‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 21 sur 94 · U arriva à Ljron le 21 jatllet · texte numérisé non relu

U arriva à Ljron le 21 jatllet

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le pÉls en son bandon, ainsi comme il en avoit la carte. Et n'estoit point en oeste sienne persuasion sans y avoir aucuns astipulateurs et qui le servissent d*agreable au lieu de véritable conseil, et oomnDe ceux qui donnent de Tesperon au cheval courant volonlairement et de soy mesme, Tenhortoient à faire promptemeot passer son armée deçà les monts, pour là y exploitter en ce cours de victoires qu'elle estoit et poursuivant lequel ils ne faisoient doubte que sans combat, au moins sans danger, il ne conquist en peu de temps toute la Gaule, moyennant qu'il se hastast de paner et que de l'occasion que Dieu luy avoit envoyée, telle qu'il n'en vient souvent ne pareilles et qui peu durent quand elles viennent, il voulust user de saison et avant que le Roy eust temps de se renforcer et préparer à soustenir le faix de son invasion. Et quant à ce dernier article, n'estoient ils point hors de propos, si c'eust esté chose aussi facile à exécuter qu'à dire. Les autres et le plus grand nombre debattoient au contraire, et leur sembloit estre plus à propos de poursuivre la recnoqueste encommencée des pais gaigoeat par le Roy sur le duc de Savoye, et lesquels ils •voient presens et à main, que d'aller assaillir l'autruy en lointain pais et d'establir delà les monts un bon repos et seureté, que de venir faire la guerre en Pracoe. c De suivre et d'exécuter ce conseil, nous espérons (disoient ils) qu'il adviendra de deux choses Tune : ou que bien tost nous parachèverons de recouvrer et nettoyer ce pals d'ennemis, ou que le Roy (doublant qu'ayant vaincu ceste entreprise nous ne passions d'autant plus fors et vigoureux sur luy, et mieux aymaot faire la guerre en paKs d'autruy que la

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soustenir en «on propre) se. délibérera, pour obvier à oest inconvénient, de passer deçà avecques toutes set forces. Advenant ic premier article, alors pourrons nous, sans craincte que mutation advienne par deçà, marcher asseurcment contre; iuy delà les monts. Adve> nant le second, ce nous sera beaucoup plus grand avantage de l'y attendre et recueillir avecques toutes les nostres forces, que si nous allions le combatre avecques une partie seulement, en laissant icy l'autre (comme force nous scroit de faire) à la poursuitte de b susditte conqueste encommencée et au danger que le Roy, se confiant en la bonne obéissance et union de ses subjects et en la force et bon ordre misa la seureté de ses villes, se contente de les bien garder et deffendre. Et faisant le guast de trois ou quatre journées de païs au devant de nous, sans y laisser autre chose que solitude et désolation, sinon en aucunes places bien munies de vivres, de gens, artillerie et munitions, tellement que par la raison de la guerre nous ne puissions ne devions passer outre et les laisser derrière nous, il se vienne loger en un camp avantageux, fortifié, couvert dcsdittes villes, et qu'au siège de chacune il nous arreste pour le moins autant qu'il a faict devant la ville de Fossan ; devant laquelle telle et si peu deffensable, que chacun de nous la o^noist, nous avons séjourné autant que si c'eust esté pour conquérir Paris, ville capitale de France. Cela advenant, pour» roit il pas ce pendant nous survenir quelqu'un des inconveniens qui autrcsfois Iuy sont en pareil cas survenus en Italie? Pourra il pas aussi, voyant l'Italie desnuée de force, y envoyer si bon Iuy semble autre nouvelle armée de France, ou en Italie mesme (en laquelle

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délivrée de la peur et cr^ncte de nous il le peull faire), lever une armée soubs la chaîne mesme et par le moyen de ceux qui nagueres luy en avoient levée une? Pourra il pas, cela faict, meslant la force avecques les pratioqiiea* ayant à faire à une nation encline naturellemeot à révoltes et mutations, acquérir et peuples et pals, ce pendant que nous serons amuseï au devant d'une seule ville?

