Lire IS^. Sar le ▼oyage de l'Empereur, roir la Oo
450 MÉMOmiS DE MARTIN DU BBLLAT. (Déc. ISM
monseigneur le Dauphin et monseigneur d'Orieans en grande magnificence, et luy fut faicte entrée solemnelle, où il donna grâces et remissions, et délivra les prisonniers ainsi qu'il eust faict en ses propres pals et royaumes, et de là fut accompagné par mesdits seigneurs, et en toutes les villes où il passa luy fut faict semblable honneur qu'à Bayonne. Le mois de janvier arriva à Chastellerault, où le trouva le Roy\ duquel il fut receu en grande magnificence, ainsi qu'estoit la ooustume dudit seigneur, car il n*eust peu faire les choses petites. Partant l'Empereur de Chastellerault, print son chemin à Âmboise; or, au chasteau d'Amboise, y a deux grosses tours édifices par le roy Charles VII!, par lesquelles on monte au chasteau, et sont lesdittes tours si spacieuses et si artificiellement construites, que charrettes, mullets et littieres y montent aisément jusqucs audit chasteau qui est assis sur le hault d'une montagne. Et pour faire Tentrée de TEmpereur plus magnifique, le Roy ordonna la faire de nuict par dedans Tune desdites toure aomée de tous les aornenients dont on se pouvoit adviser, et tant garnie de flambeaux et autres luminaires, qu'on y voyoit aussi cler qu'en une campagne en plein midy ; mais estant l'Empereur à mi chemin de laditte tour, quelque maladvisé portant des torches y mist le feu, de sorte que la tour fut toute enflambée, et à cause des tapisseries .où le feu se mist, la fumée fut si grande,
nique du roy Framçoyê premier, p. 275^10, qui reproduit plusieurs pUqueUes de l'époqae (entrées à Poitiers, 0 décembre, à Orléans, 20 décembre, à Paris, 1" janvier 1540).
1. Double ineiactitude : c'est le 10 décembre 1539 et à Loches (non à Châtelleranlt) que les deux souverains se rencontrèrent (Décrue, op. cit., p. 377).
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ne pouvant expirer, qu'on fut en grande doubte que FEmpereur ne (ust estouffé, et chacun tascboit à se Mirrer pour éviter te danger; aucuns furent prins flouapeçoonez d*avoir faict cette faulte. mais non par malice, que le Roy voulut faire pendre, mais l'Empereur leur fist pardonner.
Partant d'Arotmiae print son chemin à Blois, puis à Orléans*, de là à Fontainebeleau, auquel lieu pour estre maison que le Roy avoit bastie pour les chasses et deduicts, le festoya et luy donna tous les plaisirs qui se peuvent inventer, comme de chasses royalles, tournois, escarmouches, combats à pied et à cheval, et sommairement en toutes autres sortes d'esbattemens. Dudit Fontainelieleau, toujours accompagné de messeigneurs les Dauphin et d'Orléans, s'en alla à Paris et vindrent au devant de luy tous les estats de la ville, en laquelle luy fut faicte entrée et réception toute telle qu'à la propre personne du Roy, et mist en liberté tous les prisonniers qui se trouvèrent, tant en la Conciergerie qu'aux autres prisons de Paris ^. Partant duquel lieu alla à Chantilly, maison de monsieur le connestable, où il fut receu fort honorablement; puis prenant son chemin par la Picardie, arriva en seureté en sa ville de Vallentiennes, première place de son obeiasaooe, jusques auquel lieu l'accompagnèrent mes-
1. Voir J. S<^er, Lenrtê de rémission aeeordéea par t Empereur Charles-Quint Urt de son passage à Orléans (20 décembre 1539), dans U Revue de la Renaissance, 1910, p. 135-
2. Le 1" jtoTier 1S40. Voir U pUqaeUe publiée par GiUe» G>rroxet et Jean Dapré : L'ordre tenu et gardé à Centrée de très hault et tris puissant prince Charles, empereur, toujours auguste, en la ville de Paris^ capitalle du royaume de France.
