Mémoires de Marie Cappelle: veuve Lafarge
II était six heares da matin quand je m^énfermai avec ma vieille Lalo dans la lourde messagerie qui allait me rendre la vie du soleil . et des champs. En bonne Parisienne je ne connais rien de Paris, encore moins de ses environs; aussi ^ après avoir passé sous l'arc de triomphe de TËfoile, tout fut nouveau pour moi . La tète hors de la portière , j'admirai les jolis et coquets pavillons qui souriaient sur les bords de la route, et dont les arbustes fleuris secouaient leur encens sur notre passage. J'admirai k^
Seine bell^et gracieuse au milieu de ses champs et dejJp Wiages, et si différente de rorguèUïgjj^Peine qui coule tristement sous les ponts ^jl^a capitale; puis Neuilly et son délicieux parc; Saint-Germain et ses forêts, qui se détachent en amphithéâtre sur l'azur bleu.de l'horizon .
A quelques lieues de Paris , la campagne, sans être moins belle, devint plus sévère; les arbustes aux fleurs parfumées, mais inutiles, firent place aux champs de culture; le trèfle tombait sous la faux du moissonneur, le foin s'élevait en meules odorantes, et les grands seigles, courbés et relevés sous la brîse du matin, semblaient un océan dMpls et de fleurs. /
Poup [a première fois cette poé$iô du prln* temps m^pparaissait hors des champs de-^iîlers^Hellon. Toutes les joîes de mon eher j^tandpère revenaient après Thlvw; lui, hirfas! ne. reviendrait plus! Mon cœur se sett'a. Cette nature animée me sombla ingrate^ oublieuse.
Lalo avait senti comme moi, et nos pensées se ffiél^^nt avee nos souvenirs et nos regrets. A OHae beures nous arrivâmes à Poatoisej
M"® dç téautaud y avait envoyé sonlilbury, et, après quelques minutes, nous fûmes à Busagny . C'est un joli petit château qui semble avoir été détaché de sa colline aride et sablonneuse pourtomber dansla vallée. D'uncôté ilestadosse à une petite éminence plantée d'arbres touiïus qui sç déroulent comme un épais rideau j de Tautre, des prairies, des champs, des fleurs et des bois dorment à ses pieds, et n'ont pour clôture que la ceinturé fraîche et murmurante d'une peiite rivière. Tout cela me parut charmant;^ plutôt par son originalité que par sa beauté, et l'amical accueil de ses habitants ne me fit pas regretter d'avoir enfin accepté les invitations pressantes de Marie.
Après le déjeuner Marie me montra son ûls, dont la pâle etchétive figure s'était ornée, pour pie recevoir, du bonnet que je lui avais brodé. £lle propos^ ensuite de me conduire chj^z sa belle-sœur, dont le château e&t situé à qudqtfes ipinutesde Busagny.
C'était un moyen d'être seules : (JuelquQS inots, quelques regards de M"^de Léautaud mV vaient appris qu'elle était^ inquiète. Ses craintes
de l'hiver s'étaiént-elles réalisées? notre secret était-il indignement placé? Je croyais encore à noire héros. Cependant mon imagination , frappée des terreurs de Marie , le voyait quelquefois descendre de son piédestal, pour se métamorphoser en un de ces hommes machines qui servent sur nos théâtres à chanter deux notes , à lever de grands bras , à rouler de gros yeux, à marcher en cadence; et je songeais avec un douloureux serrement de cœur à mon amitié que j'avais si ridiculement profanée!
Préoccupée de ces craintes indéfinies, voulant les guérir et savoir la vérité, j'acceptai avec empressement celte promenade, et j'oubliai ma paresse, ma fatigue et le soleil brûlant de midi. Mais M*»^ de Nicolaï étsthi venue malencontreusement faire un trio de notre téte-à-tête, il fallut se résigner à parler de la pluie, du beau temps, et de la santé de sa fille , qui lui donnait de sérieuses inquiétudes.
Je fus frappée en arrivant du grandiose et de la beauté d'Osny. Ce château, qui appartient à la famille deLameth, avait été donné à M. Scipion de Nicolaï lors de son mariage avec M"^ de
Beauvoir. Sa blanche et grande terrasse se détache sur une vaste pelouse, un petit lac lui sert de miroir, des arbres centenaires assombrissent les allées tournantes du parc, des fleurs en égayent la beauté un peu sévère.
L'intérieur répond au dehors du château.
Les grands corridors avec leurs échos, le vaste escalier orné de plantes rares, la chapelle et le salon gothique , en font une résidence princière.
Les manières bienveillantes et simples de M™^ Scipion forment un gracieux contraste avec ce qui l'entoure. Peu jolie, sans élégance et sans beaucoup d'esprit, elle s'est faite belle de bonté, de douceur et de désir de plaire; orpheline, mariée pour sa dot, négligée par son mari , une souffrance cachée, qui se révèle en dépit d'elle-même, devient encore un de ses charmes, et il est difficile de ne pas l'aimer.
M. Scipion de Nicolaï a toutes les qualités qui rendent insouciante et folle une vie de jeune homme, et tous les défauts qui font le tourment d'une vie intérieure; aimant exclusivement les chiens , les chevaux , les chasses et les paris ,
tiiyàtii coththâ la péstd les i^emtnés qui tie §ôtit qu*aimablés et êpirttueUenttsrtt Cût/umeSj 11 ] vit à cheval, au Idtkey^Gltib et But le boulevard de Gand.
M"' Scipfon allait ittartet* sâ àœur dàtts quel-^ quësi jours; elle était touchante en paHa»t de ses ci*aiute8 et de Ses sollicitudes. M"® de Beauvoir, heureuse de se ffiarièi*^ s'ôccttpàU tuoiiis de Taveuir que dé sa corbeille et de Soti trousseau. Sa figure était gracieuse et fine; malheu^
reusëmeut elle surmontait une tournure plus que hasardée et fie pouvait la faire oublier. — * W^^ dé Beauvoir me sembla bonne, et Ait aima>ble pour moi qui lui étais étrangère^
Au retour de notre visité il était tard ; il fallut s'habiller pour dîtter^ et la soirée ne permettant qu'une cotttersatiôii générale, je pus à peine serrer la main de Marie et m'étonner de l'amabilité empressée de M"^ Dèlvattl , (Juî ne m'y avait pas habituée par lé passé.
Le lendemain, enfln j je me trouvai Seule avec Marie; chacun s*ctait éloigné : M. de Léaulaud péchait h la ligne quelques goujons dans le petit ruisseau; M«^ de Nicolaï surveillait sesjardi-
niers. JVous avions été nous établir dans ma chambre, et j'allais interroger Marie sur sa tristesse ^ lorsque tout à coup elle me dit a qu'elle voulait me marier. » J'étais si loin de cette pensée et de cette proposition que je demeurai stupéfaite. Sans attendre ma réponse, M*"® de Léautaud me paria de ce qui pouvait me décider :
elle me dit ie vide de ma vie, combien ma position chez les autres était fausse et dépendante....
« Vos vingt-trois ans approchent , ajoutaitelle; vous éles sans fortune; il vous faut un bon mariage pour vous donner dans le monde cette liberté nécessaire à votre caractère. Écoutez, sans plaisanter, et laissez-moi vous dire de ces vérités qui ne sont pas agréables, mais qui sont utiles. Vous êtes un peu souffrante, les douleurs d*estomac ne rendent pas jolie ; dans quelque temps vous serez une vieille fille, aussi ennuyée qu'ennuyeuse; devenez plutôt une aimable femme. Vous n*avez pas voulu ïn'enlendre Thiver dernier; mille fois vous avei éloigné ce sujet. Je vous ai tendu un piège aujourd'hui ; et ici , loin de l'influence de vos
tantes, je veux vous décider et vous rendre heureuse malgré vous. »
J*écoutais avec un muet élonnement la subite proposition et le plaidoyer conjugal de M"^« de Léautaud. Je devinai instinctivement que cette sollicitude surnaturelle n'était que la surface de ses pensées, et je lui répondis avec assez d'impatience que j'étais touchée de son intérêt 9 et serais obéissante si le mari me convenait.
« Vous ave^ peut-être des prétentions exagérées, des idées d*amour romanesques* Confiez-moi d'abord ce que vous accepteriez , je vous dirai ensuite ce que je vous offre.
— Vous le savez, Marie , je ne crois plus en Tamourtel qu'on le lit dans les poètes ou mieux encore tel qu'on le trouve dans ses rêves. Je suis résignée à accepter la vie telle qu'elle est , et je consens à faire un mariage de convenance. Seulement vous comprendrez que, si je ne demande pas une jolie figure, un espritaimable et délicat , un cœur passionné ; si je veux faire raisonnablement un choix raisonnable , je dois trouver indispensable dans celui que j'accepterai une
position dans le monde , de la fortune , un caractère solide, et surtout estimable. Je serai indulgente pour son âge; je deviendrais avec plaisir châtelaine; j'habiterais même sans regret une ville de province; car je suis assez de l'avis de César, et préférerais être la première dans un village que la deuxième à Rome.
— Oh ! voilà qui s'arrange au mieux avec mon projet: Le mari que je vous destine est sous-prV*iVt (vous i(\;iivrez donc); il a trentehuit ans, [as il»? forlu270, mais dos espérances certaines d'avancemLnt ; il a do ^Vsprit, t . jolie figure; il s'appelle Georges. iNVsi-ce pas un joli nom ? Enfin.... c*eSt le frère de M''^ Delvaux. »
Jusqu'à cette conclusion j'avais trouvé tout assez convenable ; mais je ne pus alors cacher à. Marie qu'il me serait tout aussi difficile d'aimer W^^ Del vaux que d'obtenir son affection. Elle me rassura en me disant que l'opinion de sa gouvernante s'était modifiée, qu'elle avait reconnu son injustice, m'aimait de tout son cœur, et la première avait désiré ce mariage qui me faisait sa sœur.
Lorsque j'eus promis de réfléchir aux ennuis de ma vie présente pour mieux apprécier les avantages de l'avenir qu'on offrait à mon bonheur, lorsque j'eus presque accepté la partie mobilière du mariage et promis d'en voir sans prévention la partie personnelle) Marie me témoigna une grande joie*.** une grande ten-* dresse!..,
« Savei-vous, lui dis-»je, que vous m'avez fait peur avec votre air sinistre et mystérieux? J'ai craint un moment que toutes vos idées de cet hiver lïe fussent revenues dans votre --^ pauvre tête, et je ne savais quel fantôme vous alliez faire combattre à mon amitié !
— Votre amitié m'est plus que jamais né^ cessaire ! Mes idées noires sont de menaçantes réalités..,. Mais vous me sauverez.... j'en suis certaine maintenant »
M°^e de Léautaud m'apprit alors que son mari était excessivement jaloux, plus encore des apparences que de son amour même; qu'une per-sonne qu'il avait aimée et qui le dominait encore se vengeait de son oubli en blessant sa vanité dans la réputation de celle qui lui avait été pré-
flirée. Déji) pour quelques lëgèretééde jetibti fille, M. de Léautaud lui avait fait de dures ob* servatiotaB^ et jamais il ne lui pârdonberait rintrigue de M. Glavé ^ qui élait une tâche et un ridicule.
t Mais enfin M; Glavé est -il eh Afrique, ainsi que j'en suis persuadée ^ ou à TOpéra) comme vous me Tâssuries cet hiver?
-^ Il est à l'Opéra» Je voua répète que je Tai reconnti dans les ohœtirs^ que sob nom est sur le livret^ que M^^^ Delvauk s'en est assurée eOmnie moi 4
*«- Je suis incrédule. i. Si vous avez vos yeux, j'ai b^a lettre^ Je voulais lui répondre* 4.» pour^ quoi m'en avoir empêchée? Nous saurions maintenant si nous devons le craindre ou Tou^ blier.
•** Maid ne voyez-vous pas, Marie, qu'il a daté sa lettre d'Afrique pour obtenir plus facilement votre réponse et vous rassurer davantage contre une indis(3rétion« Croyez-moi ^ il est à Paris, il est à l'Opéra, il est figuràjlt!
-^ Cela se peut, tnais je ne saurais le croire j et, dussé-je me compromettre davantage, je veux
lui écrire à Alger; je veux vous convaincre, vous rassurer !
— Ne le faites pas... je vous en supplie.
— Mais alors avouez-moi que vous Tavez vu .. que vous lui avez écrit?
— J'ai fait prendre des renseignements fort exa,cls sur sa position : ses affaires sont trèsmauvaises; ses créanciers le poursuivent. IL veut entrer dans le monde; il est homme à se servir d'une intrigue éclatante pour s'en ouvrir les porles; il montrera nos lettres, il nous perdra. Votre famille sera indignée de voire inconséquence et de votre légèreté. M. de Léautaud voudra peut-être une séparation pour se préserver du ridicule qui rejaillirait sur lui en me couvrant. Je ne saurais vivre ainsi plus longtemps. Tous les sacrifices sont faciles pour éviter un scandale. Par pilié, Marie, aidez-moi! sauvez-moi en vous sauvant.»
J'avoue que je fus atterrée. Toutes les craintes de M'"*^ de Léautaud me gagnèrent. Je compris qu'il y avait un secret qu'elle me cachait... peut-être une entrevue, une lettre. Que sa-
vaîs-je?... Entre une jeune femme et une jeune fille il ne peut exister d'intimité parfaite. Je n'osai interroger Marie ; je n'osai sonder son secret; je ne savais m'expliquer comment je pouvais la protéger, encore moins comment je pouvais la sauver! Jje pris ses mains, et j'attendis en silence qu'elle fût plus calme et qu'elle voulût parler.
Marie, qui avait formé un projet conseillé, ou du moins approuvé par M^^« Delvaux^ me le conGa , et ma frayeur en devint plus grande encore.
M^^c de Léautaud avait reçu des diamants en se mariant; elle voulait les vendre, améliorer avec cet argent la position actuelle de M. Clavé, l'éloigner de France , lui retirer ses lettres, et rendre impossible pour l'avenir une indiscrétion qui ne s'appuyait plus sur aucune preuve » et qui devenait inutile en devenant incroyable.
