‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 45 sur 94 · Sénas, câot. d'Orgon, arr. d'Arles (Boucheft-do-Rbône · texte numérisé non relu

Sénas, câot. d'Orgon, arr. d'Arles (Boucheft-do-Rbône

tffî MliMOIRES Dl GUILLAUMI DU BELLAY, f Août 1536

contrèrent environ quarante fourragcurs des ennemis, partie à pied, partie à cheval, le8(|ueis ils chargèrent de première rencontre, et leur faisant hal)andonner leur butin, qui après fut rescoux par les paisans, les amenèrent tous quarante prisonniers à Cavaillon. A Toulon avoit faict TËmpereur amas de toutes les bestes à charge qu'il avoit peu recouvrer en tout le pats depuis Aix jusques à Nice et par delà, pour apporter le biscuit qu*il avoit faict faire audict Toulon pour subvenir à la faulte que avoit son camp de farines, moulins et fours. Les paisans, qui furent advertiz du jour que le biscuit devoit partir, firent si bon guet et assirent leurs embusches si à propos qu'ils ame> nerent, ou tuèrent, ou blessèrent toutes lesdites bestes*, en sorte qu'elles n'eussent plus sceu faire service ; et continuant en ceste manière, tendoit ledict camp impérial à extrême indigence et nécessité de vivres. De toutes ces entreprises et autres semblables qui seroient longues à racompter, esloit le sire de Montmorency adverty ordinairement, et bien pouvoit congnoislre à Tœil que la famine avant peu de jours contraindroit et reduiroit Tennemy à la nécessité, ou de nous venir assaillir à nostrc fort et à son desavantage, ou d'habaodonner le Provence avecques grosse honte et dommage, et ne voioit point quel interest il y avoit de le deffaire sans combat et sans hazard, en luy ostant le moien des choses sans lesquelles il ne povoit demourer, plustost que de vaincre en bazardant une bataille.

1. D'après Valbelle (Journal, fol. 197), cette etcarmoacke m produisit aoz environs de Toalon le 25 aoftt. 1^ 15 septembre suivant, les Toulonnais génèrent l'embarquement des Impériaux »iir les galères de Doria et leur enlevèrent une grande partie de lenr butin (liid.t fol. 'Mil t*).

Août 15361 aiPTIÉMI UTU. »S

Opuàmu émerteê au camp du Roy. — Telle adroit lousjours etié m dcliberution ; mais il y avoit tousjours eu geot ta m compagnie qui« eooores que du oommcnceBWDt après avoir esté b cboae c^Mtluc d'une part et d*autres s*y dussent tous coadesceiidus, ne la pouToieut loutesibiz assez bien gouster, soit qu'en effect ils eussent plus defieré à son autborité que changé de leur opinion, ou que bien ils en eussent changé pour lors, vojBos les apparentes raisons qui si avant faisoient contre eux, et que depuis voyans les forces du Roy multipliées et suffisantes pour combatre Tennemy, ils fusseot à oeste occasion retombez en leurditte première Of)iriion. Mais tant y a qu'en eux mesmes et quelquefois en leurs devis privez et particuliers ils ne louoient tant ceste sienne prudence et maturité, qu'ils ne bissassent part en lu y à faulte de cueur et de hardiesse. Mais depuis que Monseigneur fut arrivé au camp et qu'ils trouvèrent toute la jeunesse de leur opinion, bquelie (ainsi qu'est la coustume) estime et crainct moins les hazards et dangers, d'autant qu'elle les a moins expérimentez, alors recommencèrent ils toutes les fois qu'on assembloit le conseil pour adviser à œ qui estoit à faire et pour délibérer à sçavoir qui esloit plus à propos, ou d'approcher plus près de Tennemy ou de continuer la guerre par dissimulations et temporisement, ainsi que Ton avoit commencé, à en parler pkis librement et hardiment, et à demander avec instance que l'on marchast en avant et qu'on levast le siège de devant Marceille. Et ja estoient de cest advis, non seulement ceux qui en avoient esté du commencement, mais avec eux aucuns de ceux qui avoient esté auparavant d'opinion contraire : soit qu'ils se départissent de b première pour b confiance

