‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 18 sur 94 · Carde, sur le Pà, à 25 kil. «u nord de SducM · texte numérisé non relu

Carde, sur le Pà, à 25 kil. «u nord de SducM

Jaill. 15S6J SlXIÈIiJE UVRI. I«9

Et au lendemain noarclierenl en pareil ordre ju8(|ue8 à un village sis au dessous de Pignerot, ayans tout»jours, ainsi (|ue te jour précédant, les gens de cheval de l'Empereur et sur la queue et sur les aisles, et s'escarmouclians souvent avec eux, sans touteslbis y avoir receu aucun dommage. Au ui* jour, delà Pigneroi et deçà Perouse*, au milieu de la montagne, se trouvèrent en grosse troupe les païsans qui avoieiit pris les annes et luarclians à couvert es voyes et sentiers de la montagne en costoyant noz gens, leur donnèrent de Tennuy beaucoup et en blessèrent plusieurs, à la fin toutesfois ils furent repouisuz et contraincts de se retirer avec grosse perte de leurs gens; car il en fut tué de six à sept vingts hommes, surpris entre les Dostres, qui par deux endroicts a voient gaigné le dessus de la montagne pour venir enclorre et deffaire laditte trouppe des païsans, laquelle detîaitte eslonna tant les autres qu'ils ne pensèrent plus chacun a autre chose qu'à se sauver. Et sur le soir arrivèrent les nostres à Fenestrelles', au dedans des pais du Roy, à sauveté, duquel lieu fut depesclié messire Martin du Bellay en poste, pour avertir le Roy comment les obèses estoient passées, et pour entendre de luy ce qu'il vouloit que Hst ceste trouppe venant de Fossan. Durant ce siège, et pendant ce terme de la reddition de Fossan, le Roy, encores qu'il n'eust esté deffîé ne par herault ne par lettre, jugea toutesfois en hostilité si desoouverte n'estre à propos d'avoir plus aucuns ambassadeurs ny messagers entre luy et l'Em-

1. PeroM, sur le Chisone, à 20 kil. au nord-oacst de Pignerol.

2. Fenestrelle, »ar le Chisone, à 30 kil. au nord de Pignerol.

HO MÉMOIRES DE GUtlXAlHl IM: BELLAY. [Juin 1536

pereur ; et à oeste cause escrivii à tous les gouverneurs et capitaines de ses frontières, que de là en avant ils arrestasseut tous courriers allans à TËmpereur ou venans de luy ou de ses niinistres, et au sieur de Vely, son ambassadeur, qu*il priât congé de TEmpereur; à celuy dudit seigneur Empereur, il ordonna pareillement de se retirer, et pour le conduire en lieu de seureté hors de son obéissance, luy l>ailla messîre Louis du Perreau de Castillon, l'un des gentilshommes ordinaires de sa chambre, et luy Ht ce nonobstant honnorable présent, ainsi qu'est la coustume de faire aux ambassadeurs des princes ou seigneuries de Tun à Pautre^ ; mais ledit ambassadeur ayant sceu depuis que le sieur de Vely, lequel il rencontra par le chemin, n'avoit voulu accepter présent dudit seigneur Empereur, envoya celuy qu'il avoit accepté du Roy au sire de Humieres, dessus nommé, lieutenant du Roy en Dauphiné. Peu après luy escrivit de Suse, du xxv* jour du mois, comment il avoit un pouvoir de l'Empereur, son maistre, pour traitter quelques moyens de paix, 8*il plaisoit au Roy d'en envoyer audit sire de Humieres un semblable. Le Roy, du commencement, tislresponse qu'il n'en envoiroit point, et que les choses estoient trop avant pour entamer propos de paix, et pensoit bien que c'estoit quelque nouvelle invention pour encores l'amuser ; mais, quelques jours après, voulant tousjours confermer le devoir de son costé, il révoqua ceste despeche et envoya le pouvoir audit sire de

1. Hannart reçut son congé le il juin, mais ne quitta la cour que le 17. Voir la lettre de François I** au sieur de Humieres, 16 juin, Bibl. nat., ms. fr. .3008, fol. 52; Papien d'État dt Granvelie, t. II, p. 475; Décrue, op. cit., p. 2&9.

