‹ Mémoires de MalouetChapitre 16 sur 47 · OPINION SUR CETTE QUESTION · texte numérisé non relu

OPINION SUR CETTE QUESTION

Le Roi peut' il être mis en jugement * ?

(Voir les Mémoires, II, p. 147.)

Messieurs ,

L'avis énoncé par vos comités et les dispositions de TAs- .semblée suffiraient pour nous préserver du danger des nouvelles opinions sur la situation du roi et le caractère essentiel de la royauté, si ce n'était déjà un malheur d'avoir à les combattre. Ce n'est pas assez maintenant d^attaquer ; il faudrait, pour la tranquillité de l'empire, éteindre tout à fait ce nouveau fanatisme, plus dangereux, plus dévastateur que celui de la superstition. Mais vous n'abandonnerez point les destinées de cet empire aux systèmes de ces hommes qui, dédaignant la sagesse

^ Dans la séance du mercredi 13 juillet 1791 , pendant la présidence de Lamelh , Muguet de Nanthou , au nom des comités réunis de Constitution , des recherches et diplomatique, avait présenté un rapport sur le voyage de Varcnnes et la complicité du marquis de Bouille. Dans ce rapport il concluait à la mise du roi hors de cause, par application du principe de rinvioiabilité, royale, et à l'arrestation de fiouillé. Après un vif débat sur rajoumement du la question, Pétion avait le premier pris la parole pour combattre le princijic d'inviolabilité et demander que le roi fut mis en jugement. Le lendemain, ce discours fut combattu par les membres les plus importants du parti constitutionnel, La Rochefoucauld-Liancourt, Duport, Barnave ; et, comme il ledit lui-même, Malouet renont^a ù la parole en faveur de ceux dont la popularité pouvait ajouter quelques chances de plus au triomjdic de leur opinion. En effet malgré les efforts contraires de Vadier, qui qualitia les rois de « brigands couronnés, « de Robespierre, de Prieur, de Grégoire et de Buzot, ce fut le décrol ju'oposé par la commission qui obtint la majorité dans la séance du 15. Le 17, le parti républicain tentait de prendre sa revanche par la manifestation ilu Camp de Mars. ( Voy. le Moni!eur de 1791, n'*» 196 et 197.)

et l'expérience des siècles, ne trouvent de sagesse que dans leur présomption et leur audace ; qui oseraient reconstruire sur de nouveaux fondements l'édifice social, et ne craignent point de nous offrir leur parole et leurs systèmes comme le gage assuré du repos et du bonheur de vingt-cinq millions d'àmes.

Entourons-nous, Messieurs, de plus solides appuis : la liberté appartient aux hommes sages et courageux qui savent s'en saisir; mais elle n'habita jamais le pays des chimères et des exagérations coupables. Or, ce sont là les bases du système que je combats.

L'avis plus sage de vos comités présente cependant quelques principes que je n'admets point dans toute leur latitude ni dans leurs réticences; mais je m^unis à leur intention, qui est de conserver la liberté, la monarchie.

Eh! pourquoi faut-il, Messieurs, que, dans nos dissentiments, vous ne comptiez pas pour amis tous ceux qui veulent aussi la liberté, la monarchie? Avons-nous d'autres ennemis que ceux qui veulent attaquer Tune ou l'autre?

Vous voulez conserver la monarchie! Ne laissez donc pas prendre poste à ses ennemis ; ne souffrez pas le renversement des principes conservateurs de la monarchie ; car ils sont aussi, pour une grande nation, les principes conservateurs de la liberté.

Pourquoi permet! riez-vous que, dans la circonstance où nous sommes, on posât de nouveaux principes contradictoires à ceux que vous avez consacrés vous-mêmes , et auxquels nous avons tous juré d'être fidèles?

Par quel abus de raisonnement se permet-on d'appeler principe toute proposition nouvelle qui détruit les maximes fondamentales de votre Constitution?

Ne cherchez pas davantage dans la théorie des conventions nationales, qui nous est peu connue, ni dans l'histoire des révolutions des empires , des exemples ou des règles de conduite

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