PREFACE DE L'AUTHEUR
Entre ceux qui ont mis la main à la plume pour consacrera l'immortalité les choses dignes de mémoire, il s'en trouve peu qui n'ayent ou trop adjousté à l'exaltation et magnificence de leurs princes, ou trop diminué de la gloire des estrangers ; et y en a beaucoup qui se sont permis telle licence d'escrire à la volée tout ce qw leurtomboit en l'esprit, qu'en maints endroits ils nous ont depaint des fables plus que puériles en lieu d'histoire. Et encores aujourd'huy nous voyons quelle foy on doit adjouster à ceux qui n'ont honte d'exposer en lumière leurs œuvres, où les choses dont nous avons vraye et entière cognoissance sont autrement par eux descrites qu'elles n'ont esté faites. Vray est que nous avons assez d'historiens, qui, non moins doctement que diligemment, nous ont descrit en gênerai les hazardeuses entreprises des guerres, les traittez de paix et d'alliances, les gouvernemens des republiques, les mutations des royaumes et empires, la nature et les mœurs des hommes, les situations des lieux et coustumes des villes. Et singulièrement Paul Emile ^ et Paul Jove^ ont rapporté grande louange
1. Paul Emile, originaire de Vérone, vint en France en 1483; pensionné, comme « chroniqueur du roi », par Charles VIII, il eut la faveur de Louis XII et de François P"", qui lui fît communiquer plusieurs manuscrits en vue de ses travaux historiques. Il mourut le 5 mai 1529. La première édition complète de son ouvrage, De rébus gestis Francorum, est de 1539. Voir A. Molinier, les Sources de V Histoire de France, fasc. V, n° 5401; Thuasne, Roberti Gaguini epistole et orationes, t. I, p. 151-155; t. II, p. 289, n. 3.