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La vraie image du véritable crucifix

7o CHARLES PERRAULT

autre chose, la compagnie se sépara. Le cavalier retourna chez lui, et M. Golbert monta à son appartement qu'il avoit dans le Louvre. Je le suivis, et, en passant dans un corridor, je lui demandai pardon de la liberté que j'avais prise de parler sur le dessein de M. le cavalier. « Croyez-vous, me dit-il tout en colère, et plein d'indignation, que je ne voye pas tout cela aussi bien que vous ?

Peste soit du b , qui pense nous en faire accroire. » Je

fus bien étonné et louai Dieu dans le même moment de ce qu'il me faisoit voir si clairement quelle est la dissimulation qu'on est obligé d'avoir quand on est à la Cour.

Après que les desseins du cavalier parurent avoir été suffisamment examinés, le jour fut pris pour mettre la première pierre du fondement de la face principale du Louvre1. Le Roi voulut bien la poser lui-même. La cérémonie s'en fit en la manière que voici.

Comment le Roi posa la première pierre au bâtiment qui fut commencé sur le dessein du cavalier Bernin. — La pierre que le Roi posa étoit d'un pied et demi en quarré ou environ, taillée proprement. Dans le lit de dessus, on y avoit entaillé la place de la médaille et de la plaque de l'inscription, en sorte que la pierre qu'on mit dessus ne touchoit point à la médaille ni à la plaque. Cette pierre de dessus avoit aussi son lit de dessous bien taillé pour se bien joindre à celle de dessous. La plaque où étoit l'inscription étoit de cuivre de deux lignes d'épaisseur et de cinq à six pouces en quarré. La médaille étoit d'or et avoit d'un côté la tête du roi, et de l'autre le dessein du cavalier Bernin avec ces paroles : Majestati et seternitati

i, La Gazette annonce sommairement, sous la date du 17 octobre i665, la cérémonie de la pose de la première pierre du Louvre. Il y en a une description manuscrite plus détaillée dans les papiers Godefroy, à la bibliothèque de l'Arsenal (ms. n° 63i4, f. 275).

MÉMOIRES DE MA VIE 7i

Imparu Galllci sacrum. Elle valloit cent louis. Elle étoit fondue et de la main de M. Varin, et les paroles de M. Chapelain. La dépense de faire des poinçons et des carrés1 étoit trop grande et auroit demandé trop de temps. On avoit préparé un auge de bois d'ébène ou de poirier noirci, fort propre, une truelle d'argent et un marteau de fer poli, avec un manche de bois violet, tourné aussi fort propre.

M. Golbert, suivi et accompagné de MM. les officiers des bàtimens, se rendit dans le milieu de la fondation, où étoient les entrepreneurs et le sieur Villedo2, maître des œuvres. M. Golbert tenoit la toise qu'il me donna à tenir ensuite, les entrepreneurs la truelle, l'auge et les pinces, et le maître des œuvres le marteau. Le journal de M. de Chantelou porte que le cavalier Bernin tenoit la truelle. Le Roi vint, suivi de plusieurs seigneurs de la Cour. Quand Sa Majesté fut arrivée, l'un des entrepreneurs donna la truelle à M. le surintendant, qui ensuite la présenta au Roi, qui prit du mortier dans l'auge et le mit à l'endroit où se devoit mettre la première pierre, laquelle fut mise par les entrepreneurs sur le mortier. Ensuite le marteau lui fut présenté par le sieur Villedot, et Sa Majesté en frappa deux ou trois coups sur la pierre.

La médaille qui fut mise clans les fondations. — La médaille et l'inscription furent aussi présentées à Sa Majesté, qui, après les avoir regardées, les mit dans le creux de la pierre fait exprès, sur laquelle la seconde pierre fut mise. Après quoi Sa Majesté se retira et ordonna qu'on donnât cent pistoles aux ouvriers pour boire. Des trompettes qu'on avoit fait venir sur le bord de la fonda -

i. « En terme de monnoie, on appelle quarré la pièce d'acier dans laquelle la médaille, le jeton, la pièce de monnoie reçoit son empreinte [Dict. de l'Académie, 1694).

2. Michel Villedo, maître des œuvres de maçonneries des bâtiments du roi depuis i654-

?a CHARLES PERRAULT

tion jouèrent des fanfares, comme ils avoient fait à l'arrivée de Sa Majesté. Le surintendant et les officiers des bâtimens accompagnèrent Sa Majesté jusqu'à la sortie de Tattelier, à la réserve du controlleur et du premier commis du surintendant qui demeurèrent sur le lieu, et qui n'en sortirent point qu'elles ne fussent recouvertes suffisamment, pour ne pas appréhender qu'on vînt la nuit enlever la médaille.

Inscriptions mises dans les fondations, — L'inscription Françoise, mise dans les fondations du Louvre sur une grande plaque d'or, portoit ces paroles :

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