‹ Mémoires de M. le comte de VaublancChapitre 9 sur 36 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Les aniif^os prussiennes en f:h'irnpa?;ne h la fin de I7!I2. — Conduite du duc dt! Hrunswick^ fçénéralissiine des années |)russiennes. — Ueinaniue^ sur la dernitre eanjpa^ne d'Aïunbal en Italie et sur la campagne de Nap<iléon en Champagne.

Dans les derniers mois de cette année 1 792 , le roi de Prusse et le duc de Brunswick entrèrent en Champagne à la tcte d'une armée et s'avancèrent vers Paris. Ils se trouvèrent devant les armées françaises, l'une commandée par le maréchal Keilermann, et l'autre par Dumouriez. Quels que fussent le courage de nos soldats et l'habileté de nos généraux , il est certain que Dumouriez fut d'abord dans une situation dangereuse ; le roi de Prusse s'en aperçut et domia Tordre de l'attaque. Le duc de Brunswick , qui avait le titre de général de l'armée prussienne, empêcha d'exécuter i ordre du roi. Tous les rapports s'accordent sur cet ordre et sur sa non-exécution. Cet événement me conduit à une réflexion frappante ; il prouve , ainsi que plusieurs autres semblables , que l'on peut être traître à ses devoirs , même à son roi , sans concevoir une trahison. Le duc de Brunswick avait eu des succès militaires dans sa jeunesse ; il s'était eu même temps occupé de littérature ; il avait eu des correspondances avec plusieurs philosophes de ces temps. Enivré des éloges qu'il en recevait , il avait un secret penchant pour les nouvelles maximes qu'on appelait des principes. Il n'avait pas vu dans la révolution française les cause« destructives de l'ordre social , mais des moyens de le rétablir sur des bases plus nobles et plus solides. Ce fut l'erreur d'un grand nombre de belles âmes ; il fallut , pour les détromper, les horreurs de nos effrovables saturnales.

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Tcllo ('tnit In siluntion intériouro <lii duc de Brunswick pcud.uit celte ccIclïiT cainp.ij^'nc. Il y .ivnit deux honimos en lui : le pénérni habile et l'homme livré à des sentiments dont peutêtre il ne se rendait pas compte. I\Iais d'autres apercevaient clairement ses combats intérieurs ; et, si le roi de Prusse les avait pénétrés , s'il avait eu un sentiment vrai de son autorité, il aurait ôté le commandement au duc de Brunswick.

Cette même situation était peut-être celle des ambassadeurs étrangers pendant la Restauration. Témoin et acteur dans tous les événements de ces temps, je dois dire, ou plutôt répéter ce que j'ai déjà dit, qu'ils ont été la cause la plus agissante, la plus forte , la plus déplorable de la faiblesse journalière qui a perdu les descendants de Henri IV.

Cette différente manière de penser et d'agir, qui se rencontre si souvent dans les hommes éminents , doit être la matière la plus féconde des instructions qu'un gouverneur doit donner à un prince. De semblables raisonnements valent bien des dén)onslrntions de géométrie, et portent dans une ame royale des semences bien |)lus fécondes. T.es sentiments |)hilosophiques du duc de Brunswick étaient si connus que iNI. de Narbonne, étant ministre de la guerre, lui écrivit pour lui offrir, au nom du roi , le commandement des armées françaises. Ce ministre m'a montré la réponse du prince; elle ne permettait aucun doute sur l'offre et sur le refus. Cette proposition me parut bien étrange. Au reste , cette réponse , écrite de la main du prince, était remarquable par une écriture aussi belle que pourrait l'être celle d'un de ces maîtres qui ne savent que former leurs lettres. .l'ai su, depuis ces temps, que les Girondins avaient suggéré h ^I. de Narbonne l'idée de cette lettre. Ils ont ensuite fait des démarches auprès du duc de Sudermanie pour lui offrir le titre de roi constitutionnel des Français; et l'on voit encore de braves gens les décorer du nom le plus beau à leurs yeux , du nom de républicains !

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