« Nous ne voudrions. Sire, en oest endroict vous appoKer mauvais augure, en vous ramentevant à combien de grands princes et seigneurs est autrefois advenu, non seulement de perdre du leur en voulant trop pertinacement envahir autruy, mais d*y recevoir telle perte, qu'onc depuis eux ne leur race n'ont eu moyen de s'en ressouidre; ne dire que (si les choses autresfois advenues sont tousjours en possibilité d'advenir encores, tant que les raisons et conditions seront pareilles) nul homme ne peult témérairement et inconsidérément assaillir autruy qui ne se mette grandement au mesme hazard. Car nous sçavons bien que les forces de vous, Sire, sont telles, voz querelles si justement fondées, voz entreprises si bien pesées, la faveur de Dieu et de fortune si bien accompagnans vostre vertu, que tel inconvénient ne peult vous advenir; mais seulement pour acquitter nostre debvoir, et à ce que sur les diffîcultez que nous mettons en a vans vous pourvoyez selon vostre prudence accoustumée, avons bien voulu les vous ramentevoir et vous faire souvenir que vous aurez à faire à une nation qui en son pais et dehors a tousjours esté fort belliqueuse, mais en son pals a esté plus retenue et mieux usant de conseil qu'elle ne faict dehors; à une nation qui jamais

m MÉMOmiS DK GUILLAUME DU BELLAY. [Juill. 1536

par autre que vous ne fut battue, sans que le vainqueur y ait reoeu très grosse perte, à une nation laquelle encores que vous ayez souvent vaincue, si a ce esté de sorte que jusques icy nous ne cognoissons encores en riens que vous soyez enforcy sur elle de voz victoires, ne qu'elle soit débilitée pour toutes ses pertes.

< Toutes ces raisons ne nous desmouveroient toutesfois que nous ne suivissions vostre opinion, et de ceux qui à nostre advis y adhèrent fidèlement, et paraventure plus prudemment que nous, si nous n'avions à combattre que Tennemy : mais nous avons à combattre les destroicls des Alpes, à vaincre un long et mal aisé chemin, et cela vaincu nous ne trouverons en aucun lieu, ne pour aller en avant, ne pour faire séjour, amitié, bienveillance ne seureté. Jusques icy, vous avez tousjours conduit vostre armée par pals d'amis, mieux aymant le repos que d'irriter noz forces; derrière nous avons le païs obéissant et les pasMges ouverts, pour avoir et vivres et renfort de gens à toutes heures que besoing sera. D'icy en avant, ta quelque part que nous tournions la teste, nous aurons devant et derrière et par les costez toutes choses ennemies et contraires et (qui n'est petitement à craindre) un aer malsain et très dangereux à gens qui ne l'ont accoustumé, si vous entreprenez, ainsi qu'est vostre intention, de faire vostre passage en Provence: de manière, Sire, que plus difficile nous sera le combat du long et mauvais chemin, de la faulte de vivres, de l'intempérie de l'air, de la famine et pestilence qui en résulteront que ne sera le combat de l'ennemy, lec|uel deffera moins de noz gens que ne fera le moindre de noz autres susdits adversaires. C'est, Sire, ce que prin-

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cipalement nous craignoos et qui nous tient en oeste opinion de n*envaliir le pis d'auiniy, devant que luy ait en ccstuy cy posé les armes, sans moyen et possibilité de les reprendre; en laquelle nous voudrions persister, si nous ne pensions certainement, que vous sçacbez quelque chose à vostre avantage que nous ne sçavons et que paraventure la raison ne veult qu'aucuns de nous sçacheot eocores. >

