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IM MÉMOIRES DE GUILLAUME Dt' BELLAY. fAoÛt I&36
^D€ur dom Ferrand de Gonzague avoit passé la rivière pour venir avecques les gens de cheval dont il avoit la charge, en la dessus nommée ville de Luc. Les sires de Montejean el de Boisy, bien advertis par leurs espies de cesl affaire, montèrent au matin à cheval, et après midy arrivèrent auprès du Luc, où estoient ledit maistre de camp ou autre que luy, et gens envoyez pour visiter le lieu et prendre logis pour l'avant garde; lesquels faillirent à estre pris par ledit de Vassey, lieutenant dudit sire de Montejean, et ledit seigneur de Torincs, qui avoient chaîne de mener les avant coureurs. Si se retirèrent en une vallée au dessoubs, où lors estoit laditte avant garde, en laquelle ils donnèrent Talarmc aussi cliaulde comme s'ils eussent esté rencontrez, non seulement par les coureurs, mais par Pavant garde entière des nostres, et tel en firent courir le bruit parmy leur camp, de sorte que par tout le païs es environs ne s'entendoit autre chose que le bruit de gens allans et venans de logis en autre, chevaux bannir, trompettes sonner et battre tabourins pour avancer Talarme. Les sires de Montejean et de Boisy, qui bien oyoient ce chault alarme, feirent sonner la retraitle et se mirent à chemin, en intention de se retirer au plus loing qu'ils pourroient sur le diemin de la ville d'Aix et arrivèrent environ la nuict fermant à Brignolles, leurs gens de cheval et de pied moult las et travaillez, tant par la grande clialeur qu'il avoit faict ce jour comme pour le long chemin qu'ils avoient faict d'aller et venir. Et à ceste cause fut advisé entre eux, par ce que leurs gens de pied ne pou voient plus marcher sans repaistrc, que pour ceste nuict ils sejourneroient audit lieu de Brignolles. Les capitaioet
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demourerent à cheval œ pendant que les soldats se logèrent; et fut ordonné au capitaine de Vassey de faire des liarneres et asseoir le guet à toutes les advenues du village, et ce faict, un chacun se relira pour repaistre en son logis.
Au camp des ennemis après que ralamie fut donnée et toute leur avantgarde en armes, le seigneur dom Ferrand pensant véritablement , ou monstrant de penser, que ceux qui Tavoient donnée eussent rencontré toute b nofttre, se délibéra de marcher après et cberdier occasion et oportunité de leur donner sur la queue à son avantage. Si priiit une bonne trouppe de gens esleuz, et avecques eux marcha le grant pas devant, faisant suivre à son doz tout le surplus de ses gens de cheval, jusques au nombre ou environ de dixhuict cens chevaux, avecques eux six mille lansquenets, pour se pouvoir (au cas que mestier luy en fust) retirer et joindre à eux. Sur my chemin de Brignolles et de Luc, il entendit par gens du païs qu*il rencontroit allans et venans, quel nombre de gens pouvoient estre les nostres, qui avoienl esté cause de donner ceste alarme; voulant toulesfois en sçavoir mieux à la vérité pour entendre aussi quel chemin ils a voient tenu, il envoya des coureurs devant, et pour guide leur donna un homme du pats et nay du lieu de Brignolles, qui avoit autrefois servy le duc de Bourbon, et s*estant avecques luy retiré quand il leva son siège de devant Marceille, avoit par son moyen esté faict sénateur de Milan. Cestuy (ist diligence de rapporter seures et certaines nouvelles que noz gens, pour le plus, ne pouvoient estre qu'environ huict vingts chevaux et trois cens hommes de pied fort las et tra-
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vaillez, et que pour se rafireschir et repaistre ils s*e»toient arrestez audit lieu de Brignolles, eo intenlioo de desloger avant le jour. Le seigneur doro Ferrand, adverty qu'ils esloient si petite compagnie, choisit un nombre des siens, ausquels il ordonna de marclier avant et, costoyant Brignolles, s*aller embuscher au delà du village en quelque lieu destourné, à costé du chemin que les nostres dévoient tenir le lendemain. Ceux firent ainsi que commandé leur estoit, et quelque peu avant minuict, et une heure ou peu plus après que le guet des nostres fut assis, passèrent à oosté dudit Brignolles, hors de la veue et de Touye de leurdit guet. Furent toutesfois ouys par les mastins couchez à la campagne sur les fourrages, qui abbayerent après eux assez long temps ; parquoy les sires de Montejean et