‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 2 sur 94 · Leas, UT. de Béthune (Pas-de-GaUis · texte numérisé non relu

Leas, UT. de Béthune (Pas-de-GaUis

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pour en diligence renforcer la trouppe des seigneurs Gagnin* et comte Guy de Hangon', et en un oiesme tempe £ûre passer en Italie les Suisses que desja ledit seigneur avoit retenuz en son service, pour s*en venir ces deux bandes unir avea|ues les forces que desja ledit seigneur avoit au Piémont, et puis que voyant son poinct il usast de Toportunité s'oftranle, et sans avoir tant de respect à qui n*estoit pour le luy avoir semblable. D*autres en avoit qui bien approuvoient ceste opinion, mais ils jugeoient les forces de TEmpereur estre desja si près des nostres qu'ils ne pensoient point que ceste opinion fust exécutable à temps, joinct qu'ils sçavoient plus intrinsèquement que les autres la finale intention et resolution du maistre, et la cognoissant pleine de justitication envers Dieu et le monde, y vouloient bien adhérer, et demourer en cest advis de bien garder ce que nous tenions, et sans entrer en plus grande despense, surallendre tant que l'Empereur fust agresseur indubitable. Â tant le Roy reprenant les propos conclut sur iceux en ceste manière.

Paroles du Roy en son Conseil. — c Si nous n'eussions aux actions humaines à satisfaire à autre qu'à Dieu seul servateur, estimateur et juge des cueurs et pensées des honunes, et auquel n'est incogneue la volonté que me garde l'Empereur en son courage, et que pour obvier en preocupant à sadite volonté, je

i. Jetn-François de Gonzagae, somommé il Cagnino (le Boit«ax).

2. Guido Rangone revint définitivement au service de François I" en juillet 1536 et fut chargé de concentrer des troupes à la Mirandole. Voir G. de Lera, Storia documentata di Carlo V, t. m, p. 172-173.

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ine fusse contenté de juste querelle, pieça Teussay je peu faire à grand marché, ou du temps qu'il estoit empescbé contre le Turc en Autriche, ou du temps que Tarméc des lansquenets qui avoient remis le duc de Witembei^ en son duché, ou depuis quand celle des Suisses qui ont secouru Genève se sont envoyez offrir à moy. Tune des offres alors que TEmpereur entroit en son expédition de Thunis, et l'autre luy estant de retour en Sicile moult afloihly de gens et de deniers. Mais à mes propres amis et juges équitables, je n'eusse peu juslitier mon faict, sinon par apparences et presumptions; aux iniques et non amis, encores à présent ne le sçauroy je suffisamment faire par autre voye ; et vous sçavez ce qu'en plusieurs autres délibérations en tels affaires je vous ay tousjours déclaré de mon intention. Mais entendez toutesfois que quant à moy ce n'est de ceste heure que le cueur m'a presagy et jugé que l'intention de TEmpcrcur envers moy, avant son partement et depuis son retour du voyage de Thunis, estoit et a tousjours esté telle qu'aucuns de vous à présent commencez à cognoistre. Et si au paravant j'en eusse esté en quelque doubte, croyez que de rheure qu'il respondit à mon ambassadeur que, puis (ju'il n'avoit pouvoir de moy, il le paissoit et entretenoit de paroles, je m'en fusse tenu asseuré du tout et hors de double; car quelle occasion eust il eue d'aileguer à mon ambassadeur une telle raison ? Sinon que par luy mesme il juge autruy ; et sçait très bien qu'alors (|u'il m'envoya le comte de Nansau (lequel aussi vint sans pouvoir), luy ne le flst (|ue |)our me donner paroles et m'amuser cependant qu'il feroit son voyage, afin que soubs cesti- espérance je ne poursuivisse la