Cette détermination me sembla tne;récufa6/e et dangereuse. Je pouvais douter des^entiments de nobIesse,de franchise et d'honneurque mon amitié avait prêtés à M. Clavé ; je pouvais le croire malheureux , obligé de monter sur des
^anôhes pour acheter les moyens de vivre, «yaal peul-étre , daps un mom^pt de désespoiri menacé Marie de 6e venger de Toul^li et du mé- , * pria} maia je ne le croyais pa§ vil, je pe|e croyais pa^ infâme! Jq ne croyais pas qu'il fut capable dé dira |f une ferniue qu'il avait aimée ; « Il me < fau( de Top cpmm^ il voua faut d^ç l'e^ime ; « achetez-moi voire honneur, ou je YQUS pertt drai. >
Je dis à Marie toutes les pensée^ qui tour- Boyaient d^Ui B^d tête^ Je la suppliai de ne pas blesser un homme par une semblable proposition, et depe pa^ \4 pousser ellerm^mo aux démarches qu'elle voulait étouffer, {Insulte je Be voyais pas commet jç pouvais lui être utile; }e n'avais que dea conseils à lui douner» $t ma raison n'était pas- dQ celles dont on s'éclaire au moment du danger.
Marie me supplia» QfVmt toutes ùhosçs, de laisser dans l'oubli mes illusions romanesques sur le noble cbovalier de nos temps passés. Elle m^jura qu'elle avait acquis le droit de croire à l'indélicatesse de M- Clavé, qu'elle fouvaii^ qu'aie d^vv^it acheter son silence.
£11^ me 4it qud M. Delvato serait mis dons * notre secret ; la réputation de sa fiancée, Texi;^ ; ^çnce de sa sœur, compromise si M°^^ deNicolai Yçnait k découvrir cette intrigue, nous assnV raient de sa discrète et complaisante participa^ition, ies diainapta démontés n'étaient plus reconuai^sables* Je prétendrais le5 avoir reçus à"m viçîl oncle, et je les vendrais au moment dç mon rnan^g^ pour acheter de plus modestes bijoux ji ce qui était Jrop naturel pour éveiller nn soupçoq.
Tout cela fut l^ien loin de me convaincre, et sans oser faire nn refus positif à Marie, j'essayai des objections, j'essayai surtout de rester étrangère à cette imprudente détermination. Je lui fis remarquer qu'elle pouvait tout aussi mi*çment confier son secret directement h M- Delvaux par lentremise de sa sœur, et qpe je ne me voyais pas indispeusablement né^ cessaire à ce projet , que je désapprouvais.
« Yûilà bien, me répondit-elle, Tinçxpérience de votre légère tête. W^^ Delvaux, qui consent à me donner quelques conseils ou à # faciliter quelques moyens de sûreté, ne con-'
sentirait jamais à me servir directement.
Ce qui est une étourderie presque impardonnable dans de jeunes filles serait une action inqualifiable dans une personne de son âge , qui a la confiance de ma mère et une responsabilité sacrée. Quant à M. Delvaux , un homme ne peut être opposé à un homme dans ces sortes d'affaires. Vous seule pouvez joindre l'influence morale de la seconde Ma i ieà Tinfluence d'argent de la première; vous seule pouvez recevoir mes lettres et faire connaître mes conditions, La moindre démarche de ma part ajouterait des armes à celles qu'il possède déjà; les vôtres ne peuvent vous compromettre; il n'aurait aucun intérêt à les divulguer, et, M. Delvaux vous y autorisant, votre conduite ne peut être blâmée par personne. Vous seule pouvez vous charger de lui faire parvenir cet argent en forme de pension , si nous ne pouvions compter assez sur lui pour le lui livrer en une seule fois. »
Je fus faible , je promis, ef j'oubliai trop facilement qu'il n'était pas permis de réparer le mal par le mal.
.'«\ .' • . . '..il
Nous reprîmes souvent notre conversation sur M. Clavé. Chaque jour, le désespoir et Té* pouvante de Marie me gagnaient, et chaque jour aussi je m'habituais davantage au mariage qu^on m'offrait. Dans nos longues et solitaires promenades, nous en parlions comme d'une certitude. Je n'étais pas insensible à mon r^e de préfette (dans nos plans, les protecteurs fai« saient M. Delvaux préfet pour notre mariage). Je me voyais faisant les honneurs d'une fête, et gagnant les esprits de mon département
il . 2
pour les diriger ensuite vers un noble choix, quand viendrait le grand jour des élections; je visitais les pauvres, les écoles ; j'étais bénie par leis malheureux, estimée par mon mari...
Ce joli petit rêve était complet, et j'incrustais un roman dans Texistence positive que l'amitié voulait me donner.
Quelquefois, <;ependant , ma bonne volonté faiblissait. Je parlais de mon mariage avec doute, irrésolution ou tristesse. Alors Marie appelait à son aide mille petites séductions, me disait les retours à Paris, notre intimité devepue plus profonde, leçt splendeurs de la cor-
^))6iUe, du troasseau.J^uis elle revenait à son projet des diamante, en combii^it l'exécution, l69 S]u^tes; songeai! avep ^))onheur au grand îûftr pù^ ^nferinéea tputes deiix ^ qous relirions
. nos pai^yres lettres , et offririons à notre repos r^nto-^darfé de ce trésqr racheté. Enfin elle
. Sd'^^ITdij^t quand elle ne pouvait espérer de mç cçnvaincre. ),..>,.. ,, ,• ..L'air de lapampagRe, ^'exercice, la distracfioB rendirenl^.n^a santé meilleure. Je souffrais rarement, et j'avais ajoute à mon régime quel-
Ttaès^HÎéS » a*èxcéileS6 frblSâPs; an fSIt , thbîis^ëbf H ^ii^ïiiSàni que li^bs Mà^l mVe à la ferme.
(Tëtâit thàtëHellëniëht une bôftne 6i d<Mice y\e, lé më levaiâ tard ; et là ëlocbé Au dëjeuiiâr mè chassait de nia chambré. Marie èi moi iiôttsi nous enfermions avec notre oÙTràgë dans la bibIiotbè()ue ', oii faous alliôni noua promener dans le parc \ toujours seules | car U\ de Léàutâûd ^tassait cëis fièures de IS journée 1 lèTër un plan , k inointek' à chëvàr, oA i f>é6ber paisiblement s6à cheti gotijons A i)taati*é bèuhM, MaHe allait voir son fils; et je me biettate àu piano jos<)u*iau momeilt db coiiTert et de la toilette. Aprèft te dtnér, nous cauBion» sur la terrasse, nouft faisions ube pftrtie de billard et quelque» AOtes dé musique jùs<}U'aii moment du repos, qui 'était pour iâol èëliii dé là lecture et de la correspondance.
BI""* de Léautàud \ voulant më ftii'rè ITibnnèur de sou voisinage, me conduisit à Pontoisé, jolie petite viile, pittoresqûement penchée sur une riante colline, et dont la cathédrale go* thique a de gracieuses découfiures et clè char-
mtnts morcqmx d^arcbitectore moyen-àge; •-»
puis chez M* de. G**%<lonllechàiedtt est situé à quelques lieues' de Bqzagny.
La matinée que nous avions choisie pour celte excursion était étouffainte; les nuages s'amoncelaient et pesaient lourdemenl sur nos ièivs. Biontôudos éclairs déchirèrent le cifl de leurs blaAu'des lueurs , le tonnerre gronda ; aux larges gouttes de pluiesuccéda une averse épou-. vantable , et nous éitpps trempées en arrivant. Une porte dojuaant sur la rue du village s'ourvrit devant nons; la voiture entra dans une cour sombre et pavée, et bientôt après noiis étions assises dans un salon vaste^ triste, obscur, avec un ameublement de cinquante an3, et un châtelain du même âge , qui qous salua gravement , et comme s*éveillant d'un songe.
Nouséi^insarrivées, riant aux éclats de. notre malencontreuse aventure. Le regard fixeet malheureifx du maitre^e Ia;m|ii$ori produisit une réaction, subite et générale. On nous proposa de voir le jardin : les allées étaiei\t ratissées et ne portaient pas la traqe d'un pas; les. arbres me semblèrent mornes et échevelésvdçs larmes
de pluie étaient suspendues a leurs feuilles;
pas une fleur ne s'y ouvrait. .
Je communiquai mes impressions à M^^ de
Lénutaud; elle me répondit : c M. de G^** est « Tami de mon père; je le vois souvent, et tou- « jours ainsi. Voici ce que Ton raconte tout bas : c Notre voisin épousa fort jeune une personne « charmante, qui promettait le bonheur à celui « qui devait partager sa vie. La veille de son « mariage, M. de G*** était encore le plus heu* creux et le plus amoureux des hommes; le « lendemain il n*y avait plus de sourire sur ses « lèvres, son œil était froid et terne. Sa jeune c femme ne quitta jamais sa chambre, et mourut « après une année en laissant un fils. »
Marie ne put satisfaire davantage ma curio« silé : un mystère douloureux avait glacé ces lieux. J*en sortis tristement affectée, et saisie d'une émotion profonde.
Pendant cette soirée M^^ de Léautaud nous ménagea mille petits moyens de nous parler.
Il ne causait pas très-bien ; mais ses paroles, qui venaient rompre Tennuyeuse lecture d'ua contrat, furent les bienvenues; et lorsque au retour on me demanda ce que j*en pensais, je dis qu'il me fallait encore Tétudier, mais qu'il ne me déplaisait pas. 1*1
Le lendemain , jour de la Fête-Dieu , après avoir entendu la messe dans la chapelle d'Osny» Marie m'entraîna dans le parc; elle triomphait. Is succès de son candidat dans la soirée ^,de la veille ne lui laissait plus de doute sur la réussite de son projet. Je ne disais pas non ; M. Delvaux disait un gros oui, et elle avait décidé que cette journée de fête, de confusion et de prépa*» ratifs , servirait à préparer la disparution des diamants. ^
11 était très-difficile à M"^« de Léantaud de se voler elle-même; les diamants étaient placés dans le tiroir d*un bureau dont elle seule avait la clef; le corridor qui menait à sa chambre ne servait pas à d'autre communication ; il était impossible qu'un étranger eût un prétexte pour
y circuler; ensuite il aurait fallu supposer que le voleur étranger connût le lieu où étaient enfermés les diamants,^ qu'il eût le temps de forcer le tiroir, et qu'il ne craignit pas d'être découvert en affroittant le danger d'une surprise qu'il ne pouvait prévenir, et contre laquelle il n'était pas de retraite possible.
Pour empêcher le soupçon de tomber sur les gens de la maison, il (allait rendre probables quelques-unes de ces improbabilités , trouver un prétexte de sortir les diamants de leur cachette, de les descendre au salon , et de les y oublier sans une trop incroyable négligence.
Ces circonstances indispensables et si difficiles à grouper se trouvaient réunies dans cette journée presque naturellement; je le comprenais, et malgré tout mon désir de ne pas le comprendre , je n'avais que de mauvaises objections à faire ; je pouvais combattre le projet, je ne pouvais l'éloigner; le moment était venu, il fallait y renoncer pour toujours ou l'exécuter sur le-champ.
En désespoir de cause je me jetai '^ur les
repseignemenif (}u'î) ^tsAt mdisp€a:t$a]ble d^ l^rendre sur M, Odvaux; je fis remarquer qu^ mes tanteç pouvaienli apporter de9 obstacles à mes désirs^ que je voulais connaître celui quf «efait mon maître, etc., j^ais Marie m'ayant^ opposé des réponses victorieuses, une fojsencore je cédai.
Après le déjeuner nous fîmes tomber |a conversation sur la corbeille de W^^ de Beauvoir^ puissur sesdiamants. Marie dit qu'elle préferait les montures de Lecointeà celles de Jeanisset, et elle fit demander son écrin pour en donner une preuve, qui fut trouvée concluante et tout en rhonneur du bon goÂt de Lecointe.
Bientôt tout le monde quitta le salon ; M^^ de Nicoiaï fut sMnstaller dans le jardin; M. de Nicolaï et M. de Léautaud furent obligés, je crois , d'aller a Pontoise pour des affaires ; les vêpres appelèrent les femmes de service à Tégiise, quelques-uns des domestiques étaient occupés à Osny pour les préparatifs du lendemain • les autres avaient la mission d'aller à la ville. Enfin, tout était isolement et désordre dans le petit caslel ; alors Marie mit son écrin
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sur la table à ouvrage placée près des fenêtres très-basses dônhanrsur la cour d^nirée, et VeM' lesquelles les mendiants venaient habitôdle^' ment murmurer une prière qui ëtait toujours exaucée. Ensuite, et pendant que M. Delvàui^ me récitait quelques aiinables paroles Vfamoti^ ' retia: officiel, liilarie sôhit précipiVaniment leé diamants dé leur étui • lê^ remonta dans stf chambre pour ne pas courir lé risque dé voi^ notre plan trop réellement ex'^cdië par uA voleur véritable y et énOn nous quittâmes aussi le salon pour fai^é une longue pi^omënàde.
Notre absence dura trôrs heures. Au retour, ainsi que noiisYavlons espéré e^ prévu, no«to né trouvâmes personne au sialbn , ëi Téerin fat àsiensi6lernehi repris 'i)ar M*« dé Léaùtand. Pour plus de précaution, Mkne demanda leëofr à sa mère si* elle n^étaft pas rentrée pendant notre longue promenade; il lui* hit j*épon(fu négativement, lit. Alfred de Gouy, qui était seiil venu faire une visité pendant r&Hsencé gêné* raie'', avait faii retentli' la mài^n de ses cris pour y trouver un être humain^ él après s*étre eiirôué el avoir conïi'éà'sèsjambesM le
mieux servir dans ses recherches, avait été reçu dans le parc par M™® de Nîcolaï.
Pour ne négliger aucun moyen de justifica- ^ tlon, M"»c de Léautaud laissa la clef au tiroir des diamants; et comme les domestiques, pendant les jours de fête et de bouleversement occasionnés par le mariage d'Osny, n'étaient presque jamais à Busagny , les soupçons devaient naturellement tomber sur un étranger.
Pendant la soirée qui suivit celte grande com* binaison, quoique M. Delvaux fût ouvertement très^amoureux et très-empressé , i*étais si fort préoccupée de notre décision et des tristes impressions que faisait naître en moi le mariage de M"« de Beauvoir, que Marie, s'en apercevant, m'entraîna sur la terrasse; et voulant détour- 1 ner mes sombres idées , elle me parla de M.^^ de N**% on l'attendait; je la savais fort à la mode, je craignais qu'elle ne fût ennuyeuse et dédaigneuse, mais Marie m'assura qu'il n*en était , rien , et me raconta son histoire qui me toucha profondément. ,
Mp^^ de W^\ oubliant son mari dont elle était adorée et un fils encore au berceau, se laissa ai-
mer par M. de F% et Taima bientôt elle-fliéiat.