de Boisy firent incontinant sonner alarme et mettre tous leurs gens en armes. Mais quelque tempa après, estant Tabbay des mastins cessé, aussi les gens retournez sans rien avoir trouvé (les(|uels ils avoient mis dehors afin d'entendre dont venoit ce bruit) ordonnèrent à leurs gens de renvoyer leurs chevaux repaistre et eux se reposer un peu, sans toutefois se desarmer du menu harnois, ne desseller autrement leursdits chevaux. Les nuicts alors estoicnt les plus courtes de Tan, parquoy ne tarda pas l>eaucoup que Taube du jour commença de poindre. Noz gens toutesfois mettoient desja ordre à leur deslogemeot, eo attendant qu'il esclarcist, et ce pendant avoient mis dehors quelques chevaux pour descouvrir, esquels s*embatirent dix chevaux légers de ceux que j*ay dit cy devant avoir esté envoyez par ledit seigneur dom Ferrand, pour s'emlnischcr au deçà du village, sur le
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cbemiD de b retraitte des notires, et 8*en alloient donner advis de œ qui avoil esté exploité par eux et du lieu où estoil leur embusche assise. Les oostres incontiiiant les chargèrent furieusement, et des dix eo prindrent huict, les autres deux se sauvèrent de vitesse et arrivèrent vers ledit seigneur dom Ferrand, qui desja estoit à un demy mille près de Brignolles. auc^uel ils dirent la nouvelle et de leur embuscbe et de la surprise de leurs gens, et comme les nostres se preparoieot à la retraitte. Luy. ce rapport ouy, voyant qu'il avoit (ainsi qu'il avoit désiré) noz gens enclos entre sa trouppe et son embusche, fist bien son compte, qu'en se bastant un peu il les pourroit encores trouver eo desordre dedans le village, lequel il pensoit estre (ainsi que ses espies l'avoient laissé le soir précèdent) ouvert et sans closlures de toutes pars.
Sur cette espérance, il donna congié aux siens d'aller donner dedans à bnde abbatue, par tous les endroits où ils s'adresseroient, pour y surprendre les nostres avant qu'ils fussent tous montez et rengez en bataille; ce qu'ils eussent faict facilement (car il y en avoit des nostres qui bndoient encores leurs dievaux, et autres qui attendoient ou leur cuirasse ou leur armet) si, par la prévoyance des capitaines et par la diligence de ceux qui en eurent la chaîne, les barrières n'y eussent esté plantées, ainsi qu'il a esté dit cy dessus. Le jour n'estoit encores clair, et ne s'apperceurent les ennemis d*icelles barrières, tant que leurs chevaux les vinssent choc|uer, dont il en fut renversé d'aucuns et autres recueillis par le guet des nostres, tant de cheval que de pied, et mesmement par le capitaine Wartis, auquel il avoit esté ordonné de garder les deux flancs
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du costé de l'advenue, où ils s'adressèrent avec un bon nombre choisy des meilleurs arquebusiers qu'il eusl en sa bande, pour soustenir le faix avec les gens de cheval, ce temps pendant que lesdits seigneurs de Montejean et de Boisy mettoient leurs gens dehors en ordonnance. La charge fut cruelle et bien combatue pour si peu de gens, et en mourut beaucoup des leurs, et mesmement des gens de nom. L«es chefs à faire b première poincte furent le seigneur Valere l]rsin^ romain, et le seigneur Jean Baptiste Peliacan, boulonnois, cestuy entre autres y mourut, et le seigneur Stefe del Camp, homme bien favory et aymé du seigneur dom Ferrand; de chevaux en fut tué plus de quarante. Les sires de Montejean et de Boisy se voyans réduits à ce choix party, que force leur estoit ou de se retirer un peu honteusement, abandonnant leurs gens de pied à la mercy et discrétion des ennemis, ou de se bazarder entre honneur ou perte, encores qu'ils entendissent bien qu'ils avoient trop moins de force que de cueur, rengerent toutesfois leurs gens en bataille et sortirent à la campagne, et, rappellant le capitaine Wartiz, lequel et les autres capitaines de gens de pied avec leurs bandes, ils mirent sur les aisles des gens de cheval, et sur la queue (pour soustenir les ennemis, s'ils les vouloicnt venir charger par derrière) laissèrent le capitaine Vassey avec douze hommes d'armes tels qu'il voulut choisir. Ne tarda gueres que les ennemis n'arrivassent sur eux, sans toutesfois les
1. Valerio Orsini, 61s de Julio Orsini et de llargheriu Cood, né en 1504; d'abord «a service de Venise, il passa du cAté de Charles-Quint en 1528 et revint aux Vénitiens en 1537. II monrut en 1550.
