Bailles, sur la Doria Riparia
3. Région comprenant les hautes rallées de l'Ubaje, du Var, de la Tinée et de la Ro/a et débordant sur le versant italien des AJpes-Maritimes.
M MltMOIRES DE GUILUUME DU BILLAY. (Juin I&36
vivant gratieusement jusques à oe qu'il eust certaineié que l'Empereur passast deçà les monts et, qu'ayant la dessusdite certaineté, il commençast à faire le degast au pais afin que Tennemy n'y trouvast vivres n'autre soulagement. A Grenoble fut envoyé quelque quantité de poudres et une somme de deniers pour renforcer les estappes ; et au sieur de Burie, qui estoit dedans Turin, fut donnée la compagnie de cinquante hommes d'armes, qui auparavant a voit esté audit marquis*; ei le sieur d'Ëschenais redcpescbé pour aller vers le sieur de Montpesat à Fossan^ luy dire de par le Roy que, s'il estoit possible, il tint encores trente jours, à oe que le secours que ledit seigneur entendoit luy envoyer fust plus puissant et mieux equippé que s'il estoit dressé à la bastc ; que s'il voyoit toutesfois ne le pouvoir faire, il ne se hazardast tant que par trop attendre ù parler, il fust contrainct de prendre composition lionteuse. Mais ledit sieur d'Ëschenais, voyant qu'il ne pouvoit seurement passer, bailla ses lettres et sa créance par escrit, signée de sa main, au seigneur Chrestofle Guasco, qui entreprit de la faire tenir.
Siège de Fossan. — Pour retourner à nos gens assiégez audit Fossan, est à sçavoir que quand ledit siège arriva, le bastion, qui estoit toute la force de la ville (si forteresse y avoit), n'estoit euoores de six
1. François I" au sieur de Huroières, 23 juin 1536 (Bibl. nat., ms. (t. 3008, fol. 81).
2. Le 24 juin. Montmorency au sieur de Hamières (Bibl. nat., ms. Tr. 3008, fol. 81). — Le sieur de Humières avait déjà envoyé Guasco i Fossano « afin de faire entendre à ceox qui sont dedans ce qu'ils auront à faire an cas qu'ils te ««ntiasent trop presses ». François I*' au siear de Hamières, 25 juin (Bibl. nat., ms. fr. 3008, fol. 83).
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pieds de liault et par aucuns endroits la terre estoit dehors plus haulte que le bastion. Parquoy le seigneur Antoine de Levé, pour faire ses approches avant qu'ils fussent en plus grande delTence, feist dès le lendemain qu'il fut arrivé commencer les trenchées; où d'une part et d'autre furent tirez forces coups d'arquebuse et furent tuez beeucoup de ceux de dehors qui, en faisant leurs trenchées, se descouvroienl trop hardiment; aucuns des oestres aussi furent tuez et blecez cedit jour et autres, en besongnant audit bastion, pour e&me de la terre qui estoit (comme j'ay dit) plus haulte dehors que dedans, en sorte que nos gens ne pouvoient y aller ne venir sans bien grand danger. Pour y obvier, furent la nuict assis des gabions au devant des endroicts que la terre, par le dehors, estoit la plus haulte; mais pour autant que la terre, dont ils furent remplis, estoit sèche et non foullée, tout s'en alla en poudre quand Tartillerie de dehors eust commencé à tirer contre, qui tenoit ceux de dedans en grosse et merveilleuse peine. Pour le premier jour ne pour le second, elle n'avoit encores esté plantée; et fut la principale entente de ceux de dehoi*s faire leurs trenchées et amener leurs gabions, et de ceux de dedans se remparer et fortifier ; au troisiesme jour commença la batterie avecques seulement deux canons, et assez lente; la muraille toutesfois estoit si meschante et débile qu'au lendemain toutes les deffences furent rasées. Environ le soir, il fut arresté par ceux de dedans de faire une saillie à pied et à cheval, les uns d'un costé, les autres d'autre; le baron de Castelpers, lieutenant du sieur de Montpesat, eut charge de mener les gens de cheval, et le capitaine Wartis, navarrois,
