‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 28 sur 94 · En meules · texte numérisé non relu

En meules

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luy viendroient plus à propos. De ceste délibération fut adverty le Roy et ja dès le commencement avoit bien preveu et pensé avant la main que son ennemy, 8*il passoit en Provence, ne pouvoit prendre pour soy autre meilleur advis, ne qui luy fust de plus grande commodité* tant pour avoir les vivres à son commandement que pour donner travail aux pals, autant deçà que delà la rivière; laquelle en ce faisant il eust eue en sa puissance, au moyen du pont qui est dessus, joignant aux portes et clostures de la ville ; et pour oe estoit tousjours son intention et dessein d'y obvier en toutes manières et de se saisir de ladilte ville premier que Tennemy s*en peust saisir. A ceste cause et pour autant que ses forces n'estoient unies encores, avecques lesquelles.il peust raisonnablement et à son honneur se présenter en personne au devant de sondit ennemy, il avoit choisy le sire de Montmorency, alors grand maistre et maresclial et maintenant connestable de France, comme celuy en la vertu duquel prudence, conseil et diligence, entre tous autres ayans le maniement et disposition de ses affaires, il avoit plus de foy et d'espérance, lequel il avoit ordonné son lieutenant gênerai, autant deçà que delà les monts, avecques très ample et pleine puissance et authonlé de pouvoir ordonner et faire en son absence, en gênerai et particulier, autant que luy en présence eust peu ordonner, commander et faire. Mais, pour autant qu'il vouloit encores plus au long avecques luy consulter et délibérer des affaires de telle et si grande importance, il y envoya cependant pour gaigner tousjours le devant messire Robert Stuart, seigneur d'Auhigny, aussi mareschal de France, avec huict mille Suisses, qui ja

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et nouvellement estoient arrivez devers luy, ensemble quatre cens hommes d'armes complets, mais de diverses compagnies ; ainsi que les uns estoient plus voisins et prochains, y estoient les premifi's arrivez, cependant que les autres venoient aussi journellement pour s*7 trouver au jour qui à ce leur estoit preHx et ordonné. Avecques ccste trouppe s*en vint ledit seigneur d'Aubignv loger en Avignon, et attendant la venue du sire de Montmorency, ne delTailloit de cueur ne de conseil à commander et pourveoir en diligence à toutes choses qui en telle presse d'affaires se peuvent et doivent pourveoir et commander. De ce travail et maniement d'affaires, il se trouvoit grandement soulagé par la présence de messieurs Guillaume Poyet, •lors second président en la cour de Parlement de Paris et conseiller du Roy en son conseil estroit et depuis chancelier de France, Gilbert Bavard*, aussi conseiller et secrétaire des finances dudit seigneur, Robert de la Martonnie' et Gilles de la Pommeraye, maistres d'hostel ordinaires, et Qiarlesde Pierrevive*^ l'un des quatre trésoriers généraux de France, envoyci devant audit lieu d'Avignon pour y faire amener de toutes les provinces de France qui plus seraient à main toutes sortes de vivres et de fourrages, tant pour le nombre qui ja y estoit que pour celuy que

1. Gilbert Bayard, sieur de U Font, secrétaire des finances, contrAlear général des guerres. Il fut chargé de diverses niis» sions diplomatiques et participa aux négociations du traité de Grépj (1544). H fat disgracié en 1547.

2. Bobert de U Marthonie, sieur de Bonnes, maître d'hAtel du roi, bailli et gouverneur de Touraine.

3. Charles de Pierrevive, sieur de L,é$igny, trésorier de France en Languedoc (1528^.

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Ton esperoil y arriver après; eo laquelle charge ib s'acquittèrent si grandement et songneusenient que de toutes choses y eust en nostre <»mp jusques en abondance et non qu'à suffisance.

Le Roy ce pendant consultoit de toutes ses affaires avecques le sire de Montnoorency et des moyens qui leur sembloient estre requis à tenir, pour mieux les conduire et gouverner et pour en avoir issue plus heureuse et à moindre hazard« car ils sçavoient tous deux de quel poix estoient les choses à présent et de quelle conséquence à Tadvenir. Le sire de Montmorency omh sidérant en son esprit et à part soy combien de la chaire qu'il avoit il luy pouvoit en la bien conduisant advenir d'honneur et de gloire et combien au contraire d'une malheureuse issue luy advieudroit de honte et reproche, avoit ordinairement en imagination et comme devant ses yeux la grande obstination et opiniastreté de Tennemy, accompagnée de puissance excédant et surpassant celle de tous les autres enne> mis que jamais eut le royaume de France, le grand nombre de gens et de belliqueuses nations qu'il auroit à combatre, la prochaineté d'eux « telle que desja ils se pouvoient dire presens, l'opinion et réputation de leur prouesse et vertu, le long temps qu'ils avoient vescu ensemble suivant les armes, leur accoustumaooe de vaincre, non que de guerroyer et non soubs ettranger, mais soubs leur prince naturel et droicturier. Tout au contraire il se veoit avoir plus de nom que de force d'armée et ce qu'il avoit de gens avecques ce qu'il en esperoit cncorcs, estre mercenaires en grande partie, en autre paKie gens incogneiiz les uns aux autres et lesquels il luy adviendroit paravanture

