Ms. : Nortfort (correction postérieure
3. Ms. : Et peu après la vigille de Sainct-Martin, les bledz gelèrent (correction postérieure). Versoris [Livre de Raison, p. 41) parle aussi de cette gelée, mais la place « peu avant la Saint-Martin » (11 novembre).
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trée fut ordonné capitaine de ladite place, et partit ledit seigneur de la Trimouille de Picardie, ayant eu une armée si puissante sur ses bras et si peu de gens pour la garde du pais, sans que l'ennemy au partir tint un pied de terre de sa conqueste.
Siège devant Milan. — Ce temps pendant, monsieur l'amiral de Bonnivet estoit toujours devant la ville de Milan, en laquelle vint telle nécessité de vivres pour les moulins que les François avoient rompus es environs et aussi pour le canal qu'ils avoient diverty d'entrer en ladite ville, que, sans le grand nombre de moulins à bras qu'avoit faict faire le seigneur Prospère, sans point de double les soldats et citadins fussent morts de faim. Aussi rengregea la maladie dudit seigneur Prospère, de sorte qu'il fut contrainct de bailler la charge de la guerre au seigneur Alarçon*, Espagnol, lequel puis peu de temps, par le commandement de l'Empereur, estoit venu de Galabre pour commander à l'infanterie espagnolle, pour l'absence du marquis de Pesquaire, qui nagueres s'estoit retiré, pour un différant survenu entre ledit seigneur Prospère Colonne et luy. Ledit seigneur Alarçon, ayant envie à son arrivée de faire quelque chose de réputation, feit dresser dedans la ville un cavalier fort hault, pour tirer dedans nostre camp, et sur iceluy feit loger sept ou huict grosses pièces d'artillerie ; le seigneur Prospère, cognoissant que l'effect dudit cavalier estoit inutil et perte d'admonition, feit cesser l'ouvrage et manda au marquis de
1. Ferdinando de A.larcon, marquis délia Valle Siciliana, dans l'Abruzze.
Nov. 1523] DEUXIÈME LIVRE. 301
Mantoue qu'avecques les cinq cens chevaux de l'Eglise desquels il avoit la charge, il eust à se retirer dedans Pavie pour rompre les vivres à nostre camp qui venoient du costé de Laudes. Les Florentins, Luquois, Senois et autres de la ligue commencèrent à se retirer de la despense, parce que desjà ils avoient fourny les trois mois qu'ils avoient promis, parquoy le seigneur Prospère, ne pouvant plus trouver moyen de recouvrer deniers, conclut de rendre Modene au duc de Ferrare pour de l'argent, laquelle ville le comte Guy de Rangon lenoit au nom de l'Eglise. Et, pour ce faire, depescha ambassadeurs vers iceluy duc de Ferrare ; mais, après les choses conclues, fut envoyé de la part de dom Charles de Launoy, vice-roi de Naples lequel rompit ledit traitté, asseurant qu'il fourniroit deniers pour les frais de la guerre, et luy-mesmes partit de Naples pour venir à Milan, depesché par l'Empereur pour prendre charge de l'armée durant la maladie du seigneur Prospère, amenant avecques luy quatre cens hommes d'armes du royaume de Naples, et en sa compagnie le marquis de Pesquaire, lequel avoit abandonné l'armée (comme il est jà prédit) pour quelque division survenue entre ledit Prospère et luy. Monsieur l'Amiral, ayant crainte que le marquis de Mantoue et Antoine de Leue, qui estoient à Pavie, ne vinssent se saisir du pont qu'il avoit faict faire à Vigeve, par lequel venoient les vivres en son camp, et par ce moyen l'affamer, manda quérir le seigneur Bayar, et le seigneur Rence, qui estoient à Monche, pour se venir loger à Vigeve, mais le deslogement dudit lieu de Monche fut cause de nostre ruine, car
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estant ce passage ouvert, les vivres arrivèrent à Milan en toute abondance.
Retraitte du siège de Milan. — Monsieur l'Amiral, voyant son espérance perdue d'affamer Milan, et mesmes quelques intelligences qu'on disoit qu'il avoit dedans la ville descouvertes\ résolut de lever son siège; par ce qu'il n'avoit plus moyen de tenir ses gens en campagne, pour les grandes neiges et rigoureux hyver qu'ils avoient enduré six mois devant. A ceste occasion, pour mettre son armée à couvert, se retira à Biegras^, et autres lieux circonvoisins, où arrivé qu'il fut depescba le seigneur Rence, et le comte de Sainct-Pol, et le seigneur de Lorges, gênerai des gens de pied françois pour aller assiéger Aronne^, qui est une ville sur le lac Maiour^. Mais ledit Prospère Colonne, voyant le deslogement de nostre camp devant Milan, avoit desjà envoyé pour renfort dedans ladite ville d'Aronne le nombre de douze cens hommes, chose qui vint mal à propos pour noz gens. Le seigneur de Rence, estant arrivé devant ladite ville ^ d'Aronne, feit soudainement faire les approches, et
1. Allusion sans doute à l'affaire Morgant de Parme, qui avait comploté de livrer Milan et qui, découvert, fut exécuté. Voir Sanuto, Diarii, t. XXXV, col. 154, 156, 158-159, 162; P. Gauthiez, op. cit., p. 206-207.
2. Abbiate Grasso, près du ïessin, aune vingtaine de kil. au sud-ouest de Milan. Bonnivet y était déjà le 23 novembre.
3. Arona, près de l'extrémité de la pointe sud-est du lac Majeur.