Mi»« de N***, en naissant, fut emportée secrètement par M. de F**% qui la €on6a à sa femme, douce et angélique créature, qui donna les plus tendres soins à cette pauvre petite abandonnée, et lui continua cette généreuse sollicitude jusqu'au jour où M»« de M***, ouvertement séparée de son mari, put veiller sur sa fille. M"^® de M*^ était sans fortune, elle fut obligée de fonder l'avenir de son enfant sur son admirable voix , et de diriger dans ce sens toute son éducation. Quelquefois la mère voyait son fils j le frère et la sœur, séparés par le monde, s'unissaient par le cœur, et lorsque M"* de M*** mourut, la pauvre jeune fille , demeurée orpheline , trouva un refuge dans cette puissante affection.
La conduite du jeune homme fut admirable; adoré par son père, il usa de son influence pour lui faire connaître et puis aimer sa sœur, et parvint à partager avec elle le nom, la fortune, Tamour paternels.
Je trouvai M"*^ de N*** aimable, belle, grâ* cieuse, chantant avec talent f* avec une admirable facilité. Ayant reçu toutes deux des leç^is
flé If^ llnâ FreJ)t)â , cela noiis et causer iiiflsîijue ëtTàîré une dèmi-cohhâîssâhce.
Quant àM. cleN**% ^1 ^i^ parut trop convaincu de sa béabté J)6ùr daigner àvbîr ^é résprît. Il parlait bfe^ des Choses d'art ^ fort ordinairement des choses du monde \ fort ihal des clioses graves et sérieuses; carliste exagéré, il avdit un àe ces fougueux dévouements qui composent des devises ièt se parent courageusement d'une cl'avàfte aux couleurs suspectés.
* Lé mariage de M^^ de Beauvoir àe fit clahs Téglise de Basagny ; la' flàiicée avait conservé fioxi calme heureux, sasœilr avait gardé son inquiète sollicitude; leJSancé, M. de G**"", était triste , ennuyé ; je le |)lâignais , car Marie m'avait initié aux secrets de sa souffrance.
Élevé près d'elle^ il Tavait passionnément aimée, lui avait offert son amour et sôiQ nom, et avait été refusé ; et ayant appris à Tienne, ^ il avait été chercher l'oubli, son mariage avec M. de Léautaud, il en avait été dangereusement malade. M. àe 6*** avait une noble et douce figure , de la distinction, de laménité i il était milU fois su|)érieur à M. de Léautaud ,
et cependant, par de tristes bizarreries ducœnt* humain, il était malheureux ; et par une sorte de représailles il enchaînait Tamour d'une jeune fille à son cœur indiiïérent. Pourquoi, mon Dieu! cette continuelle voie de souffrances, ces affections qui se heurtent et qui tuent vos faibles créatures?
Etrangère à ces joies de commande et à ces peines cachées , jç m'étais éloignée pour feuilleter quelques albums épars sur la table du salon... Un jeune homme, tout aussi triste, tout aussi isolé que moi, partageait cette distraction; un liyre échangé, une remarque banale amenèrent la réunion de nos pensées. Il était cousin de M^^^ de Beauvoir et fils de son tuteur ; il souffrait de l'indifférence qui l'avait accueilli, de Toubli dans lequel on laissait &on père. M« deir Beauvoir avait de l'instruction , de l'esprit, de nobles et grands sentiments; il me fit oublier que les heures étaient longues et que je devais ni'ennuyer. Nous nous retrouvâmes voisins durant un éternel dîner ; le soir encore, pendant le feu d*artifice, il était près de moi; la conversation était devenue confiante et intime, et
sa
lorsqu^il partit je le r^rettai. Depais je ne Tai pas revu, mais quelquefois je Tai retrouvé dans mon souvenir.
^ Le lendemain Marie me fit d'amères plaisan^ teries sur ma conquête de la veille, trouva mauvais que je ne me fusse pas exclusivement occupé de M. Delvaux^ Texprima par des paroles peu gracieuses: fit ce précoce despotisme , précurseur du grand despotisme d'un époux , me fit faire d'assez décourageantes vé^ flexions. Cependant les soins empressés de M. Delvaux , les tendresses de sa sœur me rendirent peu à peu mes premières idées; ils partirent après deux jours pour Paris; M. Delvaux p voulait une quasi-réponse, et se disait trèsamoureux , très-impatient. MHde Léautaud fut mon interprète, et répondit que ma décision dépendait de ma famille, des conseils de mes amis, mais que je ne faisais aucune objection personnelle.
J'écrivis à mes tantes pour leur annoncer le mari qui se présentait; puis au marquis de Mornay, dont le caractère loyal et le grand sens me faisaient désirer des conseils. Je le priai de
sa
prendre des renseignements au ministère, et, au nom de son amitié pour ma mère, je lui demandai de venir en aide à mes irrésolutions.
J*c(ais depuis trois semaines a Busagnyj }l^^ de Montbreton pressait mon départ pour hàtor mon arrivée à Corcy, et je n'attendais que la réponse de mes lanlcs et de M. de Mornay pour
]>aitii\ n j.t raison ;.. i\-?.-.\' n>^-^'^tov un mariage de con\e.i«.nîo, tout has j'(\sj crois des obsia(;es, cl [)]iîs'LiiiS caus s étaient venues forliner ce désir dt» non-j éu.vsilc.
Les opinions poliiiques de M. Delvaux me semblaient étroites mesquines, et strictement calquées sûr celles d'un minxstèreguelgu'Ufût
p^r un sentiment mêlé de faiblesse et d'ëgoîsme qui me faisait rougir et me rendait impossible d'y persister, je consentis au désir de Marie, et il fut convenu que le lendemain (un dimanche) nous nous délivrerions de toutes nos inquiétude^ par ua grand et décisif courage.
L'écrin avait reprissa place au fond du tiroir. Sous le prétexted'écrireqnelques lignes, Marie^ contre son habitude, remonta dans sa chambre au milieu de la journée, en priant M. de Léautaud et moi de venir contiuMer notre /ar-menfo dans ses excellentes causeuses. Bientôt nouft pûmes amener. |a conversation sur les délicieux bijoux de Bourguignon. — Je prétendis que ces pierres fausses éjiaient parfaitement imitées , qu'on ne pouvait les reconnaître à certaine distajice, et je citai plusieurs femmes du monde qui, possédant de superbes diamants, les mettaient, ppnr compléter leur toilette, avec de faux brillants qui passaient ainsi inaperçus. Marie soutint le contraire. Nous, priâmes M. de Léaiilaud déjuger le débat, et j*offris d'aller chércber poun polAt de comparaison quelques boû-tojas de strafii^ q^ ferauieiit mon livre de
mrsse. En eflet, f apportai les boutons; Marié ouvrît son tiroir, tira son écrin , et parut consternée en le trouvant vide.
On cherche, on interroge, on appelle la femme de chambre qui ne les a pas vus < depuis le jour où madame les lui a fait descendre dans le salon. » Marie ^e souvient alors que ce même jour elle les avait placés sur la table à ouvrage, que, par une incroyable distraction, partant pour la promenade, elle les y avait oubliés pendant plusieurs heures. Elle se rappelle parfaiteinent avoir remonté Técrin au retour, mais elle se souvient aussi qu*étant pressée en ce moment elle Tavaitenfermé sans s'assurersi les diamants s'y trouvaient encore,.. Plus de doute , les diahiants avaient été pris par un pauvre ou par un vagabond. Chacun des souvenirs que nous évoquions venait fortifier cettecroyance. Nous nous étions tenus éloignés pendant quelques heures, nous avions poussé la table près de la fenêtre \ pour faire un tour de valse après le déjeuner, tous les doniestiques étaient absents, Técrin se voyait du dehors, on pouvait s'en emparer en êiendant la main; dans notre promenade nous
avions rencontré des gens inconnus ^ ,d'iine mine effrayante, etc..
AI. de Léautaud, furieux de la négligence de sa femme, ne lui épargnait pas les reproches les plus désagréables. Il bouleversait les tiroirs, nous accablait de questions , fouillait toutes les corbeilles à ouvrage du salon , tandis que Marie et moi restions inertes et consternées, tandis que nous le devenions bien davantage en appre* nant que M. de Nicolaï allait s'adresser à Ta justice et demander deux gendarmes pour faire visiter les chambres de tous les domestiques de la maison.
La soirée entière se passa en conjectures, en récriminations. M. de Nicolaï seul avait gardé son bon sens. Quant à M. de Léautaud , il était étourdissant, et avait un luxe si effréné de regrets , de reproches , de soupçons et d'accusations, qu'ayant appris que M. Alfred de Gouy avait été assez longtemps seul dans la maison, il se persuada très-sérieusement qu'il avait pris les diamants pour les donner à une de ses maitresses,etfutque]quetempspourrevenîrem« par/ alternent de cette insultante prévention.
La nuit qui suivit fût pour moi une nuit affreuse. J*étais horriblement effrayée des suites de notre imprudence. Le matin, je déclarai à Marie que nulle puissance humaine ne nie ferait garder pendant la descente de la justice ses diamants, qu'elle avait cachés depuis quelques jours dans ma chambre. Je voulus les lui rendre, je la suppliai de renoncer à notre projet, s'il en était temps encore. Malheureusement il me fut impossible de la convaincre. Le danger présent semblait Feffrayer moins encore que le danger à venir. Son anxiété fut aussi grande que la mienne; mais elle ne trouvait pas possible de faire retrouver les diamants d'une manière naturelle, et croyait qu'avancées comme nous rétjons, la moindre hésitation serait une iîn\irudence irréparable.
Les paroles de Marie étaient impuissantes à me calmer; mais ses prières et ses larmes m'ôlaîent le courage de l'abandonner à elle-même. Que pouvions-nous faire desesmalïieureux diamants? — II était impossible de les cacher dans l'appartenient de Marie. Sa femme de chambre bouleversait tout vingt fois dans une heure;.-
M. de Lénufnucl semblait en avoir fait l'arène de ses recherches, de son desespoir et de sa Iot quace indignation contre sa. femme. Il n'éiaît pas un coin, pas un petit recoin qui fussent a l'abri de ses investigations; et si je compre-?nais les angoisses de ma pauvre amie, j'avoue que je n'avais pas l'héroïsme de garder son dan-r gereux dépôt. Tout à coup, penJant que nous nous perdions dans'ce dédale de dilBcullcs , de dangers, de désespoir, les gi^ands sabi'es des gendarmes résonnèrent sur les dalles du vestibule, et il fallut agir.
Nous étions dans ma chambre. Les diamant^ s'y trouvaient; nous eûmes à peine le temps de les cacher précipitamment dans une paire de gants longs roulés que nous glissâmes entre les coussins d'un fauteuil. Marie s'assit sur ce fauteuil, et, la mort dans le cœyr, le sourire sur les lèvres, nous attendîmes la On de cette terrible visite domiciliairef.
Les gendarmes firent leurs recherches. Quelle souffrance pendant ces moments! Chaque pas semblait se^ diriger vers nou3,, chaqpe parole nous interroger, chaque regard nous épier. As-
sises toutes deux à la porte de ma chambre que nous avions laissée ouverte, afin de parailre suivre avec intérêt ce qui se passait, nous éprouvions une terreur qui était iin affreux supplice, et qui dura aussi longtemps que les minutieuses recherches des gendarmes. Hélas ! que Ton est faible lorsque la consotence a des regrets et des remords !
Nos iribuhitîons ne cessèrent pas avec le départ des terribles suppôts de la justice. li fallut prendre bientôt une nouvelle délertfcinalîon. • Les diamants étaient impossibles à cacher avec leurs montures. — Je ne savais trop où les mettre. Je n'avais pas une clef qui ne fui abandonné^ à la garde de Lalo, qui était ma caissière et ma confidente; qui, sans scrupule et avec riuiDanîlé que lui donnait sa vieille affection, découvrait et prenait la moitié de mes petils secrels, *^ lisait les lettres que je ne lui donnais pas à lire, et se conGait enlin tout ce que je rie lui confiais pas. Marie le savait, ne voulait pas une nouvelle confidente, voulait encore moins me dccliarger dé ce dépôt; elle se décida alors
à briser la monture de sa parure, et à mélamoiv phoser cette délicieuse toilette en de très-laides et très-matérielles petites pierres.
Ce fut dans ma chambre que nous nous mîmes à l'œuvre, armées de canifs et de ciseaux. Ce travail était très-difficile ; nous étions fort maladroites; il nous fallait laisser h^oiquement quelques petites parcelles de nos mains sans nous plaindre et nous décourager. Cependant, à la fin, et pour détacher les plusgros diamants, nous eûmes l'heureuse idée de les placer sous nos pieds, et cela devint moins long, moins écorchant et plus facile.
Tout en faisant ce travail, nous parlions de ]ft. Delvaux, de mariage, de corbeille et de fêtes; car Marie, qui me voyait inquiète, effrayée au moindre bruit, voulait me distraire et peutêtre aussi s'étourdir. En démontant une assez grosse perle, je fis remarquer qu'elle semblait être la sœur cadette d'une autre perle que nous avions admirée sur un^ bague d'émail bleu appartenant à M"^« la comtesse de Courval.
« Elle est un peu baroque, ce qui lui ôte sa valeur, et l'empêcherait oeut-être d'être mon-
tëe à jour, me répondit M°*® de Léautaiid ; mais si elle vous plaît, et que vous la vouliez accep^ ter, j'en serais enchantée.
— Merci ! lui dis-je en riant , ce serait voler notre héros,
— - J*aî une bonne idée, écoutez! Cette parure est quelque peu la cause première de votre mariage. Je veux lui emprunter mon présent de noces, le souvenir qui liera le passé de notre amitié de jeunes filles à l'avenir de notre amitié de jeunes femmes. La grosse perle sera votre Georges. En voilà quatre petites auxquelles nous donnerons les noms des personnages de notre pauvre drame. Celle-là, la plus laide, sera M. Clavé, cette autre M"^ Del vaux, et voilà les deux Maries. »
Tout en riant de bon cœur de cette folie , je ne voulais pas accepter. Marie se fâchait et disait :
« Voyons, c'est un présent de noce. Vous m'en ferez un aussi que je vous promets de ne pas refuser. Cela n*approche-t-il pas d'un échange ?... Vous vous entêtez , voici encore un accommodement. Je vous dois je ne saî*^ quelle
petite somme que vous m'avez prêtée... Si vous voulez mes perles^ nous serons quittes.
— Eh bien , j'accepte ainsi.