ÎM irtMOmiS Dl GUILLAUm DU BELLAY. (Août 1536

qu'ils a voient des forces qu'alors ils voyoieot au Roy, ou qu'ils voulussent gratifier et complaire à Tappetit de leur jeune prince qu'ils voyoient brusier d'ardeur et afTection de s'esprouver à la guerre et de faire courir le bruit de sa vertu. Et pourquoy (disoient ils entre eux) ne luy obtemperoient ils en un si noble et honeste désir? Et pourquoy Fabuseroient ils et quasi noalignement le frauderoient d'une si belle et apparente occasion et oportunité que Dieu luy offroit maintenant d'acquérir gloire et réputation aux armes en sa première et florissante jeunesse? Ne quelle raison y avoit il, qu'ayans les grandes forces que le Roy avoit assemblées si chèrement, ils s'arrestassent et apparessassent au mesme camp où ils s*estoient fortifiez, et comme couverts alors qu'ils estoient foibles et nuUemens suffisans pour résister ou se présenter à l'ennemy ? Leur dcvoit il suffire, estans si forts et si puissans au dessus de l'ennemy , de se tenir enclos, attendant qu'il vint les assaillir, mais, qui pis est, souffrir et endurer qu'il fist si peu d'estime et conte d'eux, que de venir à leur barbe assiéger une telle ville que Marceille avec une si petite Irouppe de gens qu'il n'y en avoit assez pour faire littiere et pour fouler aux pieds de leurs chevaux, avant que l'Empereur eust loisir de venir au secours avec la grosse trouppe de ses gens? < Nenny, nenny (disoient ils), c'est sur nostre honneur que nous prenons et voulons que si l'on marche en avant, on nous reproche par après que nous n'entendons ne valons rien au mestier, si jamais ceux qui assiègent Marceille se peuvent sauver et garentir de nous. >

Il y en avoit toutesfois d'autres qui persistoient en leur première opinion et trouvoient qu'il estoit beau-

Août 15381 ftlPTltm UVRB. 2HS

coup plut MUT de remporter sant coup ferir contre remieiiij, oomme il estoit apparent et certain que bieo loet ils remporicroient, en continuant seulement de luy rompre de toutes parts les vivres, ainsi qu'ib avoient très bien (aid jusques alors. Car ils sçavoient biea oeriaineroent que Marceille estoit si bien fournie et de gens et de vivres et de toutes autres munitions, et au denaourant si bien remparée, qu'elle estoit imprenable à toutes les puissances du monde et que, à œale cause (en continuant ce que dessus), il estoit force oeœssairement que la puissance de rEmpereur ae deffist et separast d'elle mesme, pour la famine et mortalité qui estoit et se multiplieroit tousjours en son camp. Et quant au sire de Montmorency, le Roy, en le depeschant, luy avoit si bien falot entendre son intention et luy l'avoit si bien retenue et jusques à présent suivie de poinct en poinct, qu'il ne vouloit sur un bon commencement se mettre en hazard de mauvaise issue et nonobstant qu'il eusl diligemment et songncusement préparé toutes cboses comme pour combatre dès le lendemain, si estoit il tousjours constant et résolu en ceste conclusion de ne mettre en toute ceste guerre à la discrétion de fortune, chose qui fust de conséquence, sinon qu'il en fust oontrainct par une extrême nécessité, telle que par prévoyance humaine elle ne se peult éviter ne prévoir.

Et pourquoy (dit il), ayant la victoire certaine non qu'apparente en main, Teust il à son escient remise en hazard, veu qu'il ne dépend moins d'honneur et de gloire de vaincre son ennemy par conseil et bonne cooduitte que par bataille? Pourquoy eust il abusé du sang et de la vie de ses gens, dont il estoit force qu'en

tM MtMOmiS DE GUILUUMl DU BELLAY. (Août 1S36

une bataille il en mourust, el communément des plus gens de bien, encores qu'il en rapportast la plus heureuse victoire du monde? Monseigneur, oyanl les raisons qui se deduisoient pour l'une vi pour l'autre partie, combien qu'il variast quelquefois entre les deux opinions et que la naturelle inclination de son cueur ardanl et magnanime le tirast plus à l'opinion contraire, voulut eslre toutefois maistrc de soy, et s'arresta pour resolution à l'advis dudit sieur de Montmorancy. Et à vray dire encores que le duc d'Albe et les autres qui estoient devant Marccille n'eussent pas grand nombre de gens avec eux, si n'estoient ils point si loing du camp de l'Empereur, que s'il eust eu nouvelles (ainsi qu'apparemment il devoit avoir) du deslogement de nostre camp d'Avignon, il ne luy eust esté facile ou de se venir mettre au devant de nous entre Avignon et Marceillc, ou de se venir joindre aux gens qu'il avoit devant, plus tost (|ue nous ne fussions arrivez à leur présenter la bataille. Et si une fois il se fust joinct il eux, la bataille ne pou voit estre sans quelque incertaineté de la victoire, et là où elle eust esté pour Kennemy, elle luy donnoit un grand païs ouveK sur nous; au contraire, quand elle eust esté pour nous, elle ne nous donnoit conqucste de chose (|ui desja ne l'ust nostre. Et pour ce conclut mondit seigneur que l'on se conduiroit de là en avant, ainsi qu'il avoit esté faict jus(|ues alors, sinon (|ue les desseings nouveaux del'ennemy apportassent occasion de nouveau conseil.

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