‹ Mémoires de ma vie. Voyage a Bordeaux, 1669Chapitre 11 sur 50 · LOUIS XIV, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE

Après avoir dompté ses ennemis, donné la paix à l'Europe et soulagé ses peuples, résolut de faire achever le royal bâtiment du Louvre, commencé par François P"" et continué par les rois suivans. Il fit travailler quelque temps sur le même plan ; mais depuis, ayant conçu un nouveau dessein et plus grand et plus magnifique, et dans lequel ce qui avoit été bâti ne peut entrer que pour une petite partie, il fit jetter ici les fondemens de ce superbe édifice, l'an de grâce m. dc. lxv, le [17^ jour du mois d'octobre. Messire Jean-Baptiste Golbert, ministre d'Etat et trésorier des Ordres de Sa Majesté, étant alors surintendant de ses bâtimens.

Dans une autre plaque de cuivre de même grandeur et de même épaisseur, il y avoit :

Ludo^icus XlVy Francorum et ^avame rex christianissimus, florente œtate, consummatâ virtutey denctis hostihus^ sociis defensiSj finibus productis^ pace sancita^ asserta religionej na^>igatione instaurata,

Regias ^des

Superiorum pîdncipum œço inchoatas, et ah ipso juxta prioris exemplaris formam magna ex parte constructaSj tandem pro majori tam sua quam imperii dignitate longe ampliores atque

editioî^es excîtari j assit; earumque fundamenta posuît anno R. S. M DC LXV. Octob. operi promoçendo solerter ac sedulo irn>igilante Joan-Batista Colbert^ Régi, JEdif, Prœfecto.

Dispute que feus avec le cavalier Bernin. — Un jour ^ que j'étois dans Tattelier du cavalier Bernin, où il retouchoit le buste du Roi, je m'amusai à examiner le dessein de la façade du Jjouvre du côté de la rivière, que le sieur Mathias ^ élève du cavalier, mettoit au net et ayant remarqué qu'un côté n'étoit pas comme l'autre, j'en demandai la raison au signor Mathias. Le cavalier, qui m'entendit faire cette demande, entra tout-à-coup en fureur, et me dit les choses du monde les plus outrageantes, et, entre autres choses, que je n'étois pas digne de décroter la semelle de ses souliers. Après lui avoir laissé évaporer sa bile, je lui dis le plus honnêtement et le plus respectueusement que je pus, que jen'avois pas prétendu trouver rien à redire à son dessein, mais qu'ayant l'honneur d'être le premier commis des bâtimens, j'avois cru pouvoir m'instruire avec son élève de ceque j'ignorois et qu'étant tous les jours exposé à mille questions que des personnes de qualité me faisoient sur les bâtimens, j'avois fait la demande qui l'avoit blessé, pour me mettre en état de pouvoir répondre à ceux qui me feroient la même demande. Ceque je lui dis étoit si raisonnable que sa colère en diminua un peu ; cependant il continua à

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