‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 148 sur 223 · Ms. : reconfirmer · texte numérisé non relu

Ms. : reconfirmer

238 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Mai 1522

Bicocque, de la perte de Laudes, de la capitulation de Gremonne que de l'armée imperialle qui marchoit à Gennes, envoya en toute diligence faire levée de quatorze mille Guascons, pour envoyer en Italie avec cinq cens hommes d'armes ; mais, voyant que ses forces ne seroient prestes à temps pour secourir Gennes, manda au comte Petre de Navarre, estant à Marceille, qu'il advisast de trouver moyen de mettre quelques gens dedans Gennes, pour soustenir l'efTort de l'ennemy, attendant le secours de France. Lequel Petre de Navarre ne trouva audit lieu de Marceille que deux galleres prestes, sur lesquelles il s'embarqua avec environ deux cens hommes et feit telle diligence qu'il entra dedans la porte de Gennes, alors que le marquis de Pesquaire, qui menoit l'infanterie espagnole et italienne, arrivoit à l'autre costé de la ville. Lequel marquis envoya un trompette dedans la ville pour sommer ceux de dedans de se mettre à l'obéissance de l'Empereur, les asseurant de la part de S. M. de les tenir en toutes leurs anciennes franchises et libériez. Les citadins, lesquels naturellement ne sont fermes en leur foy, mais désirent nouvelletez, promptement vouloient ouvrir les portes aux Impériaux, n'eust esté le seigneur Petre de Navarre et si peu de soldats françois qui estoient avecqués luy qui les empêchèrent de ce faire ; mais enfin furent contraints de permettre ausdits citadins d'envoyer le seigneur Vital devers ledit marquis, pour parlamenter et entendre son intention.

Estant ledit Vital en la tente du marquis, les citadins, s'asseurans sur le parlement et à la promesse dudit marquis de ne riens innover durant ledit parlement, faisoient mauvais guet ; les Espagnols, ayans la

Mai 1522] DEUXIÈME LIVRE. 239

cognoissance d'une ruine qui estoit à un pan de mur sans aucune deffence, entrèrent dedans la ville et mirent au fil de l'espée tout ce qu'ils trouvèrent devant eux. Les citadins se voyans surpris et trahis sans se mettre en deffence, chacun meit peine de se sauver. L'evesque de Salerne^ frère d'Octave Fregoze, et quelques autres gentilshommes s'embarquèrent sur une fuste, et, prenans la routte de Marceille, se sauvèrent. Le seigneur Octave, son frère, estant au lict malade, se rendit prisonnier entre les mains du marquis de Pesquaire. Le comte Petre de Navare, avec si peu d'hommes qu'il peut mettre ensemble, gaigna la place de la ville, auquel lieu, après avoir longtemps combatu, autant que homme peult faire, enfin fut deffaict et pris prisonnier.

Sac de Gennes. — Une partie de la compagnie du comte de S. Pol se retira dedans le chasteau, lequel ils gardèrent tant qu'ils eurent à manger. La ville fut entièrement mise à sac, sans riens espargner^, dont le seigneur Prospère fut fort mal content, car il esperoit que, si elle n'eust esté saccagée, il en pouvoit tirer argent content pour le payement de son armée. Toutesfois, je pense que ledit marquis de faict délibéré le permist pour avoir la faveur de ses soldats et leur

1. Federigo Fregoso, archevêque de Salerne (1507). Passé au service de la France, il devint plus tard abbé de Saint-Benigne de Dijon, évéque de Gubbio (1529), cardinal (1539) et mourut le 22 juillet 1541.

2. Gènes fut prise le 30 mai. Voir Sanuto, Diarii, t. XXXIII, col. 282-285, et le récit du cardinal Gregorio Cortese, Del sacchegio di Genova nel 1522, traduit du latin par G.-B. Guerolo. Gênes, 1845.

240 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Juin 1522

donner curée. Je n'ay que faire de dire la grande abondance des richesses qui furent trouvées dedans, car chacun cognoit bien la grande opulence de la ville de Gennes^

Passage de monsieur de Longueville en Italie. — Gennes prise et saccagée, le seigneur Prospère, adverty d'une nouvelle armée de France qui passoit les monts, feit diligence de se retirer à Ast, pour empescher les François de passer le Tesin et secourir Cremonne, de laquelle armée avoit la conduite le duc Claude de Longueville, sçavoir est de quatre cens hommes d'armes et six mille hommes de pied^. Lequel arrivé qu'il fut à Villeneufve d'Ast^, estant adverty de la perte de Gennes^, pour le secours de laquelle en partie il estoit venu, ne passa outre tant qu'il eut eu nouvelles du Roy, car son armée n'estoit suffisante pour combatre celle des Impériaux.

Cremonne rendue. — Le Roy, se voyant hors d'espérance de pouvoir secourir ny Gennes ny Cremonne, manda au duc de Longueville qu'il se retirast en France. Or furent les trois mois passez que Cremonne

1. Ms. : De sorte que les soudarts mesuroient le velours à la longueur de la pique.

2. Ms. : soubz la charge du seigneur de Lorges. Mais estant arrivé à V... et estant.

3. Villanova d'Asti, au sud-est de Turin, à moitié chemin entre cette ville et Asti.

4. Ms. : d'autant qu'il pensait ce temps pendant que l'armée imperialle serait amusée devant Gènes il pourrait passer à Cremonne ou bien contraindre l'ennemy de lever son siège de devant Gènes et mectre la ville en liberté; mais valant son espérance perdue, s'arresta à Villeneufve d'Ast, attendant qu'il eust nouvelles du Roy, car, etc.

Juin. -août 1522] DEUXIÈME LIVRE. 241

devoit estre secourue ; parquoy à faulte de secours le mareschal de Foix, suivant sa promesse, remist entre les mains du seigneur Prospère ladite ville de Cremonne*, laissant au chasteau^ le seigneur de Bunou, pourveu de ce qui lui estoit nécessaire; et le seigneur Prospère feit conduire ledit mareschal de Foix avecques son artillerie en seureté, jusques au deçà de Suze, et ne luy manqua de chose qui luy eust promise.

Armée pour secourir Fontarabie. — Vous avez entendu par cy-devant comme l'an précédant l'amiral Bonnivet avoit pris Fontarabie, ville de Bisquaye, quatre lieues par de là Bayonne, laissant dedans gouverneur Jacques de Daillon, seigneur du Lude. Or est-il qu'incontinent que l'armée dudit amiral fut retirée en France, les Espagnols de toutes parts la vindrent assiéger ; et après l'avoir tenue assiégée dix ou douze mois, l'avoient mise en telle nécessité de vivres, que plusieurs y moururent de faim^, et sans estre secourue, estoit impossible de plus y demourer.

Mort du mareschal de Chastillon. — Parquoy le Roy avoit depesché le mareschal de Chastillon avecques une armée, pour aller secourir la ville et ledit seigneur du Lude ; mais estant arrivé ledit mareschal de Chastillon à Dax, six lieues au deçà de Bayonne, le print une maladie qui tant le persécuta qu'il en mourut^ : qui fut grande perte, pour estre homme expérimenté et de crédit. Sa mareschaussée fut donnée au seigneur de

i. Le 2 juillet 1522.

Page 1