‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 48 sur 94 · Verxoolo, à fis kil. au sod de Saluées · texte numérisé non relu

Verxoolo, à fis kil. au sod de Saluées

t9S MÉMOIRES DB MARTm DO BELLAY. (Oet. tS36

çois, estant subject et serviteur dudit seigneur, il ne pouvoit estre, par le serment qu'il avoit faict audit marquis, obligé ny conlrainct à chose que vraysemblablement il n'eust voulu (quoy que œ soit), n*eust peu honestement promettre ne jurer; parquoy le Roy son souverain seigneur ne pouvoit estre comprins en la généralité du serment qu'il avoit faicl audit marquis de luy garder la place envers et contre tous. Et tant luy remonstra ledict Sainct Julian lesdictes raisons appertement véritables que ledict d'Aguerres luy avoit livré la place et la tenoit ledict Sainct Julian au nom du Roy, qui fut chose moult griefve et despbisante audit marquis François, et disoit souvent qu'Urezeul luy estoit une busche en Tceil et le gardoit de se pouvoir faire et dire marquis paisible.

DeliberatiaM du Corueil du Uoy sur ce qui estoit à faire. — Cependant que ces choses advindrent, le Roy eut nouvelles* que l'Empereur avoit faict reveue de tous ses gens de guerre, tant de cheval que de pied, commandant par edict public par tout son camp que tous se tinssent prests à desloger au jour que Ton leur feroit à sçavoir, et se garnir chacun de vivres pour huict ou dix jours, pour emporter avec soy la part qu'il les voudroit mener ainsi qu'a esté dict cy dessus, mais quelle part, ne leur déclara. Le bruit fut bien que c'estoit pour venir assaillir le camp de monseigneur le Dauphin lez Avignon. Geste nouvelle rapportée au Roy, il assembla son Conseil pour avoir ad vis de ce qu'il avoit à faire, car son intention estoit d'aller se joindre avecques niondict seigneur le Dauphin,

1. Sur cet nouvelles, voiries letU^s de Breton an chancelirr Dobourg, 4 et 6 septembre (Arch. nat., J 068*3 et 4).

BapL l&M) HumÈici uym. tt3

MO fils; et puisque l'Empereur venoit assaillir son camp eu persoooe, il estoit fort affectionné de s'y trouver aussi en personne et, s'il estoit poMÎbie rencontrer son ennemy en camp, de faire preuve de sa personne contre tuy et mettre à exécution en présence de si gros exerdtes, ce que par le cartel autresfois envoyé à PEmpereur il n*avoit soeu exécuter. Le plus grand nombre estoit d'advis contraire et qu'il devoit laisser œat honneur à son fils, duquel on pouvoit espérer que, usant du bon conseil de monseigneur le grand mtii^re de Montmorency et autres expérimentez et sages capitaines estans auprès de luy accompagnez de boo droit et juste querelle, il sçauroit bien donner à cognoistre à l'Empereur qu'il avoit à faire aux François en leur patrie, defîendans leurs femmes, enfans, maisons et églises. Aussi luy remonstroient l'incertitude de rissuc généralement en toutes choses et principalement en faict de guerre; et que s'il advenoit (que Dieu ne voulust) que l'Empereur eust du meilleur, ledict seigneur, en se tenant audict lieu de Valence avec les forces qu'il y avoit et celles qui journellement y afiluoyent, encores seroit pour recueillir les reliques de son ost, et de tout ensemble dresser un nouvel exercite, aveo^ues lequel il pourroit donner à son ennemy nouvelle bataille, et luy oster des mains la victoire, accumulant plusieurs exemples anciens et modernes, estrangers et domesticques sur ce passage. Résolution des capitaines près de monseigneur le Dauphin. — Finablement, il fut conclud que ledict seigneur envoiroit en son camp d'Avignon sçavoir au vray quelles forces il y avoit, quelles nouvelles on auroit de PEmpereur et quel seroit l'advis sur cest

