‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 183 sur 223 · Hue du Chastellet, baron du Chastellet · texte numérisé non relu

Hue du Chastellet, baron du Chastellet

Nov.-déc. 1523] DEUXIÈME LIVRE. 293

dames de Lorraine et de Guise estoient aux fenestres du chasteau, qui en eurent le passe-temps.

Armée d' Anglais en Picardie. — Alors que ces choses se faisoient tant en Italie que Champagne, la Picardie n'estoit en patience; car le duc de Norfolc estant descendu à Gallaiz avecques quatorze ou quinze mille Anglois, et s'estant joinct avecques luy le comte de Bure, lieutenant pour l'Empereur, leurs forces unies ensemble se trouvèrent le nombre de cinq à six mille chevaux et de xxv à xxx mille hommes de pied avecques bonne quantité d'artillerie; et prindrent le chemin entre Montreul et Terouenne, pour assaillir ou Hedin ou Dourlan. Le seigneur de la Trimouille, cognoissant les grandes forces qu'il avoit ^r les bras, avoit desja pourveu aux places où il estoit apparant que l'ennemy s'attaqueroit ; premièrement dedans Terouenne avoit laissé le seigneur du Fresnoy, bastar de Moreul, qui estoit gouverneur dudit lieu, ayant charge de cinquante hommes d'armes, et le capitaine Pierre-Pont, avec cent hommes d'armes de la compagnie du duc de Lorraine, duquel il estoit lieutenant, et deux mille hommes de pied. Les ennemis, la voyans si bien pourveue, passèrent outre sans l'assaillir; puis, prenans le chemin de Dourlan, passèrent devant Hedin, où ils firent le semblable. Estans arrivez audit Dourlan, deHberez de l'assiéger, trouvèrent un chasteau de terre que le seigneur du Pontdormy, par le commandement du duc de Vendosme, l'an précèdent avoit faict édifier sur la montagne, tirant vers Amiens, bien pourveu d'hommes et de munitions ; auquel, après l'avoir bien recogneu, ne furent d'advis de s'attaquer, et y ayans séjourné quatre jours pour refreschir leur

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camp, prindrentle chemin de Gorbie, où ils trouvèrent le seigneur de la Trimouille en personne, qui fut cause qu'ils passèrent outre sans s'y amuser.

Vaillances du seigneur' du Pontdormy. — Il fault entendre que le seigneur de la Trimouille avoit si petit nombre d'hommes qu'il estoit contraint, quand l'ennemy avoit abandonné une place, de retirer les forces qui estoient dedans, pour les mettre en un autre au devant dudit ennemy. Le seigneur du Pontdormy, voyant les ennemis passer outre Gorbie et prendre le chemin contre-mont la rivière de Somme, se meit dedans Bray\ où est un passage de ladite rivière, entre Gorbie et Peronne, pour empescher le passage à l'ennemy; ayant en sa compagnie environ cent cinquante hommes d'armes et douze ou quinze cens hommes de pied, encores que la ville ne fust gardable, d'autant que la muraille ne vault rien et ne se peult fortifier, à l'occasion de trois montagnes qui la commandent de si près, qu'à coups de pierre on peult desloger ceux qui sont à la garde. Il avoit espérance, qu'au cas que l'ennemy le forçast, qu'il auroit moyen de se retirer le long de la chaussée, rompant les ponts après luy, mais autrement en advint ; car il fut tellement pressé qu'il n'eut moyen de se retirer qu'en desordre, en sorte que les ennemis passèrent ladite chaussée pesle-mesle avecques luy', il y perdit environ quatre-vingts ou cent hommes. Et entre autres y mourut le capitaine Adrian qui avoit charge de mille hommes de pied, et eust esté le reste taillé en pièces

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