‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 219 sur 223 · Alexandre Bentivoglio, né en 1474, mort en · texte numérisé non relu

Alexandre Bentivoglio, né en 1474, mort en

Févr. 1525] DEUXIÈME LIVRE. 351

foible, le forcèrent et taillèrent en pièces grand nombre de ses soldats devant qu'ils eussent le loisir de prendre les armes. Ledit seigneur Jean, malcontent d'avoir eu ceste bastonnade, se voulut venger, parquoy dressa une amorse à ceux de la ville, lesquels sortirent, pensans faire comme l'autre coup, mais ils furent deceus, car le seigneur Jean ayant mis double embuscade, l'une dedans des fossez près de la ville, l'autre assez loing, les Espagnols, suivans ceux qui premiers les avoient attaquez, ayans la congnoissance de l'embuscade qui estoit un petit loing, se mirent à faire leur retraitte : mais celle qui estoit près de la ville leur couppa chemin, tellement que lesdits Espagnols se trouvèrent entre deux trouppes si bien fermez que tout ce qui estoit sorty fut mis au fil de l'espée. Et à ladite faction fut blessé ledit seigneur Jean d'une arquebouzade au talion, dont il fut contrainct de se faire porter hors du camp*, qui fut une grande perte pour nous, car c'estoit un grand homme de guerre. Ses soldats, estans sans chef, s'esbenderent de sorte qu'ils revindrent à rien ; finablement, tant les Grisons que ceste trouppe affoiblirent nostre armée de huict mille hommes. Au mesme temps, le seigneur Albert, comte de Garpy, ambassadeur pour le Roy à Romme, luy manda par plusieurs fois de la part du Pape que sur tout il eust à se donner de garde de bazarder la bataille, car il estoit asseuré que, temporisant quinze jours, les Impériaux seroient en telle nécessité, par faulte de payement, que leur armée s'en iroit en fumée,

1. L'affaire eut lieu le 17 février. Voir P. Gauthiez, op. cit., p. 255-256.

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ayans perdu tout le moyen d'avoir deniers, ne tenans plus la ville de Milan et estant l'armée de monsieur d'Albanie la plus forte au royaume de Naples, qui estoient les deux moyens desquels l'Empereur s'estoit aydé par cy-devant pour avoir deniers ; mais le Roy, comme prédestiné en la volonté de Dieu d'avoir mauvaise fortune, demoura tousjours en sa première opinion de ne se vouloir retirer de devant l'ennemy.

Occasion de la bataille de Pavie. — Or est-il que ce n'estoit la délibération du vice-roy de Naples ny du duc de Bourbon de donner la bataille au Roy si l'occasion ne s'y presentoit à leur advantage, mais seulement essayer de gaigner le logis de Mirabel* pour retirer leurs hommes qui estoient dedans la ville et se refreschir de nouvelles gens; toutesfois, cela ne se pouvoit faire sans passer à la teste de nostre camp. Et parce que le Roy estoit campé en lieu fort, se préparèrent à deux efîects, sçavoir est si on les vouloit empescher de passer et le Roy sortoit de son fort à ceste fin, le combattre, sinon passeroient outre. Or estoient venus les Impériaux loger hors du parc, du costé de devers la Chartrouse, à la portée du canon de nostre camp, auquel lieu peu de jours après ils commencèrent la nuict à sapper la muraille du parc, de sorte que, deux heures devant le jour feste de sainct Matthias^ mille cinq cens vingt-quatre, firent renverser quarante ou cinquante toises de ladite muraille, laquelle estant tombée, firent passer devers nostre camp par ladite brèche deux ou trois mille

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