t94 MtliOnUl DE MAltTTN DU BKLLAT. (BepL l&M

affaire dudit sieur Dauphin, du seigneur grand maistre et des capitaines estans auprès de luy ; à ce s*acoorda le Roy, mais en son cueur il avoit ja résolu ce qu'il eo feroit. Au seigneur de Langey fut donné ceste charge, lequel estoit le jour précédant venu audict camp apporter les susdittes nouvelles du camp de l'Empereur*. Arrivé que fut ledicl seigneur de Langey devers mondict seigneur le Dauphin et grand maistre, le conseil incontinant assemblé de notable nombre de capitaines, il exposa sa charge et ce qui en sa présence avoit esté débattu devant le Roy. Long temps dura ce conseil, et après toutes les raisons pour et contre, bien et meurement débattues et poisées d'une part et d'autre, la conclusion fut que le Roy ne devoit venir, allegans iceux capitaines, outre les raisons déduites par cy avant, que si l'Empereur venoit assaillir le camp dudict seigneur, ce ne seroit honte à monseigneur le Dauphin, ne pareillement audict seigneur grand maistre de se tenir en leur fort et contraindre l'ennemy de les y assaillir à son desavantage, cboae que l'Empereur ne feroit jamais, estant adveriy de l'equippage et forteresse dudict camp; ainsi seroit il contraint de soy retirer en despit de luy avecques grande perte de réputation. Là où estant le Roy en personne en son camp, si l'Empereur y venoit et seulement y faisoit tirer trois ou quatre coups de canon, il se pourroit après retirer, au cas que le Roy ne sortist hors de son fort, et se vanter de l'estre venu chercher à la portée du canon près, et en ses palis, sans que ledit seigneur eust eu le cueur et hardiesse de le

1. Sur ces voyages du sieur de Langey, voir V.-L. Boarrilly, GuUlaume du Bellay, p. 230-231.

8»pi. fSM] Rumtifi umi. m

recueillir. El si le Roy, pour oster ceste occasion et couleur à son ennemy , vouloit sortir hors de son camp, lequel estoit environné de remparts et grands foeaeti£ le danger aeroit qu*au sortir hors par les yasnet qui eiloieiit estroitteSf il advint du desordre, et que rEmpereor aataillist les gens dudict seigneur, moytié sortis et moytié dedans.

Jtfliifcih'dii 4m B0f âê venir en son camp. — Outri ceste raison, il y avoit des serviteurs du Roy beaucoup, autant en son camp qu^auprès de sa personne, lesqueb estoient entrez en une superstitieuse crainte de la personne dudict seigneur Roy, à cause de certaines pronostications malicieusement semées et divulguées par les Impériaux, lesquelles menassoient fort le Roy de mort ou de prison en celle année. Et tellement avoient elles trouvé foy et crédulité es oreilles et cueurs non seulement du simple peuple, mais des gros et notables personnages, que mesme à Romme aux changes fut argent baillé sur ceste opinion. Avant le département dudict conseil arrivèrent nouvelles con> firmatives des précédentes, que l'Empereur deslogeoit son camp, mais ne sçavoit on encores si c'estoit pour venir assaillir le camp du Roy, ou pour venir assiéger Maix^eille, ou pour quelque autre intention. De ce rapporter au Roy fut aussi donnée charge audict seigneur de Langey, mais principalement et sur toutes dioses de le desmouvoir et desconseiiler de sa délibération de venir en son camp. Tant s'en falloit que le rapport dudit seigneur de Langey ne d'autres qui furent Tun sur l'autre depeschez devers le Roy, demeussent ou divertissent aucunement ledict seigneur, que toul au contraire il commanda qu'on luy

