iAiiit*&aiiibert>Mir*Loire, arr. de Montbrison (Loire
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pour dissimuler longtemps sans faire quelque effort à rencontre de noz gens.
Propoêition du Roy en son conseil. — Le Roy, sur ces nouvelles et autres qu'il avoit eues de ses frontières de Ciwinnwgpc et Picardie de Tamas qui se y commençoit à faire, après en avoir conféré avecques aucuns de ses plus privez et qui avoient le principal maniement de ses aSiEiires, fist assembler son Conseil, et proposant premièrement les choses ainsi qu'elles passoient autant delà les monts qu'en sesdites irontieres de Picardie et de Champagne : c Tantost (dit il) serons âous au bout des simulations et dissimulations de l'Empereur et ne serons plus en noz consultations en b difficulté que nous avons esté, à délibérer et condure si nous devons nous préparer à la guerre comme contre un tel ennemy que luy, ou différer encores quelque temps, juscfues à ce que les effects contraires à ses propos le déclarassent estre invaseur. Or, à ce que pouvez comprendre par les nouvelles ouyes, il aura bien tost osté le masque ; et si bien à aucuns il a semblé que la façon de faire dont j'ay usé fust par trop conscientieuse et scrupuleuse, que bonne et duisante à l'avancement de mes affaires, si est ce que je ne m'en repens, car à ceste heure serons nous arrivez au poinct, auquel après seure et raisonnable paix, je desiroy plus de parvenir : c'est de n'entrer avecques luy en guerre qui premièrement à Dieu, secondement aux hommes ne semblast juste. Si doncques toute guerre est juste qui est nécessaire et forcée, et par le commun consentement des humains celuy est forcé à la guerre, et prent justement les armes qui est forclos de toute autre espérance, il me semble qu'au jugement de tout
n MÉMOmiS Dl GUnXAUMl DU BILLAT. [Mai 1536
le monde non que de Dieu (duquel jamais je D*ay doubté) nous avons tout le bon droict du nostre, et tout le tort mis du costé de Tennemy. Et pour entrer par le duc de Savoye, le monde universel me sera tesmoin de combien de fois j*ay peu (je ne dy pas conquérir ne prendre) mais retenir, alors que j*ay eu en ma puissance la plus part de ce qu'il occupe et tient du mien, et ce du temps qu'il n*estoit si fortifié d'alliances qu'il est. Mais je me suis contenté cependant qu'il me laissoit le passage ouvert et libre sur le mien propre, de luy en faire seulement porter aucunefois quelque parole pour éviter la prescription, et jusques icy eusse continué s'il eust aussi continué à m'estre bon et fidèle voisin. Je me déporte (car vous le sçavez bien) de reciter comment depuis que par ceste alliance de Portugal il a eu celle de l'Empereur*, il s'est maintenu en mon endroict : les bagues prestées à mon subject rebelle pour avoir argent à me faire la guerre, les lettres gratulatoires de ma prison, les brigues faictes pour destoumer les Suisses de mon alliance, l'achat de l'héritage de moy et de mes enfans, et jusques à refuser au pape Clément la ville de Nice qui m'appartient pour y parlementer avecques moy, et de fresche mémoire le passage par le mien propre en affaire qui de si près me touchoit, que le mespris outrageux usé contre moy, roy de France, par un Sforce sans force, duc titulaire et précaire de Milan. Mais sur un tel et si mal fondé reffus, qui est celuy (je vous prie) qui o*eust pris incontinant les armes pour recouvrer ce
1. Le dac de Saroie était le beao-rrère de l'Emperavr; U avait époa»é en 1521 Béatrix de Portugal, dont la scrar Isabelle fut en 1526 mariée à Charies-Quint.
Mai f 536) Sixitlfl UVBI. M
qui seroit neo? Et j^ay voulu toutesfois en m'y préparant cMiyer eooores la voye de raison, et en deiïault de la trouver en luy, je D*ay peu faire de rooios que de b me faire par la voye des armes que je me treuve en main.
