‹ Mémoires de Marie Cappelle, veuve LafargeChapitre 1 sur 6 · RUE DE SEINE · texte numérisé non relu

RUE DE SEINE

Le dernier mot du jury était prononcé ; tous les efforts avaient été vains: Marie Cappelle était condamnée, condamnée au plus honteux des châtiments, comme coupable du plus lâche de tous les crimes !

L'arrêt fatal qui venait briser sa vie n'avait pu lui arracher son calme, sa noble et courageuse fermeté ; il ne réussit pas non plus à lui ravir Taffection de ses amis. Il semblait, au contraire, q[tie plus son sort devenait horrible, plus les dévouements qui l'entouraient déve*

naient vifs, empressés, ardents. Chaque jour lui apportait quelque consolation nouvelle, et elle puisait de la force en même temps que d'intimes consolations dans ces protestations nombreuses qui lui parvenaient à travers les grilles de sa prison. Aussi trouvons-nous dans une des lettres qu'elle écrivit à cette époque cette exclamation échappée à sa reconnaissance:

« mes amis y votre affection a ressuscité mon cœur ! Je méprise les hommes, je doute quelquefois du Ciel, mais je crois en vous, c'est ma religion ; mais je vous aime, et c'est ma vie ! »

QmisiA elte aynit quitté le palais de justice pour retourner à I9 prif^u^ elle avait rencoutré partfHAli sur son pa^^Qge à travers la foule, des. t^AMligUQgefî non équivoques de sympathie, de respect pour son malheur, et de foi daQS son imoçei^ce.,

La ville db TuUe était marea, accal>léQ ; on aurait dit qu'un maUneur puUia av^it frappé sa popuUtkai4 Les étrangers i^ccourus pour le pro-* cèâ, et qui durant quinze jours avaient partagé les émotîott» diverses, de la. malheureuse accu-

sée, s'en retournaient consternés d*un si triste résultat, et presque tous, avant de partir, sollicitaient la faveur de parvenir JHsqtt'à elle. Quelques-uns obtinrent de venir lui serrer la main eu lui disant leur douloureuse participation; d'autreS) moins heureux, lui envoyaient quelques lignes de généreuse conviction.

Les sympathies qui s'étaient déjà prononcées durant les débats se réveillèrent de toutes parts à la nouvelle du verdict funeste et inattendu du jury de la* Corrèze, et Marie Cappelle reçut plus de mille lettres dans les huit jours qui suivirent lejugementdela Cour d'assises.

M. Raspail , arrivé si malheureusement trop tard, malgré des efforts surhumains, fut admis auprès de la prisonnière. La visite de cet illustre savant fit du bien à Marie Cappelle; elle se trou va bien heureuse de rencontrer une croyance de plus dans le cœur compatissant d'un homme qui, lui s^ussi, avait beaucoup souffert. M. Rsfôpail espérait dans les lumières de la Cour de Cassation; il promit de s'occuper .immédiatement d'un Mémoire. Il avait e:3taminé Toperalion de M. Orfila ; la conclusion lui en parais-

sait légère et fausse ; il le démontrerait et ferait justice de cette fatale assistance que la science avait donnée à Taccusation.

Nous pensons faire plaisir à nos lecteurs en insérant ici les passages les plus intéressants de la longue lettre que M. Raspail adressa, à son retour à Paris, à M. le docteur Fabre, et qui fut insérée dans la Gazette des Hôpitaux du 26 septembre 1840:

« .... Le jeudi i7 septembre^ à onze heures du soir, je fus éveillé par le roulement d'une chaise de poste qui s'arrêtait à ma porte. Cet événement est si peu ordinaire, dans notre solitude qu'il était fort présumable que quelque chose d'extraordinaire amenait les voyageurs.

En effet, un jeune avocat de Limoges, dont je n'ai appris le nom qu'à Tulle ( tant la rapidité de notre course nous laissait peu le temps de causer), M. Babaud-Laribière, était arrivé de Tulle à Paris en trente-six heures de temps, pour me remettre une invitation formelle de M. Bâc , l'un des défenseurs de M"*^ Lafarge, accompagnée d'un billet touchant de cette dame, qui me conjurait de venir la sauver (1).

Quel appui pouvajs-je prêter à la malheureuse calomniée, elle que tout l'empiVe des grâces de son esprit^t d'une amabilité qui fascine n'avait pu défendre contre les inculpations de témoins d'une éducation toute positive?

(i) Voir la lettre de M*"' Lafarge à la fin du volome pr^eédent»

Evidemment on s'était trompé eu m'indiquant à M""* Laiarge comme une planche de salut, lion nom porte malheur devant certains tribunaux : mes anciens débats avec l'expert dont le témoignage venait d'accabler M""* La&rge devaient porter ombrage à Taccusation....