S96 MÉMOrUS DE MARTIN DU BELLAY. [Sept. I6S6

appareillast des balteaux et que chacun se tint prest à desloger le lendemain, disant ledict seigneur qu'il ne soufiriroit jamais que véritablement on luy peust reprocher, que Testant l'Empereur en personne venu assaillir dé si près, il fust demouré à Valence, pour luy servir de providadour; qu'il entendoit bien que la pluspart de ceux qui luy desconseilloieot estoieni pei^^ suadez et séduits de ces vaines et folles pronosticalions, ausquelles luy, qui estoit Roy très chrestien, ne devoit ne vouloit adjouster foy, ains esperoit que pour la bonne et ferme foy qu'il avoit à la parole de Dieu, qui deffend croire en telles supersticieuses prophéties, ledict Seigneur, seigneur et maistre des exercites, luy donneroit l'heureuse victoire pour subvertir et faire apparoistre mensongers tous les devins et tels superstitieux et reprouvables pronosticateurs.

Deêlogement de r Empereur pour s'en retourner, — Au lendemain, après avoir dévotement prié Dieu de luy estreen ayde et d'adresser et convertir son voyage, il s'embarqua, laissant bonne et grosse garnison audict Valence; et le deuxiesme jour arriva en son camp accompagné triumphamment, tant de renfort qu'il amenoit avecques luy que de grand nombre de gen> darmerie de son camp qui luy estoit venu au devant*. Il n'y eust pas séjourné long temps, qu'en donnant ordre et se préparant pour recevoir ou donner la bataille, qu'il luy vint nouvelles, mesme par le capi-

1. François I*' quitta Valence le 10 septembre, coucha à Pont-de*Sorgues le 11 et arriva au camp d'Avignon le 12. Voir les lettres de Montmorency et du dauphin Henri au sieur de Humières, 9, il et 13 septembre (Bibl. nat., ms. fir. 3006, fol. 152, i54,«166).

6«pi. i&9ê] Humtm wnat. f9î

Uine Martin du Bdby*, comme TEmpereur et tout son camp estoit deslogé, reprenant le chemin qu'il estoil venu au kwg de la marine, laissant derrière luy, outre les morts qui estoient en nombre intiny et tel que l'air en estoit corrompu tout à Pentour, une grande multitude de malades, lesquels ne pouvoient à pied n*à die val suivre le camp. Je n*ay encores sceu (combien que fj aye mis peine) entendre au vray si la nouvelle venue aux oreilles de TEmpereur, de l'arrivée du Roy en iOQ camp, le meut de reprendre le chemin d'Italie, ou si dès son parlement il a voit délibéré de ce faire'; bien ay je entendu qu'à la reveue qu'il feit avant son parlement d'Aix, il avoit trouvé que du nombre de cinquante mille hommes qu'il avoit au partir de Nice, il n'en pouvoit mettre en bataille plus hault de vingt cinq à trente mille. Les pnncipaux gens de nom qu'il y perdit fut Antoine de Levé', Marc de fiustin et un autre capitaine de lansquenets sien parent, le comte

1. € Lti premières certaines nouTelles que a eaes le Roy do deslogement de l'Empereur a esté par le sieur de la Herbandière [Martin du Bellay]. » Guillaume du Bellaj i son frère Jean, Arignon, 14 septembre (Bibl. nat., Moreau 774, fol. 40).

2. Dès le 4 septembre, Charles-Quint avait résolu de battre en retraite ; il ëcrÎTait an comte de Nassau que, devant la situation qui loi était faite, « a esté résolu de reprendre le chemin d'Italie... Et se tiendra ceste resolucion secrète encoires pour huit jours, avec le brujct de vouloir aller assiéger Marseille et encbeminer l'artillerie contre la mer, et ce afin de cependant vous en advertir, et que regardiez de vostre cousté ce que vous semblera convenir et poorres faire » [Imu, Korresponden* Kaiser Karls V, t. U, p. 248).