Telle fut la remonstrance de la pluspart de ses capitaines, et entre les autres du seigneur Antoine de Levé, lequel, jusques à se vouloir faire mettre à genoux hors de sa chaire, le requeroit et supplioit de se laisser persuader à ses bons, loyaux et anciens serviteurs. Aucuns toutesfois estoient d'opinion que, secrètement, ledit de Levé estoit d'advis que l'Empereur passast deçà, mais du vouloir et sceu dudit seigneur il monstroit devant le monde et pubii(]uement le contraire, afin que venant l'Empereur au dessus de son entreprise (ainsi qu'il en avoit bonne espérance, voire s'en tenoit pour asseuré) toute la gloire et honneur en fust attribué audit seigneur Empereur et dit par le monde que son cueur avoit esté si grand, sa prévoyance et conduitte si bonne, que contre l'opinion de tous il eust osé entrer et eust eu b prudence de conduire à heureuse fin une entreprise désespérée.

Concliuifm de C Empereur en son ccnseil. — L'Ennpereur doocques ce néant moins persistant tousjours en sa deh'beration, print la parole, et concluant usa de oeste remonstrance. « Si je n'avoye, dit il, certaine cognoissance et de la guerre que nous entreprenons et de Tennemy auquel nous avons à faire et de nous mesoies qui avons à l'exécuter, je ne blasmeroy point.

iU ICtMOIllES DE GUILLAUMK DU BSLLAY. (Juill. 1536

ains approuveroy plustost et ensuivroy oeate délibération, ou pour mieux dire considération voatre; mais cognoissant que nous l'entreprenons contre un infraoteur de foy, allant à Tencootre de ses traittez, et qui contrevenant à iceux, a contre le duc de Savoye (compris au traitté de Cambray, ainsi que noz autres confédérez) commencé la guerre, qu*il sçavoit bien estre reduitte contre nous, je ne fays point de doubte que nous n'ayons Dieu pour nous, lequel est juste juge et vindicateur rigoureux des traittez non observez et de la foy violée. Et adjousteray que nous avons à faire à un ennemy contre lequel nous avons eu presque vingt ans durans une perpétuelle victoire et telle (afin que je vous face entendre au contraire de vostre dire, nous estre demouré chose pour nous sentir d'avoir esté vainqueurs, et à eux d'avoir esté vaincus) que nous jouissons encores du duché de Milan, pour tesmoignage et butin d'icelle nostre victoire; ce qui nous doit mouvoir à retenir en ceste guerre les cueur et espérance, tels que vainqueurs, et leur laisser rcfiîx>y et le désespoir, tels que les vaincus ont accoustumé tousjours d'avoir. Gontrepesant noz forces outre ces deux poincts avec celles de l'ennemy, et que nous les avons quant au nombre trop [)lus grosses et quant à la qualité mieux estoffées de gens expérimentez à la guerre, tellement qu'en laissant une partie deçà, eocores dous demourera il dequoy fournira la puissance de l'ennemy tel que l'avons, je ne trouve point si grand inconvénient comme vous le me faictes, ne de séparer et deviser nosdittes forces, ne de passer les rooots et assaillir nostre ennemy en France.

c £t pour entrer par ce second poinct, lequel nous

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fera retomber sur l'autre, je vous pourray alléguer iofinité d'exemples, esquels plusieurs assaillis en leur pals ont diverty Tennemy en le contre assaillant au sien et sauvant le leur ont acquis et tenu celuy dudit eooemy; mais j'ayme mieux fonder mes entreprises sur la raison qui est tousjours œrtaiœ que sur Pexemple qui à bien grande difficulté se peult alléguer eo cas entièrement pareil et en tous ses poincts esgal et sembbble. Vous me dittes que nous devrions avant que transférer la guerre en France, ta paracbever deçà les monts et nettoyer le pals de ce qui reste icy de noz ennemis. Je lien au contraire, et non pour une s^ile raison, qu'il faict pour nous de passer delà plustosl que d'entretenir la guerre sur le nostre et de noz amis, et de plustost la faire eo France que de la soustenir eo Italie, laquelle en ayant esté vexée et travaillée par si long temps, toutes raisons veulent que nous r«ipai^ioos maintenant et la laissions, puisqu'il nous est loisible, reposer et reprendre ses esprits ce pendant que France sera, en son tour, courue, gastée, pillée et bnislée, esprouvant la craincte, Tespouventement, la consternation et fuitte du peuple, le sac et robement des maisons, la désolation, ruine et feu des villes et autres telles malbeuretez accompagnantes la guerre, qui par trente ans ont presque continuellement régné sur Italie. Paris et la couronne de France, fault que soit le prix et le loyer de ceste victoire, non pas Turin et le Piémont.

