Le 24 août
242 MEMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Sept. 1522
Montmorency, qui pour lors estoit à Venise; et le mareschal de Ghabannes estant nouvellement de retour de la Bicocque fut par le Roy envoyé pour tenir le lieu que tenoit feu mondit seigneur le mareschal de Chastillon; lequel, après avoir receu l'armée, marcha droict à Bayonne, puis à Sainct Jean de Lus, auquel lieu ledit mareschal de Ghabannes assembla toutes ses forces. Icelles assemblées, marcha* à Endaye^ : y estant arrivé, parce qu'il a voit une rivière entre le camp espagnol et le sien, se logea audit lieu d'Endaye, attendant l'armée de mer qui devoit venir de Bretagne pour le renvitaillement, laquelle estoit conduite par le capitaine Lartigue^, vice-amiral de Bretagne^; mais,
1. Ms. : alla loger à Endaye, qui est sus le bord de la rivière de deçà, à l'apposite de Fontarrabie, n'aiant qu'une petite rivière entre le camp espagnol et le sien, laquelle vient de Behobie, auquel lieu il fut contrainct de faire séjour, attendant...
2. Hendaye, sur la Bidassoa, arr. de Bayonne (Basses-Pyrénées).
3. Pierre de Bidoux, sieur de Lartigue, neveu du fameux Prégent de Bidoux.
4. Ms. : lequel pour sa malheureté s'amusa par les chemins au pillage, de sorte qu'il meist la place en grand hazard de perdition. Monsieur le mareschal, valant la faulte de nostre armée de mer, délibéra de hazarder ce qu'il n^ avoit délibéré de faire et à coups de canon feit habandonner la garde du passage aux ennemys et passa sur eulx avec toute son armée et, encores que les Imperiaulx fussent plus grand nombre, aiant le conte Guillaume de Fustamberg VI^ à leur service pour faire la poincte , si est-ce que par la vertu de sa gendarmerie leva le siège et leur feit habandonner le camp, de sorte que, tout à son aise, il pourveut la ville de toutes choses nécessaires et, par le commandement du Roy, retira dehors le seigneur du Lude qui y avoit souffert les extremitez telles et si grandes qu'il est malaisé d'en supporter de pareilles, car trois mois durant on ne mangea que du pain de son avec quelque peu de farine pour le lier, encore n'en
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par la paresse ou malheureté dudit Lartigue, qui demeura trop longtemps à venir, nostre armée fut contraincte de temporiser. Toustesfois, voyant mondit seigneur le mareschal la faulte que faisoit ladite armée de mer, délibéra de passer l'eau ; estant passé, deslogea les ennemis à coups de canon, ne l'osans attendre, et, par après plusieurs escarmouches, se retirèrent par les montaignes, encores qu'ils fussent les plus forts en nombre. Entre autres y estoit pour l'Empereur le comte Guillaume de Fustamberg\ ayant charge de six mille lansquenets : parquoy monsieur le mareschal ayant levé le siège, renvitailla la ville et icelle bien pourveue se retira, laissant dedans pour lieutenant du Roy, au lieu du seigneur du Lude, le capitaine Frauget^, lequel estoit lieutenant du mareschal de Chastillon quand il rendit l'ame à Dieu. Ledit seigneur du Lude feit si bien son devoir en ce siège et supporta telle extrémité qu'il ne s'en estoit veu de pareille de nostre temps ; parquoy il acquit tel honneur qu'il peult estre parangonné à tous les sièges, tant du vivant de nous que de noz pères.
Armée du roy d'Angleterre à Callaiz contre la
avait le soudart pour tout le jour ce qui luy eust esté besoing pour son déjeuner, sans autre breuvage que l'eau pure. Au lieu dudict sieur du Lude fut mis lieutenant du Roy le capitaine Franget, lequel estoit lieutenant de monsieur de Chastillon allors de son decez, et luy fut baillé cinquante hommes d'armes en chef soubz sa charge et avecques luy dom Pedre, filz du mareschal de Navarre, que les Espagnolz avoient faict mourir en prison, aiant charge de mil hommes de pied.
1. Guillaume de Furstemberg. né le 7 janvier 1491, mort, le 21 août 1549, à Ortenberg.
2. François du Franget, sieur de Sestis, fils de Jean du Franget et d'Anne de Molesse.
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Picardie. — Pendant que ces choses se faisoient tant en Italie qu'à Fontarabie, le roy d'Angleterre, comme j'ay dit cy dessus, après avoir deffié le Roy, ne séjourna point qu'en toute diligence il ne fist embarquer son armée pour venir descendre à Gallaiz; de laquelle il feit chef le duc de Suffolc qui avoit espousé la royne Marie, vefve du feu roy Louis douziesme de ce nom. L'Empereur aussi dressa son armée pour la faire joindre avecques ledit de Suffolc, dont le comte de Bure, lieutenant gênerai pour ledit Empereur en tous ses Pais Bas, estoit chef. Le duc de Vendosme, qui estoit lieutenant gênerai pour le Roy en Picardie, advertit le Roy des préparatifs que faisoit l'ennemy, tant l'Anglois que le Bourguignon, à ce qu'il luy pleust le secourir d'hommes et d'argent. Le Roy luy envoya le seigneur Louis de la Trimouille, gouverneur de Bourgongne, avec bon nombre de gendarmerie; eux assemblez adviserent de pourvoir à ce qui leur estoit nécessaire et mesmes aux places où l'ennemy se pour-» roit attaquer, car monsieur de Vendosme n' estoit assez fort pour tenir la campagne.