3. Antonio de Leyra mourut avant le 7 septembre. Giovanni Gnidiccione an grand maître, Aix, 7 septembre {Lettere di Principi, t. III, fol. 45-46), et autres lettres de Guicbardin, du même jour [Ibid., fol. 47-49).

tOS MÉMOIRIS Dl MARTIN DU BILLAT. [Sept. 1536

de Home*, Baptiste Gastalde et autres; quoy que oe soit, la retraitte fut pour les premières journées anei précipitante, et la continua de ceste sorte jusques à ce qu*il se veist fort esloingné de son ennemy. Le jour qu'il deslogea', il alla coucher à Trez, et sur la queue tut donnée alarme par les gens du pals qui avoient prins les armes, auquel alarme fut tué le maistre d*bostel du seigneur dom Francisque d*Ëst', frère du duc de Ferrare, et assez d'autres, et journellement leur estoit donnée fascberie par les dessusdits paisans, lesquels estoient armez des armes laissées par les malades et mourans, et avoient assiégé tous les passages et 'destroits des chemins et desmoly les ponts qui estoient sur les torrens alors impétueux, pour la descente de la montagne, dont les ennemis se trouvèrent fort travaillez. L'Empereur, ce voyant, feit assembler force pionniers pour rabiller les passages et ce pendant feit recueillir au mieux qu'il peust et mettre au milieu, entre l'avant garde et l'arriére garde, tous les malades et blessez, afin de les sauver hors du danger de leur ennemy. Mais il n'y soeut tel ordre mettre que de jour en jour il n'en demeurast grand

1. Jean, comte de Bornes, fils de Jacques II et de Jeanne de Bruges-La Gruthuse. Il avait épouse Anne d'Eginont, veuve en premières noces de Joseph de Montmorency-La Nivelle. N'ayant pas d'enfant pour lui succéder, il adopta un fils de sa femme, Philippe de Montmorency, qui fut le fameux comte de Homes, décapité en 1568.

2. Le 13 septembre après diner, suivant Valbelle (yo«inia/, fol. 201).

3. François d'Esté, troisième fils d'Alphonse d'Esté et de Lucrèce Borgia. Il passa plus Urd (1S57) du côté de« Français et mourut en 1578.

8«pt. 15M) HUITIÉIIi UTM. M

nombre de ceux qui estoieot si foibles, qu'ils aymoient plus cher demourer au long des roches et attendre là que les pslisos irritez d'ire et courroux à rencontre d'eux Im ttievassent de tuer et mettre hors de la misère où ils estotent, que de languir de maladie, endurans te travail et ennuy du chemin. Pour sousteoir lesdits palsans, furent envoyez les chevaux légers, lesqods serroient les ennemis de si près qu'ils en souffrirent beaucoup de feim, par ce qu'il leur estoit chose malaisée de se mettre aucunement hors du chemin pour fourrager, de manière que depuis Aix jusques à Frejus, où l'Empereur a voit premièrement logé son camp, tous les chemins estoient jonchez de morts et de mabdes, de hamois, lances, piques, arquebuses et autres armes, et de chevaux habandonnez qui ne pouvoient se soustenir. Là eussiez veu honmies et chevaux tous amassez en un tas les uns parmy les autres, et tant de costé que de travers, les mourans peale mesie parmy les morts, rendans un spectacle si horrible et piteux qu'il estoit misérable jusques aux obstinez et pertinax ennemis; et quiconque a veu la desobtion ne la peult estimer moindre que celle que descrivent Josephe en la destruction de Hienisalem' cl Thucidide en la guerre de Peloponesse'. Je dy ce que j'ay veu', attendu le travail que je prin à ceste poursuitte avecques ma compagnie, et pareillement

1 . JoMphe, Uiskfire de Im gmerre de» Juif» contre le» AonuMÙu, livre VI, chap. xtiu-xxi et xxth-xuu.