c Jusques icy nous avons trop enduré au Roy faire la guerre sur Tautruy ; contraignons le un peu à bon escient de venir au poinct de deffendre le sien. Voyons si le François autant dedans que dehors son royaume

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est ainsi gentil compagnon, si dedans il est si sage et retenu comme vous dittes. Ne cognoissez vous poiot sa nature par tant d'espreuvesque vous eo avez faictes, qu'il ne vault sinon à une première impétuosité, à dis» simuler et temporiser il s*anneanlit et pert courage? Et, d'autre part, je cognoy le Roy estre prince de cueur si haultain, voire plustost téméraire, qu'il s'estimeroit avoir receu une grosse honte, s'il me laissoit entrer et séjourner en son royaume, sans qu'il me vint présenter la bataille; et s'il la me présente, qui est celuy de vous qui ne se tienne asseuré de la victoire? Croyez moy certainement que le seul moyen de mettre fin à oeste guerre, c'est qu'il soit outre ce qu'il est, empereur et roy des Espagiies en ma place, ou moy en la sienne roy de France outre ce que je suis; et pour en venir à bout, il nous fault approcher de plus près et le chercher aux entrailles de son royaume, non pas nous amuser en ce païs en attendant qu'il y passe, pour luy donner moyen, espargnant son païs qui luj foncera tousjours argent, de venir faire icy vivre son armée à noz despens et l'enrichir du pillage de ce dont nous devons chercher de nous prevalloir à la soulde et entretenement des nostres. Et n'est rien plus vray que le rebours de ce que vous craignez, qu'en France il ait plus grande commodité de se renforcer de gens ; tout au contraire, s'il passe deçà, l'espérance de la proye par la licence et liberté qu'il baillera de piller et mettre tout à sac en païs de conqueste luy attirera tous les jours gens nouveaux, ce que je suis seur qu'il ii*aura point en France ; car y tenant police, comme raison veult qu'il face en ses pals, tout ce que pourra faire le soldat, sera de vivre de sa soulde à bien grande

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peine, et peu se trouvera de gens qui« sans espérance d'autre proufTit, vueillent venir pour la simple soulde de gaigner des coups ou la inort à rencontre de nous. Et y bâchant la bride pour attirer le soldat, il foulera son peuple, et où Tennemy ne pourra parvenir si tost, Tamy pillera et dissipera les vivres, les deniers royaux n'en seront de si bon revenu, mutineries, séditions, rebellions en adviendront, et mesmement, si le Roy se joue à nous donner le passetemps de veoir cest exemple de justice et vengeance divine, que luy qui a tant gasté, pillé, brusié le païs d'autruy, gastc, pille, brusie luy mesme son propre, comme vous craignez qu'il face au devant de moy, exécutant de luy ce que faisant l'ennemy encores le feroit à grand regret. Parquoy cela n'est chose qui m'estonne, ne pour laquelle nous laissions d'avoir vivres à suffisance, car outre l'ordre que j'y ay mis, nous passerons si avant en ses pais que nous en aurons, et qui ne nous cousteront rien, en abondance.