< L'Empereur, encores que nous soyons parens et que je soye son beau frère, a voulu toutesfois entreprendre ceste querelle pour le duc de Savoye comme pour son vassal et allié et a demandé que je feisse surseoir et arrester les exploicts de guerre, je les ay faict arrester, voire en plein cours de la certaine et destinée victoire. 11 a plus voulu que je fisse reculer mon camp de devant Verceil, en cela luy ay je obtemp«^. Il a demandé que, pour traicter la paix, je luy envoyasse le lieutenant gênerai et chef de mon armée (requeste certes assez hors de propos), je le luy ay toutesfois accordé. Il a d'avantage voulu que je retirasse mon armée deçà les monts, encores en cela luy ay je voulu complaire, mandant à mondict lieutenant gênerai que, délaissant seulement des garnisons en quelques places, il me renvoyast par deçà le surplus des Italiens, [ceux] des seigneurs Cagnin et comte Guy en hors, ausquels j'ay ordonné qu'il donnast congé. Aussi a mis en avant que fisse décider par justice le différant que j'ay avecques le duc de Savoye ; à cela mesme je me suis offert, et m'en suis voulu soubmettre au jugement de nostre Sainct Père. Et pour une fois conclurre, qu'ay je (pour Dieu) obmis à faire, de tout ce qui se doibt et peult faire pour contenter Dieu et les hommes et leur approuver ma justification ? Et luy ce pendant a faict passer son camp deçà les termes et limites prescripts entre nous, a augmenté ses forces à raison que
30 MÉMOIRES DE GUILLAini» BU BELLAY. [Mai 1&36
j*ay diminué les miennes, et ne reste plus que le mol^ que (comme il est passé en proverbe) on ne donoe Tassaut à Sagonce^ ce pendant qu'à Rome, icy et ailleurs, je laisse couler temps en consultations; voire, qui plus est, ne tient propos entre ses gens que de me venir faire la guerre en France et de me rendre l'un des plus pauvres gentilshommes de mon royaume. Gertaiiietnent encores que le monde fust^ si aveuglé de tous les sens, non que des yeux corporels, si ne peult l'Empereur abuser Dieu, tout voiant, sçachant et precognoissant, que si autre affection ne le mouvoit que de réintégrer le duc de Savoye, il se contenteroit de tascher au recouvrement de ce que j'ay pris sur ledit duc et non à ta prise de quelques villes de mon royaume , desquelles je bailleroy plustost recompense au duc, en acheptant de luy ce qui est mien pour éviter guerre, que de le plus laisser en main si suspecte et mal fiable. Mais il se vante de deux choses Tune et faict son compte de la première partie de la disjonctive, ou qu'il sera roy de France, ou moy Empereur. Estre Empereur je ne pretcns ; et si jay salislaict (ainsi que j'ay) à tout debvoir envers le duc, envers l'Empereur, envers Dieu, tesmoing et arbitre de tous traittez, roy de France ne sera il jamais, et le mesmc Dieu ulteur et juge de superbe et intolérable contumace, tournera sa fureur et vengeance à l'encontre de celuy envers lequel ne se peuvent trouver aucunes ttaet agréables raisons de pacifier et oublier inimitié. Doncques, d'autant que nous cognoissons quelle différence il y a de celuy qui a Dieu propice à celuy qui Ta contraire, et que nous