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approcher du oommeooement de plus près que d*un Iraid d'arc, sinon qu'un capitaine espagnol, nommé Sancbe de Levé ' , demanda un coup de lance audit capitaine Vassey, qui luy octroya, et leurs lances rompues, mirent tous deux la main aux masses, et tant t'eiprouverent l'un l'autre que l'Espagnol donna bfoy.
Cependant, noi gens marchèrent tousjours le petit pas, serrei ensemble avecques les arquebusiers, qui les oouvroient très bien sur les aisles. Peu à peu s'attacha la mesiée. et jamais les nostres ne la refusèrent, se doiinans toutesfois garde sur toutes choses de s'escarter, pour ne donner à l'ennemy oportunité de les forcer, et pour ce ne failloit, chacun incontinant qu'il avoit faict sa charge, de promptement se retirer en sa trouppe et en son ranc, à quoy faire ils estoient grandement secourus par les gens de pied, lesquels tuèrent et blessèrent beaucoup des ennemis à coup d'arquebuse. Cependant qu'ils cheminèrent en ceste sorte par les chemins eslroicts, esquels l'ennemy ne se pouvoit ayder de toutes ses forces, mais estoit contrainct de combattre de pareil à pareil nombre, noz gens eurent presque tousjours l'avantage; mais depuis l'heure qu'ils furent arrivez en la campagne ouverte, et que la grosse trouppe des ennemis chargamt les nostres et sur la queue et sur l'un des flancs, ceux qui la nuict précédante avoient passé deçà, sortirent de leur embusche sur l'autre flanc, les nostres alors furent assaillis de toutes parts. Les ennemis croissoient tousjours de nombre de gens venans de
l. PenV-étrt Sancbo Martinez de Lejva, firère d'Antoine de L«jira, oa son troisième fils, également nommé Sancho.
tn UtUOlKKË Dl OUILLAUm DU BBLLAT. (Août 1536
renfort à la file. Leurs lansquenets se commençoient à descouvrir et approchiT la multitude, et le présent secours baulsoit le cueur aux ennemis, le petit nombre avec la nulle attente de secours le rabaissoit aux nostres, lesquels estoient si assaillis de toutes parts qu'il ne leur cstoit plus loisible quand ils avoient faict une charge de se retirer en la trouppe, ainsi qu'ils faisoient du commencement et à quiconques avoit une fois monstre le doz n'estoit en sa puissance de recouvrer son renc. Par ce moyen, noz gens de pied (lesquels et mesmement les capitaines avoient faict un merveilleux devoir en ceste rencontre) se trouvèrent à la fin entrelassez pesie mesie parroy les gens de cheval, de manière que la victoire qui jusques alors avoit esté suspense et en ambigu, se commença d'incliner à Tennemy, et noz gens qui para vaut avoient plus combatu de courage que de force commencèrent à esire aussi inférieurs en ceste partie. Depuis la poincte du jour dura le combat en ceste manière jusques environ les huict ou neuf heures, et en tout ce temps n'advancerent les nostres plus hault d'une bonne lieue de chemin. Là furent ils entièrement rompus et renversez, et y moururent bien cent ou six vingts hommes de pied des nostres, et huict de la compagnie dudit sire de Montejean entre hommes d'armes et archers, quatre du seigneur de Boisy, et la pluspurt des autres blessez, en sorte que de toute la trouppe ne réchappèrent plus hault de trois hommes d'armes que tous ne fussent morts ou pris. Des ennemis moururent, sans les blessez, environ de cent à six vingts hommes de cheval, deux cens chevaux y moururent; mais le nombre vainquit la vertu. Lesdits seigneurs de Montejean et de fioisy.
