‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 214 sur 223 · Peut-être Rincq, à 2 kil. environ d'Aire · texte numérisé non relu

Peut-être Rincq, à 2 kil. environ d'Aire

Janv.-févr. 1525] DEUXIÈME LIVRE. 339

tenir, sans aucune difficulté ils eussent esté deffaicts. Le comte Dammartin, ayant bien considéré tant la contenance de noz ennemis que de ceux de nostre part, s'arresta sur un hault lieu, et de tous ceux qui venoient à la file des nostres, en feit une masse pour soustenir l'escarmouche si d'avanture noz gens estoient renversez. Et quand et quand manda au seigneur du Pontdormy qu'il estoit d'avis qu'il marchast en diligence, autrement il ne voyoit apparence que tout ce qu'il y avoit d'hommes ne fust perdu, car les gens de pied des ennemis approchoient fort, marchans en bon ordre pour soustenir la cavallerie.

Le seigneur du Pontdormy, ayant eu cest advertissement, ne voulut perdre ce qui estoit là ; par quoy feit marcher les enseignes droict au lieu où estoit ledit comte de Dammartin, pour diligemment le secourir, ayant en sa compagnie le nombre de deux cens hommes d'armes. Cependant, le comte Dammartin avoit amassé de toutes bandes environ deux cens chevaux, et ne bougea d'où il estoit, mais voyant le seigneur du Pontdormy approché si près de luy qu'il en pouvoit estre soustenu, chargea les ennemis à toutes brides, et il renversa leurs gens de cheval sur leurs gens de pied espagnols, et y entrant pesle-mesle, les rompit, à la faveur de la grosse trouppe, qui arriva au poinct de la charge. Et fut tué à ladite defFaicte le nombre de douze vingts Espagnols et pris de cinq à six cens. Leur cavallerie, durant le combat des gens de pied, se sauva de vitesse, vray est que quelques-uns des nostres les pourchassèrent de si près qu'aucuns entrèrent pesle-mesle dedans les barrières d'Aire, qu'on leur ferma au doz, et entre autres y fut pris des

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nostres le seigneur d'Estanaie*, qui depuis fut guidon de monsieur de Vendosme. Le seigneur du Pontdormy, après ceste deffaitte, se retira à Terouenne avecques les prisonniers, qui pouvoient estre le nombre de huict ou neuf cens, et, parce qu'il y avoit trop grande subjection de les garder, furent tous renvoyez le lendemain pour leur soulde de cent sols pour mois, retenans seulement leurs capitaines pour respondans ; le seigneur d'Estrée, requis par la dame dont il avoit esté serviteur, luy envoya le seigneur de Licques, son mary.

Praticque pour Hedin. — Quelque temps après, et environ quinze jours devant la bataille de Pavie, les soldats de la garnison de Hedin estans allez à la guerre, l'un d'eux, appelé le Bastar^, fut pris prisonnier des ennemis et mené à Betune, lequel fut par le seigneur de Fiennes, gouverneur de Flandres, pratiqué pour luy livrer le chasteau de Hedin, lequel Bastar luy dit en avoir bien le moyen, mais qu'il estoit besoing de le renvoyer sur sa foy, faignant d'aller pourchasser la rançon, afin de praticquer un sien compagnon et fidelle amy qui avoit les clefs du chasteau, chose qui luy fut accordée. Lequel, estant arrivé à Hedin, trouva moyen d'aller devers le seigneur du Pontdormy, faisant entendre à ses serviteurs qu'il avoit cognoissance en sa maison et qu'il luy presteroit l'argent de sa rançon : y estant arrivé, feit entendre

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