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1. Cet édifice, foyer religieux de la cité gallo-romaine, s'élevait là où est actuellement le Grand Théâtre.
a. Elle tomba avant 16.ii, car on trouve une harangue Sur le sujet des ruijies d'une colonne du Palais de Tutèle, dans les Discours prononcés par M.Daniel de Priézfic, avocat au Parlement et docteur régent de V Université de Bordeaux (1621, in-8°, p. ia5).
sont marquées B et G sont endommagées de coups de canon, ayant été battues au dernier siège de Bordeaux du château Trompette qui est Topposite. Ceux de Bordeaux
avoient mis une batterie au milieu de ces colonnes qui servoient de gabions. Ces colonnes sont d'ordre corinthien ; les feuillages des chapiteaux sont à feuilles d'acanthe assez mal taillées; toutes les volutes sont rompues. Les canelures sous l'astragale sont évasées contre l'ordinaire, comme il est ici marqué. Par le bas, au-dessus
Lis Piliers de Tutèle a Bordeaux.
Gravure de Le Pautre dans le Vilruve de Claude Perrault
VOYAGE A BORDEAUX (1669) i85
de la base, elles sont comme on a accoutumé de les faire. Il y a quelques-unes de ces colonnes qui ne sont point achevées par le bas et qui ont été construites selon cette manière des anciens dans laquelle on ne tailloit que les joints des pierres et on réservoit à tailler les parements après les avoir posées. Ces colonnes ne soutiennent point d'autres ornements que l'architrave, ayant au lieu de frise des arcades dont les impostes sont soutenues par des figures de demi-relief, en forme de cariatides, et sur les impostes au droit des figures il y a des vases qui ne sortent aussi qu'à moitié du mur. Au-dessus des arcades et des vases il y a encore un architrave et on ne sauroit dire s'il y avoit quelque chose au-dessus.
Les stylobates dont il a été parlé ne sont que par dehors ; car par dedans les bases des colonnes posent sur le plancher, qui est, à ce qu'on peut juger, le ciel d'une carrière dont on a tiré des pierres, car ce plancher est par dessous tout plat, et non voûté, mais soutenu par un mur bâti de petites pierres qui n'ont pas plus de cinq pouces en carré. Cet édifice a dans œuvre treize toises de long et neuf de large. Il est bien difficile de juger ce qu'il étoit, car il ne peut passer ni pour temple ni pour basilique, et il n'y a point d'apparence qu'il ait été couvert que de charpenterie, n'ayant point d'arcs-boutants qui pussent soutenir la poussée d'une voûte de neuf toises de large l.
Le palais de Galien. V amphithéâtre. — De là nous fûmes voir un lieu hors la ville qu'on appelle assez impro-
1. Cet édifice fut démoli dans les premiers mois de 1677. Voyez ce que Perrault en dit encore dans la seconde édition de son Vitruve (1684, p. 217) et aussi R. Céleste, Les piliers de Tutelle, dans Revue philomatique de Bordeaux, 1908. p. 1.
prement le palais de Gallien, parce que ce n'est point autre chose qu'un amphithéâtre. Il n'est bâti que de moellons et de briques entremêlés, en sorte qu'il y a des ceintures faites de trois briques entre sept rangées de moellons qui n'ont que quatre pouces en carré. Les briques ont un pouce et demi d'épaisseur et un pied en carré. Il paroît qu'il y avoit deux portiques tout autour. Celui du dehors avoit des arcades plus grandes et éloi-
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gnées les unes des autres au portique d'en bas que celui de dessus qui avoit une petite arcade sur le milieu de la grande et une autre sur le trumeau d'entre les arcades d'en bas. Les portiques paroissoient n'avoir point été voûtés, car on ne voit point d'arrachement au droit où dévoient être les reins des voûtes, et il y a seulement une retraite au droit du plancher qui vraisemblablement étoit de solives qui posoient sur la retraite. Il y a aussi apparence que les degrés étoient de bois. Il y avoit une entrée et une sortie aux deux bouts, qui étoient grandes et ouvertes et presque aussi hautes en dedans qu'en dehors, ce qui pouvoit empêcher la vue aux degrés d'en haut, parce que les degrés n'étoient pas coupés comme Vitruve
dit qu'ils étoient aux théâtres par la manière qu'il appelle praerisio. La première et plus grande ceinture qui faisoit le dehors du plus grand portique est toute abattue, et il ne reste que les fondements. Il paroît qu'on avoit commencé à démolir la seconde enceinte, et, ainsi que je conjecture, il faut qu'il y ait peu de temps et depuis les Goths et Vandales, parce qu'il semble qu'on essaya de faire cette démolition par des mines avec de la poudre à canon parce que les piédroits qui sont entre les arcades d'en bas sont percés de quatre pieds en carré.
