François d'Estavaye, sieur de Forel
2. Dans un manuscrit de la bibliothèque de Boulogne qui raconte ces mêmes événements et dont le P. Hamy a publié un extrait, Entrevue de François P^ avec Henry VIII à Boulognesur-Mer en 1532, p. ccxx-ccxxiv, ce soldat est appelé Bellebrune.
Févr. 1525] DEUXIÈME LIVRE. U\
au seigneur du Pontdormy les praticques que faisoit le seigneur de Fiennes par son moyen et que son intention estoit de luy livrer entre les mains le seigneur de Fiennes, le duc d'Arscot et la plus part des grands seigneurs de par delà, avec la garnison d'Aire et de Betune. Le moyen qu'il meit en avant estoit que ledit seigneur du Pontdormy luy adressast un homme fidelle qui eust la garde des clefs du chasteau dudit Hedin et qu'il feroit entendre à l'ennemy qu'il avoit praticqué cest homme, et mesmes ameneroit un des leurs dedans le parc, avec lequel portier et luy pourroient communiquer, pour donner à l'ennemy plus grande seureté de son faict; et qu'au jour assigné qu'il ameneroit la trouppe, il viendroit avec celuy lequel premièrement il auroit amené pour communiquer de rechef avecques ledit portier, avec lequel il auroit un signal, auquel iceluy portier respondroit à leur arrivée; bref, les choses furent arrestées tant d'une part que d'autre. Le jour prefix, le seigneur du Pontdormy se trouva dedans ledit chasteau, accompagné de deux cens hommes d'armes, environ jour couché, et à ce que le bagage ne fust cause de descouvrir l'entreprise, chacun homme d'armes y arriva l'armet en teste et la lance au poing, sans page et sans varlet. Ledit seigneur du Pontdormy avoit ordonné au seigneur de Sercu, gouverneur de Hedin, de faire faire à la porte du parc, soubs une grande voulte qui estoit à l'entrée où l'ennemy devoit arriver, deux ou trois herses coulisses, afin que si de fortune l'ennemy entroit en si grand nombre dedans, qu'il fust pour forcer le chasteau, on laissast tomber lesdites herses pour la seureté de ladite place; mais.
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à l'arrivée dudit seigneur du Pontdormy, les herses n'estoient achevées, dont il advint grand inconvénient, ainsi que sera dit cy-après. Au devant de ladite porte y avoit un petit revellin de pierre, par dedans lequel dévoient passer les ennemis, qui fut tout pavé de fricassées et feux artificiels couverts de paille, où ceux de dessus la porte dévoient jetter feu lorsqu'il leur seroit commandé, et devoit le seigneur du Pontdormy, quand il verroit l'ennemy en desordre, monter à cheval pour luy coupper le chemin de sa retraitte.
Les choses ainsi ordonnées, l'ennemy, conduit par le Bastar, environ minuict, arriva à une lieue près de Hedin; auquel lieu vindrent deux espies devers monsieur de Fiennes l'advertir comme le seigneur du Pontdormy à jour couché estoit arrivé dedans le chasteau de Hedin avec grand nombre de gendarmerie. Le seigneur de Fiennes, pensant estre trahy, voulut faire mettre en pièces le Bastar, mais de grande asseurance il luy dit que ses espies estoient faulces, et à ce qu'il cogneust la vérité, qui le feissent lier de cordes et qu'ils luy baillassent deux ou trois hommes avec la dague au poing qui le menassent sur le bord du fossé et avec eux celuy mesmes qui par cydevant avoit esté en sa compagnie parler au portier, lequel entendroit bien le signal qu'il avoit avecques luy. Ainsi fut-il ordonné, et fut ledit Bastar lié, luy baillant trois ou quatre des plus dispos soldats qu'ils eussent à le tenir, chacun la courte dague au poing pour le tuer s'il faisoit faulte, lequel les mena sur le bord dudit fossé et, y estant arrivé, sifla ; celuy qui estoit sur la porte luy respondit; alors ledit Bas-
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tar luy demanda s'il estoit temps, l'autre dit ouy et que toutes choses estoient préparées, parquoy ils le remenerent à la trouppe, après lequel rapport les Bourguignons entrèrent en plus grande asseurance que jamais, suivant laquelle ils marchèrent à la conduitte dudit Bastar, toujours lié comme dessus. Entrans dedans le parc, trouvèrent autres espies qui les asseurerent qu'ils estoient trahis; mais le Bastar les persuada de sorte qu'à nul d'eux ils ne voulurent adjouster foy et conclurent de parachever leur entreprise. Estans arrivez dedans le revellin et entrez un nombre d'hommes dedans la porte, le seigneur du Pontdormy, qui estoit dessus icelle pour commander, voyant que les herses pour estre mal achevées ne pouvoient tomber, commença à crier à ceux qui estoient au-dessoubs de luy qu'ils eussent à jetter le feu, craignant qu'il entrast si grand nombre qu'il fust forcé là dedans; mais la fortune fut telle que celuy de dessoubs luy jettant le feu mal à propos, iceluy du Pontdormy ayant la bouche ouverte pour parler, luy entra le feu par la bouche, qui lui brusla les entrailles. Si est-ce que soudain il commanda que le seigneur de Canaples, son nepveu, montast à cheval pour exécuter leur entreprise, mais il se trouva qu'il avoit le visage tout bruslé sans apparence de forme de visage, n'ayant moyen de monter à cheval, parquoy l'exécution demoura.