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les gens de pied ; par ia porte du chasleau sortirent ceux de cheval et les gens de pied par la cazematle du t)astion, en une valée assez loing de la ville. Les lans<|uenets, qui estoient la force du camp impérial, estoient logez dedans la prairie et, pour estre assez loing du danger, avoient leur guet assez foible contre la coustume toutesbis de leur nation. Le capitaine Wartis, qui en estoit adverly et qui estoit (comme j*ay dit) sailly à couvert, tira droict en celle part et d'arrivée leur feit du dommage. Le seigneur de Castel- |)ers commença lors à apparoistre avecqucs ses chevaux, (|ui feit donner l'alarme chaude; et pourtant le seigneur Antoine de Levé, qui avoit autour de luy les Espagnols, y envoya très bonne trouppe en intention de clorre le chemin du retour à ceux de dedans. Ceux qui estoient ordonnez par luy à la garde des tranchées, voyans ainsi courir chacun à l'alarme, y coururent aussi en diligence, laissans Tesoorte de leurs pionniers assez débile. Le capitaine Sainct Peire Corse, qui estoit aveapies le sieur de Yillebon ordonné à la garde du bastion, voyant la garde des trenchées ainsi dee- ^arnie, sortit dehors et, à l'ayde d'aucuns champenois et normans, qui aussi sortirent par un autre costé, donna dedans lesdites trenchées en telle fune que d'arrivée y tua vingt cinq ou trente hommes et contraignit les autres à prendre la fuitte vers le logis du seigneur Antoine de Levé, qui envoya pour les soustenir la plus part de ce qui luy estoit demouré de gens. Geste mcsiée fut cause que les premiers qu'il avoit envoyez tournèrent chemin pour venir au secours. Nos gens de cheval qui, d'autre oosté, voyoient un chacun abandonner le couvent pour cou-
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nr à oeste alarme, tirèrent ceste part, aussi pour soutenir le capitaine Sainct Petre, qui avoit roidement repoulsé ceux des trendiées jusques là endroit, et fut contrainct ledict de Levé de se faire poKer hors de son logis pour ae sauver; mais fut de si près suivy, que ses porteurs l'abandonnèrent en un bled, ou fust pour se tirer hors du danger ou pour donner occasion de les suivre par autre chemin qu'ils prindrent et ce pendant guarentir ledit de Levé, qui demouroit en sa cbeire caché, pour la haulteur des bleds qui en ottoient la veue à ceux qui les suivoient ; qui fut la cause de sa sauveté. Ce faict, noz gens se retirèrent sans perte, mais aucuns blessez, dont par après en mourut trois ou quatre. Lesdits capitaines S. Petre et Wartis furent tous deux blessez de coup d'arquebuse, l'un en la main et l'autre au pied, mais furent bien tost guariz. Avec eux amenèrent prisonnier un napolitain, capitaine de trois cens hommes de pied^
Jusques alors n'avoient encores les ennemis faict batterie bien asprement, car s'asseurans en ce que leur avoit mandé le marquis, ils ne pensoient point que les assiégez voulussent tenir; laquelle opinion servit beaucoup ausdits assiégez, car le seigneur Antoine de Levé leur avoit tousjours laissé sur ceste espérance et ena>res laissa l'espace de dix ou douze jours la porte tirant à Gony en liberté, pensant que par là ils se retireroient ; qui donnoit ausdits assiégez grand raifreschissement, par ce que de sept puys qu'ils avoient en la ville, les cinq furent taris en deux jours, mais au
i. CeUe première sortie des défenseurs de Fossano est mentionnée dans une lettre de François I"au sieur de Humières, 17 juin 1536 (Bibl. nat., ms. fr. 3008, fol. 58).
9î utuoinm m mmxàmm w bkllay. fjttio 15»
moyen de cestc porte ouverte et à la faveur de leurs arquebusiers qui leur faisotent escorte, ils s'alloienl fournir d*eaue à la fontaine, qui de ce costé là esloit au pied de la ville, et sans cela ne leur eust esté possible de tenir. Or, entra en fantasie audit de Levé que lesdits assiégez, pour avoir plus honneste excuse de se retirer, attendissent qu*il eust faict bresche et, à ceste cause, deux joui^ après laditte saillie (laissant toutesfois encores ceste porte ouverte, pour aller à Cony) il feit de bien grand matin commencer à tirer en batterie avec quatre canons, et à tous les coups faulsoient la muraille et non sans blesser beaucoup de noz gens. Avant midy eurent faict bresche, et assez rase, par laquelle eussent peu entrer jusques à trente hommes de front ; puis cessèrent de tirer environ d'une à deux heures, qui feit penser aux nostres que ce fust pour donner l'assault ; et à la vérité le pouvoient faire, car il n'y avoit point de fossé au devant et pouvoient venir au combat ceux de dehors aussi facilement que ceux de dedans; parquoy il fut commandé aux gens d*arnics de descendre en une Irenchée qui avoit esté faicte par derrière la muraille, au dedans de la ville, et pour les soutenir furent les gens de pied mis sur le bord d'icelle trcnchée.