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et les autres capitaines, et quelques jeunes gentilshommes de maison qui les suivoient par affection de veoir la guerre y furent pris, et entre les autres le sire de la Roche GuyonS jeune gentilhomme et de bonne volonté, Jfecfiel y 6st pour sa jeunesse telle preuve de sa personne qu*il fut loué d*amis et d*ennemis. Les prisonniers furent ramenez à BrignoJies, auquel lieu arrivèrent bien tost après les luns({uenets qui esloient partis avecques le seigneur dom Ferrand. Ledit seigneur, arrivé qu'il fut audit Brignolles, assist SOQ guet k toutes les advenues du village, et au surplus de ses gens donna congé de s'aller reposer et refreschir. Ce temps pendant qu'il se logèrent, il se retira pour escrire et donner advertisscment à l'Empereur de ce qui estoit arrivé. Ledit seigneur Empereur, inoontinant ceste nouvelle ouye, la print en gloire, du tout en la mesme sorte que si ses gens eussent vaincu, non par le nombre, mais par vertu de gens, et pour ce fist à sçavoir et publier ceste victoire par tout le monde, faisant les choses encores plus grandes et riches qu'elles n'estoient, et de manière qu'à veoir le contenu de ses lettres, il ne sembloil rien moins à ceux qui les lisoient, sinon qu'il eust véritablement deffaict l'avant garde du Roy ; à d'aucuns il sembloit efioores plus, et que desja il eust eu plus que demie victoire. Par tels moyens il attiroit à son party ceux
• 1. Louis de Sillj, sieur de la Rocbe-Guyon, baron de Loo- Tois. — Sur ceUe affaire, qai $e produisit le 8 août, voir una lettre de Charles-Quint k Hannart, Brignoles, 9 août, dans les Papiers d Etat dt Granvelle, t. li, p. 477 ; Molini, Documenii di atoria ùatimma, t. II. p. 400; le Journal de Valbelle, fol. 206 t*, et U Meygra Entreprùaf p. 36-37.
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qui auparavant estoienl encores demourez eo suspens et incertains du party qu'ils dcliberoient tenir, conferraoit ceux qui ja iuy adheroient et tenoit en craincte ceux qui Iuy estoient contraires.
Prévoyance et ifonne conduUte de monseigneur le grand maistre. — En Avignon, après que ces nouvelles y furent apportées, se mist entre noz gens uo merveilleux eflfroy et s'augroentoit joumeiiennent, à raison qu'un chacun aux légers et inconstans rapports qui se faisoient y adjoustoit encores quelque dK)se de sa particulière peur et craincte. Le sire de Montmorency, qui auparavant avoit crainct qu'il advint de leur susditte entreprise ce qu'alors il entendit en estre advenu, se trouva en difficulté non petite, pensant par quel moyen il pourroit reparer ceste faulte à son honneur et au prouffît de la cliose publicque, car il n'estoit point ignorant que le cueur ne fust creu notablement aux ennemis et amoindry aux nostres de ceste maladventure de Brignolles. Sçavoit aussi que lesdits ennemis estoienl assez advertis du petit nombre de gens que nous avions et, à ceste cause, il craignoit que ce premier heurt qu'ils avoient eu les fist plus hardiment entreprendre et s'avancer de nous venir chercher, avant que nostre renfort et secours fust arrivé. Et Iuy ne vouloit point et Iuy serobloit chose trop dangereuse, avant qu'il eust forces raisonnables, liazarder le combat en pleine campagne, avecques si peu de gens qu'il en avoit contre une si grosse puissance, contre vieils soldats et aguerris et contre un Empereur y estant en personne. D*aulre oosié, il Iuy sembloit que de planter son camp et de s'y fermer pour attendre Tennemy, il n'estoit moins à
