‹ Mémoires de ma vie. Voyage a Bordeaux, 1669Chapitre 12 sur 50 · octobre. Journal de Chantelou, p. 206 et · texte numérisé non relu

octobre. Journal de Chantelou, p. 206 et

2. Matthia de Rossi, Télève du cavalier Bernin, l'accompagna durant son voyage en France et retourna avec lui à Rome ; mais il revint à Paris à la fin de mai 1666, pour y séjourner une année et surveiller l'exécution des travaux du Louvre, suivant les plans de Bernin. Pendant tout le temps de ses séjours en France, Matthia de Rossi entretint avec l'Italie une abondante correspondance, conservée aujourd'hui au Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale (mss. ital., n^ 2o83) et qui a fourni à M. Léon Mirot les principaux éléments de son étude sur Le Bernin en France^ les travaux du Louvre et les statues de Louis XIV [dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de V Ile-de-France ^ t. XXXI (1904), p. 161-288].

répéter ces paroles : <c A un homme de ma sorte 1 moi que le Pape traite avec honnêteté, et pour qui il a des égards, que je sois traité ainsi! Je m'en plaindrai au Roi, quand il iroit de ma vie ; je veux partir demain et m'en aller. Je ne sçai à quoi il tient que je ne donne du marteau dans mon buste après un si grand mépris qui se fait de moi. Je m'en vais chez M. le nonce. » Je n'ai point sçu s'il y alla ou non, mais il n'en parla ni au Roi ni à M. Colbert et la chose en demeura là. M. le Ghantelou met dans son journal que ce fut lui qui empêcha qu'il ne se plaignît, lui ayant représenté qu'il ruineroit la fortune d'un jeune homme. Cependant il ne m'auroit fait aucun tort, car, ayant raconté le même jour à M. Colbert la chose comme elle venoit de se passer, il se contenta de me dire que j eusse mieux fait de ne rien dire sur le dessein du cavalier, mais que je ne craignisse rien ; qu'il était trop habile homme pour faire un incident dans la conjoncture où étoient les choses. Je crois effectivement que, s'il eût reçu en ce temps-là les trois mille louis d'or que je lui portai quand il s'en alla, comme je le dirai ci-après, il auroit pu faire quelque incartade.

Deux propositions que fit le cavalier Bernin pour les fondations du Louvre qui furent trouvées toutes deux ne rien valoir. — Le cavalier proposa deux choses pour la construction des fondations du Louvre, outre celles que j'ai marquées ci-devant, d'arroser le moëlon et de ne le point arranger : la première, de faire une retraite de deux pieds sur la troisième assise des fondations, ce qui n'auroit rien valu, parce qu'elle auroit posé sur la queue des libages de dessous ; cette retraite fut réduite de près de la moitié ; et l'autre, de fouiller la terre à plomb, ce qui n'auroit aussi rien valu et ne fut pas suivi.

Apophtegmes du cavalier Bernin. — M. de Chantelou a rapporté dans son journal beaucoup d'apophtegmes et

de bons mots du cavalier Bernin, que je mettrai ici tout de suite pour éviter la peine de marquer les temps, les lieux et les rencontres où il les a dites, circonstances qui ne sont d'aucune utilité.

En parlant du buste du Roi qu'il alloit faire, il dit qu'un buste de marbre étoit comme un visage dont tout seroit blanc, etc^

Il dit qu'il n'étoit pas honteux à la France d'avoir pris un architecte à Rome, comme il ne seroit pas honteux à Rome de venir prendre en France un général d'armée, si elle en avoit besoin ^

Il dit qu'ayant demandé au pape Urbain VIII une dot pour une fille qu'il lui assuroit avoir beaucoup de vertu, le pape lui répondit : « Elle a une dot, si elle a delà vertu ^ »

Il disoit que les Espagnols n'avoient aucun goût pour les arts et il se moquoit d'eux volontiers *.

Il estimoit le Pasquin de Rome (c'est un soldat d'Alexandre qui le soutient lorsqu'il fut blessé au siège de Tyr) le plus bel ouvrage de l'antiquité, et ensuite le Torse, qu'il disoit être un Hercule ^

Il dit que ^ le pape Urbain VIII avoit fait sur sa Daphné l'épigramme qui suit :

Quisquis amans sequitur fugitwee gaudia formée. Fronde manus implet^ bacchas ceci carpit amaras.

Je l'ai ainsi traduite :

Qui suit une beauté dont le feu le consume

Ne cueille, en rattrapant, qu'un fruit plein d'amertume.

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