— Merci; et mettez alors ces peries de côté afin qu'elles ne se mêlent pas avec les autres. »
Nous n'avions pas encore fini lorsque le couvert sonna } et^ comme il y avait du monde à dîner, et que nous ne voulions pas que notre inexactitude fût remarquée, nous mîmes précipitamment les diamants entre la ouate d'un sachet, en laissant à quelques-uns une partie de leurs montures. Le lendemain , Marie voulait les achever, mais je m'y opposai,un peu par paresse, disant à Marie, qui m'observait^ que ce qui restait de la mopture les ferait facilement reconnaître; qu'avant la vente nous la briserions.
Le soir, pendant que ma vieille Lalp me déshabillait, je lui demandai l'effet produit sur les domestiques par la découverte du vol et par les mesures qui avaient été prises dans la maiinée-. Elle me dit qu'ils étaient tous consternés, qu'ils exprimaient tout haut leur mécontentement contre la négligence de M"^"" de Léautaud , qui
i7 avait laissé traîner un objet aussi précieux dand un salon ouvertau premier venu, et leur indignation contre la feibme de chambre qui, n'ayant pas eu le soin d'ôter la clef du tiroir de sa maîtresse pendant les fêtes du mariage d'Osny, les exposait ainsi aux recherches humiliantes de la police et aux soupçons plus humiliants encore de leurs maîtres. J'appris aussi que M. de Nicolai ayant plus particulièrement soupçonné un nouveau domestique nommé Etienne, le pauvre homme était au désespoir. Il craignait d'être renvoyé sans certificat; il se voyait perdu, déshonoré, et il avait une femme et plusieurs enfants.
Je fus bien malheureuse de la douleur de cet homme que je savais innocent et que je ne pouvais défendre. J'avais cru faire une action imprudente et blâmable; mais lorsque je méjugeai avec plus de sévérité et de justice, j'eus des remords , des regrets intolérables qui me firent oublier toute prudence pour ne penser qu'à l'inquiétudedu pauvre Etienne. Je chargeai Lalo d'essayer de le consoler, de l'assurer de ma part ^ne, loin de douter de sa probité, et s'il ne pou*
vait rester à Buzagny, je le recommanderaîs à mes tantes, qui voyaient assez de monde pour lui trouver une bonne place. — Je lui Cs donner mon adresse afin dëu e bien sûre qu'il s'adresserait à moi , pour m'assurer ainsi les moyens de réparer un peu le mal involontaire que je lui avais fait , et je promis de parler en sa faveur à M^^'^deLéautaud. Le lendemain j'essayai de faire partager à Marie mon chagrin et mes remords.
Je la suppliai d'avoir le courage de soutenir contre les soupçons de sa famille un pauvre homme innocent, qui était noire victime. Elle le promit; maïs, faible et oublieuse à l'excès, elle ne se souvint plus de sa promesse ou n'eut pas le courage de Taccomplir.
Les réponses que j'attendais de Paris arrivèrent. Celles.de mes tantes me conseillèrent de ne rien presser. Elles trouvaient la position d'un | sous-préfet trop peu stable pour pouvoir se pas- j ser de quelque fortune. Celle de M. de Mornay était positive. Il m'écrivait que Tavenir de | M. Delvaux n'était pas de ceux qui s'améliorent j avec le temps, qu'il avait tout à craindre^ rien à espérer; les renseignements qu'on lui |
4»' avait doBnés n'étaieni nullemem (aToral^ldi. . Enfin ce noble ami de ma mère concluait à nm refus par les plus sages réflexions.
A ces nouvelles rindignation de Marie fut excessive. Elle trouvait ma confiance entière en M. de Mornay ridicule, son intervention de la dernière inconvenance, son jugement faux comme son esprit, etc. — M"*^ de Nicolaï se crut obligée de me faire aussi un sermon (ji'une aigreur et d'une extension formidables. Enfin il me fallut pendant tout le jour me sentir froissée par de blessantes paroles, m'entendre i*ëpéter mille et mille fois que ma position dépendante ne me permettait pas de choisir, et qu'elle me faisait un devoir d'accepter avec reconnais-sance le premier venu.
C'est un triste martyre pour une pauvre jeune fille que toutes ces sollicitudes qui l'entourent et veulent la pourvoir d'un mari. Il faut qu'elle soit heureuse malgré elle, et il n'y a pas de par. don pour celle qui refuse la pilule de bonheur formulée par l'amitié.
Triste et ennuyée, et voulant partir le lendelûain, je dis à Marie que, mon mariage avec
.M*: Debranx létMrt lt>mpa ^ j^dUûs i^k irefidr^ f gs idiainiîiitd^ Ce fut alors une véritable colère. -^ Marie m'accusa de chercher à la peivlre,i»6 re- >p0(Xrhade I*abandonner poiir mé veog^r de quel^ rques paroles vives que venait de lui iuspiref son râmitié. Elle me dit que je ne Tavai^ jamars aimée; qu autrefois j'avais exalté sa tête pour M. Glave, et que maintenant je }a laissais seule -fMOur supporter lesiB«iitesde ribooQseqtience que .'j'avais pirtalgéé; que ma conduite était ég<Hste, inhumaine, infâme,., pma enfin arrivèrent les fpa9t>l6s dô tendresse ;et de p|rièi!es, héUs! b^attcnupplua fûrmidables contre ma résolution.
J'étais désoiée. le on pouvais la calmer, «t -jTessayaîs vainement de lui faire comprendre que, ma position étant encor^millefois plus dépendante que 4a sienne^ il me serait impossible ! de lui être uti)e ; que je ne connaissais pas de bi* i joutiers^ que je ne sortais jamais seule , que je B€! pouvais voir M; Clavé pour lui remettre les dtaîuarits tels qu'ils étaient, et encore moins les envoyer sans mettre Lato dans la confidence.
Mhrîe, tout en étant forcée de convenir que mes raiâooâ étaient bonnes, me demanda de
garder son dépôt jusqu'au jour où elle aurait ^ trouvé le moyen de le convertir en argent , et appuya sa prière sur Timpossiblité de les garder elle-même , sur l'absence de M"® Delvaux , qui la privait de ses conseils et de sa participation pendant six mois^ enfin sur l'insignifiance et la passiveté de mon rôle , qui consisterait à garder un sachet dans une de mes armoires ; presque honteuse de ne m*4^tre pas mariée pour M"^ de Léautaud , j'acceptai la charge secondaire qu'elle me donnait avec plus d'ennui que d'inquiétudes sérieuses.
Je restai quelques jours encore à Busagny.
M'^^de Léautaud voulut me conduire elle-même à Paris. Ce petit voyage devint une charmante partie de plaisir. Après avoir traversé par la plus belle matinée de juin les ombreuses allées de la forêt de Saint-Germain , nous échangeâmes notre léger briska et nos rapides chevaux contre les wagons du cheipin de fer ; et l'industrie, soufflant dans ses chaudières, nous poussa Ters Paris par la toute-puissance de la vapeur, ce Pégase bien-aimé des existences positives.
Quelques jours après je partis pour Ckw-cy • Je fus heureuse el flattée delà tendre réception de M""^ de Hantbnelon.ie lui racontai le projet 4e mariage que «la sœur nvail çpmbÎJQé, en me platgnaot doucement à elle de l'aigreur de Mih rie et du Màmesévère-de sa mère après mon re^ fus. M"'^:de Montbreton m'approuva. Selon ses idées ^ rieq n^ctoijt moii;is convienableque ce mariage. M. Delvau;t a'avqjt p9$ de fortune» sa position était précaire, ses parents irès^ommuiis -H «a MUiié ineonte^UiMe.
L*èxcellente M^ de Montesqmott me reçut' eomme un enfant retrouvé, avec une touchante sollicitude pour ma santé, mes sentiments, mes |>rbjets à venir. Il fut convenu qu'après les six semaines que je devais donner à M"*^ de Montbreton je viendrais m*éta1)lir chez elle, et je fus bien heureuse de cette réunion, qui devait être êouce à mon cœur et m'apporter de sages et prudents conseils.
Jamais Corcy n'avait eu des jours aussi brillants et aussi animés. On y menait une vie de château charmante. Toute la famiHe de Montaigu y passait une partie de Tété. M^^ deM**% revenue de Rome, ou elle avait été faire une espèce de saut de Leucade, plus heureuse que Sapho , en avait rapporté l'oubli et nous faisait jouir de son esprit vif et varié. W^ de B*** était toujours grasse, toujours bonne, toujours gaie. Enfin M. A. de M*** avait de grosses joies d'artiste et d'enfant , — odieuses à M*» de Montbreton, qui le trouvait un peu niais en le trouvant incapable de ces belles passions ou de ces muettes admirations, tribut ordinaire ^u'un jeune homme doit payer à Tbospitalité
d*oDe gracieuse maîtresse de maison. Une grande partie de l'esprit de M. de Montaigu était dans ses pinceaux et dans sa voix. Il eût été imprudent peut-être de causer sérieusement avec lui, mais il était fort agréable de lui entendre chanter les sentiments et les impressions d'autrui. Nous faisions souvent de la musique ensemble. Il est impossible de trouver, sans le secours de Tétude, une aussi heureuse facilité et une aussi belle voix. Il faisait de mémoire les traits et les fioritures les plus difficiles de Lablache et de Tamburini, n'avait pas besoin de prière pour daigner chanter et ne se fatiguait jamais.
Presque toutes les heures se passaient réunis à Gorcy. On restait au salon après le déjeuner. M"'^ de Montbreton se couchait sur sa chaise longue et tour à tour on venait causer avec elle. On lisait, on travaillait. — Après une demiheure de toilette on se retrouvait pour diner, et la soirée se passait en causeries générales en musique, quelquefois en danse. Le dimanche 9, Gorcy réunissait tout le voisinage.
Mes maux d*estomac continuaient à me reùr dre pale et soufl'rante. Je vivais de lait et 4%
fraises, je faisais quelques promenades ii piëd i niais plus souvent de longues courses a cfeevat. Àtdrs on m^àniënait db Villers-tieïlbn mon bel et fougueux Ëiràm , qiie M. Ëlniôre y avait laissé; et, accompiaghé de M. de Mohtbriglon, j'allais iâii loin visiter quelques châteaux, quelques beaux sites, ou faire des emplettes cliez les marchands de rococo de ViUers-toterets.
Chaque joiir ajoutait à ramabiiite de SI. de Montbretoii. Il mé faisait une cour assidue et três-sihgulière, en ce qu*ellè avait la haute convenance de ne pas s'adresser à la jeune personne assez insignifiante, maisàlajeûneJTemmé embellie, orpée, élevée par un mari à Thonneur de mériter beaucoup d'hommages, de déclarations et d'adorations. Rien n'était plus immoral que cette petite cour anticipée; mais j'en riais, et je trouvais original de laisser adresser à mon avenir des nommages tolérables dans leiir lointain ridicule, et dont je n'aurais piais souffert l'inconvenante légèreté s'ils eusseiit été à l'adresse du présent. Je racontai cela à M'*^® de Montbretôn, qiiî S'en amusait journellement, et me demandait en riant de la débarrasser par
un pea de t>ftttence de la jalousie de son mari} elle me racontait combien il détenait enn^yeut et insupportable dès qa'il n*avait qu'elle seult à aimer.
M^* de ifontbreton avait une foi ardente dans le magnëtisme ; elle en prêchait lea myslères , en garantiissait les cures mirsicttleuseS) et avait la manie du prosélytisme. M. de Montesquieu était le champion dont elle combattait le plus difficilement rincrédtilité savante et raisonitée. Aussi résolut-elle de le convaincre en se servant de moi poiir lui prouver sa puissanee aomnifèie.
Un jour que je revenaiis d^iine longue counse à cheval, très-fatiguée d^une chaleur étouffante et de vives douleurs d'estomac , M™* de Montbreton me fit déshabiller, étendre dans une molle bergère, mit mes genoux entre les siens, me fit fermer les yeux, et commença des passes lentes et continues qui tne semblèrent d'abord alloùrdir Fairque je respirais, — puis, après une demi-heure , me plongèrent dans un profond soinmeiL Je dormis quelque temps. Autour de uiôi^ à môâ rëvèil, on criait au ntraoki. J'étais
eo
devenue, saiiaië saroirv un sujet rare, précieux, l'espoir et l'honneur des magnétiseurs. On parlait de recommencer rexfiérience, de Bp'înterroger sur mes souffrances. Je voulus dire que peut-^étre la fatigue m'avait endormie... on me ferma la bouché par m ille argumen tsconclua n ts, et, ne me sentant pas la force de la discussion , en toute paresse je crus ce qu'on me dit de Croire. = . •',
Les jourfi suivants de nouveaux, essais furent tentés , et le sommeil vint confirmer le premier -triomphe sans cependant convaincre les incrédules qui osaient trouver naturel que je m'endormisse à minuit après une journée de fatigues* Ils opposaient surtout mop silence au triomphe de M'^^de Montbreton; car malheureusement je ne parlais pas, et, muette Pythie, j'étais sans oracle sous l'inspiration du Dieu qui fermait mes yeux. : :
Un matin je fus éveillée par M™® dq Montbreton qui yint s'asseoir sur mpA.lit ayqç le premierrayon du -soleil. « Eh bien, ine dit-elle, vous avez.parlé, parlé de votre saQlé , de moi, des diamants.... ie me sentis fri^onnfi* ^ ce
dernier mot, mais bientôt Téxplication mit un sourire sur mes lèvres' et le calme dans mon esprit. J'^avais répondu aux questions qu'elle m'avait adressées sur Técrin de sa sœur, qu^il avait été pris par un étranger, vendu à un juif; que les diamants n'étaient plus en France, etc. 11 me fut impossible de ne pas devenir incrédule à ce récit de mes paroles ; et, ne voulant pas me prêter à mon rôle de faux prophète, me laisser ériger en' sibylle à la face du monde, je demandais en grâce le silence et le secret ; M°^e dé Montbreton ne m'accorda ni l'un ni Taulre; elle était dans l'ivresse du succès, écrivit à sa mère, ennemie du magnétisme, ladmirable résultat qu'elle avait obtenu, et le dit bien haut et très-victorieusement à tout le voisinage.
Je continuai ainsi pendant près d'un mois mon rôle. de joujou parlant, disant de grosses bêtises dans mon sommeil, et condamnée à ni en reconnaître l'éditeur responsable au réveil. Un jour je fus fort étonnée de ma science j M"^® de Montbreton, ayant à sa figure un petit bouton qu'elle voulait et ne pouv^t guérir.
demanda conseil à, ?on adepte, et je lui prèscrivis une pommade mélangée d'alun et de mercure; malgré les prières de son mari qui criait à l'imprudence , malgré les miennes qui la suppliaient de soumettre à un médecin la savante ordonnance, elle voulut user du somnambule remède, et j'en ignore encore le résultat.