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réparation de Toutrage que nravoit faict Francisque Sforce ; et luy durant sondit voyage fist (sans que je m*en doublasse) faire en Allemagne par le comte de Nansau (qui soubs urobre et couleur de ceste négociation abbregea son chemin par mon royaume) ceste assemblée que maintenant vous luy voyez mettre sus. Vous sçavez assez combien de fois j'en ay esté adverty d'Allemagne par mes amis, et que nonobstant que ledit comte Hst courir le bruit que c'estoit pour le recouvrement du comté de Catznelemboghen S j'eusse toutesfois à me tenir sur mes gardes. Or, quelque mal ou bien qui m'en advienne, encores à présent vuel je persister à me gouverner plustost sur ce que me faict entendre que sur ce que faict au contraire l'Empereur, afin d'éviter entièrement que l'assaillant sur le bruict de ce qu'il se prépare contre moy, toute couleur luy faille de pouvoir dire que non pour m'assaillir, ains pour se garder il se fust préparé, ou que pour affection que j'eusse de trouver occasion de roupture contre luy, j'ay bien voulu à un bruit incertain légèrement adjouster foy. Et ne pensez point que je prenne telle conclusion, sur opinion que j'aye de n'avoir mes forces prestes à temps, car avant que l'Empereur ait pris tout ce que j'ay ordonné fortifier au Piémont, elles y seroient facilement arrivées ; mais je vueil entièrement que le tort et blasme de l'aggression tombe sur luy. Et pour plus luy oster d'excuse et de couleur des siennes forces qu'il met sus, je suis délibéré, puisqu'il faict telle instance, que je retire mon armée deçà les monts, et en Piémont laisser seulement

i. RaUenellenbogen, sur la D6rs, atfluent (rive gauche) de la Lahn, à une quinzaine de kil. au sud-est de Nassau.

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garnisons es villes que j*ay (comme dit est) ordonné foire fortifier. Et si bien je fay en ceste délibération quelque tort ou reculement à mes affaires, si ay je telle confiance en Dieu vray juge et vengeur de foy desguisée, que si bien TËmpereur en ce commencement se conjouist de ma négligence, autant esprouvera il (estant la guerre ouverte et la paix rompue par luy) de desplaisir et de dommage du temps perdu, que j'espère après recouvrer par diligence, persévérance et vive force. »

Sur ce propos et avant que le Roy eust fine sa parole, fut apporté au Conseil un pacquet du seigneur de Velly depesché par la poste ; lequel fut ouvert et leu devant le Roy ; auquel estoit par ledit de Velly, entre autres choses, donné ad vis que les seigneurs de Cauves et Granvelle luy avoient demandé si monseigneur T Amiral viendroit point trouver TEmpereur, ainsi qu'il avoit esté advisé ; adjoustanl quMI n'y auroit mal de faire eooores durer ceste praticque soubs le nom de monseigneur le duc d'Aogoulesme, si de monseigneur le duc d'Orléans ne vouloit l'Empereur ouir parler, afin au moins de gaigner ce peu de temps pour achever la fortification de Turin encommencée, au cas que la praticque en autres choses fust infructueuse. Le Roy alors en se soubriant, dit : c Encores nous veult donner l'Empereur à entendre que nous devons quelque chose espérer de luy. Or il fault imaginer de deux cboeet Tune : ou que ses lansquenets ne peuvent arriver si tost qu'il esperoit ou, s'ils sont arrivez, que là deasus il veult pour ambassadeur avoir mon lieuteoaiit gênerai, afin d'envoyer ce pendant assaillir mon Cftmp et le trouver et surprendre sans chef à l'impro-

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viste. Que ferons nous doiicques à oest homme tcy? Si nous ne renvoyons, il prendra là dessus son excuse et couleur de dire que, quand c'est venu au joindre, nous avons par cela donné à cognoistre, que nous ne voulions venir à la conclusion ; si nous Tenvoyons, il n'y fera rien d'avantage, mais je me seray justifié, luy sera en peine de trouver une autre excuse. Advienne de par Dieu ce qu'advenir pourra : j'avoy desja ainsi conclu et arresté de retirer par deçà mon armée, tant seulement laisser d^ gens de guerre en Piémont ce qui suffira pour mettre es garnisons des villes tenables ; accordons luy ce qu'il demande, voyons quand il accouchera de ce dont il est gros et faisons cognoistrc à tous amis et ennemis que de nostre costé nous avons faict plus que raison et devoir. »