Le cimetière de Saint - Seurin . Le tombeau merveilleux. — Nous fûmes ensuite voir le cimetière de Saint- Seurin, où il y a quantité de tombeaux qu'on dit être fort anciens. Ce sont des pierres longues de six pieds, recouvertes d'autres pierres. Ils sont la plupart posés sur deux
pierres qui les tiennent élevés de terre. Il y en a un qu'on dit être toujours plein d'eau à la pleine lune et que cette eau croît et diminue de même que la lune. Nous passâmes un mouchoir par un trou qui est à la jointure du couvercle, mais il ne se mouilla point. C'étoit le cinquième jour de la lune.
Le château Trompette. — De là nous fûmes voir le château Trompette où la nuit du samedi au dimanche dernier une face d'un des bastions s'est affaissée et entièrement ruinée par la fuite du terrain, quoiqu'il fut pilotisé et soutenu par de bons grillages bien maçonnés. Il y a apparence que la prétention qu'on a apportée pour empêcher cette ruine l'a avancée1; car pour faire un
i. Le Château-Trompette, construit par Charles VIII sur la rive gauche de la Garonne, sur remplacement actuel de la place des Quinconces, commandait à la fois au fleuve et à la ville. Aussitôt que Colbert fut informé de l'accident, dont parle Perrault, il s'en émut fort et s'empressa d'écrire, le 8 novembre 1669 à Lombard à ce sujet : « Je suis fort surpris de ce qu'on me mande que la maçonnerie qui s'est renversée, au bastion du Roi, ne vaut rien du tout, ce qui procède, à ce que j'apprends, du mortier que l'on assure être mauvais en ce qu'il n'avait point encore fait de corps, ainsi qu il a été remarqué par la démolition de ce qui s'est éboulé. Si cela est véritable, je n'aurais pas sujet d'être satisfait de vos soins, d'autant que vous n'avez été établi principalement que pour prendre bien garde que toutes les matières qui entrent dans la composition de la maçonnerie fussent de la qualité nécessaire pour faire de bonnes constructions. Comme je m'en suis reposé sur vous il sera bon que vous m'informiez de ce que je dois croire dans cet avis... »
Par le même courrier, Colbert écrivait sur le même sujet au chevalier de Clcrville, commissaire général des fortifications : « Ce serait un mal irréparable si tous les bâtiments dudit château, qui ont été faits avec une si prodigieuse dépense, étaient construits de même manière. Vous pouvez croire que tous ces doutes me font d'autant plus de peine qu'on m'a toujours assuré du contraire. Vous avez à présent à Bordeaux M. Perrault, qui ne s'entend pas moins en architecture et en bonnes constructions que son frère, mon commis. Ne manquez pas de lui faire voir l'état auquel sont tous ces travaux, et de conférer ensuite avec lui sur tout ce que vous avez à résoudre. Je ne vous saurais pas assez exprimer combien il importe et à vous et à moi d'apporter tous les remèdes possibles pour réparer solidement un accident si fâcheux et pour prendre de telles précautions qu'à l'avenir il ne nous arrive rien de semblable... »
Rentré à Paris, Perrault ne manqua pas de faire part à Colbert de son opinion. Elle était plutôt pessimiste, si nous en jugeons par le passage suivant d'une lettre du 37 décembre de Colbert au chevalier de Clerville. « Je
empalement qui soutint et appuyât le pied du rempart, on a voulu promptement pilotiser tout autour, mais la quantité de moutons qu'on a employés tout à la fois peut avoir ébranlé les fondements; il y en avoit huit qui battoient ensemble.