« Et quant à ce que vous craignez qu'il se renforce du costé de deçà, je vous asseure que je luy ay dressé assez d'autres empeschemens ailleurs, pour luy en faire divertir la pensée. Car outre ceste armée à laquelle je ne fay point double qu'il s'addresse avecques toutes ses forces et celle que vous sçavez eslre desja preste pour descendre en Picardie, soubs la ctiarge des comtes de Nansau et de Reux, et autre qui au devant de moy viendra joindre par le costé de Languedoc, qu'à la requesle de l'Impératrice mes royaumes d'Espagne mettent sus et vers laquelle j'envoye présentement xxm galleres, pour luy faire clairenoeot entendre ma délibération, et le temps qu'elle devra com-

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mencer à marcher, j'en fay enoores dresser une autre pour descendre au fort des affaires en Champagne et de là passer en Bourgongne; esquelles deux provinces elle sera pour faire, avecques les moyens que Ton m*y donne, non moindre eiïect en mon service que feront les autres chacune en son endroit. De manière qu'ayant si beaux et grands préparatifs en tant de lieux, et le Roy, si entrepris qu'il ne sçauroit à temps assembler forces suffisantes pour en un mesme temps résister à tant d'armés, et ores que je n'eusse les intelligences que j'y ay, il est impossible que d'une part ou d'autre nous ne gaignions de vive force l'entrée jusques au dedans du cueur de son royaume, et face tel amas de gens que bon luy semblera. Séparons et divisons hardiment noz forces, en laissant ce nombre de gens qui est requis à entretenir le siège devant Turin ; ce que nous mènerons avecques nous par delà sera tousjours suffisant à le coml)attre principalement s'il veult (ainsi que vous l'avez proposé) diviser et séparer luy mesme les siennes, à la garde et deffense des villes qu'il aura délibéré de tenir et fortifier à l'encontre de moy. Joinct que vous cognoissez tous aussi bien que moy quels gens de guerre sont les François à pied. A cheval ils se veulent faire estimer quelque chose, et à la vérité ils y sont plus duicls et accoustumez ; mais vous sçavez qu'à Fossan et à Conflans^ nous leur avons

1. Conflans, sur l'Arly, près d'Albertville (Savoie). Une par* tie de la compagnie du comte de Saint>Pol y fut défaite par les Impériaux et les populations révoltées du val d'Aoste et de la Tarentaise. Le fait se produisit vers la fin mai, car le roi l'annonce dans une lettre au sieur de la Rocbepot datée de Lyon, 30 mai 1536. (Bibl. nat., ma. fr. 3008. fol. 36.)

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entièrement démonté deux cens cinquante hommes d*annes; à Turin, y en a près de deux cens qui ne peuvent espérer nneilleure fortune ; les autres bandes qui ont esté deçà ne (leuvent estre sinon à demy defbittes, pour avoir en si peu de temps et sans séjour faict le voyage de passer et repasser les monts; en sorte que vous avez à combattre le reste et les reliques, et non la gendarmerie accoustumée de France. Tout leur refuge et espérance gisoit es lansquenets et Suisses, desquels ils faisoient a>mple de recouvrer à leur appétit et comniandcmeiil ; mais nous avons (Dieu mercy) donné si bon ordre que de lansquenets ils n'en auront plus, et de ceux qu'ils ont, je ne dy pas tous les moyens (|ue j*ay en main de les leur faire perdre ; et des Suisses, j'ay promesse certaine et asseurée, qu'à leurs gens ils ne donneront congé d'aller au service de prince quelconque hors de leurs pais.