1. Allusion au siège de Sagonte .aujourd hui Munriedroj par Uaanibal en 218 av. J..C. (TiteUve, XXI, 6- 15}.
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pouvons inaioteoant (aveoques nos consciences bien informées el salisfaictes) entrer en ceste guerre, portons y tous non seulement le mesroe cueur de bien faire qu'en autres entreprises nous avons porté, mais une certaine ire et indignation, conune à rencontre non que d'ennemis, mais d'infracteurs , abuseurs et desguiseurs de foy. Reste maintenant à delit)erer, en tant que nous avons nouvelle que l'ennemy dresse deux •nuées, eu quelle part nous ferons tirer noz prindpalet forces, et qui nous sera plus à propos (encores que ce dépende du chemin que luj tiendra), lequel nous mettra mieux ou de passer les monts au devant de luy, ou d'attendre à le combalre en nostre pais; et Tun et l'autre party se peult fonder et eu raisons et eo exemples. Mais vous aiant assemblez icy pour en dire chacun sa franche et libre opinion, et non point celle que vous jugerez m'estre plus agréable, je ne vous deduiray les unes ne les autres raisons, mais sur ce que vous autres m'en ouvrirez l'esprit, prenant des opinions des uns et des autres, je concluray. »
A la proposition du Roy assentirent universellement tous ceux qui furent appelez à ce Conseil : car outre ce que tous estoient en bonne persuasion du plus que debvoir où il s'estoit mis avant que prendre les armes contre le duc de Savoye, aucuns d'eux sembloit qu*il eust aussi bien faict de poursuivre vigoureusement, cooune d'user de tant de respect à l'Empereur, aux plaintes duquel esloit la response tousjours aussi raisonnable comme facile et prompte, moiennant qu'à riens du «en il n'eust esté touché par nostre armée, suivant la première délibération qui en avoit esté prise. £t bien eussent aucuns voulu que
)t MtlfOlllS DE OUILLAinn DU BELLAY. [Mai 1536
monseigneur TAmiral n*eus( esté si promptemenl obéissant aux mandemens du Roy, ains qu'il se fut saisy de Verceil en attendant une seconde jussioo. Or ne se peuvent plus revocquer les choses une fois pissées. Et quant à la délibération sur la noaniere de se gouverner aux affaires présentes* tous furent d*advis (et bien estoit il ainsi à présumer) qu'entreprenant l'Empereur, ainsi qu'il se vantoit, la conqueste du royaume de France, et du tout ruiner et en déposséder le Roy, que la part où seroit sa personne, là seroit le fort de l'affaire, et qu'il y auroit toutes, ou (quoy que soit) la plus part de ses forces ensemble ; et si bien d'autre costé il faisoit quelque entreprise, œ seroit seulement pour travailler et divertir les forces du Roy, et le mettre en plus grande despense, non pas pour faire un gros et vif exploit de guerre. Car, attendu que le Roy avoit ordonné de fortifier et tenir deux ou trois places en Piémont et y jetter bonnes et fortes garnisons autant à pied que de cheval, la raison de la guerre vouloit, ou que l'Empereur avant que passer en France les forçast, ou qu'il laissas! en Piémont suffisante force pour les tenir toutes assiégées, ou qu'il assist autres aussi puissantes garnisons que celles du Roy en quelques places voisines, pour tenir celles du Roy en subjection, à ce que, moyennant quelque peu de renfort, elles ne s'assemblassent et tinssent la campagne et fissent par occasion quelque autre effort, par avanture de grosse conséquence. A ceste cause n'estoii il vraysemblable, qu'estant le Roy servy comme il appartenoit, et l'Empereur voulant nettoyer le Piémont avant que passer outre, il feist de l'année groeae eoirahie au royaume de France, et aussi peu qu'en laiatant
SIXlâMI LIVRI. 33
it quelques villes croies et non pas armée pourmifger les uostres, il luy fust possible sans ayde d*autniy dresser et entretenir en un mesme temps après une si grosse despense qu'il venoit de faire en Barbarie deux grosses et puissantes armées, pour faire en deux divers lieux du royaume entreprises quelconques de notable con(}ueste, et princi[)alement en ces deux provinces de Champagne et i^icardie, qui d'elles mesroes ne sont aisées à forcer, ne grandement opoi^ tunes et subjectes à Pinjure et proye de l'ennemi. Et à ceste cause leur sembloit à tous estre requis que le Roy, en pourvoyant s^ilement les principales places desdittes frontières, retirast auprès de soy le surplus de ses capitaines et plus expérimentez gens de guerre, au meilleur nombre que possible luy seroit, et dressast un bon et puissant equippage, avecques lequel il fust prest à tourner la teste en quelque part ou deçà, ou delà les monts, que son ennemy s'addresseroit à luy faire guerre. Aucuns adjoustoient que l'on devoit haster et diligeoter ces forces, en sorte qu'elles fussent à temps prestes pour aller recueillir nostre ennemy delà les monts, avant qu'il eust passé jusques deçà ; et que plustost on entretint et fist la guerre en pais de conqueste, que sur le propre et naturel et duquel nous tirions les commoditez requises à soustenir le faix de la guerre, ce que ne pourrions faire si abondamment en l'ayant au milieu et comme es entrailles de nostre royaume.
