Le 17 avril
3. La Bicocca, à une dizaine de kil. au nord-est de Milan, près de Monza, et non sur le chemin de Lodi à Milan.
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sur le chemin de Laudes à Milan, et estoit ladite Bicocque la maison d'un gentilhomme, circuite de grands fossez, et le circuit si grand qu'il estoit suffisant pour mettre vingt mille hommes en bataille. Estans arrivez, relevèrent les fossez et les flanquèrent de grandes plateformes, bien pourveues d'artillerie. Quelques jours après, estant le seigneur de Lautrec à Monche, vindrent devers luy les capitaines des Suisses, qui luy firent entendre que les compagnons estoient ennuyez de campeger et qu'ils demandoient de trois choses l'une : argent, ou congé d'eux retirer, ou bien qu'il eust à les mener au combat, promptement, sans plus temporiser. Le seigneur de Lautrec, le Bastard de Savoye et le mareschal de Chabannes les prièrent d'avoir patience pour quelques jours, parce qu'ils esperoient vaincre leurs ennemis sans combattre, ou pour le moins les combatre à leur advantage, estans leurs ennemis contrains d'abandonner leur fort par famine, et que, de les aller assaillir dedans leur fort, c'estoit faict contre toutes les raisons de la guerre ; mais quelques remonstrances qu'ils leurs peussent faire, jamais n'y eut ordre de les divertir de leur opinion, et tousjours persistèrent d'aller au combat, autrement le lendemain ils estoient délibérez de leur en aller.
Les chefs de nostre armée voyans ceste obstination, et que nostre principalle force estoit de leur nation, desquels s'ils estoient abandonnez ils demouroient en proye aux ennemis, cognoissans aussi que là où force règne, droict n'a lieu, conclurent de combatre plustost que s'enfuir. Voyez donc l'inconvénient qu'il y a d'avoir la force d'une armée de nation estrangere, qui est I 15
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pour VOUS bailler la loy. Les Suisses accordèrent qu'on allast recognoistre le camp de l'ennemy, le seigneur du Pontdormy fut ordonné avecques quatre cens hommes d'armes, et vi mille Suisses pour cest effect, et veoir le lieu plus à propos pour assaillir les ennemis, leur camp fut recognu, et fut jugé y avoir peu d'apparence de les y assaillir, ce neantmoins cela ne les feit changer d'opinion, et suivirent leur opiniastreté.
Le seigneur de Lautrec, se voyant commandé par ceux qui luy dévoient obéir, ordonna que le lendemain, qui estoit jour de Quasimodo^ l'armée fust preste à marcher. Estant donc le poinct du jour venu, chacun se mist en estât pour marcher droict à la Bicocque, et au partir fut ordonné le mareschal de Foix pour mener la gendarmerie de l'avant-garde, pour assaillir le lieu le plus commode, et lequel avoit esté recogneu le jour précédant, et le seigneur de Montmorency avecques viii mille Suisses pour assaillir par l'autre costé. Le seigneur de Lautrec, le mareschal de Ghabannes, le Bastar de Savoye et le seigneur Galeas de S. Severin menoient la bataille, où estoit le reste de l'armée, tant de gendarmerie, de Suisses que d'autres gens de pied ; le seigneur Francisque Marie, duc d'Urbin, avecques l'armée de la Seigneurerie faisoit l'arriére garde ; le seigneur Petre de Navarre marchoit devant pour faire faire les esplanades. Le seigneur du Pontdormy avoit charge, avec sa compagnie de cinquante hommes d'armes et les chevaUers nouveaux, de marcher devant le mareschal de Foix, pour avoir l'œil à ce que l'ennemy ne fist quelque
1. 27 avril. Sur la bataille, voir Sanuto, Diarii, t. XXXIII, col. 213-215, 227.
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saillie par quelque lieu pour, par derrière, mettre un desordre en nostre armée, et aussi pour secourir au lieu où il verroit que seroit le besoing. Les choses ainsi ordonnées, chacun prinl peine de faire son devoir.
Le seigneur de Montmorency avecques les viii mille Suisses desquels il a voit la charge, estant à pied au premier rang, ayant en sa compagnie plusieurs gentilshommes, pour leur plaisir et pour acquérir honneur, et entre autres le comte de Montfort*, fils aisné du comte de Laval, le seigneur de Miolans^, de Savoye, le seigneur de Graville^, frère du vidasme de Chartres^, le seigneur d'Auchy^, surnommé de Mailly de Picardie, le seigneur de Launay, gentilhomme de la chambre du Roy, et plusieurs autres qui seroient longs à nommer, marcha droict aux rampars des ennemis ; et estant arrivé à un vallon près dudit rampart au couvert de leur artillerie, ledit Montmorency pria les Suisses de temporiser, attendans que le mareschal de Foix fust prest à les assaillir par l'autre part,
1. François de Montfort, fils de Nicolas-Guy de Montfort- Laval et de Charlotte d'Aragon, né le 30 avril 1503.
2. Jacques de Miolans, fils de Louis de Miolans et de Françoise de Chabannes-Vendenesse, comte de Montmajeur, Miolans, enfant d'honneur de François P"" (1416-1518).