< A oeste cause, je suis encores tousjours en ceste opinion de laisser icy raisonnable force pour entretenir le siège de Turin, et a vecques la trouppe que nous avons icy et ce que nous retirerons encores d'Italiens, passer en France et faire (nonobstant les diffîcultez que vous avez prudentement discourues) le chemin de Provence en suivant le long de la marine. Car quant à la ditticulté des passages, nous ne donnerons cest honneur aux FrançcMs qu'ils la sçachent mieux supporter que nous. Quant aux vivres, nous y avons pourveu, et par la voyc de la mer en serons ordinairement secourus. Aussi par la mesme voye ferons porter nostre artillerie et bagage qui, par l'autre chemin, seroit chose de trop grande coustange. Et quant à l'intempérie et incommodité de l'aer du pals, elle n'y est point plus m 9

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véhémente que celle de Afrique, que oeste armée a verlueusemcntsouflferte. Et, toutes choses considérées. Je ne voy chose en somme qui me face moins doubler que ceste victoire nous soit trop hazard<*usc, que contre un ennemy si surpris et despourveu de bonnes gens de guerre peu honnorable.

c Voilà en conclusion mon advis, mais non que j'y vueiile estre opiniastre; ains ay délibéré de prendre telle resolution, conseil et courage, que me donneront mes soldats, lesquels sont ceux que nous avons à mettre en œuvre. Chacun de vous face rassembler les siens et sortir les enseignes aux champs, à ce que je les voye tous ensemble et parle à eux publicquement. »

Concion à l'Empereur de ses gens. — En peu d'heure, estant chacun adverty avant la main, fut ceste concion assemblée, et TEmpereur, après avoir un peu regardé, leur conmiença parler en ceste manière :

c Je ne voy (compagnons) à l'entour de moy, eu quelque part que je tourne les yeux, sinon tous bons visages, annonçans et me mettans ainsi qu'en évidence l'afTection telle qu'elle est dedans voz cueurs. Je voy une armée si florissante et composée de gens tous esleuz et comme choisis l'un après l'autre, les gens de pied tous vrais soldats et vétérans, la cavallerie si bien equippée, telle compagnie d'artillerie et si bien estoffée de tout ce qu'il luy fault, qu'à mon advis nous n'aurons plus faulte sinon d'ennemy qui ose nous attendre et ne nous priver du moyen d'esprouver la vertu de oeste armée; tant y a que, deçà les monis, nous ne pouvons le trouver tel qu'il vaille et soit digne que nous y employons une telle puissance, ils esloient icy advolez, comme une volée d*oiseaux au pillage d'un champ semé ; aussi à la vostre arrivée se sont iU

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retirez, ainsi que la mesme volée d'oiseaulx B*eiifuit au premier coup de traict qu'elle a ouy. Maintenant nous sommes en delilxTalion, à sçavoir si nous devons aller chercher delà les monts un enneroy moins indigne de noâirc eObrt, ou si nous devons attendre qu'il nous vienne chercher icy l'y attendant, nous destruisons le pals qui est nostre, et vous autres consommez vostre soulde sans en prouffitcr, encores n'est il à croire qu'il y vienne jusques icy. Les François avant qu'avoir esprouvé iioz forces se sont entretenus à la guerre plus témérairement que constamment à l'encontre de nous, ainsi qu'ils sont bouillans et precipitaiis de nature ; mais je cuide qu'ils ne l'entreprendront maintenant qu'ils ont si souvent et à leur grand dommage esprouvé que nous sommes autres gens qu'ils ne sont. En les allant chercher par delà, je croy qu'aussi peu attendront ils le choc, comme ils ont faict deçà les monts, sinon que nous voulussions penser qu'ayant leurs forces à présent diminuées d'un tiers, ils eussent plus de cueur et d'espérance qu'ils n'en ont eu quand ils les avoient entières. Tout ce qu'ils feront ce sera de tenir un peu de contenance, et aujourd'huy reculer une journée en arrière, demain une autre et sans jamais nous faire resistence. Et si d'avanture nécessité les contraignoit de venir au combat, à quoy le cueur jamais ne les mènera, vous devez indubitablement estre ■sseurez que la fortune de la guerre, comme vray juge, fera incliner la victoire de nostre costé où est le bon droict, et qui poursuivons la réparation de foy violée, avec restitution des choses surprises au préjudice de noz traittez. Reste à sçavoir seulement si vous estes ceux mesmes que vous avez ^té, si vous avez délibéré de faire ainsi que vous avez appris et accouslumé,