Jnill. 1&361 ftiXIÈMI LIVRI. Itl

Homieres; enoores depuis, il donna passage par son royaume audit ambassadeur allant (si comme il disoil) pour le bien de la paix au Pais Bas de TEmpereur. Ge nonobstant, il n*en sortit aucun effect ; et a depuis esté oogoeu que rEropereur avoit usé, par sa confession mesme, de ce moyen pour abréger le chemin de faire sçavoir de ses nouvelles au comte de Nansau et pour eo avoir des siennes, aHn que ses deux armées se regisiisnl d*une mesme teneur.

Provtnofu fiûeUê par le Roy tur U$ préparatifs de U guerre. — Le Roy, qui n*en pensoit pas moins, ne s'eodormit, ainsi que l'Empereur avoit eu opinion, sur la venue ne pratic(|ue dudit ambassadeur, ains en continuant, ainsi qu'il avoit conunencé, de donner ordre à tous ses affaires, depescha Jean, cardinal du fiellay, evesque de Paris, pour aller comme son lieutenant gênerai en laditte ville et pais circonvoisins', pour y entretenir et asseurer le peuple, qui ne s*estonnast, ainsi qu'il advient aucunefois entre les peuples non acooustumez aux incommoditez de la guerre, quand ils voyent leur pais assailly par tant et divers endroicts, comme TEmpereur menassoit et procuroit de faire ; aussi pour avoir esgard au faict des finances, dont le fons de la recepte des pais circonvoisins estoit à Paris, afin de secourir la Picardie, Champagne et autres lieux de frontière, selon Texigence des affaires. Au sire de Humieres ordonna que, retournans noz

1. Les lettres de proTision de la charge de lieutenant général ao gooTemement de Paris et de l'Ile-de-France en Taveur du cardinal Jean du Bellay sont datées de Lyon, 21 juillet 1536. Voir le Begisire de$ délibérations du bureau de la ville de Paris, t. U, p. 243-244.

If? MÉMOIBES DE GVU.LAtJllB DU BILLAT. (Juin 1&96

gens de Fossan, il les départ ist au long de la montagne, pour asseurcr et tenir les passages* ; et que sur tout il envoyast souvent espies sur espies, pour entendre la conduitle des ennemis et quel cliemin ils entreprendroient pour faire descente en France, et que là où ils monstreroient de vouloir prendre le chemin du mont Genève*, il envoyast en toute diligence rompre le passage à force de pionniers et rompre le cabestan assis sur la montagne, à ce qu'ils ne s'en aydassent à passer leur artillerie; au Chasteau Dauphin qu'il meist le capitaine Monneins^ avec ses gens, et les remplis! jusques au nombre de v cens. Au seigneur Jean Paul, outre les deniers qu'il luy avoit auparavant faict délivrer pour lever les gens de guerre italiens (ce qu'il fist, et lu pluspart en retira du camp des ennemis), il envoya par Picquet\ commissaire ordinaire des guerres, le payement des gens de guerre estans à Turin, afin qu'il essayast de passer outre et le porter en laditte ville, ce que ledit seigneur Jean Paulc exécuta, mais non sans grosse ditticullé, à cause que les ennemis avoient garnisons à Bussolin, à Sainct Ambrois, à Ri voles et à

1. Montmorency au sieur de llumières, 28 juin. (Bibl. nat., ms. fr. 3008, fol. 89.)

2. Le Mont-Genèvre (Hautes-Alpes), village et col '1,8S4 m.) entre Cesana, sur la Doria Riparia, et Briançon, sur la Durance.

3. Tristan de Moneins, capitaine de chevan-légers, plus tard gouverneur de Turin (1543), sénéchal de Béam, capitaine de ChAteau-Trompette et gouverneur de Bordeaux, où il fut massacré en août 1548 lors de la révolte de la gabelle. Voir S. Oigon, la Révolte tU la gabelle tn Guyenne, 1006, in-8*.