Ce château paroît un bijou à cause des beaux ornements d'architecture dont on n'a pas accoutumé d'embellir les forteresses ; car, outre les portes et les poternes qui sont ornées de colonnes et de sculptures fort délicates, tous les remparts sont ouvragés par des bossages et par des panneaux en relief qui paroissent autant d'échelles, et, en effet, on s'en pourroit bien servir pour cela. Il y a sur chaque bastion un cavalier qui est une tour ronde, couverte en plate-forme et bordée d'une corniche soutenue par de belles consoles avec un parapet de la même grosseur que ceux du bastion. Sur chaque tour il y a deux guérites dont l'une sert à couvrir l'escalier. Elles sont toutes deux vers le bord qui regarde le dedans de la place. Il y a des contremines autour de la place, qui sont des
vous avoue qu'après avoir entendu M. Perrault, qui a vu le Château-Trompette et conféré son sentiment sur les ornements qui ont été entassés sur le plan relevé que le sieur Lombard m'a envoyé, je crains fort que, comme nous avons fait en cela une chose qui est tout à fait contre le bon sens en mettant des bossages et des tables relevées dans des faces de bastion, des colonnes et autres ornements saillants aux portes, sur le milieu des courtines, et une infinité d'autres de même nature, je crains fort, dis-je, que ce qu'il dit du peu de solidité de tous ces ouvrages ne se trouve encore véritable, d'autant plus qu'il m'assure qu'il a trouvé les pilotis trop courts et qui ne sont point enfoncés au refus du mouton, sétant confié aux grillages que l'on a mis pardessus les pilotis. Si cela est véritable, croyez-moi, le bâtiment entier du Château-Trompette tombera par pièces : ce qui n'est pas tombé cette année tombera l'année prochaine et ainsi de suite. Vous pouvez bien facilement vérifier le fait, qui consiste à savoir si les pieux ont été chassés au refus du mouton, de quel poids il était et par combien d'hommes il était élevé. Considérez un peu, si cela arrivait, quel déplaisir le Roi recevrait d'avoir fait travailler depuis les huit années de son administration à achever une place, d'y avoir consommé plus de 8 millions de livres, et de la voir tomber par pièces. Je vous avoue que cette affaire me touche si sensiblement que je ne puis me résoudre à vous écrire d'aucune autre. » [Lettres de Colbert, publiées par Pierre Clément, t. V, p. a4-)
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corridors voûtés de huit à neuf pieds de large et qui ont de temps en temps des fenêtres et des embrasures pour tirer dans le fossé.
Profil du rempart. — Le revêtement du fossé n'est point en talus, mais tout droit, à plomb, et le talus ne com-
mence qu'au dessus du revêtement, ce qui n'est point agréable à la vue, et peut-être n'est pas fort favorable à la solidité ; du moins il est évident que le cordon qui est en haut de ce revêtement empêche la vue du pied du mur et met à couvert ceux qui y sont.
ier octobre. — Le mardi Ier octobre, nous fûmes encore voir le château, conduits par M. Lombard1, qui a l'intendance du bâtiment, et par M. Desjardins2, qui est l'ingénieur et l'architecte. Ce dernier est un homme fort emporté, qui rejette toute la faute de la ruine qui est arrivée à la place sur ce qu'il n'est pas le maître de la conduite et que le chevalier de Glerville le contrôle.
Nous entendîmes la messe dans la chapelle du château. Après la messe, MM. de Gomont et Abraham furent en chaise aux Chartreux et je m'en retournai pour voir mon
i. Joseph Lombarl, d'abord ingénieur et contrôleur des travaux à Bordeaux, devint commissaire de marine en cette ville en 1G71 cl commissaire général en 1688. Rayé des cadres en 1691, rétabli en 1702, inspecteur général en 1704, il fut réformé en 171G.
1. Desjardins était l'ordonnateur des dépenses des travaux. Son humeur était, en effet, difficile et désagréable. Après maints avertissements, Colbert avait fini par le révoquer, en décembre 1668 ; mais, à la demande du chevalier Clerville, il avait été sursis à 1 application de celte mesure. — Louis-Nicolas chevalier de Clerville, né en 1610, mort en 1677. C'est un des ingénieurs que Colbert employait le plus volontiers, car il avait une absolue confiance en ses lumières. Il avait fait créer en sa faveur, on 1G62, la charge de commissaire général des fortifications de France.
frère, que je trouvai dans la rue du Chapeau Rouge. Je lui avois conseillé de ne se point lever. Je le ramenai à l'hôtellerie où, un peu avant dîner, on m'apporta de la part de M. Lombart trois douzaines de bouteilles de vin dont je pris seulement six. On me dit depuis que celui qui me les avoit présentées avoit aussi demandé M. de Gomont.
Après dîner, nous montâmes en carrosse. Celui où j'étois avec mon frère et mon cousin Léonard versa et je fus blessé à la tempe ; en sorte que je fis une trace de sang le long de deux rues que je passai pour trouver un chirurgien ; mais n'en rencontrant point, j'entrai dans une maison où on me vint panser. Cet accident toucha tellement mon frère que la fièvre lui reprit par une foiblesse et nous nous en retournâmes nous mettre chacun dans un lit. Nous fûmes visités par M. Galatheau, qui est le plus savant médecin de Bordeaux et des plus employés1. Il vint avec M. Mondein, chirurgien, qui me saigna. L'accès de la fièvre de mon frère fut fort violent, avec des maux de cœur et des efforts de vomir extraordinaires, qui furent suivis d'une rêverie2 qui m'obligea de le faire saigner, vers le minuit. Cette saignée fit cesser la rêverie, mais la fièvre continua toute la nuit, ce qui, étant joint avec la douleur de ma blessure, m'empêcha de dormir, étant couché dans la même chambre.