Toutes ces choses, qui avaient été pour moi lin jeu, du repos, et que|ques heures de distraction pour les autres , me préoccupèrent bientôt yivempnt j il y avait là un mystère Que je ne pouvais résoudre; mes paroles, aueîe savais fausses le plus souvent, ne me permettaient pas d*avoir la foi qui sauve de la réflexion, et mon respect pour le caractère de ma magnétiseuse ne me permettait pas sans doute de soupçonner une comédie; j'en causai avec, ma Lalo, esprit fort et philosophe, qui , ayant deinandé la permission d'être en tiers, ne l'obtint jamais, malgré son désir et le mien.
Mon incrédulité n'échappait pas à M*"® de Montbreton; en vain elle voulait la combattre; ^Qus les raisonnements échouaient, et l'empire
habituel qn'^}l^ âvaif i^ui* roa pensée était ioi^ puissant pour me conyaiBcre, .
Uiie circonstance pie^ sin^Uère me donna presque la foi. L'administration des ibréls avait an procès avec M. Charpentier; qae|ques paroles d'un inspecteur m'apprirent qu*on le trompait iudignement , et^ par un sentiment irréfléchi ^ je lui. dénonçai le complot en lui indiquant le^ moyens de le déjouer* ie sentis que le inonde Be me pardonnerai! pas cette déniarclie; je |a cachai soigneuseinent. Qoe| (ut mon éfof^ne*ment lorsque je sus par M""^ de Montbreton que je lui en avais par|é dan;; un accès de confiance somnambulique... et dit mot à mot le contenu de la lettre. J'9voue que je ne sus pas rire avec elle ^e mon indiscrétion involontaire; j'en fus désolée et ne permis plus de nouvelle^ expériences.
Depuis, j'ai appris que mon secret ayajt été 4écouvert, non point miraculeusement dans mon sommeil, mais tout $imp)emen|; dansiuon écriioire, où jç^ le croyais en sûreté,
yn soir que nous lisions tout haut quelques jolies pièces (Je Scri|)e , il nous prit un désir fou
de jouer la comëdie; aussitôt tes rôles sont distribués, copiés; on cherche les airs des vaudevilles, on pense aux costumes , aux décorations. Quel plaisir! que de mouvements! que de projets! M"** de Montbreton, qui était déjà montée sur des planches châtelaines, prit les plus jolis rôles et fut la prima-donna ; on me chargea des jeunes innocentes, naïvement niaises, avec un tablier vert et une rose sur Toreille; M. de Montesquiou fit les pères nobles , Auguste de Montaigu les comiques, Fernand les jeunes premiers.
Nous passions nos journées à apprendre nos rôles, les uns marchant à grand pas, les autres immobiles et la tète dans les deux mains; M«»« de Montbreton se balançant dans son hamac; moi, placée dWdinaire auprès d'elle, et grimpée au haut d'une échelle gymnastique, j'avais mes yeux sur mon rôle et mon esprit dans les nuages... Le soir on répétait, on critiquait, on riait de bon cœur des ridicules intonations, des gestes surnaturels^ et rien n'était gai, amusant , original comme celle vie de comédien.
* Nous étions à la veille de débuter ; le théâtre
était dresse, nos costumes prêts, les voisins conviés pour nous applaudir, lorsque je reçus nue lettre de ma tante Garât qui me rappelait sur-le-champ h Paris où m'attendait mon oncle deMartens avec un mari! La nouvelle et Tordre de départ me consternèrent.
« Mon Dieu ! que vous arrive-t-il donc? cria^ M""' de Montbreton en me voyant lire ma lettre.
— Ce qui m'arrive, madame, un mari !» Et je lui racontai le rappel subit de ma tante.
On tint conseil, et sur le théâtre même où nous achevions la répétition il fut écrit à ma tante que je retarderais d'un jour mon arrivée, ne pouvant faire manquer le plaisir des autres, mais que je partirais le soir même de la repré-* sentation.
En effet, fatiguée d*émotions, étourdie d*ap» plaudissements, je sautai du théâtre dans la voiture , emportant les couronnes et les bon* quetsdu triomphe, et je revins à Pari$ encore toute enivrée du parfum de mes fleurs et dei» joies de mon succès.
Ma tante me reçut assez froidement : elle avait quitté la campagne et ses amis pour Tentreviio; nv n retard d'un jour avait forcé iejeuuo homme éloigné pour ses aïïaires, de* la remettre à la fîn de la semaine. On daigna me donner alors quelques détails : ce monsieur était Tils d*uii maître de poste des environs de Paris, avait de la fortune, vingt-six ans, une jolie Ogtire! Je Départageai pas l'enthousiasme général; dé^ cidée à faire un mariage de convenance, ma raison trouvait de son domaine la position do
forlune , mais elle n'avait que faire de la jolie figure , et ma vanité se révoltait un peu à l'idée d'épouser un maître de poste ; car j'avais toujours vu ces sortes de spéculationsentreprises par de gros fermiers enrichis, sachant trèsbien compter et très-mal parler, ayant beaucoup de vanité et de sottise.
Je hasardai quelques-unes de ces remarques qui furent très-mal reçues; on me fît entendre que, sans beauté et sahs dot, je ne pouvais prétendre à mieux ; et ma tante, dans son désir de me voir heureuse et mariée, oubliait qu'elle ne froissait pas seulement ma vanité, mais qu'elle torturait mon cœur en ipe faisant douter de la tendresse maternelle du sien.
Le lendemain M. de M^rten^ revint nous trouver avec un air mystérieux; il avait réfléchi à mes objections de la veille ; il les comprenait, et m'offrait à la place du maître de poste un. maître d^ forge. Je ne pus m'empêcher de rire avec ma tante Garât, en lui demandant où il avait trouvé cette mine de maris; il ne partagea pas notre hilarité, et répondit froidement quil avait fait leur connaissance chez; un riche com-
tnéîçantavec lequel il était en rapport d'aiïairetf» Je ne connaissais qu'un seul maître de forge ^ M. Muel ; je le savais très-riche, très-instruit ; ' il passait six mois à Paris et six mois dans le» Vosges; on m'avait dit que ces sortes de spécu-*; lations donnaient une grande influence dans let pays qu'on habitait; ma première impression fut donc favorable , et , comme la contagioq de s'occuper de moi et de me marier gagnait d*une manière formidable parents, alliés, amis^ comme il fallait subir la commune loi, je résolus celle fois d'examiner sérieusement et avec là ferme volonté de ne plus reculer si toutes le! conditions voulues se rencontraient.
M. de Martens n'avait pas pris de renseignements positifs; il craignait que la distance de Paris ne m'elTray&t , et ma tante Garât reculait aussi à ridée de cette sé|[)âlratioi} qui lui sem- 1)lait un exil. Cette idée ne m'arrêta pas uri instant; j*avais été à Stmsbourg, je savais qu'on était civilisé même h cent lieues de Paris : avec de la fortUDe, lei distances disparaissent; et f quant à la vie de^hâteau , j'avaisencare la tôt» m riMpliedés plaisirs de Corcy qtie je nb Im; m*
doutais pas, et, sans Tespérer aussi brillante et animée, je la révais douce, libre, hospitalière.
Des détails plus précis arrivèrent : M. Lafarge avait vingi-huit ans, une famille honorable, une moralité reconnue, une grande capacité, et le désir de pousser aussi, loin que possible son industrie; il possédait une des propriétés les plus agréables du Limousin, une usine, un haut fourneau, deux cent mille franoi^n fonds déterres, a l'abri des chances de jse« spéculations, et des revenus considérables sur la forge. On me dit aussi qu*il était depuis six mois à Paris pour ses affaires et son plaisir, qu'il voulait ramener dans sa solitude une femme instruite, qui sut l'animer avec de Tesprit et des talents ; quil n'avait à Paris .personne de sa famille, mais pour amis et répondants M. Gauthier, député d'Uzerche, et le général Petit, pair de France.
Ma tante oublia un peu les cent lieues qui allaient nous séparer en écoutant le compterendu de la position de M. Lafarge; tout cela me convenait aussi parfaiicment. Comme on ne parlait pas de rextériour, \^n avais bi«Q un
peu pear; maiâ, faieant nn retour sur les maris que ]c connaissais, je les vis tous si peu agréa* bies que j'en conclus que c'était une presque nécessité de la chose.
Il fallut arranger une première entrevue pour que les refus de part et d'autre fussent possi* bles et moins embarrassants; on convînt de se vojftt de se juger au concert de la rue Vi* vienne? M. de Martens l'ous y rencontrerait par hasard ; il nous présenterait M. Lafarge comme un de ses amis; une conversation s'engagerait, on pourrait se connaître un peu, et on se ferait part le lendemain des impressions reçues.
Ma tante était tellement folle et joyeuse de Tavenir qu'elle voyait sourire pour moi , elle me promettait tant de bonheur, unesî Mie cor^ beille, un si joli trousseau, que je me laissai aller, insouciante et tranquille, à ces rêves dorés, et, soumise cette fois aux réalités et au sens commun de la vie, je croyaisôtre sous J'empire de ma raison parce que je n'étais pas sous celui dcnioncoMr*
Ce fut un mercredi que je vis pour la.premièro lois II* Lafàrge. Lo4en^ éuû4 adiniraMi'4 îi u'y
gljf -^
àvâii pas (ili ll«à^ e«rr TmiiI* dh dqf ^ pos un pressentirÉent dans ttiem àme«
fiélô^l brise .plaintive qui ¥eaez qtielfpefoiâ pleurer avec ce monde, ptirtirquoi vos gémisse^ Mienis n'ont^Hd pas éreiMé nn ëcfao dans ibon l^ur ! Nuages qui portez la tempêté, pourquoi he pas avoir «bvoyé votre foudre pôof rëveiJlor tnôn sommeil, vos éclairs pour signaler iSA^mel Et vous , bëauK ilstres qui vous aUuniiez dans la voûte ëibér^e, vdus Avet brillé sur mot^ ot pÀs une dé ce» 'étoiles filantes^qqi^ pâles et pcc^ ^hétiques^ glkssètat dVM TéfipMe et tombât âiv la terré, n^est ventiéddliiidr Ben présage df mort à la pauvre Marie!
Maianté tn^àvtàit paréddesteonlèiir^ qui m^alr tâient le miëulg. L'ôrcke^trë, ^i répétait les enr traînante^ valses 06 Strauss, avait anin^é ihefe yeux dés sduv^nirs 4e bâi et de plaisins. J étais assez jolie lorsqbéM. Irafarge nous Ait présenté^ et je commis bien vite que je lui plaisais.
Ma première imprttsiDtt nelijtpttautai fAr vorable. Je trouvai M. Lafarge bie» laid. C'é^ïàit là figut'é et là Tallfo ta ^» iwlustrielle t il ine partit !dÉ|[MIÉp^ fWlIi Mft^pâpolès^ ^^i-
I rènt dans les bruyante harmonies du concert; et en m'endormant le soir je fus bercée par le tourbillon des mélodies germaniques » et fort oublîtuSë de là grande entrevue.
Le lendemain, an réveil, la réflexion survint aprèlï là prik*e. Lorsque je fus appelée chez ma tante, qui parcourait d'un air enchanté une masse de lettres de toutes formes et de toutes grandeurs ^ elle me dit que j'a?ai3 fait la conquête de M. Lafarge» qu'il était amoureux fou,
I qu'il lui avait écrit pour lui demander ma main et lui envoyer tous les rensei^ements les plus minutieux sur sa fortune» sa position , son cafactère. Ces lettres semblaient dictées par une vive affection, mais les signatures honorables qui les terminaient ne permettaient pas de èraindre qu'elles fussent exagérées. Des lettres écrites dans le but d'^ct^^im* les sollicitudes d'une famîUe, écrites pour être la pierre fonda*
\ kfietatale qui doit assurer k une jeune fille les sérieuses garanties d^une oxistence honorable, solide, ind^M»dMite,qiii lui promettent rameur d'um nMv«lie familial» Hrpt^ptiqn d'un ^Mûfe d*faMmij»,4fgJAtln»» jiWN saq{*/|^4oî-
\et)t êirë rdfléchîes, irrécusables, pleiiles de vériié et de sages appréciations; il n'est pas permis de s'en méfier.
L'une étaii de M. deChauffailles^qui) parent assez proche de M. Lafarge et propriétaire d'usines considérables, devait être le meilleur juge et le plus sûr garant de la position pécuniaire et induslrielle de son cousin.
L'auire , de M. de Chauveron , avocat, se di- ' sant Tami intiine et rbommed'qtfTaires de la famille, était pleine des plus pompeux récits sur la fortune, les forges, le château du Glahdier, ' et des plus touchantes paroles sur raflection, le dévouement et l'intimité intérieure des^arents de M. Lafarge.
Des propriétaires assuraient la valeur territoriale de la propriété. M. Boutin,curé d Uzerches, garantissait la moralité, et, dans sa connaissance du cœur humain, envoyait à la future un tableau gracieux et détaillé de la maison où elle allait déposer ses rùves de jeune fille et fonder son nouvel empire dans l'abondance et la joie!
Tout cela devait parfaitement rassurer, ^— et " ûcjpiendaÀt ma tante voulut dav^atage. Elle pria
un de ses amis, M. Doublât, de s'adresser direotement à M. Gauthier, député d*Uzerche, qui donna les plus grands éloges au caractère de M. Lafarge et les plus satisfaisanles garanties sur sa position industrielle. M. Gauthier ne se borna pas à de vagues renseignements. Intimement lié avec M. Lafarge, il le regardait comme ' son fils. Sa fortune, qui lui était bien connue, était Tune des plus belles et des plus stables du Limousin. Il avait une de ces vastes capacités qui ne vivent que pour le progrès, un cœur généreux et la plus stricte probité.
• Monsieur, disait M. Gauthier en finissant cette brillante énumération, heureuse la jeune femme qui lui confiera son lionheur ! Si j'avais une fille, je me trouverais fier et heureux de Taccepter pour mon gendre. »
En lisant ces lettres, en écoutant ces renseignements, je n'osai plus parler de la figure de M. Lafarge, ni Topposer comme un obstacle à côté des grandeset nobles qualités qu*on lui don* nait. Je voulais entrer avec ma raison dans la partie sérieuse de la vie, faire un mariage de convenance. Toujt était réuni» et je trouvais plu£(
Vi,
de garanties morales qu'il ne s*eii rencontré or* dinairement. Je me voyais aimée par lih excellent mari; orpheline, je retrouvais une mérè qui, bonne, aimante, dévouée comme on me la peignait, devait entrer profondément dans mon affection. Éloignée du monde la plus grande partie de l'année, je voulais vivre pour des amis qui viendraient peupler ma solitude, me faire bénir et aimer des pauvres ouvriers qiii nous enrichiraient.