Je refusai» en Invitant le porteur de cette lettre à s'adres^ ser à un chimiste aussi probe, mais moins en défaveur que moi. ■•

« 11 est troj) tard y me fut- il répondu; il faut que je reparte, avec ou sans vous, dans une ou deux heures. »

— Je fis observer que jusqu'à présent je n'avais été invoqué que pour la défense du pauvre.

« M"^® Lafarge, me fut-il répondu, ne possède plus rien sur la terre que rafieclion de ses nombreux amis.

— Mais peut-être il se trouvera que je n'aurai rien à objecter contre la valeur de la dernière expertise.

—^ En voici les résultats. »

Je les lus à la hâte, et je déclarai en terminant à M. Babaud-Laribière que, si le rapport était ainsi conçu, il était impossible que les experts de Limoges n'en signalassent pas les vices exorbitants à la justice.

« MM. les experts de Limoges, pour des raisons à voui^ connues, préfèrent que vous vous chargiez de ce soin. Si vous ne venez pas, elle est condamnée; et si vous venez, il y a mille chances contre une qu'elle sera acquittée. Le jury semble n'attendre qu'une réfutation de ce rapport, qui res* terait comme pièce judiciaire s'il n'était pas contredit. Votre refus vous rendrait donc coupable d'une en'eur judi-

ciaire. Voyez > monsieur , s'il yous est permis de retarder YOlre mission; un relard équivaut à un refus. »

A deux heures du matin, vendredi 18, nous brûlions le pavé sur la route d'Orléans.

A quatre heures et demie, le samedi 19, je demandai à mon compagnon de voyage grâce, et encore grâce. Nous trayersions Limoges; le cerveau me bondissait dans le crâne; la fièvre me brûlait l'estomac : nous descendîmes un instant.

Le soir, de neuf à dix heures, nous arrêtions les conducteurs de diligences, qui nous répondaient : Àcquitfée, On ne saurait s'imaginer, si ce n'est dans notre position, la puis* sance d'effet de celte nouvelle.

A onze heures et demie, tous les habitants de l'hôtel où nous venions de débarquer, à Tulle, se rusaient, les larmes aux yeux (c'est à la lettre), pour accabler mon triomphant compagnon de voyage de ce reproche qui le glaça d'épouvante et de désespoir :

Malheureux, vous l'avez tuée!... Condamnée aux travaux

forcés à perpétuité!... Elle a compté jusqu'aux minutes, jus-:

qu'aux secondes! la dernière a sonné par cet arrêt, pire qu'un

arrêt de mort! Ne vous en consolez jamais! C*cst votre

faute. »

Pauvre jeune homme , a-t-il souffert de ce reproche ! Mais qu'y faire? Ses amis n'auraient pas compris la réponse. Nous venions de parcourir cent vingt lieues en vingtquatre heures par une lionne moitié de chemins de montagnes et par un ^temps affreux. Il nous a fallu bien de»

instants pour rendre celte difficulté intelltgibte à ii<m hôtes....

Marie Cappelle me fit demander le lendemain matin. 1^ permission ne me fut pas refusée; chacun, dans le palais de justice, portier et geMier, paraissait fi^nchemetit s'intéresser à son sort. Sa famille ne la quittait pas d'one tninuie; des visages bienveillants circulaient autour du palais, pour en savoir des nouvelles. Je ne manquai pas d'introduc* teurs. Je fus conduit de main en main jusqu'à la porte de son cabanon , sur le palier duquel je fis un instant anti« chambre; il se passait dans l'intérieur une de ces scènes dt^ tendrissantës dont j'ai eu l'occs^ion d'ôtre si souvent témoin dans ma vie de prisonnier.

Marie Cappelle désirait me parler seule à seul, et, n'ayant là à sa disposition qu'une chambre , force était bien dé congédier sa famille, et même sa sœur chérie, pour me servir de ses expressions. J'aurais désiré dire, moi, dire devant fous œ que j'avais à lui dke\ mais la vdlonté d'une condamnée est la vol<»ité sacrée de l'arlicle de la mort c on s'y soumet sans émettre la moindre réflexion contraire.

Je la trouvai malade, dans son lit, derrière deux rideau:^ de toile à carreaux bleus et blancs, qui servent à couper sa chambre en deux pièces, dont la première est occupée par celle qui la servait dans le temps de &â prospérité, et qui n'a pas voulu la quitter prisonnière et sans ressource. L'exemple de fidâité au malheur, que donne à tout le pays eette bonne fille, semble avoir porté bonheur à Marie Cappelle; elle a perdu fort peu d'amis dans Tinfortune, Que ^^Oieu lui conserve uii brin de santé ! car elle a dans l'âme

et dans l'esprit de quoi se rébabililery seule môine et aban-r donnée » auprès de Topinion publique » qu'elle ma paru jalouse de reconquérir encore plus vivement que sa liberté.