Résolution du Roy d'attendre r ennemy en France et
ne le combattre. — Le Roy, après avoir entendu leurs
opinions, fut bien aussi de cest advis d'assembler le
plus qu'il pourroit de ses forces auprès de sa personne
lu 3
94 XÉMOIflS Dl GUnXAUMB DU BELLAY. [Mal ISM
pour s'en ayder et les employer ensemble ou séparées, ainsi que les entreprises de Pennemy luy en donneroient occasion et opportunité, fust de passer delà les monts, si ledit ennemy entreprenoit de nettoyer le Piémont avant que passer deçà, ou de l'attendre à combattre en ce royaume, s'il se hazardoit d'y faire descente, c Mais quelque part (dit-il) qu'il eotr&preigne à faire son effort, mon intention n'est point de luy présenter, ne luy donner occasion de me présenter la bataille, ains luy laisser consommer gens, temps, munitions, vivres, argent à sièges et batteries de villes, afin qu'il espreuve sa part des incommodités qu'en pareil cas nous avons esprouvées par cy devant. Tant y a que la raison et le devoir de la guerre ne portent point qu'il doive entreprendre de passer deçà, car en laissant telles ganiisons derrière que j'ai ordonné mettre en mes places de Piémont, il est impossible, qu'y laissant autres pareilles, afin de tenir les miennes subjectes, qui est le moins qu'il puiaae faire, il demeure encores assez puissamment equippé, pour nous venir rencontrer en barbe avecques toutes noz forces unies. Et là où il passeroit avecques toute sa puissance, ce seroit bien la chose que plus je desireroy, pour la raison que je deduiray, et à bquelle je m'arreste jusques icy, nonobstant l'inconvénient que vous m'avez allégué estre à craindre à qui a la guerre en son païs, car tel inconvénient ne se pcult esteodre sinon en bien petite contrée de nostre pals. Cette raison (outre ce que vous m'avez mis en avant d« l'effort que ce pendant pourroient faire noz gamisoot, avecques tant soit peu de renfort et supplément qu'ils eussent) est que tant plus il amènera de gens, tant
Mai 1S36J SOIÉHI UVBB. S5
plus U luy faudra de vivres, tant plus de chevaux, juments ei asoes à les conduire à sa queue à travers les montagnes, dont il luy faudra tel nombre que le double d'autant de fourrage qu'il en faudra pour sa cavallerie ne pourroit suffire à les nourrir. Or, jaget donoques, estans les lieux où il aura de passer (eooores que je n'en feisse détourner ou gaster, ainsi que je feray, tous les vivres et fourrages qui s'y pourront trouver) asseï de nature malaiseï à soustenir et nourrir une armée d'amis passans en diligence et par eitappet ja de king temps ordonnées et préparées, en qa^ estât se trouvera une armée ennemie qui à chaoïo passage rompu (comme je les feray tous rompre et plus en un jour qu'ils ne rabiileront en quinze), sera contraincte de séjourner icy un, là deux, là trois et en tel lieu huict ou dix jours pour les refaire. Croyez que le passage seulement, avant qu'ils soient descendus en la plaine, les aura combattus à demy. Et quand après leur passage ils penseront de mieux trouver, alon ils auront en teste bonnes villes et bien fortifiées, bien estofiiées d'artillerie et de munitions, grosses et poiMtoles garnisons dedans et telles de nombre, de bon courage et d'expérience que j'ay bien moyen de les y mettre; autour d'eux ne trouveront riens à la campagne, ne verront chose qui soit à leur commandement, ne rencontreront ville (si elle n'est gastée et déserte) qui les reçoive; de tous costez auront pals ennemy, et au lieu qu'en Piémont ils auraient à leur doz la Lombardie plantureuse, les peuples amis et favorables, les grosses rivières pour apporter les vivres, le moyen prompt et en main de se rafrescbir aucunes fois de gens, en contrechange ils auront les
H irtMonis DB GuaLAum du BILLAY. {Mai tSM