Quoique ma tante fût enchantée de mes dispositions, elle résolut cependant de ne pas mé permettre de longs tête-à-téte avec celte belle dame raison, encore un peu étrangère chez moi, et qui , comme tous les despotes, a besoin d'une obéissance passive. Elle me gardait près d'elle, me parlait de mon château, de Thospitalilé qu'elle viendrait m'y demander et des retours à Paris.
M*»® Duiauloy, à iâquelle f allai aussi parler de ce mai'iage , mé dit qu^il y aurait de la folie à né pas accepter; ériîin, tout se réunissait pour me décider.
Lé vendredi, ma tante rendit une réponse, si-
rr
non pôktttte ^ 4tt ifi<4ii8 u^fioiioraUe à M. La« , large, et Kï^rSique j'entrai dans le 6alon ils par* laient ctisetnbie d^ mille détails intimiSSi confl* deûtielii, (}(ii fie (terent pas int^rromfms par mon arrivée.
< Il faut allét* ôhes mdn notaire pour que vous ausàl , AiôDsielit, puissiet prendre les rensei* gtieitiénts nébessàir<eS) disait ma tante»
— hes renâeigdementa! à quoi me serviràietit-Hs?... Je connais M"^ Marie, et la question d^argent est devenue nulle pour n^i. »
Je fus émue et reconnaissante de ce désintéressement, ie tendis la main à M. Lafarge, et il meparlâdeia mère, qui sauraitm'aimer comme sa fille, puis d'autres projets à venir. Il me dit que le Glandier était un peu isolé, mais qu'il y recevait beaucoup de monde i^ è% que ^ tous les printemps, ses affaires rappelant à Paris, il m ramènerait dans ma famille.
Le lendemain M. Lafarge nous apporta les Comptes de son usine ; les revenus actuels s'élevaient dé trente à trente^cinq mille francs , et lor^u'one route départementale, qui devait oji-* vrirla communication avfil^ Ueerchevauraitfjiit
fê
cesser te iraràport onéreux deslers àdosde mù-« lets, lorsque les capitaux que j'appcM^tais auraient permis d'augmenter la fabrication, ces rcA'enus s*élèver!iient annuellement au rnoin^ à cinquante mille francs.
Le dimanche, M. Lafarge vint dîner à la Banque ; ma tante et lui avaient un air de mys^ tère lorsque j'entrai dans le salon, et ils me: montrèrent le plan colorié d'une grande et belle usine , d'un délicieux château dont les ardoises bleues «e perdaient coquettement dans le bleu du ciel , et dont les terrasses blanches descendaient sur un jardin aux carrés symétriques, aux bordures de buis, aux jets d eau rococo.
Le côté opposé du château donnait de plainpied dans un verger, sur les pelouses duquel dormaient les vieilles ruines gothiques d'une ancienne église de Chartreux; une longue allée de peupliers servait d'avenue, et la petite rivière qui prélait la force de son courant aux usines , dans sa courbe gracieuse et bouillonnante, servait aussi de clôture aux jardins* Je saluai d'un petit cri de surprise cette jolie habitation. «C'est la v6tre^ madame , dit ma tante
ro
tu m embrassant et en donnant ina main à M. Lafarge;c'e&t bien la tienne, enfanii car sans ton consentement nous avons b&té les ennuyeux préliminaires du mariage , elles bans ont été publiés ce matin. »
J'eus un moment d'effroi!... dans les yeux un sourire et une larme; ma tante calma mon émotion par mille excellentes explications.
Elle me dit que M. Lafarge, éloigné de ses forges depuis six mois, y était rappelé par d*indispen* sables affaires; je devais savoir que rien n'était plus odieux que ces éternelles entrevues^ où il était impossible de s'étudier et très-possible de s'ennuyer ; enfin que M. Lafarge étant fier de moi voulait me montrer aux grandes courses de Pompadour, qui réunissaient toute l'élite de plusieurs départements, et ces coursçs avaient lieu le l&août.
« Un peu de pitié ! ajouta ma tante en riant ; il brûle d*amour et d'impatience. Moi, j'étouffe dans ce brûlant Paris , où je suis revenue pour ion mariage ; rends-nous la vie et la campagne ie plus tôt possible. »
On discuta la corbeille; M. Lafarge voulait
me donner tout ce qu'il y avait de plus beau ; ma tatltëiéki^îtiqTr'irileflt paf^defoHM; c^ë^. tait nh combat de dëiiméressèmetit, de gênédenses prodigalités, dé sages prévoyahctes; ^ moi, àsseï enibarrassëedfe moit r6!e dt tîêri, je me mis au piano. A[irès quelque temps, SI: Lafarge vînt me rejoindre dans renchantement ; il adorait la thusique, i! me découvrait avec bonheur ce talent. Il ftit décidé qu'il mé donne^ tait un excellent piano , ist que nous irioni le lendemain lecboîsît' chci We^cï. Nous y fftrhe* en effet, et j 'fen fis porter plusieurs à la Banque, pour les essàyet quelques joui^s hors des appartements sonores du grand facteur.
Lorsque mon choii se fut arrêté sur un délicieux piano carré, je le fis partir par le roulage accéléré, afin que ce nouvel ami fût arrivé avant moi au Gland îer.
Après cette soirée du dimanche, qui ftit décisive, les jours se passèrent occupés, touriiillonnants, et je n'eus pas un moment pour sonder ma pensée , pas tin moment pour r^ter mon regard sur le passé et le porter avec calme sur Ta venir. Les matinées étaient devenues fe
proie des ouvrières de M™® Colliau, qui venaient essay^er mon trousseau, discuter quelques articles , m'en faire choisir quelques autres. Ce trousseau était ravissant, commode, et choisi par M™^ Dulauloy, qui lui avait donné son ca-^ chet de bon goût et d'élégante simplicité. Cette recherche des choses inaperçues de la toilette m'a toujours semblé pour une femme un luxe presque de devoir.
À midi, ma tante s'emparait de moi jusqu'au diner; elle s'était exclusivement chargée delà corbeille et bouleversait toutes les boutiques, toutes les intelligences artistiques de la toilette, pour avoir quelque étoffe nouvelle , un bonnet inconnu , un chapeau surprenant. Au retouf , quand M. Lafarge ne nous avait pas accompagnées dans quelques-unes de nos courses futiles, il venait passer deux heures près de nous; quelquefois nous allions au spectacle, d'autres fois ma tante allait dans le monde ; et je restais seule alors, écrivant à mes amies, faisant des comptes, ayant à peine quelques minutes à donner à mon piano.
M'"^ de Monlbreton m'écrivait tous les jonrs^
afin, dîsaît-elle, de me faire comprendre tout le -honheur (jui se^p^yéi)araa^pQur mo^ de.np pft^ laisser à la folle du lojgis^ temps de mooter^Y^^c, ntinges;^ M^Tr^ fH^t9Jid;^t^ît ep,^fxv&,.qlie;^,
de ses diamants : il m*était impossible deJes,Yendre avant ma nouvelledignitéd9ifeipme,e\j^i3^ départ précipité ipjempêcbgit xje.pi'en occuper
lui être si parfaitement. inptile, et aussi ,çio^r^ désir ardent de l^i^ren^eltre son (J^pôt et^de ^p plusêtre chargée de cette lourde responsabilité.
mains les diamants; que les recherches. et les souDçops de M,^de Léauîaud ^f aient panp.ÇjÇS^sf^ renaissapts ,;et c^u'ellç^me priait de , les enî.px)rler avec paoi danç leur cachette, et de lesg^rder^ jusqu'au retour de M^^^ Del vaux,, q^i nous façi- . literak les moyens, de nous" en ^eryir, ]Np3i3. pourrons alors, me disait-elle, nous écrire san,s . daiî^er par spn^eptremise^; m^ jusqilje-là la pfua minutieuse prudence était nécessaire j une
lettre pouvait être ou perdue ou décachetée; eafin elle me.Tecoinmaudail de brûler ia sienne si^r-^le^ebampi déjà la mienne qui hii parlait de mon mariage et de^es-diâmants était la proie Ab6 flammes. M"^^ de bëantaudime demandait aussi d'employen 1^ quelques perles destinées autrefoisà^men présent dernocès, de parler vogtiément àisa sœur de ce qu'elle me donnait; et skmte kii expliquer ;^^>gn elle vôukrit mille détails suivie trousseau, (atx>i^beille, mon bonheur-présent, mes ré«€S d- avenir h ^ Antenine -fut ^stupéfaite eti appratant- que j^allaîs me-nMiriei' ^ tï*ès-beureuse' d^aBordJ, ensuite un peu cboquée d'avoir été mise si tard (laBS^ le -fietret.^'J'eus^ beaucoup de peine à'iiit faire coâ) prendre qu'en lliî éct^îvànt tneii nia-^ rklge le jour <tù lès-bans'se publiaient; jeTen instruisais^ tout aussitôt que j'en- avais été în-^ struite moi-même , puisque trois jours aupara-^ vant jene connaissais pas M. Lafarge.
Cette nouvelle porta la joie à Villers-Hellon; ma tante et mon oncle Collard y voyaient une belle position pour moi, et mes vieilles bonnes, mes bons paysans, oubliaient un peu les cent
vingt lieues en songeant aux trente-cinq mille livres de rente ! Ils avaient un regret , et je le partageais de tout mon cœur : c'est que mon avenir ne fût pas béni au milieu d'eux, dans leur église, par leur bon curé, i M'^^ de Martens était à Enghien pour sa santé; M. Lafarge y fut passer une journée, et ma tante partagea la confiance de son n)ari , qui se vantait sans cesse d'avoir assuré mon bonheur. Ma résolution fut pleinement approuvée par M°^^de Montesquiou., qui était venue à Paris pour les examens de son fils , et dont je pus recevoir les tendres vœux et les sages conseils; puis aussi par M™® de Valence, qui revint des eaux quelques jours avant mon contrat. Dans ce peu de jours, elle m'entoura de celte douce et pieuse sollicitude à laquelle elle m'avait initiée par le passé: combien mon cœur fut profondément touché de retrouver ces majternels épanchements dans l'amie de ma chèregrand'mère !
•vu.cati,'-c^:CI
Parmi les emplettes qui m'occupaient le plus agréablement se trouvaient les souvenirs que je voulais laisser aux soutiens , aux amies , aux bien-aimées de mon enfance et de ma jeunesse. J'avais demandé dans ma corbeille une bourse de cinquante louis; je la destinais tout entière à cet usage. Avec quels soins je me rappelais les désirs exprimés! avec quel plaisir je me trouvais le pouvoir de les réaliser! Je voulais que mon bonheur fût doublé par celui de tous ceux que j'aimais; je vivais plus en eux qu'en moi-
même. Antonine était assez souffrante d*uné grossesse qui n*était pas encore avancée; je lui fis la surprise d*une petite layette complète, et tous ces petits vêtements d'enfants étaient si jolis, si gracieux, qu'on croyait voir remuer et sourire sous leurs dentelles et leurs broderies le cher petit attendu que nous caressions déjà dans nos rêves. Ma tante Garât avait choisi pour moi un magnifig^i^ voile d'Angleterre, objet de son admiration ; il se trouva attaché à son chapeau le matin du mariage. Je fis sculpter en or et avec des ornements renaissance une pomme de canne pour mon oncle Garât. Ma tante de Martens eut un bracelet qu'elle avait envié; Hermine la boîte de couleurs 'qu'elle avait espérée trop longtemps pour l'espérer eil^ core. J'envoyai à M"*® de Montbreton une émeraure Cabochon retenue par deux griffes de lion, ce qui formait une jplie bague; quant à M*' de Léautaud, voulant concilier le goût qti€*je lui connaissais pour le genre à la^mdde des bijouxbêtes et mon aversion pour tous te^ serpents, ces grenouilles, ces lézards d'une vérité si parfaite et si itipoussante, je lui fis faire une garni-
tiire de boutons en bétes à bop Dieu; c'est un joli
fliSëïÂeà\ië6mgët>ôïïi'ï>rè;^%fasl)obl'pàyil^^^^^
VélfèrtiïtVîotinàe^ïi'p^h'pVBpt^iVae'ïl^n'lïeu^^^^
Jètei'bis'qbe'WWiéfêur^rèb^iVda'ûs lè^ mihe'p^
fîtâ 'âWaii^ëlhênts'iibî 1ë' "ï»r^ÔcV^u'pi§Kl"pkV-
Séhsxë idurr Iles kdties tie tnMi j^^ o'uHli'ëei;
SàtâM qtfé pi&sîBl^V'je ffi' tfes fikf^i'^'anrce
éKè#«VilWi-syHellotf qiié f àbàndBaVlâfr; ét'potfr
fë^e^Jé'ïïTvàiS i)Tti^q'ti*bhe vïé aVsoWénirs;'
»^'fttf rii«ieà ae^tfeb'cdliHfeV; de ces pïèo&upa-
tiods,m-ceS îlcïiats;'jé%^afi"fôrt pètfïMti'fia'-
fàV^; *eti6xi}6\ièi cWmoinëiils cfè Wûrnoilse
iftfesàieAt â"lÏÏi Ha\rè admirei^'les jôliès'cBoseè
^u'fl'ffi^'doùnaïf; WÛ'M reiidrè'^gÀCes clè
^Iqdëé' rioiiVénêS ef tihicti'aétéfe 'itte^Wons. fl
â*^itiif'sti' que 'fàîittàîfe 'les Mihs;' un inailh il
àï'Jtpporta'lepIati d*utieïoliè' salle de bams'ati
téhMe Uiaa chaihbi'è/'èlî^'^ jèdéviiîs"trouver
jirèF/àf^é'pôurhibh atriveVku Glancliér] il âvàtt
crafint qu'un' voyagé en' malle-p6iâtè ne fâliguâit
iUà èânté': ttiiie'd'àhnd'uh'cbarmànt'briskà ei
Vô'nliïi piart^ é& iJosté f ch'aque malin il' in'ën-
jvoyaîtlés'^lus' Beflès'ïleûri/ff éllàïi pleVh (à'â<-
ItëJnfloùs ëi de respect 'pOùip dia ïàknïïle, "avait
même de touchantes paroles pour la bonne Lalo, qui disait en le quittant avec les larmes aux yeux : « Il est aussi bon qu'iL est laid ! » Quelquefois aussi nous causions de notre genre de vie à venir; je lui demandais des détails sur son château y ses domestiques, ses goûts et les goûts de sa mère. Il m'avait dit que mon salon, très-vaste et très-éclairé, avait un ameublement de velours rouge , quelques tableaux , de beaux tapis ; que la salle à manger et les offices donnaient sur la terrasse; que sa jument favorite avait une robe d'ébène, ses chevaux de traits moins d'élégance, mais une grande vigueur. 11 avait trois ou quatre domestiques hommes, et il fut convenu que j'amènerais avec moi une bonne femme de chambre. Mon choix n'était plus à faire. Depuis de longues années il était décidé que je prendrais en me mariant une jeune nièce de Lalo , dévouée , fidèle comme sa tante , qui était pleine de talents, qui m'aimait excessive- ' ment, et ne s'était placée qu'en attendant le moment où elle pourrait entrer à mon service.