<SS MÉMOIRES DE HUILLAUMB DU BELLAY. {Jniil. 1536

c'est à dire si vous avez du cueur assez pour passer les monls el pour (je ne dy combattre ne conquérir le royaume de France) mais aller accepter la victoire contre Tennemy et la conqueste dudit royaume qui à vous se présente. Si vous n'avez du cueur assez, icy nous fault demourer et vitupereuscment faillir à nostre fortune qui s'offre ; si autrement, ce me sera tesmoignage de vostre vertu, cueur et volonté, si vous eslevez joyeusement une acclamation et cry militaire, comme si maintenant vous aviez à marcher en bataille. » A ces parolles, tous s'escrierent unanimement demandans à marcher et passer outre. Et l'Empereur alors en ccillaudant leur promptitude de foy et courage : c Ma bonne fortune (compagnons) sera (dit il) celle qui accompagnera ccste vostre acclamation et prospérera ce que nous entreprendrons ; et certainement si le roy de France avoit telles gens comme vous estes el je les avoy tels qu'il les a, j'ay desja dit en lionne compagnie, et de rechef dy encores, que je me feroy lier les mains derrière pour m'aller rendre prisoimier et luy demander miséricorde, à telles conditions que bon luy sembleroit de les m'imposer, et suis asseurt' qu'il le feroit s'ils vous cognossoit tels que je vouscognoy, et il sçavoit au demouranl d'autres entreprises secrcttes, qui à présent ne sont à déclarer, les(}uelles me rendront la conqueste de France si facile, (|ue j'espcre en peu de jours cstre paisiblement ot)ey eo la ville de Paris. >

Discours sur les intelligences de l'Empereur en France. — Telle fut la départie de la concion, et ces propos avoit il prononcez avec si asseurée contenance, que le cueur sembloit redoubler à ses gens, et ne leur eoouyoit sinon que sur l'heure on ne les faisoit mar-

JoUi. I&36] snrihfi UTRg. ISS

cher en avant. Quelles estoicDl tes secrètes entreprises dont il parloit, je n*ay enoores soeu entendre. Vray est que peu après fut d«MX>uvert un traitté qu'il avoit sur la ville de Langres, dont nous fMirlerons en Tautre prochain livre de ces Mémoires. Aucuns pensèrent qu'il euftt quelque» grandes intelligences en France, par le moyen du marquii» de Saluées; et à œ croire les induisoit Testrangeté de son affaire et le peu d'apparence qu'ils trouvoient qu'un homme qui n'estoit saiw expérience des dioses de ce monde (outre le blasnoe (|u'il s'estoit acquise perpétuité) eust voulu se faire ennemy de soo seigneur et pnnce naturel et qui tost ou tard le pou voit ruii^r en un instant, sinon qu'il ne fust seul de sa partie et qu'avant qu'abandonner le Roy, il se fust persuadé quelque telle et si grande ruine prochaine dudit seigneur, que pour jamais il ne deust plus avoir cause de le craindre. El de faict, le duc Guillaume de Bavière en i*acomptant dès le mois de juiiig précédant au sieur de Langey^ lors estant ainsi que j'ay dit en Allemagne, ce qu'il avoit entendu de l'affaire dudit marquis, faisoit son compte et le disoit sçavoir de gens estans près de la personne de l'Empereur (à l'aventure du duc Louis de Bavière, son frère), que ledit marquis ne se trouveroit estre seul de ceste pratique, qu'en France y en avoit d'autres assez tenans secrètement ce mesroe party, et qui en leur saiscMi se descouvriroient.