m MtMOIIUlS Dl HÀlTm DU BUJUT. [iun. IM»
dits teigneure les Dauphin et duc d'Orieaos. Y ettaot arrivé, les imbi— deurs du Roj esUnierent que là il deust confirmer ce qu'il avoit promis au partir d'Espagne; mais le bon prince, lequel Jamais n'avoit eu envie de tenir sa promesse, les remist jusques à ce qu'il eust communiqué avecques son Conseil des Pals Bas, maisasseura qu'ayant diastié ses subjects rebelles, il contenteroit le Hoy. Je pense bien que si mal luy eust basté, et qu'il eust trouvé sou pals si esievé contre luy qu'il n'y eust peu remédier, il eust peu tenir sa promesse, espérant se pouvoir ayder des forces du Roy ; mais arrivé qu'il fut dedans ses pals, les Gantois se voyans abandonnez du Roy (lequel mesme luy avoit donné passage par son royaume), et voyans l'Empereur marcher avecques grandes puissances contre eux, entrèrent en desespoir de pouvoir soustenir oest effort, parquoy, en lieu de combaltre, envoyèrent devers l'Empereur chercher miséricorde, chose qui leur fut accordée avecques telles conditions que l'Empereur leur proposa. Parquoy marchant à Gand avecques toutes ses forces se saisit des portes et de ta place, mettant par tout garnison ^ et fist mourir sept ou huict des principaux autheurs de la sédition, et à tout le reste du peuple donna pardon, à la charge tontesfois qu'ils feroient ediBer une citadelle à leurs despens pour tenir la ville en subjectioii, et à perpétuité payeroient la soulde des hommes qu'il feudroit pour la garde d'icelle; aussi leur osta leurs loix et franchises anciennes, et ordonna pour conduire et dresser ladiltc fortification Jean Jacques de Medids, marquis de Marignan.
i. La toanlMimi d« Gtaid ttt da 14 février 1640.
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kjmni rEmpercur faict tout oe qu'il avoit délibéré, fut sollicité par Teve^que de L4ivaur, oomnié George de Selva* , ambassadeur pour le Roy devers luy, d'exécuter les choses par Hiy promîtes entre les mains dudit ambassadeur partant d'Espagne, et enoores par plusieurs fois réitérées, passant par œ royaume; mais l'Empereur se voyant hors de toute craincte, osta le masque de sa dissimulation et déclara entièrement n'avoir rien promis ; dont le Roy porta quelque mauvaise volonté à monsieur le connestable, se disant •voir esté par luy asseuré de b volonté de TEnipemir. J'estime bien que mondit seigneur le connestabic luy en avoit donné quelque asseurance, par oe qu'il pensoit estre asseuré de la pronrR^sse d'un tel prince que TEmpereur, et qu'il se fondoit sur Tasseurance de TamtMSsadeur du Roy estant près de la personne dudit Empereur.
Accord du mariage du duc de C levés. — L'an 1 5i0 se commença à traitter le mariage d'entre le duc de Cleves^, de Gueidres et de Julliers. avec la fille unique de Henry, roy de Navarre, et de madame Marguerite, soeur du Roy ; lequel traicté (ut continué tant qu'il (ut conclu que ledit duc de Cleves viendroit en France
1. Gcoi^es de Selve, éTèqae de LAyaar, avait d'abord été ambassadeur de France i Venise (décembre 1533-février 1537) ; il avait été accrédité auprès de Charles-Quint au début d'octobre 1539; sa mission prit 6n au milieu de novembre 1540. Une partie de sa correspondance pour cette ambassade a été pabliée par k, Tansserat-Radel, Corretpwulumee de GuMaume Peliicier, p. 634-668.
2. Guillaume 111, né en 1516, duc de Gneidres (1538), éê C3èves et de Jnliers i la mon de ion père en 1539. Sur ces négociations, voir A. de Ruble, U Mariage de Jeanne tCAlbret.
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devers le Roy, ce qu'il feit, et le vint trouver à Ghastellerault, où il fut honorablement recueilly, et audit lieu furent célébrées les nopces dudit duc de Cleves et de maditte dame tille du Roy de Navarre, de parole seulement et non d*execution, par ce (|u'elle n'estoit encores en aage nubile, mais fut accordé que elle estant en aage elle seroit conduitte à Aix la chapelle, ville d'obéissance dudit duc, pour la finalle consommation dudit mariage. Ausdiltes nopces se teirent de magni« fiques tournois en la Garenne de Chastellerault, d'un bon nombre de chevaliers errans, gardans entièrement toutes les cérémonies qui sont escrites des chevaliers de la table ronde. Après iesdits tournois et autres festes et festins, s'en retourna ledit duc de Gueldres en ses paYs^ et s'en retourna le Roy vers Paris et manda le mareschal d'Annebault, qui estoit son lieutenant gênerai en Piémont, lequel il mist près de sa personne et au maniement de ses affaires' ; et demoura en son lieu lieutenant gênerai en Piémont le seigneur de Langey messire Guillaume du Bellay.