Pendant ces entretiens intimes que j'avais avec M. Lafarge, ma tante recevait des visites
dans «es autres appartements, lisait 6u écrivait, et nous restions sous la garde de ma jolie petite cousine Gabrielle, qui nous écoutait avec Taitention la plus grande et nous observait avec une rigidité de duègne. Si parfois elle était un peu ennuyée de son rôle, toujours elle en était fière, et en allant cacher un bâillement sous la manche de sa mère y elle lui disait : «Sois tranquille , je suis là. Mais vois*tu, maman, il n'y a pas de plaisir. Oh! ce n'est pas comme M. de Sa< batié et ma grande sœur, qui s'embrassaient malgré moi en cachette! » Du reste, Gabrielle avait une profonde considération pour son fulur cousin, qui admirait son babil et lui donnait dei; bonbons. Elle se perchait d'ordinaire sur ses genoux et disait hautement qu'elle le trouvait très à la mode.
Un jour que j'avais été avec ma tante, de Marïens courir quelques boutiques et choisir la moniure que je désirais pour ma parure de turquoises, elle me fit acheter un gros anneau d'or lïîat qu'elle voulait me faire donner à mon fiancé ; il n'y avait dedans qu'une date, celle de noire première rencontre, puis mon nom elle
sien. En rentrant nous fîmes part à ma tante Garât de notre emplette el' de sa destîhatîôh; elle semblait inquiète et me dit : « îilôh enfant ^ un peu de raison ; j'ai à t*apprendrê une nouvelle assez naturelle 9 mais qui te fera mal : M. Lafarge est veuf! »
Ce fut un coup de foudre; de tout temps j'avais attaché une idée sinistre à un second mariage; j'avais dit dans mon'cœur, souvent aussi j'avais dit tout haut que je n'aurais jamais là pensée et le courage d'épouser un veuf, et cependant dans trois jours on devait signer mon contrat! dans trois jours je devais remplacer là froide épousée qui dormait dans son cercueil ! Mon premier mouvement fut de tout rompre , mon second de fondre en lai*mes sous les caresses et les exhortations de nies tantes; elles comprenaient de la surprise et du mécontentement, mais traitèrent de folié un désespoiV assez profond pour faire retirer une promesse donnée.
Je ne savais que leur dire pour m'excuserj H\es iouleurs n'étaient pas de celles que Ton avoue, mais elles étouffaient mon cœur comme un pressentiment.
On était depuis longtemps à table quand il mé^ fallut entrer avèe mes yeux ronges'danà là salle à manger. On avait parlé de mon chagrin à M. Lafarge; car en levant, après quelques minutes, mon regard sur lui , je le vis pâle , sileiicieux, accablé. Ma tante de MArtensiAe fitibet* tre près d'elle ; die serrait mes mains dans les siennes. ^ Courage, murûiurait-elle, courage, monenfanljpardonneun mystère hi volontaire; sois noblement oublieuse ; tu vois qu'il souffre. » J'appelai doucement Gabrîelle, et, lui remettant Tanneau que j'avais laissé à mon doigt, je* lut dis de le donner de tna part à son cousin. Depuis ceïmdment je repris rarement mon insouciante tranquillité ; cependant je n'essayai pas de reculer le m'âriage : ma 'parole était sacrée.
Le samedi 10 août , à midi, les notaires et la partie mascfûli ne dd la famille se réunifient poUr arrêter les articles du contrat. Ne comprenant rien à tous ces^ termes de loi , jetie me crus pas obligée de les écouter, et/retifée dans Timbra* sure d'une fenêtre, je causai de littérature avec M. de Chanbine, mon ancien notaîl-e, qui était là irès-inoctupé, car son esprit original avait
depuis peu secoué le joug des contrats et des testaments.
Un moment de silence m'avertit que le marché était terminé, accepté de part et d'autre ; et quand on me fit signer cet acte, dans lequel deux intelligences notariales avaient mis tout leur bon sens^ Tun à vendre le plus cher possible , l'autre à acheter au plus grand rabais une pauvre créature faite à l'image de son Dieu, j'eus nn sourire de mépris, et la honte vint rougir mon front.
Ântonine, étant assez souffrante de sa grossesse, s'était couchée sur une chaise longue ; je fus m'asseoir à ses pieds, et nous causions des joies maternelles qui rendaient si douces ses douleurs, quand on vint nous annoncer qu'il serait impossible d'être mariés le lundi à la mairie et qu'il fallait y aller sur-le-champ.
Sans me donner le temps de la réflexion, on me pare de la plus jolie toilette de mon trous-* seau, on me fait monter en voiture, entrer dans une petite chambre bien noire , où un greffier, enfermé dans une cage de fer à l'instar des hôtes du Jardin des Plantes, nous grimaça un ac-
cueil gracieux. Il ouvrit de gros registres sur lesquels nos témoins écrivirent leurs noms, et surtcyit leurs titres; ensuite oa nous conduisit, à tra'^rs de sombres corridors, dans un salon aux draperies sales, surmontées du coq gaulois, oii nous fûmes reçus gravement par un gros homme entouré d'une écbarpe tricolore et qui tenait un Code à la main.
Jusque-là j'avais observé les ridicules qui m'entouraient , suivi machinalement dans une glace 1^ ondoyants balancements de la grande plume qui ombrageait mon chapeau, pendant qu'on m'adressait les compliments de circonstance que je n'écoutais pas ; mais quand il fallut dire oui , quand , sortant d'une insensibilité léthargique, je compris que je donnais ma vie;, que cette mesquine comédie de la loi allait enchaîner ma pensée, ma volonté et mon cœur.*, les larmes que je voulus cacher m'étouffërent, et je faillis me trouver mal dans les bras de ma sœur.
Le grand air, desaK impressions nouvelles qui se succédèrent avec rapidité, me firent revenir de cette crise pénible. Ma tante Garat^ qui vou-
lait me distraire, décida qu'on me laisserait jouir de mon indépendance, et, me saluant femme et libre, elle me fit monter dans un joli coupé, et me dît d'employer comme je Tehiendrais le reste de ma journée, sans perftiettre à ma^sœur ou à M. Lafàrge de m'accômpagner.
J'allai d'abord an Marché-aux-Fleurs, puis' a Saint-Boch, où je fis une courte prière , enfin chez M™« de Valence , qui- avait du monde, et fut tout étonnée quand elle me tit enirer, seule et dignement enveloppée dans mon châle de cachemire. Restées tête à tête, je lui confiai que j'étais mariée depuis une heure; que je lui donnais ma première minute d'émancipation ; que j'avais désiré et obtenu que mon mariage fât un mystère pendant deux jours, afin dé rester mademoiselle pour toutes les pei*sonnes qui devalent le soir venir signer mon contrat, pour rester surtout.strictement jeune fille pour celui que la loi avait fait déjà mon seigneur. Je Remerciai mille fois M"^® de Valence de la magnifique écharpe qu'elle m'avait envoyée le matin, et je demeurai bien longtemps à causer avec elle, qui^ toute amusée de mon mariage secret
et de ma fuite vers elle, me fit partager sa gaîté, et me raconta avec un délicieux esprit mille petites vicissitude? de spn mariage.
Je revins a la Banque par les Champs-Elysées. Le temps était superbe ; une foule élégante se pressait sous l'ombre des allées ; je voulus pour la première fois m'y mêler seule , libre , sans être obligée 4e suivre une impulsion étrangère, sans régler moq pas sur 4'autres pas , enfin sans avoir d'autre protection que moi-même! Je descendis toute légère, et je fus ravie pendant une minute de mon indépendance; mais quand je me sentis coudoyer, presser, quand dçsjçegar^s, inconnus p'attâchèrent à;noi, j'e.us peifret jejrggagnai la voiture qui me suivait, comprenant aue dans le monde on a besoin d'un appui, et que la femme ne peut vivre libre qu'au désert. •
M. Lafarge me çeçut au retour avec un magnifique bouquet d'granger et de magnolia ; il fut toute la soirée bon , empressé , amoureux , très-oublieux de ses droits et me serrant à peine la main ouvertement. Il vint beaucoup .de monde j tous les vœux, tous les regards m'é-
taient adressés, et, pour la dernière fois, je fus une heureuse , une gaie , une insouciante jeune fille. Je n'avais voulu me parer d'aucun des ornements de ma nouvelle dignité; une robe de mousseline , dans mes cheveux quelques pâquerettes naturelles, composaient ma toilette,..et je dansai jusqu'au matin avec un cœur léger et confiant , souriant à mes amis, souriant à celui pour lequel j'allaisles quitter. J'étais si fatiguée en me retirant dans ma chambre que je pus à peine détacher ma robe, mes rubans, que j'oubliai les fleurs de mes cheveux pour pencher vite la tête sur l'oreiller, et que je m'endormis d'un doux et profond sommeil jusqu'au matin.
Toute la journée du dimanche fut triste et péniblement occupée par les préparatifs du départ. Ântonine et mes cousines m'aidaient à faire emballer avec soin les jolis objets de là corbeille et du trousseau ; mais si nos regards se rencontraient, les mots d'absence et de regret venaient errer sur nos lèvres; quelques lar-mes que nous voulions cacher coulaient brûlantes sur nos joues, et souvent nos paroles les pUis insignifiantes étaient arrêtées par un sanglot.
lia bonne Lalo, qni voulait s'occuper de tout afin que je retrouvasse ses soins même en son, absence, prenait vingt fois du tabac en faisant ses recommandations à Clémentine, et se plaignait d'un rhume de cerveau pour avoir le droit de montrer des yeux rouges; et Ursule, en me disant ses vœux, me laissait deviner ses regrets.
Ma cbère et jolie pelitechambre avail déjà un air de désordre et d'abandon ; elle était encom-* brée de cartons, de caisses, d'objets de toilette ; une couche de poussière s'étendait comme un voile de deuil sur les meubles et la cheminée } mes fleurs se penchaient flétries dans leurs va* ses renversés. Je ne voulais pas que Ton vit dans cet état mon petit sanctuaire de jeune fille, et, lorsque M. Lafarge vint frapper à la porte, je lui demandai en grâce de ne pas entrer dans ce désordre affreux. 11 ne tint pas compte d^ ma prière. < L'heure des cérémonies est expirée, dit-il en riant, et j'entre par mon droit de mari. » Me prenant brusquement par la taille, il voulut alors m'emhrasser; mais j'eus un moment d'impatience. Je me sauvai dans le salon... il nV avait personne, et je pus y pleurer. Mes
pensées fiirérit si amères que je hé sàtii*âiâ les écrire; pourtant mon eSipHt ôoûffre encore â leur souvenir.
Ântoiline vînt bientôt ine fchètèhèr i elle ain o xlàiiM.Làfargë malheureux; repeiitàtlt, deittaiidant son pardon ; ma bouche le lui donna faiblemeiit, e tmori cœur ne put le ratifier aussi vite ^ûe ma bouche. Il y a dans la ^ie de ces petites blessures qui ne sont rien par elles-mêmes , jhdis qui, profondés par les conséquences qu^ellès laissent pressentir et l'impression prophétique dont elles soni lé tôcsiii, éveillent dans la pensée des échos de ihàtheui* que le temps seul a le poiivoir d'étouffer.
Le soir il fut décidé que Ton irait dfiier chez Véry él puis aichever la soirée au cirque des Champs-Elysées. Ces agiles amazones que j'avais admirées si souvent, ces dociles chevaux, ces hardis éctiyei'S me laissèrent cette fois sans enthousiasme; maisi je fus vivement arrachée à ^es tristes réflexions par ûfie scène qui se passa près de nous. C'était un dimanche^ le Cirque était rempli ; nous trouvâmes avec peine quel* quès bojùines places > et ces messieurs furent
obtins de se tenir debout un peu éloignés. Devanl notre banquette était un ancien militaire à Tair refrogné et brutal ; à côté un vieillard aux cheveux blancs, au front vénérable, qui semblait protégé par un j^eune homme dont la taille élégante, la noble physionomie, le regard triste et profond^ attiraient l'attention et la sympathie. Le militaire, en voulant prendre sa tabatière , frappa du coude la tête de son voisJQ à cheveux blancs , assez violemment pour en renverser le chapeau.
< Prenez garde, monsieur, lui dit celui-ci avec calme.
— J'ai payé pour avoir mes aises; tant pis pour les obstacles, murmura brutalement le Tieux grognard.
— Yous êtes un impertinent, lui cria le jeune homme.
*-- Et vous un blanc-^bec. »
Les regards se tournaient vers eux; oq imposait le silence,, le fils entraîna son père; ils sortirent tous deux. Quelque temps après, le jeune homme rentra; il revint froidement près de celui qui Tavait iniulté.
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«Monsieur, vous êtes un lâche, lui dit-il en lui serrant le bras; vous me rendrez raison.
— Volontiers, monsieur ; mais je n'ai jamais manqué mon homme, je vous en préviens.
— Taisez-vous...' demain à huit heures...
voilà ma carte et mon adresse. »
J'étais devenue pâle à ces mots que j'entendis distinctement; le jeune homme s'en aperçut, me remercia d'un regard, et, me saluant, sortit pour ne plus revenir.
