La Scarpe
5. Ms. Le texte imprimé porte Douzy, qui est visiblement une coquille.
164 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Oct. 1521
l'abbaye de la Vicongne*, entre Valanciennes etSainct- Amand; laquelle rivière des Carpes avions délibéré de passer à l'abbaye de Marchiannes^ pour aller secourir Tournay. Pendant ce temps, arrivèrent les ambassadeurs du roy d'Angleterre, qui estoient le Millor Chamberlan^ et le grand Prieur de S. -Jean*, pour traitter la paix des deux princes : lesquels tant travaillèrent qu'il fut accordé que l'Empereur retireroit son armée de devant Tournay, la laissant en liberté; aussi retireroit l'armée qu'il avoit au duché de Milan et autres pais, et le Roy feroit le semblable; et s'il y avoit quelque place en différend, le jugement en seroit mis sur le roy d'Angleterre.
Les choses, estans ainsi accordées, furent causes que le Roy rompit son entreprise de poursuivre sa fortune, et que tout chacun pensoit la paix estre faicte ; mais sur ces entrefaictes vindrent nouvelles
1. Vicoigne, près de Raismes, au sud de Saint-Amand, entre les forêts de Vicoigne et de Raismes.
2. Marchiennes, cant. de l'arr. de Douai (Nord), abbaye bénédictine.
■ 3. Charles Somerset, comte de Worcester.
4. Martin du Rellay confond ici avec l'ambassade anglaise de décembre 1518. Le comte de Worcester était accompagné, non pas de Docwra, grand prieur de l'ordre de Saint-Jean, mais de Nicolas West, doyen de Windsor et évêque d'Ely. Voir la lettre de créance adressée par AVolsey à François P', le 22 octobre. Ribl. nat., ms. fr. 2962, fol. 7. Les deux ambassadeurs eurent leur première entrevue avec le Roi le 26 octobre. Voir leurs lettres à Wolsey, des 27 octobre, 1, 4, 10, 14 et 18 novembre, dans Letters and Papcrs, t. III, i, n°" 1707, 1723, 1742, 1749, 1763; Journal de Barrillon, t. II, p. 289 et suiv ; Journal de Louise de Savoie, p. 92.
Oct. 1521J PREMIER LIVRE. 165
que l'amiral de Bonnivet avoit pris Fontarabie, ville de Biscaye appartenante à l'Empereur. Au moyen de quoy ledit Empereur ne voulut jurer lesdits traitiez que Fontarabie ne fust rendue ; par quoy tout ce qui avoit esté traitté, attendu que le Roy ne la voulut rendre, fut déclaré nul, et la guerre comme devant. Or est-il que, pendant que nous sejournasmes cinq ou six jours en ce paisd'Austrevant^ entre la rivière de l'Escau et celle des Carpes, les pluies vindrent si grandes qu'il n'y avoit ordre de passer les rivières. A ceste cause fut ordonné de faire visiter ledit passage de Marchiannes, où le Roy avoit délibéré de passer; et pour cest effect y fut envoyé le seigneur de Montmorency ; lequel ayant rapporté estre impossible pour les creuës des rivières, fut conclu se retirer au hault pais d'Artois, et aller passer la rivière qui vient de Vy en Artois* et des estangs d'Oisy^, et vient tomber dedans l'Escaut près de Bouchain, à un passage nommé l'Ecluse*, deux lieues près de Doùay. Et estoit la veille de la Toussaincts audit an mille cinq cens vingt et un^.
1. Le pays d'Ostrevent comprend la vallée de la Sensée et la région qui s'étend entre Sailly-en-Ostrevent etDenain; il est partagé entre les départements du Pas-de-Calais et du Nord.
2. Vis-en-Artois, arr. d'Arras (Pas-de-Calais). La Sensée prend sa source à quelques kilomètres plus au sud-ouest.
3. Oisy-le-Verger, arr. d'Arras. La Sensée y traverse dans le voisinage de grands marais dont le plus important est celui de Hamel.
4. L'Ecluse, arr. de Douai, en amont des marais dont il est question dans la note précédente.