdinand sur son trône. L'accord de l'armée de terre et de mer nous présenta un beau spectacle ; mais quelle faute, quand on était si fortement travaillé par la faction , d'envoyer en Afri(pic le ministre de la guerre , et de confier ce ministère à un homme privé de toute expérience dans cette partie ! Après la catastrophe, M. de Bourmout se repentit sans doute d'avoir quitté son poste si utile pour im autre plus brillant, et surtout d'avoir conservé simultanément le ministère de la guerre et le commandement d'une armée. Je n'en vois pas d'autre exemple que celui du cardinal de Richelieu ; mais, quand il était aux armées, Louis XIII y était en même temps.

J'ai entendu dire souvent qu'on avait promis au maréchal Bourmont de ne faire aucune tentative avant son retour Ceux qui l'excusent ainsi ne voient pas rinconséquence de leur raisonnement. Cette prétendue promesse de ne faire aucune tentative prouvait qu'il y avait lieu de concevoir des craintes

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pendant Ron .'ibscnce, ot, comme le moment de bon ntoiir no pouviiit être fixé d\'iv;ince, il en résultait nwîeKRainiiMdi (jue le gouvernement 8'cnch<'iîn;iit par cette promesse et faisait dépendre sa destinée du retour de M. de Bourmont. Si une pareille promesse lui a été faite, i'ordonnaiiee rpii a amené la révolution, pendant l'absence de M. de iiourmont, prou\e que le gouvernement a manqué a la fois à sa promesse envers luimême et envers M. de Bourmont. Il faut ranger cette prétendue promesse parmi ces ridicules et innombrables discours par lesquels notre légèreté habituelle veut et croit expliquer et excuser ou des événements importants ou des fautes trèsgraves.

Une bien singulière inconséquence fut conseillée à Charles X : ce fut d'abdiquer en faveur du duc de Bordeaux, et de nominer en même temps le duc d'Orléans lieutenant général du royaume. Son abdic-ation étant accompagnée de celle du Dauphin, le jeune prince était donc roi ; il ne fallait donc pas l'emmener dans un pays étranger ; il fallait donc le confier au lieutenant général du royaume ; car son premier devoir, sa plus belle fonction devaient être de veiller sur les jours et l'éducation de son jeune roi, comme l'un de ses aïeux avait veillé sur Louis XV encore enfant. Si le prince lieutenant général avait voulu se borner à ce titre et avait demandé qu'on lui remît l'enfant royal, Charles X le lui aurait-il remis ? Non, sans doute ; mais en ne le remettant pas il aurait violé lui-même les droits de l'enfant royal. Dans cette conduite , tout était donc inconséquent , et indigne du monarque qui abdiquait et de l'enfant auquel il cédait ses droits. Si l'on réfléchit attentivement à tout ce qui s'est passé depuis la sixième année du règne de Louis XVI jusqu'à la révolution de 1830, on trouvera une accumulation d'inconséquences sans cesse renaissantes. Si , suivant de certaines personnes dont j'ai parlé , la Providence a tout conduit, il faut reconnaître qu'elle employait sa puissance

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à perdre uos malheureux rois. Je ne bli^ine poiut, suivant les maximes religieuses, ceux qui pensent ainsi ; mais, dans la pensée de ma faible raison, je croirais olTenser la Providence si j'adoptais ces opinions, si je voyais sa main juste et puissante où je ne vois que des faiblesses et de coupables légèretés.

Le mardi de la honteuse semaine j'allai chez un ministre ; je lui témoignai mon étonnement de voir mon nom dans l'ordonnance qui excitait iimt de fermentition ; il me répondit : « C'est le roi qui l'a voulu ; il vous est bien attaché. » Je connaissais depuis longtemps ses sentiments pour moi ; mais il me semblait étonnant qu'il n'appelât point auprès de lui, dans des circonstances aussi graves, un homme à qui il donnait une marque de bienveillance très-honorable sans doute, mais qui ne lui donnait pas les moyens de le servir de sa très-longue exp<'rience. Ne point m'appeler, et appeler des hommes qui n'avaient manié aucune affaire difficile, et dont pas un n'avait lutté contre des révolutionnaires , étiiit une véritable inconséquence. Il savait bien que mes idées en général n'étaient point celles de ses ministres; c'était par cette raison qu'il aurait dû m'appeler. Au reste, le ministre chez lequel j'étais allé me parut dans une tranquillité parfaite; il n'avait aucune idée de ce qui se préparait, aucune crainte semblable à celle que je venais de manifester à M. le comte de Bouille. IM. Jauge, dont ou connaît les nobles sentiments et la belle conduite dans toutes les circonstances , lui écrivit un billet sur ce qui se passait ; le ministre lui répondit par un billet dans lequel il e\i)rimait sa confiance dans le succès. 11 ajoutait : « Vous devez penser que tout ce que vous me dites est entré dans nos prévisions ; soyez tranquille. » Je vis un autre ministre que je trouvai dans la même quiétude, et j'appris depuis qu'un préfet arrivé de son département avait montré des inquiétudes à M. de Polignac, (jui ne leur avait trouvé aucun fondement Un autre ministre

MEMOIUKS I)K M M-: COMTF DE \AIJBLA.1C

«iv.iil (lit il CM iiK^ine préfet : » Hetonnicz dans votrt* «Ifpyrtriiient ; tniv.iilloz aux élections : rordoniianct» vous donne le moyen d'en faire de bonnes. >» .le n'ajouterai qu'un dernier mot; le Irone devait tomber le leudemaiii.

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TAliLE DES MATIERES

COiMLISUES DANS Cli VOLUME.

Pages.

Avertissement ui:s Liurairks-Éditeurs • i

Avant-Propos m

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