J'étais ému (à mon âge et ayant une petite fille à élever» mon émotion n'est pas suspecte). Je fis tous mes efforts pour rester froid comme un chimiste , et je terminai mon entrevue par quelques mots relatifs aux sentiments reb'gieux que Marie Gappelle me sembla posséder sans exagération et sans hypocrisie. Ses amis intimes m'ont confirmé dans cette opinion.

Les larmes suffoquaient la malade; je dus me retirer .,

Elle m'a fait dire dans la journée que ma visite lui avait

rendu l'espoir qu'elle croyait avoir perdu depuis la veille,

' et avait ajouté une consolation de plus aux consolations que

lui prodiguaient ses amis.

En sortant du palais de justice , étourdi et ébloui, tet qu'on sort presque toujours de la visite d'un prisonnier, je V me demandais si c'était bien Bf^* Lafarge à qui je venais de parler; et maintenant, à qent vingt lieues de distance, ce mot^là a de la peine à me revenir dans l'esprit; il me semble encore que je n'ai eu devant les yeux que Varie Gappelle.

M°^9 Lafarge, telle que je l'ai vue sur son grabat de prison, est une femme que la douleur dévore, sans trop avoir altéré la r^ularité des formes qui durent en faire une belle jeune fille lorsqu'elle jouissait de la fortune et de la santé. Sans l'animation de sa physionomie, on s'apercevrait que ses traite manquent un peu de r^ularilé ; on n'en a pas It^

temps, car rexpreesion ne tarde pas à venir effacer ce l^er défaut d'harmonie y et son rq;ard , tel qu'on le devine à travers ses larmes» n'a rien perdu de celte magie qui paraît avoir fasciné tant de fois ses amis comme ses ennemis.

Le teint de M^^ La&rge n'est pas livide, il est pâle. Ses cheveux noirs en bandeau , et sa coiffe de nuit, de calicot ordinaire 9 me rappelaient à la lettre la mise officielle des prisonnières de Versailles, qui venaient si souvent sous ma fenêtre me remercier de quelques bons services, en chaii'* tant et dansant, comme on chante et on danse sous les yeiix des guichetiers.

M"^* Lafarge, dans sa prison, n'est plus que la fille du peuple, abandonnée des hommes, entre les mains de la loi. Je n'étais pas dépaysé en sa présence. Ses amis m'ont assuré que depuis sa captivité elle est toujours de même , et qu'avant elle avait le même goût de la simplicité.

Sa conversation, douce et caressante, conserve dans le malheur et dans l'humiliation ce reflet de bonté et ce je ne sais quoi d'harmonieux et de sympathique qui rendait Marie Gappelle si intéressante à l'époque de sa prospérité.

Il est difiScile de rencontrer une femme du monde qui sache mieux se placer au niveau des personnes qui lui parlent, et ne mettre dans ses réponses que tout juste la dose d'esprit dont fait preuve son interlocuteur. Elle cherche à plaire à tous, et jamais à effacçr personne. Elle cause de: tout avec le môme intérêt et le même avantage.

Elle est d'une force supérieure sur le piano; douée.d'un beau timbre de voix> elle chante avec une rare méthode; elle connaît plus d'une science ^ explique el traduit Qpethe

à livre ouvert , possède plusieurs kingueâ ^ improvise leâ vers iCaliens aviBC autant de grâce et de pureté de style que les vei's français. ...

.... J'arrive à la question chimique, qui tait le principal but des renseignements que je désire transmettre au public par la voie de la presse scientifique.

.... J'ai vu au greffe les trois assiettes obtenues par M. Orfila; j'en ai pris la description et même la mesure, et puis j'ai consulté quelques experts sur la manière dont on avait opéré.

Les deux premières assiettes obtenues l'ont été par l'acide nitrique; mais les taches qu'elles renferment sont si peu caractérisées et si petites, elles ont donné aux réactifs des indications si équivoques, que je me garderais bien de prononcer qu'elles soient des taches d'arsenic; elles ne sont ni pondérables ni déter minables; je dirai là-dessus ultérieurement mon dernier mot.

Une condamnation d'après ces deux assiettes seules serait une fatalité déplorable, et tôt ou tard la justice ne manquerait pas d'éprouver des r^rets bien amers, pour avoir prêté l'oreille à un aussi foux système.