Autres estimoient (fue l'Empereur tint ces propos, ainsi que plusieurs bons chefs de guerre en ont tenu par le passé, disans qu'ils avoient une embusche secrette

i. Sur le voyage de GoUUume do Bellay «après du doc Gatllaume de Bavière, voir V.-L. Boarrilly, Guillaume du Bellay^ p. 222-223.

134 MÉMOIREH Dl GUILLAUMB DU BELLAY. [Joill. I53«

contre leur ennemy, et le faisoient en partie pour accroistrc le cueur de leur gens et en partie pour niettre leurdit ennemy eo souspeçon et defiiaoce des siens, chose qui a souvent gasté de grosses et importantes entreprises. Autres, depuis qu^ils entendirent la confession du comte Sébastian de Monte Cuculo', imaginèrent que cestc fust la sccrette entreprise en laquelle prcnoit l'Empereur une si grosse asseurance, comme s'il se fust fondé sur la mort espérée du Hoy et de messeigneurs ses enfans, en s^asseurant qu'eux estans morts, il passeroit sans grande résistance à travers le royaume de France. Mais ceste espérance est si méchante qu'il ne me sçaumit entrer en teste qu*un si grand prince que luy voulust user d'une si malheureuse et damnable trahison. Toutesfois, ceux qui en ont ce souspeçon se sont fondez en ce que ledit Sébastian dit avoir esté par ledit seigneur interrogé s'il sçavoit bien Tordre et façon que tenoit le Roy à son boire et manger; aussi qu'alors que le seigneur dom Ferrand de Gonsague présenta ledit Sébastian à l'Empereur, en disant qu'il estoit appareillé à ce qu'il avoit promis à luy et au seigneur Antoine de Levé, et eux de par luy à Sa Majesté, si ledit seigneur Empereur eust entendu que leurs propos eussent esté de la praticque de quelques villes ou places en France ou ailleurs (ce que disent ceux qui ne s'osent persuader une telle meschancelé avoir trouvé lieu au cueur de

i. SebastUno de Monlecucuilt, gentilhomme ferrar«is, écojer du dauphin, fut accusi^ d'avoir empoisonné »on maître, qui mourut subitement & Toumon le 10 août. Il fut exécuté à Lyon le 7 octobre suivant. Voir Décrue, op. cit., p. 28(V-281, et la Cronique du roy Françojfê premier, p. i50>i51, 184-200 (récit du supplice).

iolll. 45M] SIXfÈn LlVtl. 135

prince), il o'easi eu que faire de sNnformer dudit Sébastian du boire et du manger du Hoy.

Eooores en a confermé aucuns en ce souspcçon que le seigneur dom Loppes de Sorie*, ambassadeur à Venise pour Sadite Majesté Impériale, s*enqueroit, sur le temps q«ie ccà choses avimlrcnt, qui seroit roy de France et contre qui auroit ledit seigneur Empereur à poursuivre ceste guerre au cas que le Roy et messeigneurs ses enfans allassent de vie à trespas, chose qui sembloit eslre hors do propos et impertinente à s'enquérir, s'il n'eust eu quelque opinion de mort prochaine d*ioeux seigneurs.

En conclusion, quiconques ait esté autheur de ceste énorme empoisonnement (car je ne le sçay. Dieu le sçait, et n'en voudroy blasmer personne à tort), TEmpereur, plein de grande asseurance de remporter heureuse issue de son entreprise, se résolut sur icelle de passer, ainsi qu'il Hst, en Provence'; dont depuis il se repentit souvent, et de sa bouche a déclaré au Roy combien ayant jusques alors faict profession de croire conseil, il s'estoit mal trouvé de se gouverner à sa teste.

i. Don Lopez de Soria, d'abord ambassadeur de Charles- Quint i Gênes jusqu'en 1527, puis commissaire général des armées impériales en Italie, enGn ambassadeur de l'Empereur à Venise.

2. L'invasion de la Provence fut décidée le 13 juillet. Voir Gajangos, op. cit., t. V, part, ii, p. 201.

Fin du 81X1ESME UVRE.

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