‹ Mémoires de Martin et Guillaume du Bellay; (volume 3)Chapitre 5 sur 223 · AU ROY TRÈS-CHRESTIEN · texte numérisé non relu

AU ROY TRÈS-CHRESTIEN

à celle de messire Philippes de Commines, par ce qu'apartenant de si près à l'autheur, seroy estimé juge recusable ; bien diray, ce que chacun m'accordera, que monsieur de Langey n'a eu moins de charges et honneurs en vostre royaume, et que son stile, son discours, ses termes le monstrent bien versé aux affaires dont il escrit; outre ce, qu'en luy on peut remarquer autant de sçavoir et d'éloquence : aussi estoit il nay en un siècle bien fort lettré, et ne se trouvera au par-sus moins diligent d'escrire la pure vérité de ce qu'il a veu et cogneu. Il me souvient luy avoir ouy dire maintesfois (lors qu'il detestoit les mensonges et adulations d'aucuns historiographes de son temps) que ceux qui escrivoyent faux en histoire devoyent estre punis au double des faux tesmoins ; et avoit raison d'ainsi le dire, car, bien que l'histoire ne soit autre chose qu'un tesmoignage de ce qui s'est passé en chacun siècle, la conséquence de la fauceté d'icelle est d'autant plus grande qu'elle ne circonvient un juge au dommage de quelques particuliers, comme le faux tesmoignage, mais abuse ceux du temps présent et la postérité, qui recevront par ce moyen le faux pour le vray, estant, en ce faisant, l'honneur desrobé à qui il appartient et donné à qui ne le mérite. Feu monsieur de Langey s'est bien gardé de tomber en ce péché, car, comme il ne celé les actes louables d'aucuns, soyent des nostres ou des estrangers, aussi il ne s'espargne à remarquer leurs fautes, parlant neantmoins reveremment des princes et seigneurs qu'il a deu respecter; et, descrivant leurs desseins et exécutions, ne le fait selon le bruit qui couroit à l'heure, bien souvent faux et variable, mais comme il les avoit apris, ou pour s'y estre trouvé, ou

par les plus certains advertissemens qu'en recevoit le Roy vostre ayeul, duquel il estoit aimé et favorisé comme il seroit encores de V. M., Sire, s'il vivoit, selon la coustume d'icelle d'estre bien affectionnée en l'endroit des hommes vertueux qui se sont de bon cueur et heureusement employez à faire service aux prédécesseurs d'icelle. Mais, puis que Dieu n'a permis qu'il ait vescu jusques au temps qu'il peut estre cogneu à V. M., elle le cognoistra par ses escrits, et, ceste faveur que pour ce luy voudroit faire s'il vivoit, la continuera V. M., s'il luy plaist, en l'endroit de ceux qui portent le nom et les armes du deffunct, et qui luy sont héritiers, non tant de ce qu'il a laissé que de la volonté qu'il avoit d'exposer ses biens et sa vie pour le service de V. M., que Dieu vueille maintenir en prospérité et félicité. Vostre très-humble serviteur et subject,

René du Bellay,

Baron de la Lande * .

A la suite de cette « Êpître au Roy » , on trouve dans l'édition princeps un « advertissement au lecteur » et les sommaires des dix livres dressés « par V advertissement de Monsieur de Mesme, maistre des requestes de Vhostel du Roy et seigneur de Malassise ». Nous n'avons pas cru indispensable de reproduire ces sommaires qui font double emploi avec les tables.

1. René du Bellay, baron de la Lande, fils de Jacques du Bellay, baron de Thouarcé, et neveu d'Eustache du Bellay, évêque de Paris, appartenait à la branche aînée de la famille du Bellay. Il avait épousé, en décembre 1558, Marie du Bellay, fille de Martin du Bellay et unique héritière des du Bellay- Langey. Il mourut en 1606.

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