Les ennemis tirent bien contenance de venir à Tassault, qui fut cause que les nostres demourerent tout le jour à laditte bresche, les hommes d'armes l'armet en teste et les gens de pied selon qu'il avoit esté ordonnez ; généralement y furent tous, exceptez ceux qui avoienl esté ordonnez à se tenir en la place, pour secourir en la part qu*il seroit besoing. Ainsi se passa tout ce jour et ne fut point donné d'assault; bien mirent
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les eonemis en leur» trerichées un bon nombrede leurs gens ealeos, qu'ils y tirent tenir toute b nuid, espiaM s*ils pourrcNent surprendre la bresche, et les nottres liuilrent aussi toute la nuict cinquante homnnes d'armet en leur trendiécs, pour obvier ù laditte surprise. Les Dostres tousjours continuèrent sans gueres prendre repos à remparer au devant de la bresche et y firent une trencliée par dedans avecques un rempart, et la trenchée bien flancquée et chacun en son quartier en fiai le semblable; dont jamais ne s*en destournerent pour(|uelque ennuy (|ue Tennemy leur fist, \ei\iie\ toute la nuict tira par intervalle en intention de les empe»cber. Douze jours fut la bresche en ceste sorte, sans qu*ii se doonasl aucun assault. I^ seigneur Antoine de Levé n'y vouloit hazarder ses Espagnols, les reservant à entreprise de plus grosse conséquence, parce qu'en eux, pour estre tous vieits soldats, estoit entièrement toute son espérance, l^es Italiens n'y vouloient marcher s'ils n'estoient payez. Les Allemans ne s'cstimoient point devoir estre moindres en réputation que les Espagnols et n'y vouloient marcher tous seuls.
En soomie, ledit de Lève se délibéra de ne les point assaillir, tant pour raison dudit différend que pour l'asseurance qu'il avoit d'emporter bien tost la ville par famine et sans y liazarder ses gens hors de t>esoing ; car il peosoit bien de vray que les assiégez n'avoient ne vin ne birines et si bien ils avoient quelques bleds, ils n'avoient point de moulins et les manouvriers, qu'ils avoient euz auparavant pour en faire, en avoient esté dès le commencement renvoyez par le marquis airec les pionniers. Et ores que, parmy les bandes des gens de pied, il se trouvast quelques maistres du
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meêtier, ils y estoient sans outils, et avecquet oe du peu de provision qu'ils eussent et dequoy que œ lîist, ledit marquis avoit luy roesme faict la description, après y avoir tenu le plus long temps qu'il luy fut possible un nombre superflu de geos pour les faire plustost consumer et faillir, et la description qu'il eo avoit faicte l'avoit il envoyée dès lors audit de Levé. Eo effect, dès le xxvi* jour du siège se trouvèrent les capitaines réduits jusques à là qu'à vivre maigrement, ils n'en avoient plus que pour quatre ou cinq jours à toute extrémité, de poudres à peine pour soutenir un assault; de secours de France avoient eu nouvelles certaines que, de quinze jours, ils n'en pouvoient espérer; du costé du marquis point, car ils sçavoient bien qu'il estoit devenu. Or, n'eust encores jamais pensé le seigneur de Levé que leurs vivres eussent tant duré que desja ils avoient; car, en matière de mengeaille, il tenoit la nation françoise pour malaisée à contenter de peu; parquoy il pouvoit croire que le marc|ui8 n'eust mal diligemment faict sa description et commençoit moult à s'ennuyer de tant perdre de temps à une telle ville, et pour ce feit il dresser ses canons au droictdu boullevert qu'il pensoil luy estre plus dommageable s'il luy eust convenu venir à l'assault.