2. AJlasion sans doute k la retraite de l'armée en Sicile (Thucydide, livre VII, Lxxv-uixxvit).

3. Martin du Bellay fut en effet chargé de poursuivre les Impériaux avec ses chevau-légers. Voir la lettre de Guillaume du Bellay à Jean du 14 septembre, citée $upra, p. 297, n. 1.

300 MtfMOniBS Dl MAMIN DU MOIAT. (8epL 15N

le seigneur Jean Paule de Gère et le comte de Tende* de sorte qu*à mon retour à Marceille, je demoaray quinze jours sans avoir puissance de monter à cheval. En ce peu de chemin, au jugement des homnoes, perdit TEmpereur depuis son partement d'Aix jusques audit Frejus le nombre de quinze cens à deux mille hommes. Il luy fut mis en avant de s'embarquer avecques ses Espagnols, mais crainte des lansquenets qu'ils ne se mutinassent, s'il se fust departy d'eux les laissant en hazard et danger de l'ennemy, luy feil changer ceste délibération.

Le Roy cependant avoit faict faire la reveue et payer ses gens de guerre, en intention de marcher en per> sonne à la suitte de son ennemy, et quelque part qu'il peust Tattaindre ne perdre ceste occasion de luy donner la bataille et d'une mesme impression passer en Italie, où il avoit desja son camp puissant à la cam> pagne. Mais sur ces entrefaictes luy vindrent nouvelles par un gentilhomme nommé Longuevah, expressément envoyé de la part du mareschal de la Marche, de la grande et horrible batterie de Peronne et que les murailles en plusieurs endroicts estoient rompues et debrisées, en sorte qu'il n'y avoit plus ordre de la pouvoir tenir, ny défendre longuement, encores que mondit seigneur le mareschal de la Marche et les autres capitaines fussent délibérez et en asseuroient ledit seigneur par lettres et rapport dudit gentilhomme, que jamais ne la rendroient par composition quelconque et que l'ennemy n'y enlreroit sinon par des-

1. Philipp« de LoDgueval, sieur de Hartucoort, genUlbonme de U chambre. Voir le Registre dt$ détibér^tWHs, t. II, p. 258-

8«pt. 15S<) HUITIÉMI UVRI. 301

SUS leurs ventres ou qu'ils fusieol tous morts de faim. A oesie otuse, le Roy feit inoontinant marcher et acheminer vert Lyoo uœ grande partie de sa gendarmerie et jtnqaes au nombre de dix mille hommes de pied fraoçois, délibéré de les suivre après, à grandes journées, pour secourir laditte ville de Peronne, s'il y pouToit arriver à temps, et au cas que non, pour U reprendre avant que Tennemy Teust remparée et renvitaillée, car il sçavoit de quelle conséquence luy eust esté, si l'ennemy eust eu loisir de ce faire, d'autant que l'enst TEmpereur tousjours secourue et envitaillée facilement et à peu de despense, pour estre voisine de phMieurs fortes places des siennes.

Provitùmt faietet à Paris par le cardinal du Bellay. — Du oosté de Paris, le cardinal du Bellay (qui estoit lieutenant du Roy audit lieu) voyant l'affaire qui se presentoit à Peronne, et afin d'avoir moyen de pouvoir secourir messeigneurs de Vendosme et de Guise, voulut entendre de ceux de la ville de Paris le secours qu*ils pourroient ou voudroient faire, avenant qu'il en fust besoin. Et pour cesl effect assembla le prevost des marchands avecques les eschevins en la maison de la ville* (où après avoir rcmonstré le danger qui leur pouvoit advenir, si la ville de Peronne tomboit es mains des ennemis) ils offrirent de soidoyer dix mille hommes, pour autant de temps que l'affaire dureroit. Pareillement luy feirent offre d'une fonte d'artillerie, avecques grande munition de poudres et de boulets;

1. L'aftsemblé« i l'iI6tel-d«- Ville est du 6 septembre; U ▼eille il y avait eu une réunion i l'éTèché ; on décida de soudoyer six (et non dix) mille hommes [Registre tU» déUMrations, t. II. p. 28»>29i).