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crtindre que ledit ennemy arrivast avant que sondit camp fut eotierement fortifié de foMei ne de rempars, et gamy de gens et artillerie à suffiMnoe ; quoy advenant il pourroit à trop grand marché se présenter et y recevoir luj honte et le Roy dommage. De s'arrester aussi en Avignon, c*estoit se présenter à estre assiégé en ville non assez tenable, et mal aisée à remparer si promptement en telle force qu'il appartiendroit bien. D'aller jusques à Marceille, qui estoil la seule ville de la frontière suffisamment remparée et garnie pour |l attendre un siège impérial, c'estoit laisser le chemin ouvert à Peonemy, lequel pourroit, laissant Marceille derrière, marcher en avant sans y trouver aucune resistence et se fortifier en deçà ou delà le Rhosne à son appétit, et par ainsi le remède d'un inconvénient luyen apportoit tousjours un nouveau et plus grand. Sur ces discours et disputations qu'il faisoit en soy mesme, ceste opinion vainquit finablement de faire sortir ses gens de la ville et de les loger en camp, pour monstrer à l'ennemy victorieux contenance de hardiesse et asseurance de se présenter contre luy, et que pour une maleadventure, et une rencontre désavantageuse, il n'avoit le cueur ne l'espérance faillie. Le principal doubte estoit sur la fortification de son camp ; mais bien luy estoit advis que le grand nombre de pionniers qu'il y mettroit, et la diligence des soldats, ausquels il feroit mettre la main à l'œuvre, et l'assiduité continuelle des capitaines ausquels il ordonneroit aussi avoir l'œil dessus, compenseroient assez la brièveté du temps. A ceste cause, il sa basta d'arriver en Avignon, pour dudit lieu donner advis au Roy de ce qui estoit advenu et luy faire à sçavoir la bonne
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espérance qu'il avoit et le moyen qu'il vouloit teoir pour recouvrer et revencher oeste perte, lequel moyen sera par cy après déclaré par TefTect et l'exécution d'ioeluy. Mais avant que ses lettres arrivassent au Roy, il luy arriva une autre atseï et trop pire et plus doloureuse nouvelle de monseigneur le Dauphin son fils, laquelle je dififereray de reciter pour le présent, et continueray les propos encommencez.
Le sire de Montmorency, arrivé qu'il fut en Avignon . feit assembler les capitaines et leur déclara son inlention (laquelle ils approuvèrent) de faire loger ses gens en camp et les rasseurer un peu de la peur et espouventement qu'ils pouvoient avoir, à cause de ladite desconfiture de Brignolles. Exécutant doncques ceste sienne intention, il leur ordonna de mettre leurs gens aux champs en la prairie d'entre la ville et la Durance, et quand tous y furent assemblez autour de luy, attendans ce qu'il leur voudroit dire, il leur exposa la vérité, mais en paroles si bien trooaséet qu'il n'y eut occasion de les estonner, à cause de la dessusditte desconfiture et prise des sires de Montejean et de Boisy, leur remonstrant que telles aventures (qui sont choses ordinaires en toutes guerres de grosse importance) non seulement ne doivent jamais estonner bonnes gens de guerre, ains leur aocroistre plustost le cueur et affection de s'en revencher, accompagnez de discrétion, ruse et prudence de ce faire, sans encourir nouveau hazard ; que bien estoit vray qu'il ne pouvoit pas estre que oeste nouvelle ne luy eust esté, voire fust encores despiaisante, psroe que l'entreprise avoit esté quelque peu mal et trop banrdeusemeni guidée, et par aventure sans nécessité
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suffisante ; mais qu*il supporioit la perte d*autaot plus pctieiitement« que noz gens (encores que vertu suecombast à multitude et quNis ae hissent trouvez aaaie» gei entre toutes les incommodités estimables) n'avoieot jamais toulesibis perdu le cueur, ne faict chose contre Phonneur et le devoir de gens hardis et bien combattans, ains qu*ils avoient si cher vendue ceale victoire à Tenncmy, que par le grand nombre de gens qu'il avoit ou perdus, ou ramenez blessez, il pouvoit avoir apris à ses despeos que le royaume de France ne m peult assaillir sans perte ne prouffit (en l'assaillant) s*j acquérir, lequel ne soit accompagné de dommage au double; sur ce concluant, qu'ayant faict telle preuve de la valeur des nostres à Tencontre dudit ennemy, ne restoit que luy dresser et