Provisions du Roy sur le faict de la guerre. — A tant il depescha vers ledit seigneur Amiral et luy demanda de ne plus tenir camp, et que seulement il parachevast de fortifier Turin et quelques autres places. Premierment il escrivit de Garmagnolles, mais depuis il escrivit de Fossan ou Cony ou toutes deux, et qu'il y mist le nombre de xiv ou xv mille hommes de pied, ensemble ce qu'il jugeroit cstre nécessaire de gendarmerie et de chevaux légers ; et si ledit nombre estoit plus qu'il n'en estoit besoing à fournir bien et suffisamment lesdittes villes, qu'il mist ce qu'il restoit dudit nombre de xrv ou xv mille hommes en quelques places au deçà, lesquelles fussent couvertes des autres, et qu'en chacune il mist un chef auquel eussent les autres à ol)eir en toutes choses, et que le reste de son armée il renvoyast deçà ; luy se tint prest d'aller vers l'Empereur à toute heure que par monseigneur le cardinal

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de Lorraine il seroit mandé ; aussi que de ce que dessus il donnast advis au seigneur de Velly. Par le seigneur de Rabodanges fut envoyée ceste depesche, et par le seigneur de Renty* une autre à messeigneurs Charles, duc de Vendosmois, et Claude de Lorraine, duc de Guise, l'un gouverneur de Picardie et l'autre de Champagne, leur ordonnant fortifier quelques places en Picardie et en Champagne, et qu'ils départissent leur gendarmerie et leurs légionnaires es lieux qu'ils verroient estre plus à propos et à main pour luy faire servie; leur feit d'avantage envoyer argent, pour lever promptement le nombre de xiv mille adventuriers, pour aussi les départir es villes de frontière, ensemble le payement d'autres deux mille adventuriers à lever quand le besoing en seroit, et autre bonne somme de deniers pour employer tant aux fortifications qu'aux envitaillemens desdittes villes. Et particulièrement escrivit à messire François de Montmorency*, chevalier de son ordre et son lieutenant audit pals de Picardie soubs la charge et en l'absence dudit seigneur duc de Vendosmois, qu'il eust à y avoir l'œil et vaoquer diligemment, et principalement d'aller en personne faire ravitaillement de Terouenne, et en passant visiter la ville de Montereul, et l'advertir de ce qu'il trouveroit y estre nécessaire. La cause pour laquelle particulièrement il voulut luy donner ceste charge fut pour autant qu'il n'en vouloit travailler le

1. Probablement François de Renty, sieur de Rambert, gentilhomme de l'hAtel du roi.

2. Voir Bibl. nat., ms. fr. 3008, fol. 31, 33, 48, 61, 105, 112-114, 110-120, les lettres d'Anne de MontmoreDCjr au sieur de La Rocbepot (mai-juillet 1536).

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duc de Vendosmois, qui alors estoit empesché sur la conclusion qui se devoit faire du mariage de sa Bile aisnée avec le roy d'Escosse * .

Causes de rébellion du tnarquis de Saluées. — En ce temps estoit le marquis de Saluces arrivé en poste à la cour, auquel le Roy donna des villes du Piémont qu'il pretendoit estre des anciennes appartenances du marquisat, à sçavoir est Saviilan, Cony, Fossan, Cavalimoot*, Montdevis et plusieurs autres, jusques au nombre de xvn. Et à ce que depuis il a esté sceu, n'estoit ledit marquis venu les demander en espérance de les obtenir, mais pour avoir cause'ou couleur en cas de refus de colourer ce que depuis il feit ; car, à ce que Ton a certainement entendu, il y a voit longtemps que sa praticque trainoit, qui estoit telle : ledit marquis, par le moyen du comte de Poquepaille^ et d'un sien contrerolleur, praticquoit avecques Antoine de

1. Voir supra^ t. II, p. 335, et Teulet, op. cit., t. I, p. 94- 105, acte du 29 mars 1536. Le mariage de Marie de Bourbon a^ec Jacques V n'eut pas lieu; le roi d'Ecosse devait épouser quelques mois plus tard Madeleine de France.

