SIXIESME LIVRE
dei Mémoires de meesire Guillaume du Bellay, seigneur de Langey.
Appareil de guerre par ^Empereur. — L'Empereur en faisant toutes ses praticques, ne laissoit toutesfois encores d'entretenir en quelque espérance le seigneur de Velly, ambassadeur du Roy; non pas qu'il eust aucune volonté de venir à conclusion (car en effect il ne l'avoit jamais eue, comme peu après nous déclarerons), mais il ne vouloit entrer en ouverte déclaration de guerre, que premièrement il n'eust certaine nouvelle que l'armée du comte de Nansau fust preste à descendre en Picardie au mesme temps que luy commenceroit de l'autre part à faire acte d'hostilité contre le Roy. Encores esperoit il en dresser une autre (non toutesfois si promplement), laquelle il vouloit envoyer au fort des affaires descendre en Champagne, quand les garnisons du pais en seroient deslogées pour se W 1
2 MÉMOIRES 01 GUILLAUMB DU BELLAY. (Mai ISM
venir joindre (ainsi qu*aprèft elles firent) avecques celle de Picardie. Le Roy, encores qu*ii dissimulast d*entendre que Pintention de TEmpereur fut telle, si en estoit il suffîsummcnt adverty, car outre le brtiict qui en estoit coniinum en Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre, il avoit ordinairement nouvelles d'Allemagne, du nombre de gens que TEmpereur y faisoit lever, combien et quels estoient ses capitaines, quand et par qui et de quels deniers ils dévoient recevoir payement, et en quel temps ils pourroient estrc mis ensemble. En avoit aussi du costé de Picardie de quelque amas de Wallons qui ja se faisoit, et de l'argent qui leur devoit estre baillé au lieu de Lens ' en Artois ; mais bien sçavoit que Icsdites forces ne pouvoient pas encores estre si tost prestes. Parquoy il luy suffîsoit, en attendant ce que le temps ameneroit, tenir ceste frontière là en scureté de surprise, et en Piémont garder bien ce qu'il y avoit.
Opinions diverseê au Ctmseil du Roy. — Aucuns de son Conseil ordinaire, et autres que pour lors il voulut y faire appeller pour estre à la délibération de ses affaires, estoient d'advis contraire; et mesmement après avoir sccu la crue rcsponse que l'Empereur avoit faicte à monseigneur le cardinal de Lorraine, eussent bien voulu que, tout ainsi que l'Empereur l'amusoit de paroles, il eust usé contre luy d'un mesme art, et que durant ces ailées et venues, et soubs couleur de envoyer audit seigneur cardinal aujourd'huy une instruction et demain autre nouvelle, il eust faict tenir argent en Italie, ou par bancque, ou par autre voye,