Quant à la troisième assiette, a la vue et d'après les ren« seignements analytiques que j'ai puisés dans la conver-^ sation des experts du pays , je dois déclarer que l'on peut prononcer que les taches qui la couvrent sont de nature arsenicale. Mats ne préjugée pas trop vite : j'ai de bien graves choses à révéler à ce sujet*

Les taches des deux premières assiettes sont petites, d'un

jaane qui UqdC dtt gris; chacune d'elles n -esl qu'un souffle. Les taches de la troôsièroe sont laiges el goige de pigeon» bleues et miroitantes sur le centre, jaunes violettes sur le bord. Hais.... écoutez-bien.... elles n'ont été ainsi obtenues que par remploi du nkrate de potaste que M. Orfila avait eu la précaution d'apporter de Paris. Sur l'observation que lui en firent les experts, notamment ceux de Limoges, à savoir que ce nitrate de potasse n'était peut-être pas pur, M. Orfila répondit qu'il en avait constaté la pureté. Mais comme MM. les chimistes insistaient et demandaient à en opérer l'analyse, M« Orfila, poussé jusque dans ses derniers retranchements, avoua que, si cette expérience leur paraissait dotUeuse, il était disposé à t abandonner,

« Alors, répondit M. Bussy, il faudrait aussi aban<j^nner les deux premières assiettes; car à elles seules elles ne sauraient constituer la base d'une accusation d'empoisonnement. »

Dans le rapport de M. Orfila, vous ne trouvez rien de tout cela; mais de tout cela, j'en ai la preuve orale; qu'il ose me démentir légalement !

Ces aveux ont paru aux auditeurs si graves et si extraordinaires que j'ai été autorisé à les publier.

Je dis à MM. les chimistes^ de qui je tiens ces révélations, qu'il fallait pousser plus loin notre enquête, et je deman^ dai à ces messieurs où il me serait loisible d'éprouver les réacti& laissés à Tulle par M. Orfila, et d'en faire l'analyse, assisté d'un officier judiciaire.

Voici ce qui m*a été j^pondq :.

« M. Orfila a laissé entre les mains de i^. Porie, pharma-

cien, tous ses réactifs» à l'exception de ta potasse, — son zinc, , — ei le nUrate de potasse au inoy^n duquel il a obtenu les taches de la troisième assiette.

(c Ces trois réactifs ne valaient pas 50 centimes. Il a positivement refusé de nous en ùire un cadeau ! ! ! »

Quand l'accusation fulmine contre ladéfense^ on l'écoute; pourquoi fermerait-on la bouche à la défense quand elle signale un vice de forme dans les procédés de l'accusation?

Eh bien , je veux et je prétends, au nom de la loi, qu'on m'écoute; et la justice m'écoutera si l'arrêt est cassé, et l'opinion publique m'approuvera en tout état de cause.

.... Le jury a cru que l'impondérable quantité d'arsenic qui s'étalait sur ces assiettes signifiait nécessairement un empoisonnement par l'arsenic^: une quantité que M. Orfila a évaluée à un demi-milligramme, et que j'estime, moi, à moins d'un centième de milligramme.

Or, si le jury avait pu comprendre, d'abord que celle quantité était trop minime pour signifier un empoisonnement, ensuite que cette quantité pouvait provenir du réactif apporté tout exprès de Paris par l'expert de l'accusation elle-même, le jury n'aurait pas pu condamner Marie Cappelle comme coupable d'empoisonnement par Parsenic; car toutes les probabilités morales disparaissent devant l'absence du délit. »

M. Raspail, dans quelques passages de sa lettre, avait parlé des rapports d'amitié qui existent entre M. Orfila et M. Paillet,et il avait attribué

aux mauvaises dispositions de ces messieurs à son égard le non-succès de son intervention/ La vérité esl que, par égard pour les sentiments de M. Paillet, les amis de Marie Cappelle avaient cru devoir lui cacher, ainsi qu'à la Cour, la venue en poste de M. Raspail; ce silence fatal, joint au retard éprouvé dans la route par les voyageurs, fut certainement la cause qui amena, quelques heures trop tôt, le verdict affirmatif du jury.

n résulta de tous ces fails une polémique assez vive qui intéresserait peu aujourd'hui le public ; nous nous contenterons de donner les lettres que Marie Gappelle écrivit le même jour aux deux antagonistes, et qui contribuèrent beaucoup à terminer le débat.

Marie Lafarge à M, Paillet.

Tulle, !•* octobre 1840.

« Lorsque j'écrivis à M. Raspail sans me faire forte de Totre approbation, je voulais» monsieur, ne pas mêler votre nom dans une démarche qui pouvait blesser M. Orfila de voire part , qu'il devait comprendre de la mienne.

La science m'avait froidement jeté un ^rdicidemort, la science pouvait me sauver, et le cœur qui avait connu les angoisses de la prison devait venir en aide à une pauvre opprimée.

Je vous sais trop noble, monsieur, pour que vous ayez pu vous croire blessé de quelques mots publias dans une lettre de M. Raspail.

En les lisant, j'ai compris que vous lui étiez étranger, qu'il n'avait jamais entendu vos belles et touchantes paroles; mais j'ai souffert que Ton doutât de ma providence, et je veui vous dire bien haut ma foi et ma gratitude.

Croyez-le, le succès ne pouvait rien ajouter à tout ce que je vous dois ; quand vous avez, à la face du monde, appuyé mon innocence sur votre honneur, j'ai senti que vous m'aviez rendu Testime des hommes de cœur, et je vous ai béni au nom de mon pauvre père.