1. — Le mercredi 2 octobre, à sept heures du matin, MM. Galatheau et Mondein vinrent lever l'appareil de ma blessure et trouvèrent qu'elle étoit sur l'extrémité du
1. M. de Galatheau, seigneur de Biac, reçu agrégé au Collège de médecine de Bordeaux en 1687, devint médecin ordinaire de la ville en 1677, en remplacement de P. Lopès, et mourut eu 1678. On a de lui une Dissertation sur la digestion de l'estomac, touchant l'humeur acide (Paris, 1673, in-ia), et une autre Dissertation touchant l'empire de l'homme sur les autres animaux et sur toutes les créatures sub-lunaires (Paris, 1676, in-12). Il sera question ci-dessous d'un autre ouvrage de lui.
1. « Délire causé par une maladie ou autre mal » (Dict. Académie, 1694).
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muscle crotaphile vers le front et que le péricrane étoit découvert avec une grande contusion tant du péricrane que du muscle. M Lopès, médecin1, qui me vint voir ensuite, m'assura que les blessures de tête se guérissoient aisément à Bordeaux. M. Salomon2, président à mortier, nous vint visiter, mon frère et moi, et nous offrit avec beaucoup de civilité sa maison. Après dîner, MM. du Laurent, de Gomont et Abraham furent chercher un autre lieu pour nous loger, étant mal contents de notre hôtellerie. Nous n'avions pas tant d'envie, mon frère et moi, d'en sortir, parce que nous ne croyions pas être mieux autre part. Nous fûmes transférés en chaise dans une auberge où nous trouvâmes un grand bruit que faisoient les valets gascons de plusieurs gens d'épée qui y logeoient. Nos messieurs ne furent pas aussi fort contents de voir qu'on les appela au son d'une cloche pour aller souper avec une demi-douzaine de gascons, où on les traita encore plus mal qu'à l'hôtellerie. Pendant qu'ils soupoient et que nos gens étoient employés à faire le déménagement de nos hardes, le frisson prit à mon frère et je fus contraint de me lever de mon lit pour appeler sur l'escalier et de descendre enfin dans la cuisine, où je trouvai par bonne fortune un de nos laquais qui ne nTavoit point entendu à cause du bruit. L'accès de mon frère fut peu de chose et nous eûmes un peu plus de repos cette nuit.
i. La profession de médecin semble avoir été héréditaire à Bordeaux dans la famille Lopès, d'origine israëlite et portugaise. Celui dont il est question ici est Pierre Lopès, « professeur du roi en la Faculté de médecine de Bordeaux », fils de François Lopès, également docteur en médecine et frère aîné du chanoine théologal, Hiérome Lopès, dont il a déjà été parlé.
%. François-Henri Salomon, seigneur de Virelade, d'abord avocat-général au grand conseil, puis lieutenant-général du sénéchal de Guyenne, président à mortier au Parlement de Bordeaux, il était membre de l'Académie française depuis le 12 août i644- On peut consulter sur lui l'étude de René Kerviler, Henri- François Salomon de Virelade et sa correspondance inédite (Paris, 1876. in-8°.)
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3. — Le jeudi 3, le frère apotiquaire des Chartreux nie vint offrir de la part du Dom prieur tout ce qui se pouvoit trouver dans leur maison pour notre service. Ma plaie fut trouvée en bon état et je me levai sans sortir de la chambre. M. Galatheau, médecin, me donna un discours qu'il a composé sur un monstre dont une femme est accouchée en cette ville qui avoit la figure du fagotin même avec sa casaque. Ce discours a été prononcé en une des assemblées qui se font le vendredi chez M. Salomon, président au mortier, pour des expériences curieuses1. Sur les quatre heures, la fièvre reprit à mon frère, fort violente, avec les vomissements et rêverie à l'ordinaire.
4. — Le vendredi 4, je fis soigner mon frère. MM. du Laurent, de Gomont et Abraham furent dîner aux Chartreux. Mon frère se trouva beaucoup mieux et écrivit à Paris. Sur les huit heures du soir la fièvre lui prit avec un peu de froid aux pieds et son inquiétude ordinaire sans vomissements et sans mal de tête. Il passa mal la nuit, et moi aussi, à cause du bruit insupportable que firent des chiens qui abboyèrent toute la nuit.
