Merrille, cant. de l'arr. d'Haxebroack (Nord
ICI MÉMOIRES 01 MARTIN OU BELLAY. [Avril I&37
au marais en un lieu merveilleusement fort d*aMiele, nommé Sainct Venant, et que Ton jugeoit o*estre forçable. Car la rivière du Lys en cest endroit faict une isle, laquelle ils avoient fortifiée de rempars et avccques des cscluses faisoicnt flotter l'eau tout à Tentour, de sorte qu'on n'y pouvoit venir que par une advenue qui n'avoit point cent pieds d€> large; et au travers de laditle advenue avoient fiaict un fossé large et profond, bien bastiooné par les flancs, et sur les bastions avoient assis bon nombre d'arquebuses à croq es lieux qu'ils jugeoient pouvoir plus offenser leur eiinemy s'il approchoit.
Assault et prise de S. Venant. — Mons(*igneur le grand maistre, prenant avec soy le comte Guillaume de Fustemberg et quatre mille de ses lansquenets, avec pareil nombre de gens de pied françois, entreprint de forcer ledit passage; si deslogea de Pernes avec l)onne délibération de ce faire, moyennant l'ayde de Dieu, et tellement poursuivit son entreprise qu'il le força, mais non sans grande et merveilleuse difficulté, car d'arrivée les lansquenets furent repoussez par ceux de dedac» en grande furie, où ils perdirent des hommes sans beaucoup de blessez. Et jà commençoit le jour à décliner quand Charles Martel, seigneur de Baajueviile, normant, soustenu par le capitaine Lalande, picard, apperceut un endroict du fossé plus mal gamy de gens que n'estoient les autres, et cependant que l'ennemy estoit ententif à se deffendre ailleurs et que les assaitlaiis l'entretenoient, lesdits Normans se jetterent audit fossé sans craincte de mort ou de hazard, et depuis qu'ils furent venus jusques au combat de main à main l'envie d'acquérir honneur et le service qu'ils avoient
AvHi 1&37) HumtMi Lnru. 363
désir de faire à leur prince les conduisit si avant qu'aveoc^ies grande perte de gens ils forcèrent fossés rempart et iMStion. Les ennemis, se voyans foroet par oest eodroict, hal>andoniierent les autres deffences, ptfquoy le surplus des François et lansquenets entra dedans, et parmy eux ledit seigneur grand maistre leur donnant courage, de sorte que lesdits ennemis de toutes parts furent contraincis de se mettre en fuitte, dont hit faicte extrême iMMidierie par les dessusdits Normands et Picaixis pour revencber la mort de ceux qu'ils a voient perdus audit combat. Restoit encores ie second fort à gaigner, auquel n'y a voit qu'un pont à garder, lequel estoit entièrement barré à grandes et grosses pièces de bois joignantes bien près les unes des autres et les intervalles des barrières garnies de tx>ns arquebusiers; plus y avoit auprès du pont un moulin basty de pierre de taille bien percé à propos et garny d'arquebuses à croq et d'autre arquebuserie, en sorte que sans Telfroy de ceux qui après le premier pas forcé s'en estoient fuis et retirez audit second fort et que les victorieux les (>oursuivirent si vivement qu'ils ne leur donnèrent loisir de prendre allaine ne de se recognoistre, la conqueste dudit second fort eust esté (beaucoup hazardeuse; mais ils furent si chaudement menez et de François et d'Allemans que de ceste furie ils furent forcez et tous entièrement mis à l'espée, et jusques aux femmes s'estendit le courroux des lansquenets. Les morts furent estimez de dooie à quinze cens que d'un oosté que d'autre, sans ceux qu'on présume avoir esté bruslez parmy les maisons. Car après avoir recueiily le butin qui estoit grand, le feu fut mis partout; la nuict estoit venue quand
864 11É1I0UIK8 Dl MAIITIN DU BELLAY. ( Avril 1&37
mondit seigneur le grand maistre feit soaoer la retraitte et se retira menant son armée chargée de butin au lieu de Pernes, où il estoit attendu du Roy, lequel fut très joyeux de oeste exécution ^ Le seigneur de Chasteaubriant marchoit après avecques quelques pièces d'artillerie, mais à Toccasion des marais qu'il trouva ne peut joindre jusques audit lieu de Sainct Venaot.
Ne tardèrent que deux jours après qu'il fut appoKé nouvelles audit seignc>ur comme les Bourguignons estoient retournez dedans Sainct Venant et s'efibrçoient de le remparer et fortifier, chose qui est bien aisée, car c*est une isie triangulaire et mal accessible. Si depescha incontinant audit capitaine Martin estant à Lillers (comme dict est) à ce qu'il allast recognoistre ce que c'estoit et s'il trouvoit le lieu forçable avecques ce qu'il a voit de gens de pied, qu*il s'en roeist à son devoir de le forcer, sinon qu'il envoyast quérir du secours au camp, et il luy seroit tout soudain envoyé. Suivant lequel commandement partirent de Làilei^ ledit seigneur du Bellay et le capitaine Lalaode avecques sa trouppe de gens de pied, lesquels jetterent devant eux vingt cinq ou trente chevaux et quelque nombre d'aquebusiers bien dispos, parce que le pals est fort de grands fossez et canaulx, et le reste de la cavallehc feirent marcher quand et les gens de pied. Lesdits coureurs ne furent si tost descouverts de ceux qui remparoient le fort, qui pou voient estre le nomlure de cin<) à six cens homfnes, t|u*ils n'abandoooasseol l'oeuvre pour se sauver à la fuitte parmy les marais.
1. Cette iflkire de Saint- Venant se produisit le 25 avrii (Deeme, op, éiUtf. 303-304).
AtHI 1537) HUmtMl UVftB. 185
Toutetfois, avant que se retirer, ils rompirent te pont pour obvier qu'ils ne fussent suivis; mais les avant coureurs françois incontinant meirenl pied à terre et à l'aide dea arquebusiers qui estoient à leur suitte refireat en haste le pont au mieux qu'ils peurent, de dijea et des portes de maiaoos qui avoient esté sauvées do feu les jours preœdans, et pardessus paaaereot leurs cbevaux, tes menans par la bride, faisans sçavoir aux autres gens de pied qu'ils eussent à s'avancer de venir garder le pas et refaire le pont plus à loisir afin qu'à leur retraitte ils y peussent passer à cheval. Ce faict, ils se mirent à la poursuitte des ennemis qm fuyoient, les uns droict à Marvilie, où estoit campe monsieur du Reux avecques quatre mille hommes de pied et quelque cavallerie, les autres droict à la Mothe au Bos', où il y a un chasteau fort voisin de là, mais ils ne sceurent si bien fuir que les chevaux légers n'en attaingnissent quelques uns, lesquels ils prindrent ensemble gros butin autour de la Mothe et de la forest; et s'ils eussent eu nombre d'hommes pour séjourner audit lieu de S. Venant, ils eussent faict au pals de l'ennemy un dommage inestimable ; mais craignant que le seigneur du Reux, partant de Marvilie, leur vint coupper chemin, prindrent leur retraitte à Lillers avec leur butin. Le seigneur du Reux, qui a voit eu ralarme par les fuyans, estoit sorty avec environ quatre ou cinq cens chevaux et les suivoit tousjours de loing, mais ne les osa attaquer.
DestrouMse et recouru de run vivres. — Quelques jours après, qui fut le premier jour de may, ceux de la