Pourparlé sur la reddition de Fossan. — Le sieur de Villebon avoit la charge dudit boullevert avecquet ses cin({uante hommes d'armes et Sainct Petre Corse avecques trois cens hommes de pied pour les soustenir et n'en bougeoicnt ne jour ne nuict avec laditte (rouppe. Les ennemis y ayans dressé leur artillerie n'eurent pas grandement canonné qu'ils n'eussent tout desemparé un parapi*ct qu'il y avoit faict de lx>is et
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chanvre seulement enUsseï l'un sur Taulre et sans terre, sinon peu. Battant plus bas, ilscomaienoerent à plonger dedans le boule vert, et courut un bruict en b ville qu'ils dressoient une platte forme pour battix> en cavalier et plonger au dedans du bastion; laquelle considération (avec<|ue8 la petite provision de vivres et de pouidres, et Tadvertissement qu'ils avoient eu du Roy à eux envoyé par te moyen du seigneur Clirestotle Ikiaaco, qu*ils n'attendissent tant à com|K>ser que force leur fust de faire composition honteuse) fut en OMMe qu'ils devisèrent ensemble de trouver (|uelque hoaoeste moyen de faire que non eux, mais l'ennemy parlast le premier, afin qu'ils en eussent de tant plus gratieose raison. Cherchant l'occasion, elle s'y offrit d*elle mesme, car le seigneur Antoine de Levé envoya un trompette demander un prisonnier, et pource qu'il avoit cognoissance au sieur de la Hoche du Maine, pour avoir esté ledit de la Roche prisonnier autour de luy après la bataille de Pavie; il donna charge au trompette de le saluer de sa part et luy demander s'il luy ennuyoil point destre si long temps sans boire ▼in. Le sieur de la Roche luy respondit que véritablement luy ennuyroit il, au cas qu'il fust en ceste nécessité, que toutesfois il la supporleroit pour son honneur et pour le service du maistre, et pour donner à oogooistre qu'il n'estoit là reduict, en bailla deux flas- 0008 au trompette pour présenter en son nom audit seigoeur de Levé. Le trompette, entre autres choses, eo devisant avecques les capitaines, leur demanda s'ils sçavoieot pas bien que le mar(|uis de Saluées estoit au service de TEmpereur ; à quoy le sieur de Montpesat respondit que non et que jamais il ne le croiroit sans
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avoir luy mesmes ou quelqu'un de ses gens parlé audit marquis. Sur ceste occasion, ledit de Levé, au lendemain matin, envoya le mesme trompette, nommé Augustin, dire aux dessusdits capitaines que s'ils luy envoyoient un gentilhomme, lequel pourroit venir à seureté avecques le trompette, il leur donneroit asseurance que le marquis estoitau service de l'Empereur; ensemble envoya recommandations et remerciement audit sieur de la Roche du Maine, des amandes et des concombres et autres fruicts nouveaux, en luy mandant qu'il avoit bien bonne envie de le veoir. Au sieur de Montpesat et autres capitaines sembla estre à propos d'envoyer quelqu'un vers luy quand et le trompette, et y fut envoyé un gentilhomme de Perigort, homme d'armes de la com|)agnie dudit sieur de Montpesat, nommé ledict gentilhomme de Sainct Martin ^
Arrivé que fut ledit Sainct Martin après avoir salué ledit seigneur Antoine de Levé de la part dudit sieur de Montpesat, il luy demanda que son plaisir fust luy donner sauf conduit pour aller jusques à Saluées parler au marquis et sçavoir la vérité de ses affiiires. Surquoy ledit de Levé prenant la parole : c Je sçay (dit il) mon gentilhomme, que vous n'estes icy venu demander le marquis en espérance de le trouver à Saluoes, car il est en Ast avecques l'Empereur; et si vous eu estes eo doubte, je vous donneray demain (si vous voulez retourner) un trompette qui vous y conduira; mais j'enten très bien que vous n'avez ceste charge de le demander, sinon pour une couleur et vous servir d'excuse, pour
1. Jean de SalBt-M*rtln-B«gnac, maréchal de* logb à la compagnie du ftieur de Montpesat. — Voir ChampeTal d« Vyert, la Maison de Saint'Martin^Bagnaef Limoges, 1907»