Alpes huitet, malaisées, sleriles, les passages assiégez et tousjours à combatre inconttnant qu'ils seront en ça passez, par aussi peu de seureié. Tordre mis tel que je pense y mettre, de jour à autre par le moyeo de tels empescbemens, retardement de la solde à leurs gens de guerre. Geste difficulté qui de soy est grande et de très mauvaise conséquence, le cours du temps, les surprises en païs ennemy, incogneu, oportun à ambusches, la faulte de vivres qui en adviendra, le tout concurrant ensemble est bien suffisant pour faire d'une grosse armée une petite. Nous, au contraire, aurons tout païs nostre à l'entour de nous, ne verrons rien qui ne soit en nostre disposition et si verrons de toutes parts abondance et planté, toutes contrées grasses et opulentes et force rivières à nostre commandement; noz deniers, ainsi qu'ils se recueillirent, arriveront sans aucun besoin d'escorte en toute seureté; le temps qui ruinera l'ennemy, renforcera, multipliera, aguerrira noz gens, et aurons nostre passetemps, si nous voulons, de veoir l'ennemy se deffaire de lu y mesmes, en nous séant (par manière de dire) ou nous pourmenant à noz aises en un beau camp et bien fortifié. Non toutesfois que je veuille, ne que mon intention soit d'y demourer tousjours oisifs et sans rien faire, mais je vueil dire que quand nous aurions à faire entreprise, la raison et oportunité nous y conduira et non fortune ou appétit de l'ennemy, c'est à dire que nous aurons noz forces puissantes et gaillardes, que nous serons prompts et vigilans, pour ne faillira nostre occasion et à reonemy ne donner la sienne.
« Telle est en subtaoce ma conclusion, pour entrer
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de bonne heure et sans perdre temps, à rexecution des choses, d'autant que j'ai desja mandé à monsieur l'Amiral, assis qu'il aura ses garnisons, qu'il me renvoyé deçà le surplus de mon armée, et qu'il donnast congé aux gens des seigneurs Cagnin et comte Guy, retenant seulement les capitaines et aucuns des principaux compagnons en mon service. Je suis d'advis, quant à ce poinct, de l'heure que l'Empereur entrera en guerre ouverte, leur renvoyer dire qu'ils remettent leurs bandes sus. Et quant au retour de monsieur l'Amiral, je suis enoores et demoureray pour deux r^jnooÊ en la mesme opinion : l'une pour continuer jtticpies au bout à donner tout le tort de l'invasion à l'ennemy ; l'autre qu'ayant assis ses garnisons, il seroit trop foible à la campagne. Parquoy mon intention est de luy mander qu'incontinant luy mesme se retire vers moy attendu qu'il n'a plus occasion d'attendre que monsieur le cardinal le mande, qui desja est icy de retour; et à tous ceux qui demeurent delà, (M^donneray d'obéir en son absence au marquis de Saluées, auquel (ainsi que je luy ay accordé) je feray depescher un pouvoir d'y estre et commander ainsi que mon lieutenant gênerai. Au Dauphiné, j'envoiray un autre bon chef y recueillir les gens de guerre qui retourneront de delà, et par bon ad vis les distribuer es lieux plus oportuns et propices à garder et deffendre le passage des Alpes, ce temps pendant que je dresseray et assembleray mes forces; lesquelles unies, si l'Empereur s'arreste au Piémont, j'y passeray en tel equippage que je ne craindray point à le rencontrer et d'essayer avecques une bonne trouppe de François si encores aujourd'huy la France porte les
8S MÉMOniES Dl GUILLAVMI DU ULLAY. [Mal 1696
gens que toute ma vie j'ay veu faire fuir les Ëspagnob devant eux, ou si les Espagnes en ont produit d'autres que ceux qui tousjours ont aocoustumé de fuir devant nous. Je sçay que sur nous ils ont eu depuis un temps quelques avantages, et voirement avantages, car pair à pair je n*ay jamais veu que de vive force le François n'ayt battu et encores espère battre l'Espagnol avecques sa braverie.