5. — Le samedi 5, nous voulûmes saigner mon frère au pied, mais il tomba en foiblesse sitôt qu'il eut le pied dans l'eau, avant même la ligature, ce qui nous fit différer la saignée. M. Lopès nous vint visiter, mais il ne vit point mon frère qui dormoit; il me demanda des nouvelles de mon frère le Docteur, et me dit qu'il avoit vu le discours qu'il avoit fait en Sorbonne pour la défense de M. Arnauld, avec la traduction françoise qui en a été faite. Nos messieurs partirent dès le matin pour aller à
1. Eq voici le titre : Discours prononcé dans V assemblée de M. le président Salomon, touchant les forces de l'imagination sur le sujet d'un fœtus humain changé en celui d'un singe, par la seule force de l'imagination. (Bordeaux, G. de La Court, 1669, in-40 de 11 p.)
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Lormont, qui est la maison des champs de M. l'Archevêque ', chez qui ils furent dîner au retour. Sur les quatre heures après midi, la fièvre reprit à mon frère plus forte qu'elle n'avoit point encore fait, avec maux de cœur, défaillances, rêveries, mouvements convulsifs, ce qui dura jusqu'à une heure après minuit qu'il s'endormit d'un profond sommeil jusqu'à quatre heures et demie et de là jusqu'à huit.
6. — Le dimanche 6, mon frère fut saigné au pied assez heureusement entre dix et onze. Nos messieurs furent l'après-dîner au prêche qui est à demi-lieue de la ville. M. Desjardins et son fils me vinrent voir et m'apportèrent le plan du château Trompette. Entre cinq et six, M. l'Archevêque vint pour nous visiter dans notre auberge. Ses laquais alloient à pied autour de son carrosse et devant il y avoit un prêtre à cheval en robe qui portoit sa croix. Sur les dix heures du soir la fièvre reprit à mon frère et lui dura toute la nuit.
7. — Le lundi 7, je le fis saigner au bras; il tomba en foiblesse. Le sang parut plus mauvais que de coutume. Il fut confessé sur le midi par un Jacobin fort honnête homme. Nos messieurs furent dîner chez le Procureur général. Le prieur des Chartreux nous envoya encore visiter. La fièvre redoubla sur les six heures du soir, un peu moins fort qu'à l'ordinaire; elle dura jusqu'au lendemain. Nous commençâmes cette nuit à avoir une garde qui dormit toujours et ne me contrôla point dans tout ce que je fis.
8. — Le mardi 8, je fis prendre à mon frère, sur le déclin de son accès, vers les quatre et cinq heures du matin, deux prises d'aposème laxatif composé de l'infu-
1. C était alors Henri de Béthune qui occupa le siège de Bordeaux du 21 novembre 1646 jusqu'à sa mort, le 11 mai 1680. Sa vie a été écrite par l'abbé L. Bertrand (Bordeaux 1902, 2 vol. in-8°).
sion seulement d'un écu de séné1 dans la décoction de 6 écus de tamarins. Après dîner MM. de Gomont et du Laurent furent se promener à une lieue de la ville. M. Abraham demeura avec nous. Vers les neuf heures du soir, la fièvre redoubla à mon frère avec peu de froid ; ce redoublement dura jusqu'à quatre heures du matin.
9. — Le mercredi 9, vers les huit heures, le curé de Saint-Projet, qui est la paroisse de notre auberge, lui apporta le Saint Sacrement. Sur les dix heures il prit un lavement. Après midi il fit son testament. La fièvre lui redoubla sur les neuf heures du soir.
10. — Le jeudi 10, MM. du Laurent, de Gomont et Abraham partirent pour aller à la Teste de Buch2, qui est un voyage de trois jours. Mon frère empira beaucoup, sa lièvre intermittente étant changée en continue, ce qui m'obligea à le faire saigner du bras entre sept et huit heures du matin, au lieu de lui donner la médecine qu'on lui avoit préparée. Le sang vint assez bien sans qu'il en parût affoibli. Sur les onze heures, il prit un lavement et un autre sur les quatre heures du soir. Toute la journée la fièvre lui continua, avec un grand assoupissement, rêverie en forme de léthargie, et un hoquet. Nous lui fîmes user sur le soir de cardiaques composés avec les perles, la confection d'hyacinthe et l'eau de scorsonère. Sur les dix heures la fièvre lui redoubla avec des défaillances et des convulsions si fortes et si fréquentes que je doutai s'il pourroit passer la nuit. C'est pourquoi je lui fis recevoir l'extrême-onction un peu après minuit. Il demeura en cet état jusqu'à huit heures du matin, sans pouvoir prendre que quelques gouttes de bouillon et quelque peu d'eau avec beaucoup de difficulté.