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rtxàt sentir de rooy ce que je voudroy dire et quelle graœ je vous voudroj faire pour vous tirer de la nécessité où vous estes, laquelle je sçaj assez quelle vous Tavei, car j*ay icy la description de tous les vivres et munitions que le mart|uis vous a laissez (et en ce disant tuy rooDstra signée de la main du maniais). Or, fault il conclurre nécessairement quelque bon mesnagement dont vous avez usé et que maintenant vous soyez bien près du but, et m'esbahy au demourant comment voz capitaines, qui sont gens de guerre, se soot voulu enfermer en une si pauvre ville qu'est eeste cy. Tant y a que TEmpereur est prince debon- Bpire et n*est point cruel envers les chrestiens, mais seofenient en veull aux infidèles ; parquoy je conseille à voz capitaines et à vous que, sans autrement envoyer au martjuis, vous addressiez à moy et je seray moyen que TEmpereur vous usera de miséricorde. Entre autres, vous direz au sieur de la Roche du Maine que, pour la cognoissance que j'ay de luy, j*ay grand regret qu'il soit où il est, et là où je pourray luy faire plaisir, je le feray de très bon cueur, et comme celuy qui Tayme, luy conseille de bien penser à ce que je luy mande. > Le gentilhomme luy respondit qu'il n'avoit chaîne de parler et aussi peu d'ouir parler un tel langage, et qu'en la ville il ne s'estoit point apperceu qu'ils en eussent occasion, que toutesfois il en feroit volontiers le rapport au lieutenant du Roy et aux capitaines, et qu'au lendemain il viendroit prendre le trompette pour le conduire en Ast et luy rapporteroit la response qu'ils luy auroient faicte.
Les capitaines, après longue délibération faicte, furent d'avis que ledit Sainct Martin, gentilhomme de iii 1
tt MÉMOIRES DR GUIIJLAUMB DU BELLAY. (Joio i&N
Parigoil, retournant le leDdeinain prendre le trom> pette, essayast d'entendre du seigneur de Levé quelle composition il leur voudroit laire; et trouvant ledit Saioct Martin l'occasion, tint au sieur de Levé lesdits propos. A quoy il respondit que, si l'un des capitaines venoit vers luy pour en traitter, il l'offriroit telle qu'ils n'auroient cause de la reffuser; ce que ledit Sainct Martin proraist de rapporter aux capitaines, lesquels conclurent d'y envoyer le lendemain et y alla le sieur de Villebon, conduit par le mesme trompette. Le seigneur de Levé luy tint d'arrivée semblables propos qu'il avoit faict audit Saint Martin, y adjoustant que, nonobstant qu'il fust bien asseuré d'avoir la ville quand il voudroit à sa discrétion, il vouloit neantnioins oser de cette courtoisie et gratieuseté aux capitaines, gentilshommes et gens de bien qui estoient dedans, que de les laisser sortir leurs vies sauves et sans rançon, à chacun le baston blanc au poing. A quoy le sieur de Villebon respondit qu'il luy parloit un langage qu'il n'avoit point accoustumé d'ouir, parquoy il luy prÎŒt luy donner congé de s'en retourner, en l'asseurant que dedans la ville il n'y avoit telle nécessité qu'il se persuadoit; et quand elle y aviendroit, qu'encoTM estoient assez gens de bien pour luy faire couster la moitié de son armée, avant qu'estre mis à ceste raison. Et sur ce, prenant congé sans autre replicque, s'en retourna dedans la ville où il feit rapport aux autres capitaines de ce qu'il avoit trouvé audit de Levé, lesquels tous d'un commun accord se résolurent de mourir plustost en gens de bien que d'accepter composition si honteuse. Le jour ensuivant, dès le matin, fut Augustin le trompette à la porte de la ville, appor-
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Uni enoores des fruicU nouveaux, avecquet gralieuses reoommaodalioos au sieur de la Roche du Maine, disant que le seigneur Antoine de Levé s'esbahissoit, veu qu'il n*estoit jamais venu homme de son oosté, par lequel il ne fist à sçavoir audit de la Hoche le désir qu'il a voit de le veoir, ce nonobstant il ne luy en a voit jamais Ciict response, adjoustant que s'il luy plaisoit venir disner avecques luy, ce luy serait un grand plai> sir ei se mettrait volontiers en debvoir de le bien Initier.