Votre lettre à U. Lacbaûd m'a remplie de recoooaissance : ce n'est que sous votre égide que j'espère ma réhabilitation, et je mels ma force bien plus en votre conviction que dans mon pourvoi.

Adieu, monsieur; soignez bien le mal que j'ai fait^ votre pauvre santé: j'en suis responsable près de tous les cœurs calomniés et souffrants.

Croyez à mon profond respect.

Marie Cappelle. y>

Marie Cappelle à M, Raspail,

Tulle, 1*' octobre.

« J 'ai lu avec une grande reconnaissance, monsieur, les pages éloquentes que vous avez consacrées à la réhabilitatioB de la pauvre prisonnière; el il m'est bien précieux de joindre à la conviction de votre science celle si touchante de votre cœur.

Quelques lignes seulement m'ont fait souffrir ; je veux vous les dire franchement, afin d'ôter à votre pensée d'injustes préventions.

Vous n'avez pas vu M. Paillet, et j'en suis désolée; car vous auriez compris qu'à côté des opinions qui pouvaient vous faire étrangers l'un à l'autre, il y avait un caractère, une loyauté qui devaient vous rendre frères.

Je n'ai pas seulement trouvé en lui une belle éloquence, mais bien aussi un noble dévouement, et je lui dois de sages conseils pour ma défense, de tristes larmes pour mon malheur.

Oh! je vous prie, monsieur, ne vous séparez pas de ce puissant appui de mon innocence; laissez-moi m'appuyer sur deux vaillants champions, sur deux nobles cœurs : Dieu vous le rendra , et votre jeune fille sera la joie et l'orgueil de votre avenir:

Adieu, monsieur; j'attends avec bien de l'impatience votre Mémoire, et, forte de mon innocence et de votre participation, j'ose espérer encore.

Recevez l'assurance de ma parfaite considération.

Marie Cappelle. )>

Les parents de Marie Cappelle durent enfin la quitter. Cette séparation était cruelle; mais sa résignation ne fut pas au-dessous de cette grande et dernière épreuve.

MM. Paillet et Bac étaient partis aussi: on avait décidé de déférer à la Cour de Cassation l'arrêt que venait de rendre la Cour d'assises j plusieurs motifs graves pouvaient être invoqués; le pourvoi fut signé.

A peine arrivé à Paris, M. Paillet reçut de M™^ Lafarge la lettre suivante, dans laquelle

elle s'empressait de lui exprimer toute sa reconnaissance :

A M. PaUlet.

Samedi, se septembre 4840.

« Je ne veux pas venir mêler une larme à votre douce réunion de famille; mais la pauvre Marie a besoin d'apporter à son noble défenseur un souvenir, une bénédiction. Oh ! je vous en prie, pensez au bien que vous m'avez fait, ne regrettez pas celui que vous auriez dû me faire. Si votre loyale et sublime éloquence n'a point détruit de haineuses préventions, elle £t trouvé des échos parmi de hautes intelligences, parmi de bons et simples cœurs, et si je suis con* damnée, ne vous dois-je pas d'être aimée, pleurée par quelques-uns?

Je ne vous dirai pas ce que j'ai souffert, le désespoir de ma pensée, k doute de mon âme; je n'avais pas d'espoir pour la douleur à venir, pas de prière pour la doulear présente; les hommes m'accablaient, et j'étais oubliée de Dieu... Je ne suis pas morte, et puisqu'il me faut reprendre ma croix, je veux la porter dignement, me faire forte de mes amis, de mon innocence, porter la tête et te cœur haut, quoique sous le joug de l'iniquilé.

Alors que je faiblis, on me parle d'un pourvoi. Je ne vous demande pas de venir à mon aide pour son obtention ; mais, je vous en prie, guidez ici les démarches que l'on pourrait aussi faire. M. Raspail a eu d'assez longues confërenees avec

les chimistes de Limoges; sa conviction s'est centuplée ù l'expression de la leur. II doit m'envoyer un Mémoire que je vous adresserai aussitôt^ afin que vous l'approuviez.

Adieu , monsieur ; le succès n'aurait pu ajouter à mon intime reconnaissance ; votre noble et sainte défense restera l'ange gardien de mon honneur.

Mabir. »

Nous avons déjà dit que raffectîon pour ses amis était devenue chez Marie Cappelle la seule puissance de son cœiir^ l'unique soutien de son existence, assiégée par tant de doulenis physi«queset morales; aussi, dans ces jours de soli- \

tude qu'elle eut à supporter après le départ de ses parents et de ses défenseurs, sa plus consolante distraction, quand elle avait passé plusieurs heures à l'étude et à la prière, était^elle de leur écrire toutes ses impressions, toutes ses espérances, et de leur exprimer en même temps la profonde gratitude qu'elle ressentait pour leur fidélité au malheur, pour la constance de leur dévouement.

Nous la laisserons se peindre elle-même dans un certain nombre de lettres qui en diront plus que toutes nos réflexions.