Garnisons en Picardie. — Parquoy ledit seigneur ordonna dedans Boulongne (le cas advenant que l'ennemy y vint) le seigneur de la Fayette, qui en estoit gouverneur, ayant charge de cinquante hommes d'armes, la compagnie de cent hommes d'armes du duc d'Alançon, dont avoit la charge le baillif de Gaen, Jacques de Silly, le seigneur de Rochebaron d'Auvergne avecques xxv hommes d'armes et mille hommes de pied estans soubs la charge du seigneur de Bourbarré et autres. Dedans Terouenne mist le seigneur de Brion (depuis amiral) lieutenant gênerai pour le Roy,
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avecques une partie de sa compagnie (car le reste n'estoit encores de retour d'Italie) , le seigneur du Fresnoy, bastar de Moreul, gouverneur dudit Terouenne, ayant charge de cinquante hommes d'armes, le comte de Dammartin, le seigneur de Listenay, le vicomte de Turene, le seigneur de la Vauguion, ayant charge chacun de XXV hommes d'armes, le capitaine Saulseuze, Normant, avec mil hommes de pied, le capitaine Montbrun, avec mil autres. Dedans Hedin, le seigneur du Bies, qui en estoit gouverneur, avec trente hommes d'armes et deux cens mortes-payes, dont il avoit la charge, le seigneur de Sercu, avec mille hommes de pied, et le capitaine la Lande avec cinq cens, estans soubs la charge du seigneur de Longueval, qui estoit demeuré malade à Abbeville. Dedans Montreul ordonna le comte de S. Pol, son frère, avec quatre cens hommes d'armes et monsieur le duc de Guise, son beau-frere, avec six mille hommes de pied, estans soubs la charge du seigneur de Lorges ; et estoient lesdits seigneurs compagnons en pouvoir. Monseigneur de Vendosme et le seigneur de la Trimouille avecques deux mille Suisses et quelque nombre de gendarmerie et d'autres gens de pied françois allèrent à Abbeville pour secourir où besoing seroit.
Les choses ainsi ordonnées, estant adverty ledit seigneur de Vendosme que l'ennemy n'estoit encores pour faire son passage de quinze jours, voulut bien employer ses forces, sans si longtemps les laisser inutiles; parquoy manda au seigneur de Lorges (lequel estoit party pour le secours de Gennes avec six mille hommes de pied, mais estoit sur son retour, ayant eu nouvelles de la reddition du chasteau de Gennes, par
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faulte de vivres) qu'il eust à venir trouver le comte de S. Pol, son frère, et monseigneur de Guise àPeronne, auquel lieu avoit ordonné faire leur amas, pour entrer en pais d'ennemy, ce qu'il fit. Puis lesdits seigneurs de S. Pol et de Guise, ayans assemblé leurs forces audit lieu de Peronne, allèrent avecques quatre canons assaillir Bapaulme et prindrent ville et chasteau, laquelle, après avoir rasée, bruslée et ruinée ensemble ledit chasteau, prindrent leur chemin au passage de l'Ecluse, pour aller dedans le pays d'Austrevant, entre la rivière de l'Escau et celle des Carpes. Mais audit passage trouvèrent les ennemis assemblez pour garder le pas, lesquels ennemis ils assaiUirent de telle vigueur qu'ils furent forcez et mis à vau de routte et chassez jusques dedans les portes de Douay, auquel combat François monsieur de Lorraine*, frère de monseigneur de Lorraine et de monseigneur de Guise, n'estant aagé que de xvi à xvii ans, porta ses premières armes : lequel estant à la chasse des ennemis, voyant vu ou viii hommes de pied Bourguignons s'estre retirez dedans un bois et n'estant aucunement apperçeu de ses gens, luy seul alla pourchasser lesdits Bourguignons. Auquel lieu arriva de fortune le seigneur Martin du Bellay, accompagné de x ou xii chevaux, qui vint bien à propos pour lediJ prince, car il estoit descendu à pied pour luy seul en combattre vu ou Yin, lesquels enfin furent taillez en pièces. Estant donc toute la compagnie courue jusques aux portes de Valanciennes et de Douay et après avoir faict un merveilleux butin, l'armée se logea pour la nuict audit passage de l'Ecluse, qui est sur une rivière partant de