< A nostre gendarmerie feroy je une trop grosse injure si je la raettoy en dispute de comparaison avec celle de l'Empereur. Italiens en aura il, aussi aurons nous, et non des pires, et tant que nous en voudrons. Et quant aux lansquenets, si de nombre les siens passent les nostres, ils ne les passent ne de courage, ne de vertu, ne d'expérience; et nous aurons des Suisses à suppléer le nombre, quelque chose que l'Empereur ayt praticqué, ne qu'il se soit vanté au contraire. En Allemagne pourroit estre que ses gens (ainsi qu'ils ont de bonne coustume) m'y auroint quelque peu brouillé, usans de leurs accoustumées calomnies et mensonges; si est ce que vous avez toujours veu la vérité y avoir lieu quand elle est cogneue. Et à ceste cause ne me semble point hors de propos d'y envoyer personnage instruict de mes affaires qui sçacbe user du langage qu'il cognoistra le besoin et occasion le requérir. Encores veux je que, tant en mon nom comme en celuy de mes enfans, il demande une journée imperialle pour y faire exposer et déduire noz droicts et raisons, desquels est meu le différant d'entre nous et l'Empereur, à ce que les Estats de l'Empire en jugent comme vrais juges et ausquels appartieal de oognoistre des différends de TEmpereur et des vmBÊSDL de l'Elu-
Mai IS36) 8IX1ÈMI Liv«i. M
pire, tels que nous ad vouons estre et rooy et mes coftns, à cause du duché de Milan. Et d'avantage, arrivé que je seray à Lion, auquel lieu j*enten inoontinaiit me retirer pour donner ordre à mes affaires, mon •dvis est d'autant que nous sommes au temps des foires, fiùre venir à mov tous les marchans allemans qui s'y trouveront et leur tenir des propos accommodez au temps, par lesquels ib puissent où besoing sera, et si on avoit en leur pals desguisé quelque chose au préjudice de mes affaires, eux mesmes déposer du cootriire pour la vérité. >
^^DepeÊcket de M. de Humieres^ de Lan^ey et autreê. «-« A œste délibération s'accorda tout le Conseil, et giBodement louèrent la sage prévoyance et meure providence du prince en ses affaires. Suivant laquelle délibération et dès le premier jour de juing, il depescba messire Jean, seigneur de Humie^es^ chevalier de son ordre et capitaine de cent hommes d'armes de ses ordonnances, soubs monseigneur le Dauphin, lequel il envoya pour estre son lieutenant gênerai audit païs de Dauphiné. Renvoya messire Francisque de Nocet, comte de Pontreme, gentilhomme de sa chambre, à mondit seigneur l'Amiral, son lieutenant gênerai delà les monts, approuvant la délibération que par ledit comte il luy avoit demandée des chefs et garnisons qu'il entendoit laisser à Turin, Fossan et Goay et luy mandant que, cela faict, il se retirast vers
1 . Le* lettres nommant Jean, sieor de Humières, lieutenant général dn roi en Dauphiné, Savoie et Piémont, sont datées de Ljon, 31 mai 1536. (Bibl. nat., ms. fr. 3088, fol. 176.) Voirun mémoire que lui adressait le roi le jour précédent, Bibl. nat., mi. fr. 3006, fol. 3841.