A Jf. ÏMchaud, à Treigtiac,

« 7 octobre 1840.

« Bonjour, mon ami!... Le soleil vient me sourire a travers mes épais rideaux ; la rosée a déposé une perle sur chaque brin d'herbe. J'espère que vous jouirez de toute cette belle nature pour laquelle j,e suis morte. Je ne veux pas me plaindre; Dieu est grand! et le cœur a ses soleils plus radieux que celui de la terre. Aimez-moi, aimez-moi , Ô vous, chers croyants, de toute la force de votre âme ; alors je défierai et les homme» et le s<Hrt, et je serai bîen heureuse en dépit des calomnies et des verroux.

Adieu, mon cher regretté; loin de mes amis, je pleure ma liberté, mon soleil, ma vie ; près d'eux je remercie Dieu^ et je ne sais donner ni un regret au passé , ni une pensée: amère à l'avenir. »

A M, Peyredieu,

Ce 8 octobre.

« Merci de votre lettre, monsieur, merci de cette noMe amitié que vous avez donnée à mon malheur. Je n'ai d^ force que dans la croyance de ceux que j'aime,, et quand^

oourbée sous la calomnie, mon cœur se torture et se brise» quand il doute presque d'une Providence, je pense à eux, et mon pauvre cœur retrouve des prières pour les bénir, du coulage pour les mériter !

J'ai reçu ce matin une lettre de M. G***, qui espère beaucoup, et qui a fait toutes les démarches nécessaires; tous mes amis d'enfance se rapprochât de mon malheur et agissent ; l'opinion de Paris est excellente, tteu veuille que notre pourvoi soit accepté et que la lutte recommence... Ob ! je me sens forte contre de nouvelles tortures, de nouvelles humiliations, qui me rendraient digne de mes chers croyants*

M. Raspail a vu MM. Dubois et Dupuytren ; ils lui ont donné de graves renseignements qui ont porté son indignation à son comble.

Adieu, mon bon , mon noble ami ; je serre la main à M''* Peyredieu , ^i croit à ceux qui soufirent et pardonne le malheur. Devant le monde je serais indigne de l'aimer, devant ma conscience je l'ose bien intimement et le lui dis tout bas. »

9 octobre.

« Merci, mon nol>Ie ami, du beau rayon d'affection que voti^ lettre a porté sous mes verroux. D'abord je vous ai la

bien vile; prâ, m'étant trouvée sente, mon esprit et mon cœar se sont partagé cbacune de vos paroles ; mes yeox se sont fermés el je vous ai rêvé pi^ de moi , me donnant vos sages conseils, retrempant sous voe espérances mon courage et ma force.

Si je n^ai pas fanbli sut le rttde dvemin de mon ealvaire, c'est qu'auprès de la vie qo'its m'ont flétrie il y avait la vie que je puisais dans ma conscience 01 dans le cœur de mes amis; c'est qUêfdes maind se sont tendues vers les miennes; c'est que des hommes d'honneur m'ont donné leur foi ; c'est que j'«i pu garder autant d'am<!mr que de souffrances dans mon âme.

Obt je vous le juré, je ^ feibUrai jamais ! Ce n'est pas avec un remereiement que" je puis payer mst dette à mes amis, c'est* ma réhabilitation que je veux leur donner. )e veux le suffrage d'un monde que je méprise , pour Toffrir à ceux que j'aime; je veux que Ton me rende le poifn de mon père aussi par que sa vieille épée, et puis je veux mourir , mourir où ma tdfOhe sera accomplie ; car je suis fatiguée, je suis brisée, et je ne demanderai pas à la terre un bonheur qu'elle ne peut plus me donner, mais ce repos de la tombe qui mène à la vie du ciel.

J'ai bien des actions de grâces à vous rendre ! Non-seu« lement vous avez voulu m'aimer, mais encore vous avez semé quelque peu de votre affection dans des esprits droits et impartiaux comme le vôtre. Vous n'êtes plus près de moi , mais vous m'avez laissé quelques parties de vousmême dans M. C***. Quand il vient, quand je vous regrette, il console, il encourage la pauvre prisonnière. »

A M. BiAmâ'Lanbière (1).

< Je IN sais oà je puis aller tous poiter mcga souvenir. H. Bac, que j'inl«roge, reste muet, et J'ignore qud poUt coin rec^ un de mes plus cbers dérouemenlji. Ma penaée vous garde bien près de moi ; cependant, nMniieui, j'ai peur que l'oubli ne vous désaj^irenne la pauvre Marie; j'ai peur que, me voyant silencieuse, vous me croyiez ingmtfl; j'ai peur de loul, et auhasurd je vous adresse quelques ligues à CoRfokns, où vous place un imperceptible avis de ma mémoire.

