‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 2)Chapitre 5 sur 94 · Pietrasanta, entre Pise et Massa, non loin de la mer · texte numérisé non relu

Pietrasanta, entre Pise et Massa, non loin de la mer

•4 MtlIOIBIS DE GUILLAUME DU BELLAY. (Mai 1536

que ocluy des armes. Et d'avantage par aucuns propos que m'ont tenus les entremeteurs de voz affaires, j'entens que maintenant voz desseings ne tendent tant à la restitution du duc de Savoye comme à F invasion du Roy en son royaume. Si ne laisseray pourtant à vous supplier encores ceste fois que vous vueillez un peu estre maistre de voz passions, et que ne vous laissiez entièrement conduire à courroux et espérance les deux plus mal seurs et mal fiables autheurs du monde. L'événement de la guerre est commun et incertain, et tant plus vous avez eu de victoires, tant plus vous avez à vous garder de faire entreprise qui puisse obscurcir la gloire des choses passées, par quelque malheur qui vous advint plus grand que n*est l'occasion de vous en abandonner au hazard ; et lequel malheur vous avenant seroit sans point de fauite attribué à vostre conseil et mal fondée opinion, et tous les succez passez à fortune et aventure non préméditée. Quant au Roy, vostre frère, je puis encores vous asseurer que si vous ne prenez premier les armes, si la trompette premièrement ne sonne de vostre oosié si vous ne faictes actes d'invasion contre luy, certainement il ne rentrera point en guerre avecques vous. Mais si vous Tassaillez, et mesmement en ses païs, ainsi que s'en vantent voz gens (vous me pardonnerez, Sire, si je vous parle librement, et comme je le pense) mais je vous ose dénoncer et prédire que, si j*ay bonne cognoissanoe des forces de son royaume, de l'unanimité, consentement et union de son peuple, et de l'affection et foy qu'il porte à son priooe, et si avecques ce je oogDoy du Roy (duquel je suis nourry et eslevé) le cueur, asseurancc cl persévérance en une

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grotte entreprise quand il y est, et st grande diligence de pourveoir et au besoing donner ordre à ses affiiires, le temps ne tardera gueres à venir, que pour un grand bien vous souhailterez de Dieu vous en pouvoir retirer à bagues sauves. Car il fault que vous entendiez. Sire, que le François a toute autre façon de faire à deffendre un pais de conqueste qu'à deffendre son propre pais, ses villes, ses champs, ses possessions, ses foyers, églises et autels, et les y ont bien |)eu de gens assaillis sans prompte ruine, ou à tout le moins très grand et extrême danger. Par quoy je vous d^. Sire, de rechef, ad visez vous, et vous donnez garde que, mal entreprenant, vous ne ennoblissiez et faciez oognoistre quelque incogneu et auparavant non célébré quartier de France par vostre calamité. Mais j'espère pour conclusion, Sire, que vous aymerez inieulx vous souflfrir icy desconseiller et divertir de vostre entreprise, que d'aller en France à l'apparent bazard d'y recevoir honte et dommage. >

L'Empereur, encores que telle proposition ne luy fust aggreable, ne Bst toutesfois semblant de prendre trop en mauvaise part la liberté de langage dont luy usoit ledit seigneur cardinal ; et à ce ne le mouvoit tant la qualité du personnage (qui de soy meritoit assez estre respectée) comme la grâce et façon de le dire, dont estoit la qualité du personnage accompagnée. Si le remercia de l'advertissement qu'il luy donnoit, en priant Dieu ne luy faire tant de grâce qu'il eust véritablement prophétisé ; adjoustant neantmoins qu'encores n'avoit il closes les aureilles à party raisonnable de paix, moyennant que le duc de Savoie (auquel il ne pouvoit honnestement faillir) fust réintégré preal-

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lahlement et avant toute euvre; et au cas que non, ses délibérations (quelles qu'elles fussent) estoient si bien instituées, qu'il n'en pouvoit espérer sinon bonne yssue. Si est ce toutesfois que parlant depuis audit seigneur cardinal, il luy ramenteut gratieusement, que des propos qu'il luy avoit tenus à Petresaocie, il Tavoit expérimenté trop véritable prophète.

Le dix septiesme jour de may arriva de retour à la cour S estant au lieu de Sainct RambeK au pals de Forest', mondict seigneur le cardinal de Lorraine, et fit rapport au Roy de tout ce qu'il avoit trouvé ou recueilly, tant des propos, visages, et contenances de l'Empereur à l'aller et au venir, et de nostre Sainct Père à Rome, que des nouvelles qu'il avoit entendues çà et là depuis son parlement; en substance, que de bonne composition avecques l'Empereur il n'en falloit espérer aucune, que sa délibération estoit de venir faire la guerre en France, que ses gens se vantoient d'avoir mis si bon ordre que d'Alemagne le Roy n'auroit point de gens et aussy peu des cantons eoclesiasticques des Ligues, et que des protestans ils esperoient l'avoir si bien brouillé envers eux, autant en Suisse qu'en Allemagne, que d'eux aussi ne tireroit il ayde ne support. Aussi rapporta comment le seigneur Antoine de Levé avoit (comme nous avons dit dessus) passé deçà la rivière de Sezie et n'estoit plus

1. « M. de Lorraine est de retour et... le Roy est en tel estât avec l'Empereur, sans toutesfois aucune déclaration de guerre par deçà, qu'il ne seroit possible de pys. » Montmorency à la Rochepot, Saint-Rambert, 18 mai. (Btbl. nat., ms. fr. 3006, fol. 31.)

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