40 HÉIIOIIIS Dl GUILLAUMB DU BILLAT. (Juin i596
luy. En Allemagne, depescba messire Guillaume du Bellay, seigneur de LangeyS aussi des gentilsbommes de sa chambre, tant pour les causes et raiaoos cy detfiif touchées que pour repeter des ducs de Bavière les c mille escus consignez entre leurs mains, en l'an mille cinq cens trente trois, attendu l'occasion d'icelle consignation cessante, le terme de la rendre pieça escheu et le présent et urgent affaire que ledit seigneur a voit de s'ayder entièrement de tous ses membres.
En Picardie, il envoya un thresorier' avec groaae somme de deniers, tant pour lever gens où besoing seroit que pour la fortification et remparoment des places, ensemble deux commissaires d'artillerie, qui furent les seigneurs de Lusarches^ et de la Magdeleine ^, avec bon nombre de canonniers. Et manda se retirer vers luy messire Jean de Grequy, seigneur de Ganaples,
1. Les lettres de créance sont datées de Lyon, 30 mai. Le même jour, on mandement du roi enjoignait au trésorier de l'épargne de payer à Guillaame du Bellay 1,125 1. 1. « pour un ▼oyage en diligence partant de Lyon et allant ec pays d'Allemagne devers aucuns princes et seigneurs dudlt pays aiuqiidt il |M)rtoit lettres de créance pour leur dire et conférer de a« part [du roi] aucunes choses de grande importance ». (BiU. nat., aairambault 1215, fol. 74 v«.)
2. Peut-être Martin de Troyes, sienr de la Perrandière, trésorier extraordinaire des guerres, envoyé auprès du doc de Vendôme, vers la fin de juin 1536. François 1" au duc de Vendôme, Lyon, 27 juin. (Bibl. nat., ms. (r. 3008, fol. 85.)
3. Jean de Cenesroe, sieur de Luaarches, fils de Marc de Cenesme et de Dauphine de Courdat ou Condam. Il fut tué, en avril 1537, sous les murs de llesdin.
4. éverard de Fenîx, sieur de la Magdalaine, maître de l'ar* tUlerie de la ville de Paris, depuis mars 1525 ; il mourut en septembre 1536. Voir les RegUtrtM de$ détihérotioma de U vUtm île Paru, t. Il, p. 184, n. 2, 296.
Join 4536] Sixiilfl LTVBI. 41
comte de Mante et de Meulant, chevalier de son ordre et capitaine de cent gentilshommes de sa maison, et mesaire Odart, seigneur du Biez, capitaine de cinquante hommes d*armes et seneschal de BouUenois, auquel à son arrivée il donna le collier de son ordre. Greue et dûtrihiUwn des hommes d'arme* françoU et gen* de pied, — > A Marceille, il envoya son lieutenant et capitaine gênerai messire Antoine de la Roche Foucault, sieur de Barbezieux, aussi chevalier de son ordre et capitaine de cinquante hommes d*armes. Fist creue de gens d'armes, jusques au nombre de trois cens lances : à monsieur Antoine, comte de Marie*, fils aisné et à présent duc de Yendosmois, à monaeigneur Jean d'Orléans, marquis de Rothelin', à monseigneur François de Cleves, comte de Nevers', à noonseigneur le prince de la Roche sur lon^, à chacun d'eux cinquante lances. Feit aussi creue de chevaux légers et de gens de pied : au seigneur Jean Paule de Gère ordonna charge de deux cens chevaux kgers et de deux mille hommes de pied ; audit seigneur de Canaples, deux cens chevaux légers et deux mille hommes de pied; à messire Martin du Bellay, autres deux cens chevaux légers et deux cens arquebouziers à cheval ; et deux mille honunes de pied
1. Antoine de Bourbon, comte de Marie, duc de Vendôme (mars 1537), né le 22 aTril 1518. 11 fut tué au siège de Rouen le 17 noTembre 1562.