Ml KÉMOIKBS DB MARTIN DU BBLUT. [8«pt. 1536

puis luy offrirent pour remparer les lieux plus oeoe*saires de la ville de Paris ciuquante mille pionniert*, ou plus, s'il estoit besoing ; desquelles offres il accepta seulement la fonte d'un nombre d'artillerie et le paye> ment de dix mille hommes quand le besoing seroit, dont la finance fut soudainement levée, et fut baillé la charge desdits dix mille hommes au seigneur d'Entrée. Aussi fut il accepté par ledit cardinal du Belbj quelque nombre de pionniers, plus pour faire contenance de fortification qu'autrement, afin que l'ennemy de tant moins eust envie de le venir assaillir. Ce faict, voulut entendre quels vivres estoient dedans la ville, cognoissant qu'il ne feroit temps d'y pourveoir quand l*eoDemy seroit à la porte ; mais après avoir faict faire la description, se trouva que vingt ans au précédant n'avoit esté si mal pourveue, et ce pour deux occasions, c'est que les Parisiens n'ont accoustumé d*en faire provision, se confians sur le cours du marché, à l'occasion de l'abondance qui en vient ordinairement des rivières qui viennent tomber dedans Seiiie, lesquelles viennent des régions les plus fertilles d'Europe; mais ceste stérilité estoit advenue d'autant que l'hyver précédant la rivière estoit gelée, de sorte qu'elle fut trois mois sans porter batteau, et Testé, pour les sécheresses, a voit esté si basse qu'à peine pou voit elle porter les batteaux passagers.

Neantmoins, pour monstrer l'uberlé du païs, auquel est assise laditte ville de Paris, dès qu'il tut ordonné

1. Dès le 29 juillet, on avait décidé de lever 16,000 piomii«n « pour beftongner aux fortifications >. Voir le Regiâtrt àm déU" bératioiUf t. II, p. 245; Cronique dm rojf #Wuifoy« /Mwnier, p. 174-170.

8«p(. 1596] HumÉm UYM. M

par ledit cardinal S que de six lieues à la roiide ch»* 0110 Mit à amener oe qu'il luy seroit ooounode de vivres et mesmes dableds le tiers de ce que chacun en auroit en sa grange ou grenier, il se trouva en huict jours dedans la ville vivres pour un an, pour le peuple qui lors y estoit et pour trente mille hommes de guerre d'avantage. Mais ayant faict ledict cardinal les préparatifs cy devant dedarez et la levée desdils dix mille hommes luy furent apportées nouvelles par un gentilhomme envoyé de la part dudit maresdial de b Marche', comme le comte de Nansau avoit levé son siège et s*estoit retiré, lequel gentilhomme passant outre, trouvant le Roy en son camp, luy apporta les pareilles nouvelles.

Smie du siège de Peronne. — Vous avez entendu par le précédant livre conome le comte de Nansau estoit arrivé devant Peronne et avoit assis son camp près du mont Sainct Quentin ; reste à vous descrire le progrès dudit siège qui s'ensuit^.

1. L'ordonnance est da 6 août. Voir le Registre de$ déUbéirations, t. Il, p. 257-259.

2. La lettre dn maréchal de la Marck est du 11 septembre (Registre des tléUbérations, t. Il, p. 295).

3. Le récit de Martin du Bellay présente, avec celui que donne la Crotti^ue du roy Françoys premier (p. 153-166), des passages entien analogues on même absolument identiques. To«» étmx dérivent d'une source commune, un mémoire qui dut être eonposé par un témoin oculaire et imprimé i cette époque ; aoas ne l'avons pas retrouvé. C'est peut-être ce mémoire, esavre d'an bourgeois de la ville, dont une copie tomba au xvu* siècle entre les mains du P. Fenier et fut utilisée par loi dans la RskuioH du siège mémorable de la ville de Péromie e» iMôt qu'il pobUa en 1682 (réimprimée par J. Tecbaner en 1862).