Provision sur la famine de Piémont fait te par messire Guillaume du Bellay, lieutenant gênerai audit pMs. — Vous avez nagueres entendu, comme l'an mille cinq cens trente sept, le Roy passa en Piémont au pas de Suze, pour secourir son pals, et comme les Impériaux avoient faict le guast pour nous empesclier le passage, et s'estre ensuivie la trefve que les depu-
1. Sur les fête» donnas i l'occasion de la venue dn duc d« ClèTe»(6inai-14juin 1541), voir la Cronùiurdurcy pya$tçojf9 prf mier, p. 363-383, et il. de Ruble, te Maringt dt Jeamu d:Atbr&t,
2. Le nfffi du maréchal d'Annebault est dr la fin avril I&40. A ce oMHBtBt, l'amiral Chabot est incul|>^ de haute trahison el bientôt le connétable de Mnntniorencv va tomber en disfrlce.
Avri|.mai MM] HL'rntMK UVIl. 455
tez du roy et la royne de Hongrie avoient moyenne, dont l'Empereur s'esloit retiré et le Roy et la pluspart de ton armée eo France, mais à cause que la trefve eatoii courte, on ne voulut liœotier les l>aiides françoises jusqu'au retour de monsieur le cardinal de Lorraine et de monsieur le grand maistre, qui estoient allez à Locate, où la trefve fut prolongée de six mob. Ce pendant, par faulte de payement, le seigneur de Montejean, qui estoit demouré lieutenant pour le Roy en PienMHit, fut contrainct de permettre aux soldats de vivre à discrétion ou indiscrétion, et mangèrent ce qui estoit demouré ; à ceste occasion le peuple mesme désespéré de faim n'avoit semé en ladite année, qui fut cause que la famine survint Tan mille cinq cens trente huict, telle qu'un sac de bled, à Turin, qui n'avoit aocoustumé estre vendu qu'un escu, se vendit dix à douze escus, et s'il y avoit du bled au marché, il falloit y mettre garde à ce que le peuple ne s'entretuast pour en avoir; à ce moyen les terres demourereot inutilles et incultivées.
Le seigneur de Langey, considérant que c'estoit ta perte du pais, car l'année subséquente si l'ennemy se mettoit en campagne rompant la trefve, on seroit contrainct luy livrer les places par faulte de vivres, ou d'en amener de France, qui estoit chose impossible, pour fournir les places, nourrir le peuple et semer les terres, car vous avez entendu comme le Roy quand il passa avoit mené toutes les bestes de somme, de trois ou quatre provinces, et neantmoins les vivres qu'ils avoient porté n'avoient peu suffire seulement à nourrir le camp, à ceste occasion, il trouva moyen par dons et autres choses d'obtenir cotigé du seigneur André Dorie d'en amener par mer à Savonne, et de là
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par terre en Piémont, moyennant qu'il en donnast audit André Dorie quelque portion en payant. Or y avoit il des bleds en Bourgogne en abondance, desquels il fit charger sur la rivière de la Saonne un nombre suffisant et de là en dévalant sur le Rosne, et puis rembarquer sur la mer, en quoy il (ist telle diligence, qu'en peu de temps les bleds furent à Savonne: puis fist trencher une montaigne nommée Douillane*, de sorte que par cbarroy il le rendit à Quieras, de là à Raconis^, en trois journées de charroy, puis en départit par toute l'obéissance du Roy, à trois escus le sac, qui coustoit au précédant dix escus, et à chaque village (apportant Testât de ce qu'il en falloit, tant pour semer que pour vivre jusques aux nouveaux, et en baillant un ou deux respondans) foumissoit dudit bled pour ledit prix de trois escus le sac, payant moitié comptant, moitié après l'aoust, tellement que toutes terres furent semées; qui a esté la salvation du pals, car peu après la guerre se déclara, comme entendrez cy apr^, et eust esté ledit pals affamé. Et le fist ledit seigneur de Langey à ses fraiz, de sorte que moy qui suis son frère en ay payé depuis sa mort cent mille livres à un homme seul, en quoy il estoit en arrière; mais il ne luy challoit de la despeaee, moyennant qu'il ffst service à son prince'.