2. François (et non Jean) d'Oriéans, marquis de Rothelin, troisième fils de Louis d'Orléans, duc de Longueville, et de Jeanne de Hocbberg, mort en 1548.
3. François de Clèves, comte de Nevers, fils de Charles de Gtèves et de Marie d'Albret, né en septembre 1516, mort en 1562.
4. Charles de Bourbon, sieur de la Roche-sur-Yon, né en 1515, mort en 1565.
kt MÉMOIBIS Dl GUtlXAUMB DU BILLAT. [Juin IU6
italiens, dont il bailla cinq cens au capitaine Jean de Turin*, cinq cens à Sainct Petre Corse*, cinq cens à GoUe Scorte', cinq cens au capitaine Chinche.
Levée en Guienne sous le roy de Navarre. — Peu de jours après, ayant ledit seigneur advertissement qu'en Espagne se faisoit quelques levées pour desoendre, ainsi que le bruit estoit, en Guienne, encores qu'il ne luy semblast croyable que l'Empereur voulust distraire ses forces en tant de lieux, pour n'estre toutesfois surpris et aussi pour tenir les Espagnols mesmes en craincte et à ce que plus envis ils fournissent argent à TEmpereur, il ordonna y faire une levée de quatre mille hommes de pied, lesquels en tout événement fussent prests à employer en telle part que se dresseroient les affaires. Et à ceste cause y envoya le roy de Navarre, son lieutenant gênerai et gouverneur audit pais de Guyenne, lequel mist toutes les Espagnes en un grand soupeçon.
En Dauphiné*, le sire de Ilumieres, passant à Grc>
1. Jean de Turin, capiuine de gens de pied, originaire de la Toscane. Il reçut ses lettres de naturalité en mai 1544. {Catalogue <U$ acte$, IV, n" 13911.)
2. Sampiero Corso, né & Bastelica en mai 1498, était au service de la France depuis 1522, en compagnie de Jean des Bandes-Noires; il fut assassiné en 1567. Voir E. Picot, BulietU italien, t. I, p. 120-121, et D' CosU de Bastelica, Sampiero Cor$o, Ajaccio, 1905.
3. Dans une lettre datée de Lyon, 21 juillet 1536, que François I*' adresse au sieur de Humières, il parle des bandes du capitaine CoUosquenra , frère de Jean-Thomas Calabrais. Serait-ce le capitaine dont veut parler ici Guillaume du Bellay? (Bibl. nat., Clairambault 335, fol. 204.)
4. Voir la correspondance de Montmorency arec M. de Humières, en juin 1536. (Bibl. nat., ms. 6*. 3008.)
Joia fSS6] SIUÈMI UVRl. 4S
noble, fist assembler le Parlement, les gens des Gomples el les gens de la ville el leur remonstra les grandi préparatifs que le Roy faisoii, non seulement suffiaans pour résister aux ennemis et garder ses subjets de violence, mais pour faire contre l'ennemy une boooe et grosse entreprise, qu'à oeste cause ils ne s'estoonassent ne prinssent peur, ains demeurassent tousjours de bonne volonté. De là passa jusques à Ambrun et tist pareilles remonstrances en toutes les deux villes et autres ; il trouva le peuple assez ettoané, mais au demeurant de bonne volonté et fîireot grandement rasseurez par sa venue. Par son adris et ordonnance ils envoyèrent par tout le pais aucuns de messieurs de la Court et de la chambre des Comptes, ensemble des gentilshommes du pais pour faire la description des vivres qui s'y trouvoient, en feirent distribuer par les estappes. A Grenoble, en feirent gros magazins, pour y estre prests à départir en tous les lieux où seroil besoing. Gela faict, ledit de Humieres pourveut en diligence les chasteaux d'Exilés, Chasteau Dauphin S la Bussiere', Bellecombe', Avalon^ et autres de la frontière, de gens, vivres et artillerie telle que les places ta requeroient, et munitions et autre équipage selon le besoin. A Rocquespar-
1. Casteidelfino, sur le cours snpërieur de la Varaiu (Piémont).