dextrement exécuter une bonne revenche, sans prester aucunement Poreille aux propos de ceux qui tournent à malheur et au préjudice et coosequence du gros jeu la fortune des premières et légères pertes ; mais au contraire (comme ainsi soit qu'une si grosse entreprise ne se conduise jamais sans qu'il y intervienne quelque contrariété de fortune au commencement, au milieu ou à la lin) luy estimoit et pensoit que, par crate seule adventure de Brignolles, fust satisfaict et purgé tout le desastre qu'avoit fortune préparé à nostre camp, et que la mesme adventure nous loumeroit à si bonne fin que, par icclle, noz capitaines seraient de lors en avant plus que prevoyans et rusez, et les soldats plus enclins à exploicter leur prouesse et gaillardise, à Tappetit d'iceux leurs chefs et capitaines. Geste remonstrance leur fist et proposa le sire de Montmorency, de si hault cueur et d'une contenance si asseurée, qu'à icelle assentirent les sol-
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dais avecques uoe militaire acclamation, si unanime et si alaigre, que ja ils monstroient avoir en main ou devant les yeux Tasseurance et certaineté d'beureuae issue.
Fortiltcation de nostre camp et le bon ordre fxmr fetUretenement d'iceluy. — Ces propos finez, choisit le sire de Montmorency le lieu et assiette de son camp, un peu au dessus qu'il avoit autrefois esté, entre le Rhosne et la Durance, tirant de deux rivières oeste oportunité, que l'une luy servoil d'apporter vivres et autres choses nécessaires en son camp, l'autre estoit opposée et mise pour obstacle contre les advenues de l'ennemy. Geste rivière, laquelle traversant la Provence, se vient descharger dedans le Rhosne, a naturellement son bassin et cours incertain, et si très inconstant, qu'à grande peine, en bien peu de lieux, elle se peult passer à gué, par les gens propres du pals et plus usitez à y passer, et outre l'instabilité du fil de l'eau, elle est parfois et par endroicts si grosse, et traine telle quantité de gros cailloux, que gens et chevaux à cause de l'une et de l'autre incommodité se trouvent souvent empeschez à y fermer et asseurer le pied. £n ceste difficulté naturelle ne voulut le sire de Montmorency fonder entièrement toutes les forces de l'assiette et de Tasseurance de son camp, mais assist d'avantage garnisons en toutes les villes et chastetux tenables au delà de Teaue, pour rompre aux ennemit la liberté de courir et fourrager et le moyen d'entendre des nouvelles de nostre camp, et l'espérance de pouvoir à leur aise et appétit, sans trouver contraste ne rencontre, taster et choisir le gué de la rivière. En ordonnant et commandant ce que dessus, il deti-
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gna la forme, Teodos et le circuit de sondit camp, lequel fit entièrement dorre d'un txMi fossé par fond, large de vingt et quatre pieds d'ouverture, s'estressia- MOt au parfoiid à telle raison et proportion que le fooa avoit le tiers moins de largeur que n'estoit la diataooe des t>ords d'en hault. Feit faire d'avantage un autre fossé large et profond, par lequel couroit le ruisseau, qui en divisant et séparant le camp presque par le milieu, et recevant l'esgout de toute la prairie par des trencbées obli({ues qu'il y tist faire en plusieurs endroicts, rendoit l'assiette des logis plus seiche et portoit hors toutes les immundices et ordures d'iceux, et tenoit le camp net et sain ; selon la distinction et cours dudit ruisseau et des autres qui tomboient dedans, il fist distribuer et assigner les quartiers à ses geos de guerre, les nations séparées les unes d'avecques les autres pour éviter l'occasion de murmure et det)al entre eux, et ordonnant les endroicts, intervalles et eslendues des rues et chemins allans et traversans parmy le camp. Environ le milieu d'iceluy, avoit une petite levée de terre, en forme d'une colline, laquelle avoit regard à l'entour, en tous les quartiers et endroicts où il y avoit gens logez ; là il choisit son logis et prétoire, auquel il ordonna que les capitaines viossent tous les matins, pour entendre ce qu'il luy plairoit de leur commander. De là il voioit tout ce que se faisoit à l'entour de luy, et ne se pouvoit dresser noise ne tumulte qu'il ne l'apperceust incontinant, de là il oognoissoit de quel costé on diligentoit, et de quel oosté on cheininoit aux réparations et fortifications qu'il avoit ordonnées, et ordinairement faisoit ou commandoit tousjours quelque chose conducile et utile à ceste fia m t4