4. Antoine de Bnssj, dit Piquet, avait été nommé commissaire ordinaire des guerres le 19 mars 1536. Voir Catahgm* de» acte», t. III, n* 8363. — Il fut dépéché le 30 juin, François l*' au sieur de Ifuroières. (Bibl. nat., ms. fr. 3006, fol. 107.)

JoiD-JaiU. 1530) 8IXIÉMI UVM. 113

GrouUiao*, places wmmeè entre Sue et Turin, en pals estroict et des deux oostez enclos de montagnes ; il j passa toutcsfoJB sans perdre aucun de ses gens, sinon on de ses chevaux l«^ers italiens, nommé le comte Sébastian de Monte Cuctiio, et luy blessé d'un coup d*arqiièbuse en Tespaule, dont il fut guary en peu de jours.

Aussi depescha le sieur de Noaillcs', aveoques un trésorier, et le sieur de Borran', commissaire ordinaire de ses guerres, pour aller faire la monstre et payement des gens de guerre qui retoumeroient de Fossan; ausquels pour le service (|u'ils avoient faict, et pour leur ayder à se remonter, il tist donner un quartier outre ce qu*il leur estoit deu. Et fut baillé audit Noailles par instruction de faire marcher la gendarmerie vers Avignon, auquel lieu avoit le Roy délibéré de faire Tamas de son camp, pour après le faire marcher outre jusques au lieu qu'il seroit avisé; et, pour choisir un lieu commode, furent depeschez messeigneurs le pnnce de Ifelfe, Napolitain, Stefe Colonne, t>aron romain, tous deux chevaliers de l'ordre, Poton Raffîn, seoeschal d'Agenois el capitaine de cent archers de la garde du Roy, et peu après messire Jean de Bonneval, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordon-

1. Bassoleno, San Ambrogio, Rivoli et Grugliasco, dans la ▼allée de la Doria Riparia, eo descendant de Sase k Tarin.

2. Antoine de Noailles, sieur de >'oailles, né en 1504, panetier ordinaire da roi, gentilhomme de la chambre, ambassadeur en Angleterre (1553-1556), mort en 1563.

3. Guj Raruel, sienr de Borran, gentilhomme de la maison du roi (1523), commissaire ordinaire des guerres (1531). Françob f an sieur de Humières, 27 juin. (Bibl. nat., ros. fr. 3006, fol. 86.)

114 MtlIOlRES DB GUILLAUMB DU BELLAY. [JoiU. ISM

Dtnoes dudit seigneur, avec oominission pour faire le gaat, tel que je declareray par cy après. La depesche foicte dudit Noaille», le Hoy sur l'opinion qu'il avoit tousjours (comme j'ay dit cy dessus) eue que TEmpereur eotreprendroit de passer en Provence, il envoya nouvelle instruction, ordonnant au sire de Humieres faire marcher laditte gendarmerie de Fossao, par ce qu'elle estoit moins que suffisamment remontée, le chemin droict à Maroeille, auquel lieu elle pouvoit sans trop grand nombre de chevaux faire le service requis à la deffense de la ville; et furent pour servir à la campagne retirées hors de laditte ville la compagnie dudit Bonneval et autres qui estoient mieux montées et equippées pour ce faire. Par autre depesche fist ledit seigneur à sçavoir à messire Louis d'Angerand, sieur de Boisrigault*, qu'il fist avancer les Suisses de sa levée et qu'ils prinssent le chemin de Montluel'; auquel lieu se trouva ledit seigneur au jour qu'ils j passèrent, et à chacun des capitaines donna en présent une cheine de cinq cens escus ; et de là il les fist marcher droict à Valence, auquel lieu il alla bien tost après', c'est à sçavoir incontinant qu'il eut certaineté que l'Empereur avoit pris le chemin de Provence. £l avant son partement depescha monseigneur RobeK Stuard, chevalier de son ordre, seigneur d'Aubigny, mareschal de France, capitaine de cent lances de ses

1. Louis d'Augerant, sienr de Boisrigaalt, chambellan «t mattre d'h6tel du roi, ambassadeur de France en Suisse. Voir E. Rott, Histoire de la représentation diplomatie ii« dt la France auprès des cantons suisses^ t. 1, p. 319-320.

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