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betoiog et nécessité de mettre aux champs, avant que Im wpHiMiM ftment bien stilei à commander, les compagnons à exécuter leurs commandemeos; et si de maie adveoture il advenoit qu'ils fussent battus, il ne ▼eoit point que les ennemis vainqueurs trouvassent lieu de resisteoce ne les vaincuz de seureté juscfues à ce qu'ils arrivassent à Lion. Or, estant telle aujourd'huy la condition des temps, que Ton estime les eiitreprinses selon Tissue et non selon la conduittc, il cognoiasoit évidemment (advint ce qu'avenir en pour* roit) qu'on luy mettroit en compte et considération plus la fortune que le conseil. Au Roy venoient en ses discours toutes les mesmes imaginations et autres MOiblables, lesquelles mettant en avant et prop<^ant à ioodit lieutenant gênerai et luy ordonnant ce qu'en chacun événement il auroit à faire, eux deux ensemble sur toutes choses pesoient l'espérance, la craincte, la raison et Tavcnture. et en mesurant et contrepesant les unes avecques les autres, de leur victoire ne leur resultoit aucune espérance de priver l'ennemy, ne de l'Empire, ne des Espagnes, ne de quelconques autres de tous les royaumes qu'il tient. De la victoire sienne nou seulement en advenoit la ruine de l'armée qu'ils drestoieot, mais le danger et trouble de tout le royaume, comment que soit le passage du Hhosne, la seigneurie de la mer de Levant, avecques asseurance de n'avoir jamais faulte de vivres et le moyen de travailler le royaume par quelque endroit qu'il luy eust pieu, estoit le moindre fruict que l'ennemy pouvoit espérer de sa victoire.

Paroles du Roy à monseigneur le grand maistre. — • L'espérance doncques et la craincte n'estoient equipo-

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lentes Tuoe de Tautre; et bien qu*entre icelles j eust diverse raison, toutes deux gisoient en incertaineté et plus dependoient de la fortune et adventtire que de conseil et jugement, de manière que tant plus ils discouroient diligemment, tans moins ils trouvoient de certains advis et moyens d'y procéder. Pour resolution après avoir long temps debatu et Tune et Tautre partie, le Roy, se tournant au sire de Montmorency, luy usa de tel ou semblable langage : c Vous avez (dit il) assez faict preuve aux guerres passées de vostre hardiesse et asseurance aux hazards, et me suis jusques icy trouvé loyaument et vaillamment servy de vous, de jugement et advis et bon conseil, qualitez propres et peculierement requises à qui bien veult faire son devoir, en charge de chefet capitaine gênerai d'une entreprise, et que par icelles autant que par force les royaumes et empires se dépendent et maintiennent en leur estât ; aussi peu ay je eu occasion de ne rien en désirer en vous, mais de ces dernières parties est la saison d'user maintenant plus que de courage ne de hardiesse; mais tant y a que reportant de ceste guerre la réputation telle que j'espère et m'asseure que vous en reporterez, c'est celle qui accomplira jusques à consommation et comble d'honneur toute la gloire et toute la louenge que vous avez acquise es autres. Je vueil à ceste cause que vous entrepreniez la charge que je vous donne en ceste espérance et vous asseurant que je ne vous laisseray avoir faute, retardement ne séjour de chose dont vous puissiez avoir l)e8oiiig ou nécessité en vostre camp. Quant au moyen de vous y conduire, vous sçavez combien vault fortune en toutes choses et au faict de la guerre plus qu'en nul

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autre; et que bien souvent d'un cas de petit moment peult réussir un grand changement et commutation des eboMS. Vous serez en faict et sur le lieu pour tout juger et cognoistre à l'œil ; je ne doute point que vous ne sçachiez bien prendre* pour ad vis et bon conseil, selon l'occasion et opportunité du temps et des aflEaires, et roesmement par les propres desseings et entre» prises de l'ennemy. >

Arrivée de tmmsei^nâur le grand maUtre^ lieulenant gênerai du Hoy en Avignon. Proposition au conseil de ce qui estoit à faire. — Grande asseurance donnèrent ces propos au sire de Montmorency, lequel sur iceux, prenant congé du Hoy, arriva le quatriesme jour après eo Avignon*; auquel lieu ayant le tout communiqué avecques le sire d'Aubigny, il fist venir à soy tous les capitaines et de cheval et de pied et avecques eux aucuns vieils gens d'armes qui par la longue expeiience du métier y avoient acquis réputation et authorité. Assemblez qu'ils furent, il leur proposa et mist en avant le faict ainsy qu'il estoit, les forces de l'ennemy, celles que de présent avoit le Roy et celles que encores il attendoit, tant de ses pais subjects comme de Suisse et d'Allemagne, la difficulté de vivres où se devoit trouver l'ennemy, l'abondance que nous en pouvions avoir; quel fruict, quelle commodité, quel avantage nous pouvions attendre au cas que nous feu»sions victorieux, quelle perte, danger et incommodité au cas contraire et que nous feussions vaincuz; de quelle |)art nous devoit venir crainte, de quelle part espérance, combien nous devions tascher d'obvier et

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