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Tous les matins au soleil levant (sinon que la venue ou de pacquets ou de messagers aucuiiesfois retardassent l'heure), la messe se disoit devant luy ; ioelle cessée il se pourmenoit quelque espace au long de ses tentes, et là recueilloit humainement les capitaines venans vers luy, pour prendre ses commandemens, administrant raison à qui venoit la demander et gènerallement donnoit gratieuse audience à un chacun de ceux qui a voient à faire à luy. Ce temps pendant on luy amenoit des chevaux et, montant dessus en coaipagnie des capitaines et autres gens d'estoffe, se pourmenoit (en devisant des affaires) une fois autour du camp, une fois dedans, une fois dehors et autre fois tout à travers, donnant ordre qu'on ne s'aparesssst à la fortification et que noise ou tumulte ne sourdist entre ses gens, et sur le chemin parlant aux uns et puis aux autres, sçachant et cognoissant très bien que la parole et conversation avecques le chef n*est gueres de moindre efficace que Texercitation pour duire et renger à vraye obéissance une Irouppe nouvellement assemblée de diverses et différentes nations. Ayant faict ce tour, il venoit prendre son repas et appelloit les capitaines et autres personnages qui par long usage estoient expérimentez et cogneuz, ou es<|uels il y avoit quelque degré ou de dignité, ou de tx>n conseil. Son repas pris et le conseil tenu, selon que les occasions le requeroient, il retournoit au mesme exercice de la matinée, sans refuser ou desdaigner ne veille, ne soing, ne travail en aucune manière. Ainsi en codUnuant, et chacun faisant son debvoir en sa diarge, son camp fut en moins de quinze jours environné de fossé par dehors et d'un rempart de terre par dedans,
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avec les flâoes et plattes fortnet et endroicU où il estoit requis de manière qu'à peine il eust peu choisir bciiooiip de villes, esquelles il eust voulu avec moindre oramete et danger attendre une grosse puissance de PeiHiemy ; le temps et Tusage toutesfois y ad joustoient «ooores journellement quelque nouvelle fortification. liM «botes aiusi dreatées, rartillerie fut assise et plantée pour recevoir l'ennemy de front et pour le battre par les lianes, de sorte qu'il ne luy eust esté possible d*arriver à faire les approches, ne se venir présenter à rassMiU sans y recevoir perte et gros dommage. Et au surplus il avoit à un chacun ordonné la distance et assiette de son guet, Tendroit et place esquels tous ou chacun (selon que le requeroit le temps et le besoing) auroit à se venir renger et présenter, au cas qu'alarme vint au camp, ce que toulesfois n'y advint jamais; car il y avoit mis tel ordre et police que, non seulement il donna o^noissance de son cueur et har- (£«■10, venant avecques si petite trouppe qu'il avoit du commencement se présenter au devant de l'ennemy, mais bien autant ou plus de sa bonne prudence, prévoyance et considération; et bien monstra qu'il estoit party du Roy suffisamment instruict par luy, et que de sa pari il avoit très bien retenu et mieux sçavoit exécuter oe que luy estoit besoin de faire et pour» veoir en tout événement.
Ledit seigneur Roy estoit à Valance\ non seulement comme le patron et chef de navire en sa poupe, ordonnant et commandant de poupe en proue, mais outre le renfort qu'il envoyoit journellement audit sire de