Je suis entré dans une profonde méditation
ritratto di vero crucifixo*. Cette profonde pensée n'étoit autre chose qu'un petit morceau de papier collé sur un autre dessein du pavillon du Louvre sur la rivière, sur lequel il avoit marqué, avec du jaune, quatre croisées, au lieu de trois qu'il y avoit sur cet ancien dessein et dans le bâtiment. Il dit que de ces quatre croisées, il en conservoit deux à la chambre de parade, et qu'il donnoit les deux autres à la chambre de commodité, et qu'en repoussant un peu la cloison qui les sépare du côté de la grande chambre, il rendait à la vérité cette chambre un peu moins grande, mais que par là il agrandissoit suffisamment celle de commodité. M. Colbert parut approuver fort cette pensée et lui donna beaucoup de louanges. Moi, qui étois auprès de lui et qui étois gonflé de voir une telle forfanterie, je ne pus m'empêcher de lui dire tout bas que cela ne se pouvoit faire sans abattre tout le pavillon et même les trois autres qui sont en symétrie, chose à laquelle on étoit convenu de ne penser jamais. Le cavalier, qui apparemment fut blessé de la hardiesse que j'avois eu d'ouvrir la bouche, car il n'avait pu rien entendre, voulut sçavoir ce que j'avois dit. M. Colbert eut beau lui dire que cela ne valoit pas la peine d'être redit, il insista jusqu'à dire qu'il s'en iroit si on ne lui disoit ce que je venois de dire. Là-dessus, M. Colbert lui dit tout au long mon objection. Lui, sans y répondre, dit fièrement qu'on voyoit bien que je n'étois pas de la profession et qu'il ne m'appartenoit pas de dire mon sentiment sur une chose où je ne connoissois rien. M. Colbert lui dit qu'il avoit raison, et qu'il ne falloit pas s'arrêter à ce que je disois. Je fus traité de part et d'autre comme le plus chétif et le plus ignorant de tous les hommes. Le dessein fut admiré et, après avoir parlé ensuite de quelque