2. Cavallermaggiore, sur la Maira, à 10 kil. au nord de Savigliano.

3. Gio. Antonio Falletti, comte de Benevello. Co-seigneur de PocopagUa, il avait en 1534 cédé sa part de seigneurie au marquis de Saluces, qui lui donna en échange Lequio et Mombarcaro. Les intrigues de ce personnage sont mentionnées dans un mémoire contemporain où il est appelé sieur de « Benyvel »4 (Bibl. nat., Uairambault 335, fol. 97, 109.) Dans la suite, le comte de Benevello, ayant passé du côté des Français, eut ses biens confisqués. Il mourut avant 1554 (d'après une obligeante communication de M. le chevalier Armando, de Turin). Voir y. Promis, Moneta di Gio. Battista Falletti, Conte di Benevello, dans les Atti eUlla R. Accademia délie Sciense di Torino, t. XXIV, p. 26-32.

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Levé, prometlant espouser sa HUe ; et par ce moyen luy promettoit ledit Antoine de Levé luy faire gaigner le procès qu'il avoit intenté devant l'Empereur pour le marquisat du Montferrat qu'il maintenoit luy apftartenir, à l'occasion (à son dire) que ledit marquisat estoit substitué, que là et au cas qu'il y eust foulte de hoir masle, il n'alloit en fille mais retournoit à celuy qui estoit ou scroit marquis de Saluées estant de la maison. Or estoit il que du marquis de Montferrat et de madame d'Alançon, sœur du duc d'Alançon, estoit sorty un fils et une fille mariée au duc de Mantoue * : et le fils qui fut marquis de Montferrat en picquant un cheval, le cheval tomba, dont tout soudain il mourut sans estre marié. Parquoy vouloit dire ledit marquis François de Saluées qu'à luy appartenoit la succession dudit marquis nouvellement decedé, et non à sa soeur. Aussi ledit marquis François estoit fort superstitieux et avoit adjousté foy aux prophéties qui avoient esté faictes, qui disoient que l'Empereur devoit estre monarque, de sorte qu'il craignoit de perdre son estât de Saluées; et mesme ledit marquis un jour à Fossan, parlant au seigneur Martin du Bellay, luy disoit qu'il avoit pitié de ses amis de France qui perdroient leurs biens, parce qu'on ne pouvoit aller contre les oracles de Dieu, dont les prophètes estoient dénonciateurs.

Dès le deuxiesme jour de may avoit esté depescbé le seigneur de Rabodanges avecques la charge que

1. Guillaume Palëologue, marquis de Montferrat (1488-1518), avait épousé en 1508 Anne d'Alençon ; de ce mariage naquirent Boniiace, marquis de Montferrat, mort en 1530, sans postérité, et Marguerite qui, en 1531, épousa Frédéric de Gonsagve, marqob de Mantoue.

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VOUS avei entendue. Et depuis, parce que monseigneur rAmiral estoit d'advis de ne rompre encores son camp qu'il avoit fortitié au lieu de Carignan, luy tut envoyée une itérative depesche conforme à la première, et ordonné que lesdittes garnisons mises à Turin et à Foesan et autres villes qu'il adviseroit pour soustenir et rompre la première impétuosité de l'Empereur, au cas qu'il entrast en roupture, il renvoyast incontinant le surplus de son armée en France, sinon qu'il veist apparemment qu'Antoine de Levé n'eust forces plus qu'esgales et fist contenances de vouloir passer eu deçà de la Sesie*, contrevenant aux promesses aooordées entre monsieur le cardinal de Lorraine et ledit de Levé ; auquel cas il luy estoit ordonné de bazarder la bataille, la raison de la guerre toutesfois gardée, et moyennant qu'il feist tousjours ledit seigneur Empereur agresseur et luy deffendeur; et au cas qu'il ne vist apparence de ce faire, il ensuivist la première ordonnance qui luy avoit esté envoyée par ledit seigneur de Rabodanges et luy se tint prest à monter incontinant à cheval, au premier mandement qu'il auroit dudit cardinal de Lorraine de l'aller trouver.

Au lieu de Pistoye* receut le seigneur de Velly advertissement de ce que par la depesche du seigneur de Rabodanges avoit esté ordonné audit seigneur Amiral. Et sur ceste occasion, estoit rentré avecques l'Empereur en propos de ceste négociation de paix. A quoy luy fut respondu que l'Empereur aucunement n'y entendroit, sinon qu'avant tout euvre l'armée du Roy

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