Stanislas Lamy, op. cit., p
lia CHARLES PERRAULT
Il donna aussi le dessein du bas-relief qui est au-dessous de la fontaine de la pyramide1, que M. Girardon exécuta avec encore plus d'agrément que le dessein n'en avoit. Aussi ce bas-relief est peut-être un des plus beaux qu'il y ait eu jusqu'alors2.
Dans ce temps-là, M. Colbert et presque toute la Cour, ayant considéré que ce qui restoit du petit et ancien château de Versailles n'avoit aucune proportion ni aucun rapport avec les bâtimens neufs qu'on y a ajoutés, tâchèrent à porter le Roi à faire abattre ce petit château pour faire achever tout le palais du même ordre et de la même construction que ce qui est bâti de nouveau.
Dessein donné par mon frère d'un nouveau bâtiment pour Versailles. — Mon frère eut ordre de faire un dessein de ce bâtiment-là ; il en fit un plan et une élévation qui furent très-approuvés non-seulement du Roi, mais de son conseil, où il appella tous les princes, plusieurs ducs et maréchaux de France3. Mais le Roi voulut toujours conserver le petit château. On eut beau lui dire qu'il menaçoit ruine et qu'il boucloit en plusieurs endroits ;
i. Dans le parterre du Nord du parc de Versailles.
i, « Charles Perrault, dans le premier volume manuscrit des œuvres de son frère, dit page i56, que Claude Perrault avait donné des desseins pour ce bosquet (de l'arc de triomphe) qui surpassaient en magnificence celui dont nous venons de parler. Non seulement nous doutons de ce qu'il avance, mais nous ne les trouvons point dans le deuxième volume des œuvres de cet auteur, oii Charles Perrault les avait indiquées. » (J.-F. Blondel, Architecture françoise, t. IV, p. 104, note r.)
3. « Les personnes qui seront curieuses de prendre l'idée de ce qu'originairement on appelait le château de Versailles peuvent avoir recours à un petit plan, inséré dans la description sommaire de ce château, que Félibien donna en 167 1, et dans plusieurs vues qui ont été gravées par l'érelle. Ils en trouveront encore les plans dans le premier volume manuscrit de Perrault, qui se voit au dépôt des tableaux du Roi, à la surintendance des bâtiments, à Versailles ; où l'on trouve, page 43 et suivantes, non seulement ce que Versailles était du temps de cet architecte, mais encore les projets qu'il avait donnés pour en embellir la façade, et rendre, dit-il, plus commode l'intérieur du château. » (Jacques-François Blondel, Architecture françoise, t. IV (1 756), P- 94)
MEMOIRES DE MA VIE n3
il se douta du dessein, et dit d'un ton fort et qui paroissoit ému de colère : « Faites ce qu'il vous plaira, mais, si vous l'abattez, je le ferai rebâtir tel qu'il est et sans y rien changer. » Ces paroles rafermirent tout le château et rendirent ses fondemens inébranlables1.
i. Claude Perrault, entre autres projets, en avait fait pour la chapelle du château.
« Longtemps avant que cet architecte (Hardouin Mansard) eut entrepris la construction de celte chapelle (de Versailles), plusieurs autres avaient été chargés de donner des projets ; Claude Perrault même avait reçu ordre d'en composer pour la décoration intérieure de l'ancienne chapelle érigée lors des premiers bâtiments de Versailles, du temps de Louis XIII. On voit les desseins qu'il avait faits à ce sujet, dans le premier volume manuscrit de ses œuvres, page 1 55 ; mais il parait que le plan et la disposition de l'ancien bâtiment ne lui avaient pas sans doute permis d'imaginer rien qui fût digne de la magnificence de Louis XIV : ce qui en suspendit l'exécution et détermina dans la suite à changer cette chapelle de lieu, et à la construire à neuf. En effet, on ne remarque guère, dans les desseins qui nous restent de Perrault, que l'assemblage assez mal assorti de moyennes niches et de grandes arcades ; on y voit des médaillons d'une proportion outrée, de petites parties, et des ornements, la plupart chétifs. Tant il est vrai que, quelque habile que soit l'artiste, encore est-il nécessaire, pour que ses productions aient un certain mérite, qu'il ne soit point contraint dans ses idées, et qu'il puisse être l'auteur de l'ouvrage entier. » (Jacques-François Blondel, Architecture francoise, t. IV (i756), p. 142.)