SEPTIESME LIVRE
des Mémoires de messire Guillaume du Bellay, seigneur de Langey.
Passage de V Empereur en Provence. — La dessu»ditte resolution prise el le nombre ordonné des gens qui demoureroient au siège de Turin et à poursuivre ce qui restoit pour mettre fin aux affaires de Piémont « chose que TEmpereur estimoit trop plus facile que par effect il ne la trouva, il départit son armée en trois, afin de passer à plus grande commodité. Ceux de la première bande, en laquelle fut la gendarmerie, avec les lansquenets du sieur de Thamise*, prindrent leur chemin par la rivière de Gennes*, parce qu'ils conduisoicnt Tartillerie et le bagage que ledit sieur avoit ordonné (pour éviter les difRcultez du passage) faire embarquer et conduire sur son armée de mer, à ce qu'ils se vinssent joindre à luy en la ville de Nice; et partit ceste trouppe le treiziesme jour de juillet. £n la seconde marcha dom Ferrand de Gonzague, capitaine gênerai des chevaux légers, et avecques eux quelques hommes d'armes napolitains, les sieurs de Isclsthein^, Dietric Sepch*, Wolf Dietric de Kutring*
1. François Le Fèvre, dit de Heetnstede, chevalier, seigneur de Tamise, colonel d'Allemands, mort en 1540.
3. La cAte occidentale du golfe de Gènes, Rivière Hi Panante.
3. Maximilien d'Egmoni, sieur d'Isselstein, comte de Buren à la mort de son père Florent d'Kgmont (1539K II rooanit en décembre 1548. (Biographie nationale de Belgique^ t. XVI, p. 488 et soiv.)
4. Dietrich (ou Friederich) SpAth, originaire du Wurtemberg ;
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ben* et leurs chevaux. Après eux le marquis du Guast ■vecques les Espagnols, puis la maison de TEmpereur, et à sa queue le seigneur Antoine de Levé, puis les lansquenets du capitaine Marc de Ebenstein'; et après eux se mist PEmpereur accompagné seulement de six de ses chamtterians et d'une troup{>e d'Espagnols, après lesquels marchoient les lansquenets du capitaine Gaspard de Fronsperg, et prindrent le droict chemin de Fossan à Nice. En la tierce bande furent les Italiens (|ui prindrent le chemin par Cony, aus(|uels il fut ordonné qu'au plustost que faire se pourroit ils se rendissent à Nice et aux lieux de Saincl Laurens et de Villeneufve*, près laditte ville de Nice.
Sam0 et prévoyance du Roy. — Ce temps pendant le Roy estant à Lion où il tenoit ordinairement conseil, faisant les depesches recitées au précédant livre et pourvoyant à tous les endroicts par où son cnnemy pouvoit faire descente, après qu'il eust eu certaineté de la délibération de sondit ennemy, ne tarda plus à faire exécuter les choses qu'il avoit en son conseil arresté de faire, ledit cas advenant. A ceste cause, il depescha messire Jean de Bonneval, seigneur dudit
partisan da doc llpnri de Brunswick, il fat un des adrersaires les plus déterminés du landgrave Philippe de Hesse.
1. Woir Dietrich de ILnœringen, capitaine au service des ducs de Bavière. Sa présence dans l'armée impériale en 1536 s'euplique par le fait que le duc Louis de Bavière participait i l'expédition. Voir S. Riezier, Getchichte Baierns, t. IV, p. 288.
2. Max d'Eberstein avait servi comme capitaine impérial dans la Haute-Allemagne, aux cdtés de Gaspard de Frondsberg et du sieur de Tamise. Voir la Politische CorrespontUns von Strasthurg, t. Il, à l'index et p. 301.
3. Saint-I^urent du Var et Villenenvc-LoulMt, arr. de Grasse (Alpes-Maritimes).
138 MÉMOIRES Dl GUILLAUMI DO BILLAT. {JaiU. 1536
lieu, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, pour avecques sa compagnie (laquelle pour les raisons cy dessus déclarées il luy ordonna retirer de Marceille) aller se joindre aux autres capitaines, estans desja sur le costé de Sisteron, pour faire le degast et prendre garde aux passages de Rooques* paravicre et des Tcrresneuves ; et luy donna instructions de ce qu'il auroit à faire, ensemble lettres addrt'ssantes à tous lesdits capitaines et à tous les Ijaiilifs, autres officiers et sujects de Sa Majesté, par lesquelles il leur estoit mandé obéir à monsieur Claude de Savoye * , comte de Tende, et audit capitaine Bonneval, ainsi qu'à sa propre personne, et comme à ceux qu'il ordonnoit ses lieutenans ensemblement et chacun à part soy en l'absence l'un de l'autre ; et à son parlement luy donna charge sur toutes choses que luy et tous autres se gardassent de donner à l'arrivée quelque curée aux ennemis. Audit lieu de Sisteron trouva ledit Bonneval le comte Guillaume de Fustemt>erg et ses lansquenets, qui avoient desja bien avant commencé à faire le guast et avoient pillé Barcelonne et tout le pais des Terresneuves, mais avoient excédé l'intention du Roy d'autant qu'ils n'avoient eu respect aux églises ne choses sacrées. De Sisteron arrivant à Aix. auquel lieu il avoit donné assignation de se venir rendre à trois espies qu'il avoit depeschées du lieu de Romans', il y trouva, en compagnie du comte de Tende, messeigneurs le prince de Melphe, Stephe Colonne et autres dessus nommez, qui avoient desja visité la
1. Claude de S«Toie, comte de Tende, fils atné de René, bâUrd de Savoie, et d'Aiuae L«»carts, né en i507, mort en 1606. 3. Romans, arr. de Valence (Drôme).
JallI. 1596) SKPntMI UVML m
ville et Tavoicnt jugée non tenable. Parquoy ils avoient regardé de trouver lieu opportun à y dresser et fortifier uo camp qui la couvrist et avoient choisy le lieu où est une église de Sainct Jean de Hierusalem aaiet logeables niais il s'y trouvoit plusieurs difficultés et mesnien»«»fit pour une moutxigne qui regardoit dedans*; parquoy fut adviî»ê d'en udvertir le Roy et que cependant les seigneurs Stephe Colonne et de Bonneval iroient visiter la ville de Grasse. Et sur chemin ledit Bonneval k)ailla lettres du Roy par toutes les villes, comme à Trez^, Sainct Maximin^ Brignolles, Draguignan et autres; et suivant sa créance leur commanda de retirer tous leurs vivres et b^tial, sur peine de confisquer tout ce qu'à son retour de Grasse il trouveroit n'avoir esté par euix retiré. Passant à Draguignan, ils prindrent avecques eux la compagnie de cent liommes d'armes du sire de Montejean, depuis roarescfaal de France, qui estoil logé audit lieu es environs, et celle dudit de Bonneval qu'il avoit retirée de Marceille. Et à Grasse trouvèrent partie de celle du comte de Tende, aussi de cent hommes d'armes, soubs la diarge de messire Germain de Urre, sieur de Molans , son lieutenant \ avecques quatre mille hommes de pied provenceaux, desquels estoient capi-
1. C'est le masé« actuel de U ville d'Aiz et l'église Sûnt- Jean de Malte qai lui est contigoC.
2. Probablement U colline d'Hermite, à l'est de l'église Saint- Jean, qu'elle domine d'une centaine de mètres.