304 MÉMOIBIS DE MAKTIN DU BELLAY. (AoOt 1536

Le douziesrae jour d*aoust, le camp des eDoemis vint loger en une oense près de Peronne, avecques environ de mille à douze cens chevaux et neuf enseignes de gens de pied, et le lendemain vindrent passer Teaue à l'endroit du chasteau de Haplincourt, lequel se rendit ainsi que j'ay prédit, car il n'y avoit point de garnison, là autour ils pillèrent aucuns villages et feireol butin de bestial.

Or, fault entendre, devant que passer outre, que laditte ville de Peronne estoit despourveue de toutes choses, de sorte que les habitants furent esbranlez d'habandonner la ville. Mais peu de jours au précédant le seigneur d'EstrumeM, gentil homme voisin dudit lieu, se mist dedans avec sa femme et ses enfans, et y feit conduire tous les bleds, tant de luy que de ses voisins, à ses despens, et y apporta tout l'argent, tant sien que celuy de ses amis, pour soldoyer les hommes, chose qui asseura le peuple : dont le Boy pour recognoissance par après luy donna un estât de maistre d'hostel de sa maison et une généralité de France. Dedans la ville estoient le seigneur mareschal de la Marche, comme dit est, avecques sa compagnie de cent hommes d'armes et le sieur de Moyencourt',

1. Jean d'Estourmel, sieur de Terapleaz, iDalU*e d'hôtel dn roi (1540), commiftsaire pour le ravitaillement des places fortet de Picardie, général des finances d'Outre-Seine, Yonne et Picardie.

2. Joachim de Hangest, sieur de Moyencourt, fils de Louis de Hangest, sieur de Monlmor, lieutenant i la compagai* d« Robert de la Marck, sieur de Sedan (qui mourut au ciwaect» ment d'août 1536), et non à colle de Robert de la Marek, tkor de Fleuranges, dont Martin du BeWty parle ici {CaUtlogmê ée» aeuê, t. III, n* 8890).

AoAt 1536] HUmÉMI LIVU. 905

son tieutenant, messire Philippe de BonDinvilier* comte de DtiDiDartiii, avec la compagnie de cinquante hommes d'armes de monseigneur le duc d'Angoulesroe, depuis duc d*Orieans, dont il estoit lieutenant; le ffig"^"* de Sercu avec mille hommes de pied ; le seigneur de Sainct SevaM avec autres mille, tous deux de la légion de Picardie. Le comte de Nansau, pour etiargir son camp, aussi craignant qu'il ne se feist assemblée de gens es places d'entour, pour luy rompre et ooupper les vivres, envoya par un trouKpetle sommer le chasteau de Clery', séant sur la rivière de Somme, à deux lieues dudit Peronne. Le capitaine du chasteau (car le seigneur en estoit absent au service du Roy au camp d'Avignon) print terme de respondre, et ce pendant envoya vers monsieur le OMreschal de la Marche, lequel ordonna cent soldats, tant de la l>ande du seigneur de Sercu que de Sainct Seval, pour s'aller mettre dedans ; ce qu'ils feirent et passèrent à costé du camp des ennemis sans dommage, mais non sans escarmouche par gens du camp impérial, qui les suivirent sur la queue.

i>e comte de Nansau feit mener dix pièces d'artillerie, dont il feit une furieuse batterie ; toulesfois, pour ce jour, il ne vint au bout de son entreprise et perdit quelques gens qui furent tuez par ceux de dedans à coups d'arquetMises à croq. Au lendemain matin', il feit recommencer la batterie et si bien luy vint à propos que ce jour là monsieur le mareschal de la Marche avoit faict brusler les fauboui^s de Peronne, pour

i. Jean de Senicoort, siettr de Saisseval, maître d'hdtel du roi.

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