J'ai hdtriblemeni soufleti lorsque je fus resiée seule, lorsque mes amis, ma famille eurent emporté la meilleure

(1) Vaici les réOeiioas pleines d'inlérit dont M. Babaud-Laribière tait précéder la copie de la lettre qu'il a bien voulu nous communiquer :

( H. Raipail TOUS a appris, dan» son éloquente lettre, tous les relards que nous Cprouianes dam oolre iuconccTable viiesK. Je ne puis rien nr conier apr^ lui ; je n'ai Tien A rectifier, rien A ajouter. Quand nous detcendionsla câle de Tulle, tout était Qnij il j avait cinq beures que notre amie était sacrifiée l„.

' ■ La douleur que nous iproviiaa tous, le détespaic laujourt calme el lerein de notre sraie, la constemalion de la Tille, le triomphe des ennemU de celte malheureuse, tout cela je l'ai reaseuli, je l'ai tu, mais je ne waniia le redire. Farfiûs, longue ia lempiie éclate au haut des deui, il >e dessine a l'horiion des pajsaget terribles et biiarres ; on les Toit, os s'en souTÎenl, mais le pinceau le plus hi acec rimage.

> Deoi jours aprto , nous étions parti lec son mal-

heur, et nos larmes D'aiaient pas même quelque pev

sa poslIioD. rétais ii Conroleas, rêvant cette grande

lofonme, torique je reçus eeKe lelire. <

moitié de moi-même, quand je pus mesurer l'abime, quand il ne me fut plus permis de m'appuyer sur ceux que j'aîmais; je crus mourir, trouver enfin le repos.... Hais la vie revint avec les larmes et la prière; il fallut reprendre sa croix, recommencer avec la douleur, la calomnie. Oh! paidonnez-moi cette larme que je viens mêler à votre douce réunion de famille; qu'un baiser de votre mère eBace le nuage qu'elle a mis sur voire front. He pensez qu'au bien que vous m'avez fait, et puissent vos amis, vous voyant si noble et si bon, vous payer par un regard d'approbation et d'oi^ueil !

La lettre publiée par H. Raspail m'a tail concevoir qu^ ques espérances ; mais, louten admirant ses nobles et touchantes paroles , ses savantes afGrmalions contre le verdie! de la science inhumaine de H. Orfila, j'ai été pein& de quelques paroles amères contre H. Paillei.

Peut-être son plaidoyer pouvait avoir plus d'entraînement, mais non plus de lexique, de force, de loyauté; et quand, appuyant mon innocence sur son honneur, il jura que j'étais victime, qu'il croyait en moi, mon cœur lui promit une étemdle reconnaissance ; car il y avait plus que de l'éloquence, il y avait une conviction.

Depuis son départ il ne m'oublie pas : il m'écrit qu'il va publier un exposé des faits pour la Cour de Cassation.

Dieu veuille endonnir loule prévention, surtout toute politique, es! Qu'itdaigne réunir

ces deux de la science pour en

former la alomniée!

Adieu, bien de l'oubli. Je tie

vis plus que de k vie du cœur, et loute résigaaiion me vient de mes chers croyants.

Marie. »

A JH . Lachaudf à Treignac,

10 octobre.

« Celte journée, commencée par vos reproches, a été pleine d'amertumes. Le ciel était sombre comme mes pensées; la pluie venait pleurer contre mes vitres, le vent gémir dojis la cheminée. Mon âme élait trop brisée pour que mon pauvre corps ne le fût pas aussi. Je fus obligée de ne pas me lever. Oh! combien je souffrais!.... Hélas! qu'ai-je donc fait pour être frapi)ée de malédiction? Quels sont les desseins de Dieu? Veut -il m'épurer par la douleur? Mais souvent le doute est plus fort que la résignation. L'abîme est si grand, la créature si faible ! Pourquoi me rejeter inutile au dehors de la vie?

J'envie la plus chétive mousse, le plus pauvre insecte; car, si on les foule aux pieds, ils ne le sentent pas; et moi, malheureuse, opprimée, je ne puis soulever la calomnie qui pèse sur ma tête comme une montagne.

Venez, ami, calmez les angoisses qui me tuent!... Je méprise le monde; qu'il garde ses poésies décevantes, ses consolantes vanités, l'oubli qu'il puise dans l'ivresse des

' plaisirs; qu'il garde tout cela pour ses élus; inoî je veux aimer et mourir.

Je vais vous quitter, cher absent; je suis incapable de chasser mes noires pensées ; je suis honteuse de vous les envoyer. Je ne sais que vous aimer de toute mon âme.

Marie,

P. S. M"'*' }IL*** est venue passer une heure près de moi . C'est une esLcellente àme^ un peu froissée par le monde et un peu susceptible , ne comprenant pas assez qu'on tire de soi-même la seule dignité qu'il est permis à Thomme d'envier.