J'étais trop vivement frappée pour que mes pensées ne se fussent pas concentrées tout entières sur ce qui venait de se passer. « Quoi! me disais-je, demain, à Theure où je serai entourée des bénédictions de ma famille, un père pleu- ^ rera son fils; peut-être une jeune fille, fiancée comme moi, aura le cœur brisé en se sentant frappéedanssonpIuschertrésor...»Toutàceup, tirant son mouchoir, le brutal querelleur laissa tomber la fatale petite carte qui devait lui dire Tad resse et le nom de son adversaire. Je me bais* sai vivement, je pus la ramasser^ et,
d'être obligée de la rendre s'il s'apercevait de
mon mouvement , je la mis dans ma bouche , et
me sentis heureuse quand je fus parvenue à la
dévruire. La pensée des douleurs que j'avais sans
doute prévenues rendit du calme à mon esprit,
et le fin de la soirée fut bercée par le souvenir
d*\iT\e bonne action.
Après tant d'émotions et de fatigues, je m'endormis d'un lourd sommeil jusqu'au moment où ma vieille bonne entra dans ma chambre , ^vec sa tasse de café à la main; c'était une habitude d'enfance. Elle venait toujours m'offrir la première cuillerée de son déjeuner, et prétendait qu'il ne lui semblait pas bon si je n'y avais pas goûté. Nous comprîmes alors qu'elle venait ainsi près de mon lit pour la dernière fois; qu'il fallait donner un adieu à toutes nos habitudes de puérile mais entière affection; et, n'essayant pas de nous cacher nos larmes y nous les laissâmes couler en nous regardant tristement.
Ma tante Garât arriva bientôt après. Ne songeant déjà qu'à ma toilette, en étant toute fière, toute préoccupée, elle s'occupait de la ivem^
(}|ante copronpç (l^prangçr gui ^çyd]} }purner }e long (|q mes cjieyeifx, et ne comptait pa^ les ))at(ements précipités de mon coeur ^ el)^ crai*gnajt que mes ri.cl^es yolanj;^ <|'Àngleterre ne fussep|; 44p^!''^? ^t ff^^^^^^v Pf ^^ redoutait paç (\e voir faif}Ur mon courage ai| moment de la séparation. Elle était rassurée sur mon avenir, Iieureuse dç ce fi^ariage , et pouvait à peine con }<3nir s^ joie, ^ntoni^e et pia tante de Martens arrivèrent; }a première pleurait, la seconde me dit de douces ef forti^antes paroles ^ Routes deux me firent du |)ien.
Lorsque m^ ^oilette fut achevé^, ie vins m'agenouiller devant ma tante de Martens: elle posa sur ma tête la fleur d'oranger, le voile blanc
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de mariée ; puis elle me bénit au nom de ma m^re, a|| pom ^e moii père, au nom de tous les absents. M. Lafarge entra : il parut ému de mon émotion, se mit à genoux devant moi, prit et baisa mille fois mes mains. Résignée par ses témoignages d'amour, je lui demandai d'être toujours pour moi confiant et inauigent , de m'aimer par-dessus tout , de se rappeler que j'étais orpheline, que j'avais besoin
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d'affection, et qu'il tllait rester tout se«l k m aimer. Il le promit en m*cmbrassant sur I9 front^ puis me conduisit dans le salon où déjà tous mes amis m'attendaient. Mes larmes se tarirent vite sous les regards émus, indiffêrenls ou scrutateurs qui m'accueillirent avec des compliments et des félicitations. Nous fumes mariés à l'égliâe des Petits-Pères, après une messe très-courle et une exhortation très-sèche. Ne voulant pas livi'er au monde les pensées qui étouffaient mon cœur, je cachai sous les plis de mon voile mes prières et mes pleurs, et il ht dit au retour que j*avais été une mariée pleine de bonne grâce et d'une convenance parfaite.
Après un déjeuner assez long et assez anime, mes tantes s'enfermèrent avec moi dans le petit saloii, et commencèrent à m'initier dans les effrayants mystères de mes nouveaux devoii's. Elles disaient des paroles qui me faisaient si fortement rougir et trembler que je les arrêtai par un petit mçnsonge en lenr assurant que je comprenais ce qu'elles voulaient me faire comprendre. Cependant, comme je n'avais
t04 jusque-là cherché la vérité que dans les nuages, je gardai ma théorie, qui était innocemment stupide, mes frayeurs, qui étaient épouvantables , et ma ferme résolution de voyager nuit et jour y sans m'arréter, jusqu'au Glan* dier.
Après l'exhortation de mes tantes , mes cousines vinrent me déshabiller; elles détachèrent la blanche couronne qui tremblait sur mon front , et je la partageai entre tous les jeunes gens et toutes les jeunes filles qui étaient venus bénir mon mariage par leur présence amie, leurs prières et leurs souhaits; furtivement je gardai un bouton de cette parure virginale, et, l'enfermant dans uu petit cœur que j'avais reçu de ma mère et qui ne me quittait jamais, je le conservai comme un souvenir et comme un talisman. Cette secrète impulsion de mon cœur fut bénie... toutes les fleurs de mon enfance et de ma jeunesse ont été arrachées ou flétries; une seule , échappée à la profanation, a su se conserver pure sous l'égide de ma sainte patronne.
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M. Lafarge avait quelques affaires à terminer, moi quelques arrangements à prendre ; il fut convenu qu'on demanderait les chevaux de poste pour quatre heures. Les derniers moments sëcoulèrent tristes et rapides , et lorsque les cloches des Petits-Pères, lorsque le fouet du postillon donnèrent le signal des adieux, je me sentis mourir sous les baisers de tous les miens. Cependant M. Lafarge n'arrivait pas; ces an* goisses prolongées de la séparation nous £ai« saient à tous un mal affreux; et, après avoir
supporta deux heures ce martyre et cette atteuie , mes nerfs ébranlés se trouvèrent si malades qu'il fallut me porter sur le lit de W^^ de Martens et remettre au lendemain le départ arrêté.
Ma tante Garât, pour oublier un peu la tristesse des adieux, fut entendre Dupré à l'Opéra; Antonine et ma tante de Martens essayèrent de me calmer, et mon beau-Crère, auquel on avait conûé que je mourais de peur^ s'engagea à faire accepter pour cette fois à M. Lafarge le rôle pacifique de garde-malade.
Tout se passa ainsi qu'il avait été convenu \ mon mari vint paternellement me baiser sur le front, et je pus goûter enfin quelques heures de repos»
Ce n'était plus la nuit, ce n'était pa3 le jour, et déjà les grelots (Jes chevaux donnaient le signal du départ; il fallait me séparer des êtres et des. lieux que j!aimais!... Après 'âien des larmes et des baisers^ les mains que je pressais s'ichappèrent de mes mains, et je traversai Paris, si pn^udémenl perdue dans me§ regrets que je iiç hii deniiai pas le dernier regard
lor
d'adieux, bientôt cepei^dant pies {armes se séchèrenj; sous le soufilç <|'uî} vent ferais, cjiji venait soulever la gaze de mon voile et secouer ja poussière cjes grands craies du chemin.
Les oiseaux s'éveillèrent en chantant; l'aube pale se drapa dans sa robe de pourpre , et le sojelly apparaissant splendide , semblait se pencher sur la nature, et la nature tressaillir avec orguei) sous le premier ))aiser de son Dieu.
{e regardai <| abord sans réflexion le riche damier d'^îs et (|e yer(|ure qui passait en courant (jevant mes yeux ; puis j'écoutai la grivoise |)allade que chantait je postil|on en s'accompagnant des claquements (}e son fouet; enfin je m'amusai (}es galants regards au'il jetait à Clémentine, des questions qu*il lui faisait sur sa bourgeoise. « qui lui semblait tout de même un peu bien pleurnicheuse pour une nouvelle épousée.» jlje mot nae rappelant que j'étais mariée e( peu gracieuse, en effe^, dans la continuité de naon c^açrin^je tournai la tête vers M. Lafarge; i) dormaij; , et je me mis à rêver. Jusqu'à ce jour, ma vie, qui avait été isolée au milieu d*aflection^ intimes, mais secondaires, allait donc
devenir le premier mobile, la première joie, la première espérance d'une autre vie! J'allais être bien aimée; le sentiment d'inutilité qui avait pesé si lourdement sur mon passé allait faire place au sentiment du devoir! et chacune de mes actions, de mes paroles, pourrait honorer et charmer un honnête homme qui m'avait donné son nom. M. Lafarge semblait m'adorer ; je n'avais pas encore appris à l'aimer, mais on dit que cela vient vite ; l'amour dans un mariage de convenance n'est guère qu'une tendre estime, et je me sentais déjà dans le cœur tout ce qui peut inspirer ce sentiment.
Tandis que la raison me parlait ainsi, mon imagination soufflait à ma pensée les mots dé* licats et passionnés qui allaient me bercer tout ce jour; le premier baiser sur le front, un second, un troisième, que je rendrais peut-être; puis un bras qui viendrait soutenir ma taille que la fatigue pourrait courber, une voix qui dirait : « Je vous aime, » et qui plus tard, avec la première étoile de la nuit, murmurerait:
« Mon ange , m'aimes*tu ?. •• »
Un cahot réveilla M, Lafarge; il étendit les
bras avec un bâillement sonore et prolongé , m'embrassa sur les deux joues, et me dit:
« Allons , ma petite femme, déjeunons. »
Il y avait un poulet froid dans la voiture; M. Lafarge le saisit par les deux ailes, et, le partageant en deux, m'en offrit la moitié; je le refusai avec un peu de dégoût. Il crut que j'étais malade , devint inquiet , empressé , me supplia de prendre au moins un verre de vin de Bordeaux, et, sur un nouveau refus, but toute la bouteille, « pour lui et pour moi qui ne faisions qu'un. »
Cette odeur de repas m*était insupportable; je remplaçai Clémentine sur le siège ; je m'amusai à payer les postillons, à les faire causer par Finfluence d'un pour-boire promis, et j'essayai surtout de me plaisanter sur le réveil positif qu'un déjeuner avait fait faire à mes pensées; je me disais pour me consoler qu'on ne déjeune pas toujours, et fort rarement de cette primitive manière.
Vers midi je rentrai dans la voiture; j'essayai de parler de littérature, de spectacle, de mon cher Villers-Hellon, de sa belle forêt.
Cette âernière partie de la conver^Af iod sembla enÛn intéiressêr M. Ldfarge; mnis mon ignorance sur le système des coupes, le prix desl bois et des charbons; mit bien vitebn ternie à mon SQCcès; il tira lin portefeuille de sa poche, et s'isola dans des comptes qui paraissaient désagréablement lé préoccuper.
J'essayai de dormir i le soleil brûlant et les nuages qui s'accumulaient à Torient ; en étendant sur nous comn>e un mahteau de plomb , me donnèrent des douleurs de tête qui rendirent le sommeil impossible. Vers cinq heures nous arriTàmes à Orléans ; je pouvais à peine | me soutenir, et je demandai à me jeter dans un bain pour y chercher liii peu dé fratcfaeiir et de repos.
J'étais à peine entrée dans ma baignoire que la porte fut vivemeiit ébranlée.
« Madame est au bain j dit Clémentine.
— Je le sais { ouvrez-moi.
— Maïs, monsieur, la baignoire est découverte ; madame ne peut vous recevoir.
— Madame est ma fëlnme; que le diable emporte le» céréflôonies f
fit
— Je vôiiS èri {>Hé; îië èriéi pas ki haut; atteiidèz un itijstâril; dàri^ àii quart il'beurë je serai habillée, lui dis-je àvec lili peu de dépit.
— C'est précis^inent parce (Jùë vbtiS ii'étcâ pas habillée qtie je veux entrer. Mè prenez-vou^ pour*un imbéèile? Créyëz-Yoùs qtië Je trie laissé jouer J)lùs longtemps par une i)ég. .;;. de Parisienne P
— J'âî p^nr] dishit tout bas Clëméntîhe.
Monsieur, soyez donc gâlanl poùt le premieh jour! criàit-ellé tout haut!
— Marie, je t'drdbniie d'ôùvtir là porte, où je vais Teiiforicèr, ëntends-tu?
— Vous êtes le maître (l'enfoncer H poHe \ mais je rié rduTrli*a{ paS; La forcé eSt impuissanie ^ur ma volonté; saèhez-Ie bien aussi, une fois fièur toutes. »
AJ)rès quelques jurements àî groisîèrà qu'îk me firent pâlir et que noîa plùrrié ûè saurait les répéter, il s'en alla furieux. J'étais à iterrée dans mon bain ; nia bonne Glémëntihê, épouvantée, vint faire couler mes laririés èii baisant îriillé fois iiîa liialii p6tit m^ dOnM)èr| puHi ^uand
elle me vit plus calme, elle sortit et fut trouver M. Lafarge. Elle essaya vainement de lui faire comprendre ses torts, et comme elle lui disait que j'étais souffrante et qu'il me tuerait avec des scènes de ce genre : « Soit, dit-il, je me tairai cette fois; mais arrivés à Glandier, je saurai bien la mettre à la raison. »
Je revis M. Lafarge sans prononcer une parole. Il me demanda tout d'abord si mes singeries étaient finies; puis, voyant ma pàleui\ il m'embrassa et redevint bon et empressé; je ne voulus pas aller dîner; je pris une tasse de thé, et je passai une beure sur un balcon , comprenant la profondeur de l'abîme, et reculant à la pensée de le sonder froidement.
Le mouvement de la voiture, la beauté du ciel qui resplendissait de toutes ses étoiles , le calme et la chaleur embaumée de la nuit me firent oublier quelque peu l'amertume de mes réflexions. J'attribuai à la passion la violence de M. Lafarge. Cet amour était bien différent de celui que j'avais rêvé; je m'en effrayais, mais j'espérais le dompter par sa violence même, dominer avec le temps une passion que j'avais fait
liaitre, et lorsque je Tentendis ronfler je tw toute rassurée et presque sans rancune.
Nous arrivâmes le matin à Chàteauroux, oft nous étions attendus par M. Pobtier, receveur, particulier de La Châtre. C'était un oncle, la première personne que je voyais de ma nouvelle famille. Je voulais lui plaire, être aimable^ affectueuse , et je chassai les nuages qui assombrissaient encore mon souvenir par la toute* puissance de la volonté et de la distraction.
M. Pontier était un homme deciftquanteans, qui avait une physionomie franche, ouverte, des paroles chaudes et expansives. Il parut charmé de me voir, fit sur moi mille et mille compliments à son neveu, et m'appela son enfant avec une si bonne grosse voix que je me sentis^oute disposée à Taimer. Sa femme devait nous accompagner au Glandier. Elle n'éta plus jeune , commençait cette époque de la vi< où, sans renoncer aux prétentions de la jeu- ^ nesse, on prend les manies d'un autre ftge, avait un esprit caustique, impérieux, méchant, et Toubliait malheureusement dans ses yeux lors même qu'elle mettait du miel sur ses lèvres.