‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 189 sur 223 · Ms. : la pensant surprendre · texte numérisé non relu

Ms. : la pensant surprendre

5. Ms. : meit gens en besongne pour myner soubz la muraille , mais après avoir myné...

Nov.-déc. 1523] DEUXIÈME LIVRE. 303

après avoir mis ses pièces en batterie, et avoir battu vingt ou vingt-cinq jours, et faict donner deux ou trois assaux ausquels noz gens furent repoussez, délibéra tenter autre fortune, ce fut de miner la place; mais après avoir miné un grand pan de mur, faisant mettre le feu dedans les mines, la muraille estant enlevée en l'air, en lieu de se renverser dedans les fossez, retomba dedans ses fondemens et demoura debout S à raison dequoy, se voyant frustré de son intention et avoir perdu tant de temps, feit sa retraitte en nostre camp. Et furent tuez audit iiege plusieurs gens de bien des nostres, aussi fut-il des ennemis; et entre autres de nostre part y moururent le seigneur de PommereuF, maistre de nostre artillerie en Italie, et un jeune gentilhomme de Normandie surnommé de Roncerolles, fils du seigneur de Hugueville, qui fut grande perte pour ledit Pommereul, un des plus expérimentez en l'artillerie de ce royaume; et le jeune homme promettoit beaucoup de soy, plusieurs autres y moururent qui ne sont icy nommez à cause de breveté.

Durant ce temps, l'armée imperialle n'avoit bougé de Milan, attendant la venue de dom Charles de Launoy, vice-roy de Naples, lequel venoit pour estre lieutenant

1. Ms. : parquoy il meit son artillerie en baterie, laquelle aiant contynué longtemps, fect donner ung assault auquel noz gens l'eurent repoussez, aussi furent-ilz au second et au tiers parce que la brèche nestoit raisonnable, et y fut tué tant au siège qu'à t assault beaucoup de gens de bien des nostres et entre autres y mourut le sieur de P.

2. Jean de Pommereu, sieur du Plessis-Brion, commandant de l'artillerie au duché de Milan et en Italie depuis octobre

304 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Déc. 1523

gênerai de l'Empereur; mais ledit vice-roy temporisoit, attendant quelle fin prendroit la maladie du seigneur Prospère, laquelle desjà avoit duré sept ou huict mois, ne voulant venir où il estoit pour de luy estre commandé. Aussi luy faisoit mal de destituer de son pouvoir un si gentil chevalier qu'estoit le seigneur Prospère ; mais ayant entendu que desjà il avoit perdu son entendement, partant de Pavie s'en vint à Milan, et pense que le jour de son arrivée mourut ledit seigneur Prospère*. Arrivé que fut à Milan le vice-roy, après avoir veu son armée, arrêta avecques l'ambassadeur de Venise que les six mille lansquenets qu'il faisoit venir d'Allemagne estans joincts avecques l'armée vénitienne, les deux ensemble passeroient la rivière d'Adde pour se venir joindre avec luy, soubs délibération que leur armée unie ensemble viendroit chercher l'armée du Roy pour la combattre, ruinée (comme il estoit vray) d'un si long hyver qu'elle avoit enduré et des grandes fatigues qu'icelle avoit porté durant six mois, ne voulans attendre qu'elle eust refreschissement de France.

Camisade à Rebec. — Il estoit le mois de mars quand l'armée vénitienne et le secours des yi mille lansquenets et l'armée du pape Clément passèrent la rivière d'Adde et se vindrent joindre à Milan avec le vice-roy. Estans assemblez se jetterent en campagne, et vindrent loger sur le chemin qui vient de Milan à Pavie; auquel lieu estans arrivez, le vice-roy eut advertissement comme le capitaine Bayar, avecques sa com-

1. Le 28 décembre 1523. Ms. : qui fut ung des grandz capitaines de son temps. Le vice-roy après avoir...

Janv. 1524] DEUXIÈME LIVRE. 305

pagnie de cent hommes d'armes, le seigneur de Mezieres et le seigneur de Saincte-Mesmes, ayant chacun cinquante hommes d'armes, et le seigneur de Lorges, avecques les gens de pied françois dont il estoit colonnel, estoient logez à Rebec, assez loing de nostre camp, et en lieu mal-aisé pour y estre secourus, délibéra^ leur donner une camisade et de les faire surprendre en leurs logis. Pour lequel efFect depescha le marquis de Pesquaire avecques l'infanterie espagnolle, et le seigneur Jean de Medicis'^, nepveu du pape Clément, avec bon nombre de gens de cheval ; et parce que la nuict se devoit faire l'exécution, il feit prendre à chacun une chemise blanche par dessus ses armes pour mieux serecognoistre. Ils firent si bonne diligence qu'ils arrivèrent deux heures devant le jour sur nostre guet^, lequel ne trou vans suffisant pour soustenir leur effort le renversèrent dedans nostre logis; de sorte que le capitaine Bayar et les autres capitaines veirent leur guet renversé sur leurs bras, aussitost qu'ils eurent l'alarme. Ledit seigneur Bayar, encores qu'il fust malade, ayant pris médecine, monta soudain à cheval ; aussi se trouva près de luy le seigneur de Lorges avec ce qu'il peut promptement assembler de ses soldats, lesquels soustindrent l'effort des ennemis, pendant que le reste se meit ensemble pour se retirer en nostre camp ; et en chemin rencontrèrent monsieur l'Amiral qui marchoit avecques

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