Exactement le lendemain, le 9 novembre
Dec. 1524] DEUXIÈME LIVRE. 327
Laudes, pour trouver moyen d'accord* ; lequel n'estant asseuré du secours qu'avoit pronïis le duc de Bourbon amener d'Allemagne, des deniers qu'il avoit recouverts sur les bagues que monsieur de Savoye luy avoit preste 2, accorda une tresve de cinq ans, pendant lequel temps devoit demourer entre les mains du Roy tout ce qui estoit deçà la rivière d'Adde, horsmis Laudes^. Lesquelles conditions furent refusées par le Roy, à la persuasion (à ce qu'on disoit) de monsieur l'amiral Bonnivet, qui avoit la superintendence des affaires du Roy, et à l'instigation du seigneur de Sainct
1. Clément VII avait envoyé d'abord Giovan Matteo Giberti (novembre), puis Paolo Vettori auprès des Impériaux, tandis que Girolamo Aleandro se rendait auprès de François l". Sur ces négociations, voir J. Paquier, Nonciature d'Aleandre auprès de François I" (8 août I52i-2i février 1525), Paris, 1897 ; — Jérôme Aleandre de sa naissance à la fin de son séjour à Brindes (ik80-1529), livre V.
2. On trouvera dans Brantôme, Œuvres (éd. Lalanne), t. I, p. 371-374, un « Mémoire des pierreries du duc de Bourbon, baillées es mains des gens de l'Empereur pour engager à Gennes et ailleurs pour le service de l'Empereur ». Ce document, que Lalanne donne comme inédit, a été publié dans la Vie de Louis de Bourbon, premier duc de Montpensier, depuis l'an 1536 jusqu'en 1519, par Nicolas Coustureau, mise au jour avec des additions et des pièces servant à l'histoire [par le sieur du Bouchet], chez Lailloué, Rouen, 1642, in-4*', p. 147-151. Dans le même ouvrage, p. 137, la duchesse de Montpensier, écrivant à Charles-Quint (Champigny, 22 octobre 1544), le prie « d'avoir esgard... aux bagues qu'il [le connétable] engagea monsieur de Savoye pour trente mille escus, et autres endroits, lesquels furent employés à vostre service ». (Communication due à l'obligeance de M. P. Courteault.)
3. Les pourparlers, en vue d'une trêve, sont de la première quinzaine de février 1525. Voir la lettre d'Aleandre du 16 février, publiée dans J. Paquier, Nonciature d'Aleandre, p. 53-56.
328 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Dec. 1524.janv. 1525
MarsaultS qui estoit fort près de la personne du Roy et bien ouy dudit seigneur, encores qu'il ne fust en estime d'homme de guerre, mais bien entendant les praticques de la cour.
Ledit pape Clément VIP de ce nom, après avoir failly à la tresve cy dessus mentionnée, persuadé par le comte de Garpy^, ambassadeur pour le Roy devers Sa Saincteté, laissa les anciennes haines qu'avoit porté le pape Léon, son cousin^, contre le Roy, et feit alliance avec luy^. Puis depescha le seigneur Mathée^, son dataire, pour confirmer ladite alliance et persuader le Roy de faire faire l'entreprise de Naples, l'estimant aisée, pendant que l'armée imperialle estoit empeschée audit duché de Milan et estant l'armée françoise favorisée de Sa Saincteté.
Séparément de V armée du Roy pour envoyer à Naples. — Le Roy s'accorda à icelle entreprise, pour l'exécution de laquelle il ordonna le duc d'Albanie, son lieutenant gênerai, en sa compagnie le seigneur Rence de Cere, et vi cens hommes d'armes, du nombre desquels estoit le Bastar de la Glaiette, le seigneur d'Es-
1. François Green, sieur de Saint-Marsault. Il assistait avec Bonnivet à l'entretien que rapporte Aleandre dans sa lettre du 16 février.
2. Alberto Pio, comte de Carpi. Il était entré définitivement au service de la France en 1519 et représentait François I" à Rome. Voir E. Picot, les Italiens en France au XVP siècle, dans le Bulletin italien (1901), t. I, p. 276-278.