Le sieur de Montpesat et tous les autres capitaines esioieot à la porte quand le trampette y arriva, et avecques eux estoit le sieur de S. Martin dessus nommé, qui les pria, veu les afibires telles qu'elles estoient, de bien peser et les paroles du trompette et ce qu'aucuDS d'eux mesmes avoient ouy des propos que le •eigneur de Levé avoit tenuz dudit sieur de la Roche ; et qu'a son advis ledit de Levé ayant esprouvé que sa breveté de paroles ne les avoit point estonnez, il seroit homme de tenir plus gratieux propos audit sieur de la Roche. Tous s'accordèrent à ceste opinion, et ledit de la Roche, ne voulant estre opiniastre, feit response au trompette, puisque le seigneur de Levé avoit tant envie de le veoir, qu'au lendemain matin il yrait disner avecques luy, mais que ce fust de bien bonne heure. Ne tarda pas demie heure que le trompette fut de retour à la porte avec quatre petits penniers de poires, et apporta response qu'au lendemain à sept heures il viendrait quérir ledit de la Roche ; à quoy il ne faillit, mais le sieur de la Roche s'excusa pour le matin et remist de se trouver vers luy à midy. A l'heure ditte, le vint quérir le trompette; avecques
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luy alla le chevalier d'Ambres et à leur arrivée fureol recueillis de plusieurs gentilshommes italiens, allemans, espagnols, que le seigneur de Levé avoit envoyez au devant, luy se fîst apporter en sa chaire pour les embrasser; et après plusieurs cérémonies et propos longs et superfluz à racompter, persévérant ledit sieur de la Roche de ne vouloir rendre la ville, sinon en sortant ainsi qu'ils y estoient entrez, le seigneur de Levé, replicquant qu'ils ne le pouvoient faire ores que luy le consentist, car le marquis ne leur avoit laissé que dix chevaux d'artillerie, qui n'estoit nombre suffisant pour l'emmener toute ; et replicquant le seigneur de la Roche, qu'ils en emmeneroicnt au moins ce qu'ils pourroient, ne voulut toutesfois accorder d'en laisser emmener; aussi ne vouloit consentir que les hommes d'armes et archers emmenassent sinon un clieval de service, et que les enseignes aussi denaourassent ; après consentit bien qu'elles fussent emportées, mais non pas desployées, et tinablement fut accordée à la composition soubs les articles qui ensuivent.
Composition pour Fossan. — Premièrement, que lesdits sieurs capitaines françois pourroient (se bon leur sembloit) tenir la ville jusques à la fin du mois complet, à commencer du jour et datte des lettres du Roy, dont estoient desja passez quatre jours, et qu'au de»sudit terme du mois complet, ils la consigneroient audit seigneur Antoine de Levé, et de ce (aire bailleroieot dès à présent ostages, dont luy, seigneur de It la Roche du Maine, seroit l'un et autres deux ou trois gentilshommes de sa maison. Si toutesfois il leur sembloit et venoit à propos d'en desloger plustost, que faire le pourroient, avecques les mesmes oooditioas
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subséquentes. Item, que si, durant ledit terme, le roy de France ou son armée veooit lever le siège estant devant la ville ou autrement luy donner secours, ledit sieur Antoine restilueroit les ostages et laisseroit la ville en la fomie et estât qu'elle estoit lors; aussi qu'ausdits sieurs capitaines durant ledit temps ne seroit loisible de fortifier laditte ville, ne d*y faire autres rempars que ceux qui ja j estoient, sauf qu*à la brecbe qui estoit tombée, il leur seroit permis de U racoustrer, et que ledit seigneur Antoine bailleroit dès lors un gentilhomme des siens pour regarder en quel estât elle estoit. Item, que durant ledit temps ne seroit donné aucun empeschement ou trouble à ceux de dedans et que ledit de Levé retireroit cependant son armée de là le pont d'Eslure*. Quant à l'artillerie et munitions et tous les grands chevaux qui excèderoient la haulteur de six palmes et quatre doigts demoureroient dedans la ville, sinon le nombre de douze chevaux, tels que voudroient choisir les capitaines, lieutenans, enseignes et guidons. Qu'au demeurant, ils sortiroient enseignes desployées, avea|ues tout le reste de leurs chevaux, au dessoubs de laditte mesure, de leurs courtaux, bcstes d'emble, mulles, mullets et bagage, promettant de les asseurer et faire accompagner jusques en lieu de sauveté, au pais et obeissaooe du Roy, et de leur faire provision de ponts et vivres par le chemin. Item, que ledit seigneur Antoine permettoit au sieur de Montpesat envoyer un ou deux ou trois gentilshommes vers le Roy, tels qu'il voudroit choisir, et les feroit accompagner, jusques à