J'ai reçu quelques vers insigniûants et un déluge de lettres. »

M. Babaud avait répondu à Marie Cappella en rinvitant à la résignation, à la confiance dans la justice divine, et en lui faisant espérer que l'aveuglement des hommes trouverait un terme, que les amis de la pauvre captive la verraient bientôt libre et réhabilitée. Il reçut peu de jours après cette seconde lettre :

A H. BabaudrLaribière,

Ce 15 octobre 1840.

« Que vous comprenez bien le malheur> monsieur ! que

vous savez bien choisir les paroles qui le mieux peuvent endormir et consoler la douleur ! Seriez^vous déjà savant des tristesses de ce monde? Connaissez-vous d'autres larmes que celles que vous essuyez?... Hélas! je le crains; on ne dh pas si bien les mots du cœur alors que le ciel est resté b)eu.

Je ne sais rien; je vis dans l'attente dû pourvoi , ayant besoin d'espérer et n'espérant guère. M. Paillet m'écrit exactement^ et, sans me donner de nouvelles positives , m'envoie de bonnes probabilités. M. Bac m'oublie, et M. Raspail me garde un silence qui me fait triste. J'avais compris, aussi bien que sa science, son grand cœur, ses saintes convictions, et si j ai pu blesser quelques cordes sensibles de son Sme, j'en souffrirai et je croirai perdre un de mes plus nobles croyants. M. de Tourdonnet est venu me voir quelques heures ; son amitié est toujours un bienfait : elle me fait presque oublier verroux et liberté. 11 ne peut quitter Saint-Martin dans l'attente d'une paternité horriblement retardataire , et je crois que son dévouement souffre avec moi de cet éloignement forcé. M. Lachaud est à Treignac; je suis veuve de tous mes amis, et ne pouvant échanger une intime pensée.

Ma santé est aâsez oiauvaise , et mon estomac a secoué le joug de son bon Esculape. Cependant je souffre sans faiblir, et, par la volonté que je crois toute-puissante, je vis et je vivrai jusqu'au jour de la réhabilitation. Après ce but atteint, que Dieu dispose de sa créature. Que ferais-je de la vie? Pour rester à peu près heureuse en ce monde, il faut suivre ses tourbillons, mettre les idées reçues dans son esprit, les

sentiments reçus dans son cœur, puis fermer les yeux, ei crîer si haut son bonheur que Ton s'étourdisse à défaut de pouvoir se convaincre. Pour moi il ne peut plus en être ainsi : éveillée rudement au choc d'horribles souffrances et d'amères déceptions , je suis incapable de leur seiu commun; tout au plus apte à vivre en hibou dans un trou inaccessible; et Foubli de la tombe est bien plus doux que celui quelquefois si puissant de la solitude.

Vous voyez, monsieur, combien je suis amicalement bavarde ; je vous en prie, envoyez-moi mon absolution sous forme de bien grande lettre.

Adieu, noble apôtre de la pauvre Marie î convertissez les incrédules et gardez-moi mes fidèles croyants.

Marie Lafarge, »

« Je reçois à l'instant une noble et bonne lettre de M. Raspail. Il n^a pas abandonna la grande œuvre de ma réhabilitation. Son Mémoire est fini, il est imprimé; il doit paraître dans quelques jours. Sa lettre est calme et résignante comme ses paroles : c'est le prisonnier qui se souvient et qui partage.

Le pourvoi de l'avocat général pour les diamants est rejeté. Un écho de la presse m'écrit que l'impression a été favorable» et que ce petit échec de votre vilaine Cour royale réjouit tous les cœurs amis. »

T^txiBtes VwtXBtB.

Jamais je n'ai pu supporter le doute. Il me faut l^approbation ou le mépris, la certitude du bien ou la certitude du mal. . . Cependant, si le cours des événements a quelquefois rectifié mes jugements en m'apportant de cruelles déceptions, il m'a rarement donné des remords; car mon cœur, despote de ma raison, se refuse à Tévidence qui mérite la haine, pour accepter avec enthousiasme une apparence qui commanderait Tamour. Dans le monde j'ai eu souvent à combattre des principes opposés. Le doute y accueille rarement l'accusateur : toujours il y recueille la

louange Parlez d'un crime, vous n'aurez pas besoin

d'apporter vos preuves; parlez d'une belle action : s'il n'est pas possible de la nier, si quelques sentiments d'<^oïsme ne peuvent s'y rattacher, la moquerie viendra profaner ce jet d'une belle àme, ce sacrifice d'un noble cœur.... On rira, car les larmes d'admiration ne coulent plus en ce siècle, et l'homme qui se dévoue pour un autre est une dupe ou un fou.

Il n'y a pas de ciel serein pour l'œil qui le contemple à travers le vitrage humide et terne d'un cachot. L'eau bourbeuse d'une mare ne saurait refléter la pureté du lis qui se penche sur ses bords ; ainsi le cœur du méchant ne peut

croire en la verlu, qu'il ne voit qu'à iravers le prisme do SCS vices.

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