‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 49 sur 94 · Le 15 aoAt · texte numérisé non relu

Le 15 aoAt

306 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. (Août 1596

cause qu'aucunes enseignes de gens de pied des ennemis s*y estoient venuz loger. Sur quoy prenant ledit comte de Nansau occasion ei couleur de donner à entendre à ceux de dedans que la ville de Peronne estoit prise d'assault, pillée et brusiée, leur persuada tellement qu'ils se rendirent à sa volonté, desquels il en feit pendre sept à la porte du cbasteau et les autres furent mis à rançon à quatre escus par teste.

Au lendemain, qui fut le xvi jour dudit mois d'aoust, une trouppe élevée des ennemis se vint présenter devant la porte de Peronne pour attirer ceux de dedans à l'escarmouche, lesquels sortirent jusques au nombre de cent à six vingts, qui après avoir escarmoudbé quelque temps, voyans que les ennemis se multiplioient de gens vcnans les uns après les autres à la file, se retirèrent dedans la ville et y amenèrent quelques prisonniers, et y fut pris et blessé le seigneur de Recourt ^ guidon de monseigneur du Reux. Dedans les vignes entre le cbasteau et la porte Sainct Nicolas assez près du fossé, en un lieu assez eminent, et dont Ton peult regarder dedans la ville, là feirent les ennemis asseoir quatre menues pièces d'artillerie, pour offenser ceux de la ville, allans et venans, ou pour remparer, ou pour se tenir aux deffenoes, desquelles pièces ils tirèrent jusques à la nuict, mais ce fut sans tuer ne blesser personne. Le jour ensuivant, ils assirent six doubles canons au droict de laditte porte Sainct Nicolas, et trois canons pour battre des moulins

i. Le sieur de Rocourt n'est pas cUë dans la Cromique. 11 s'a^t probablement d'Adrien de Gomiécourt, fils de Robert de Gorniëcourt et de Louise de Mailljr, lieutenant de cinquante hommes d'armes sous Adrien de Groy, comte de Rorax, mort en 1542.

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à MO tetns auprès de la porte de Paris, afin que ceux de dedans n'eussent moyen de niouidrt*. Mais peu leur emt proaffilé la batterie, car elle oe pouvoit arriver si bas que les roeuUes et rnouvemeiis des moulins ; mais un nmoier venu des pais de TEmpereur habiter esdits HKM^ifis pas&a devers eux et les advisa de faire une trenciiée au lieu qu*il leur moostra, laquelle faicte ils oaterent Teau ausdits nMMilins et mirent à sec une grande partie des marais, esqueb oonsistoit la plus grande part de la force et conservation de la ville ; et sans une fontaine que ceux de la ville feirenl venir loml>er ausdits moulins, pour renforcer si peu d*eau qui enoores y oouloit, la ville fust tombée en grosse nécessité de farines. Ce pendant on feit telle quantité de moulins à bras et à chevaux qu'on repara le dommage que les ennemis avoient faict par leurs trenchées. D*autre oosté se faisoient deux batteries grosses et continuelles par deux jours ensuivans : Tune contre la porte Sainct Nicolas, l'autre contre la porte de Paris, et tellement qu'ils y feirent brèche raisonnable pour assault, toulesfois ils furent d'advis (afin de ne hasarder leurs gens) de faire encores batterie tout le lendemain, ce qu'ils feirent depuis la poincte du jour josqnes à la nuict; et au raport de ceux qui esloient dedans, tirèrent ce jour là xviu cens coups de canon, chacune volée de quinze canons à la fois. Mais toute la nuici fut faicte telle diligence de remparer, tant par les geos de guerre qui tous meirent la main à Toeuvre, chacun capitaine ayant pris un quartier en sa charge, conmie par les gens de ville, lesquels tant pour l'affection qu'ils ont à leur prince, comme pour la craincle du mal Iraittement si la ville estoit prise d'assauit, y travaillèrent hommes et femmes de toutes aages et

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conditions, qu'au lendemain matin, qui fut le xx* du mois, les ennemis se deliberans de venir à l'assault, veircnt les brescbes entièrement remparées à force de fagots, de fiens, de terre et de grosses balles de laine, qu'ils furent contraincts de reooiDiiiencer la batterie, laquelle dura jusques environ deux heures après midy. Et marchèrent en avant à Tassault, c'est à sçavoir à la porte Sainct Nicolas, les Allemans jusques au nombre de VI mille hommes, et à la porte de Paris les Hennuyers, Artaisiens et Flamans, jusques au nombre de deux mille. Le comte de Nansau, avecques quatre cens chevaux, y conduisit les Allemans et se tint près du mont Sainct Quentin, regardant l'assault et prenant garde en quelle part il faudroit donner secours. Le comte du Reux, grand maistre de la maison de l'Empereur, avecques autres trois cens chevaux conduisoit les Heonuyers, Artaisiens et Flamens. Monsieur le mareschal, le comte de Dammartin, le seigneur de Moyeocourt et tous les autres capitaines, chacun selon sa diarge, ce pendant ne perdoient temps à mettre t)on ordre parmy leurs gens et les asseoir aux deflences. Le comte de Dammartin gardoit la brèche du coslé de la porte S. Nicolas; le seigneur de S. Seval celle de la porte de Paris, et le sieur de Sercu avoil la charge de la brèche d'au dessous de Sainct Fourcin ; et tellement feirent leur devoir chacun de son endroict que les ennemis furent repousse/, et y perdirent jusques au nombre de quatre ou cinq cens hommes. De ceux de dedans y eut quelques blessez, mais n'y mourut autre de Dom que le commandeur d'Estrepigny, nommé de UumieresS auquel la teste fut emportée d'un coup de

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