HUICTIESME LIVRE
deê Mémoire» de meetire Martin du Bellay, eeigneuT de Langey*^,
Keuu deê affairée de f Empereur en Provence. — De toutes parts avoit TEmpereur nouvelles désavantageuses pour luy ei ne voyoit en son camp c|uc famine et mortalité. Mais le grand regret qu'il avoit de se retirer sans rien faire, estant venu en si grand equippage, d*avoir parlé si bravement et rejeté si audacieusemcnt tous les propos qu'on luy avoit tenu de prendre ■ppoioteroeiit avec le Roy, ensemble la haine qu'il luy portoit et Tesperance qu*il avoit mise en sa bonne fortune, qu*il pensoit devoir estre immuable et invindble, joinct que la vertu et prouesse tant de fois esprouvée de ses capitaines et soldats Tentretenoient en son outrage, et de jour en jour attcndoit que André Dorie luy apportast deniers et refreschissement de vivres et quelques bonnes nouvelles, aussi que du oosté de Picardie le comte de Nansau feist quelque chose qui contraignist le Roy à y divertir ses forces.
Le Roy, d'autre part, estoit à Valence et faisoit en toute diligence remparer la ville pour y donner obstacle nouveau aux desseins de l'Empereur, si délaissant son entreprise de Provence il cust voulu prendre le chemin de Dauphiné. Là il recevoit les nouvelles qui luy venoient de toutes les parties de son royaume et
1. L'édition primcep$ porte Guillaume da Bellay, ce qui est «n UpMU éTÎdent.
t88 lOtMOIlIBS DE MARTIN DU BELLAY. [Août 1&36
de son camp d'Italie et de tous ses alliez et confederez, et pourvoioit à tout selon Texigence et occurenœ des temps et occasions, en intention de ne marcher à son camp sinon que l'Empereur vint Passaillir, auquel cas il ne vouloil faillir de s'y trouver, ou qu'il veist ses forces si bien unies et assemblées qu'il peust (sans rien évidemment bazarder) aller chercher son enoeroy, açachant de quelle conséquence luy seroit de perdre une bataille en son royaume contre un si puissant et obstiné ennemy que l'Empereur, et quelle ouverture sondict ennemy auroit après une victoire de pousser outre, là où au contraire l'Empereur ne pouvoit riens perdre du sien.
Arrivée d'André Dorie. — En ce temps arriva le seigneur André Dorie avecques les galleres de l'Empereur^, qui luy apporta d'Espagne vivres et argent, et vint devers luy au camp et fut par S. M. recueilly fort humainement et honorablement ; et sur sa venue fut le conseil assemblé par plusieurs fois ; quelle chose y fut conclue, je ne sçay, mais il feit publier un edict parmy son camp, que tous gens de guerre se tinssent prests à faire monstre et reveue et toucher deniers, et s'apareiller de partir au jour que l'on leur feroit à sçavoir, garnis chacun de vivres pour huict ou dix jours, afîn qu'ils n'en eussent faute sur le chemin qu'ils feroient, pour aller la part qu'il les entendoit mener.
1. André Doria parut devant Marseille le 22 août et revint le 25 (Valbelle, Journal, fol. 197. Voir Ch. de La Roncière. op. cit., t. III, p. 355). Le dél>arquement des vivres eal lien le 31 août et la manœuvre fut combinée avec les opératioiis des Impériaux dont il a été question plus haut, $tipra, p. 246, D. 1. C'est le 8 septembre que l'effort fut le plat vif (Valbelle, Journal, fol. 198>i99).
Août 1536] Humâm LnriB. M
Il avoit un peu auparavant envoyé aoii aKillerie à Mmeille b vieilles et iœlle faict enibar(|uer en aet giUerea, qui avoit donné souspeçoo au Hoy qu*il mtl délibéré d'aller par mer faire descente en quelque autre part où il o'euat esté mis si bon ordre aux afiatres, et à oeste cause estoit ledict seigneur ententif et tousjours prest à tourner le visage la part que tireroit sondict eiinemy. Soit que le vent fusl trop contraire ou que ledit seigneur Empereur changeasl d'opinion à la venue dudict Dorie, il feit desembarquer saditte artillerie et la ramener en son camp, chose qui donna occasion de penser qu'il voulust venir assaillir le camp du Roy ou aller après le duc d'Albe mettre le siège dievant Maroeille.
Deê afaire* des marquis et marquisat de Salttces. — Le Roy eut nouvelles comment son camp delà les monts avoit mis en son obéissance grande partie du Piémont et tout le marquisat de Saluées, hors mis quelques chasteaux. Plusieurs de son Conseil estoient d'advis et luy conseilloyent d'annexer iceluy marquisat au Daupbiné, comme commis et confisqué à luy par la rébellion et felonnie du marquis François; mais ledit seigneur aima mieulx ensuyvre sa naturelle clémence et libéralité que la susditle opinion de son Ck>nseil. Et à ceste cause avoit mandé au cardinal du Bellay', son lieutenant gênerai à Paris, qu'il meist hors de prison le marquis Jean Louis, firere dudit François, lequel Jean Louis avoit esté privé dudit marquisat