3. Charles de Vendôme, sieur de Graville, second fils de Jacques de Vendôme et de Louise Malet de Graville, né après 1501, échanson du Roi (1520-1522).
4. Louis de Vendôme, vidame de Chartres, frère aîné du précédent, né en 1501, chevalier de l'ordre, capitaine des gentilshommes de la maison du Roi, grand veneur (1519), fut fait prisonnier à Pavie et mourut le 22 août 1526.
5. Antoine de Mailly, fils de Jean de Mailly et d'Antoinette de Moy, sieur d'Auchy; il fut tué au siège de Hesdin (1537).
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afin qu'estans assaillis par deux costez, leurs forces fussent séparées, et aussi que l'artillerie de France leur feroit grand secours, comme de vérité elle eust faict s'ils eussent différé un petit, chose qu'il ne sceut obtenir d'eux. Parquoy il donna de la teste droit à leur fort, mais avant qu'y arriver furent tuez à coups d'artillerie plus de mille Suisses; et arrivans là, trouvèrent un fossé avec un rempart si hault que bien à peine pouvoient ils toucher de la picque au hault dudit rampart, qui fut cause de les arrester sur le cul. Ce temps pendant l'artillerie et arquebouzerie des ennemis, dont ledit rampart estoit farcy, leur servirent de sorte que la pluspart des capitaines et des principaux soldats y moururent : et entre autres, le comte de Montfort, le seigneur de Miolans, le seigneur de Graville, le seigneur de Launay, et plusieurs autres, et le seigneur de Montmorency porté par terre et relevé hors du fossé par les gentilshommes estans prés de luy. Aussi y mourut le capitaine Albert de la Pierre, ayant la plus grande authorité envers les Suisses, et qui a voit esté cause de les précipiter à venir au combat.
Cependant le mareschal de Foix, le seigneur de Vandenesse, le capitaine Paris, avecques la compagnie du seigneur de Brion, dont il avoit la charge, et autres capitaines de gens d'armes cherchèrent tant qu'ils trouvèrent un pont de pierre, par lequel ils entrèrent dedans le fort, et donnèrent dedans les ennemis, dont ils les mirent en tel desordre, qu'ils pensoient avoir gaigné la bataille; aussi eussent-ils, si les Suisses eussent aussi bien faict en la fin qu'au commencement; mais autrement en advint, car ayans
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esté repoussez à leur première arrivée, ainsi qu'en grande furie et sans commandement* estoient venus assaillir le fort, aussi pour quelque enhortement ou prière qu'on leur sceust faire, ne voulurent retourner, ains s'en allèrent comme gens desconfits. S'ils eussent voulu faire teste sur le lieu, les ennemis n'eussent osé desamparer leurs deffences; et si nostre gendarmerie, estant entrée dedans leur fort, eust esté secourue par autres qui l'eussent suivie, il est apparant que nous eussions eu la victoire. Les Impériaux, estans délivrez desdits Suisses, tournèrent toutes leurs forces sur le mareschal de Foix et de Vandenesse, qui ne pouvoient estre plus de quatre cens hommes d'armes ; tellement qu'ils les contraignirent de repasser le pont en bien combatant, considéré que noz gens ne pouvoient passer plus de deux ou trois de front ; pour soustenir lequel effort le mareschal de Foix demoura sur la queue, pendant que le reste passa. Gela ne fut sans y perdre des hommes, non pas grand nombre ; et fut audit combat tué le cheval du mareschal de Foix entre ses jambes, si fust-il si bien secouru qu'il fut remis à cheval, et se retira (ainsi qu'est dit) sans grande perte. Estant ledit mareschal empesché, comme avez entendu, les Espagnols feirent une saillie sur les Suisses par l'autre costé : mais le seigneur du Pontdormy, qui a voit la charge avecques sa compagnie et les chevaliers nouveaux d'avoir l'œil partout, leur fit une charge si furieuse qu'il les rembarra dedans leur fort ; et certes sans ladite charge, les Suisses, qui se retiroient, eussent changé le pas au trot, et se fussent mis à vau de roupte.