Mort du seigneur du Pontdormy. — Telle fut l'issue de ladite entreprise. Le seigneur du Pontdormy mourut deux jours après, à la mort duquel le Roy perdit un bon et affectionné serviteur et grand homme de guerre II mourut des Bourguignons environ quatre-
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vingts OU cent de ceux qui estoient entrez au revellin, lesquels furent bruslez. Le Bastar entra le premier dedans le chasteau, qui sauva la vie à ceux qui le tenoient lié, et les feit ses prisonniers. Les Bourguignons s'en allèrent en eflfroy, pensans tousjours estre suivis, ne sçachans rien de l'inconvénient advenu au seigneur du Pontdormy, tellement qu'une grande part se perdit parmy les bois sur leur retraitte. Il y a grande apparence que sans l'inconvénient dudit seigneur du Pontdormy ils estoient tous deffaicts (car la nuict n'a point de honte) et en hazard qu'il eust entré pesle-mesle ou dedans Betune ou dedans Aire, estans les ennemis en tel effroy; eux-mesmes depuis me l'ont confessé.
Siège devant Pavie. — En ce temps mourut dedans Pavie le capitaine gênerai des lansquenets, soupeçonné d'avoir esté empoisonné, ayant doubte Antoine de Levé, qu'il eust intelligence avecques le Roy, dont jamais ne fut congneu autre chose. Au mesme temps, estant l'armée imperialle renforcée et joincte ensemble, le vice-roy de Naples délibéra d'aller secourir Pavie ; mais parce que le payement luy estoit failly et qu'il avoit grand doubte que les soldats ne fissent difficulté de marcher, fut conclu entre tous les chefs que le marquis de Pesquaire appelleroit en concion les Espagnols, desquels il estoit gênerai, pour trouver moyen de leur persuader de marcher au combat, ce qu'il feit, leur remonstrant les victoires que par cy-devant ils avoient obtenues soubs sa conduitte et que ceste seule victoire seroit la rémunération de tous leurs labeurs, car, prenans un roy de France avecques les princes de son sang et la principalle noblesse de son
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royaume, ce seroit tout à un coup aquis honneur et chevance ; leur remonstrant pareillement que la victoire estoit apparente pour eux, estant l'armée du Roy ruinée pour le long temps qu'elle avoit campigé et séparée en divers lieux, comme à Naples, Savonne et Milan ; concluant par là qu'il ne restoit qu'à l'entreprendre, que la victoire ne fust seure. Les Espagnols, tant pour la créance qu'ils avoient audit marquis que pour le grand butin qu'il leur promettoit, luy offrirent de vivre ou de mourir avec luy et de le suivre en tous lieux et dangers qu'il les voudroit conduire, et sans argent, moyennant qu'ils eussent vivres dont ils se peussent substanter. Les Allemans, estans advertis de la response des Espagnols, la feirent semblable, disans qu'ils n'estoient moins gens de guerre que la nation espagnolle; lesquelles choses entendues, le vice-roy, le duc de Bourbon et le marquis dePesquaire conclurent d'exécuter leur entreprise chaudement, ce pendant que leurs hommes estoient en bonne volonté.
Prise du Castel-S.-Ange, près Pavie, — Le Roy, adverty de la délibération de son ennemy, sçachant que sur le chemin de Laudes à Pavie y avoit un chasteau nommé Gastel-Sainct-Ange\ duquel dom Petre de Gonzague^, frère du seigneur Federic de Bozzolo, avoit la charge de par le Roy, et craignant que l'ennemy ne surprint ladite place, qui estoit d'importance pour rompre les vivres de l'ennemy, s'il venoit