Ms. : et non ignorantz de toutes arts et sciences
qui a voit esté accordé. Par douze ou quinze jours coururent les deux princes l'un contre l'autre, et se trouva audit tournoy grand nombre de bons hommes d'armes, ainsi que vous pouvez estimer, car il est à présumer qu'ils n'amenèrent pas des pires.
Ce faict, le roy d'Angleterre festoya le Roy près de Guines, en un logis de bois, où y avoit quatre corps de maison qu'il avoit faict charpenter en Angleterre et amener par mer toute faicte, et estoit couverte de toille peinte en forme de pierre de taille, puis tendue par dedans des plus riches tapisseries qui se peurent trouver, en sorte qu'on ne ï'eust peu juger autre, sinon un des beaux bastimens du monde, et estoit le dessein pris sur la maison des marchands à Galaiz. La maison estant après desassemblée fut renvoyée en Angleterre, sans y perdre que la voiture. Le lendemain, le Roy devoit festoyer le roy d'Angleterre près Ardres, où il avoit faict dresser un pavillon ayant soixante pieds en quarré, le dessus de drap d'or frizé et le dedans doublé de veloux bleu, tout semé de fleurs de lis, de broderie d'or de Chypre, et quatre autres pavillons aux quatre coings de pareille despence. Et estoit le cordage de fil d'or de Chypre, et de soye bleue turquine, chose fort riche. Mais le vent et la tourmente vint telle que tous les cables et cordages rompirent, et furent lesdites tentes et pavillons portez par terre, de sorte que le Roy fut contrainct de changer d'opinion, et feit faire en grande diligence un lieu pour faire le festin, où de présent y a un boullevert nommé le boullevert du festin. Je ne m'arresteray à dire les grands triomphes et festins qui se firent là, ny la grande despence superflue, car
il ne se peult estimer, tellement que plusieurs y portèrent leurs moulins, leurs forests et leurs prez sur leurs espaules.
Passage de V Empereur en Angleterre. — Après lesquels festins et tournois, le Roy se retira à Boulongne, et le roy d'Angleterre à Galaiz 4 . Toutes gens de bon jugement ne pou voient penser de veoir jamais inimitié entre ces deux princes; mais, estant le roy d'Angleterre de retour à Galaiz, adverty comme l'esleu Empereur estoit arrivé en Angleterre venant d'Espagne, s'embarqua, et le fut trouver à Gantorbery, puis s'en vint à Galaiz et à Gravelines, en telle fraternité comme il avoit faict avec le Roy, où fut accordé entre eux que là où le Roy et l'Empereur tomberaient en quelque différend, il 2 serait arbitre; et celuy qui ne voudrait tenir son arbitrage, il se pourrait déclarer contre luy, chose contraire aux accords qu'il avoit faict avec nostre Roy. Puis s'en retourna l'Empereur en Flandres, et le roy d'Angleterre en Angleterre.
Durant ce temps, le Roy print son chemin à
1. Les deux rois prirent congé l'un de l'autre le 24 juin et, le lendemain, François I er partit d'Ardres pour Thérouanne et Henry VIII de Guines pour Calais.
2. Ms. : le roy d'Angleterre. — Tout ce passage est assez confus et partiellement inexact. Charles-Quint venant d'Espagne avait eu une première entrevue à Cantorbéry avec Henry VIII avant que celui-ci s'embarquât pour la France; les deux souverains en eurent une seconde, après le camp du Drap d'or, à Gravelines, puis à Calais, entre le 10 et le 14 juillet. Le 14 juillet, fut signé un traité par lequel Charles-Quint s'engageait à ne faire pendant un délai de deux ans aucune convention de mariage avec le roi de France. Il était en outre stipulé que les
Amboise 1 , puis d'Amboise, sur la fin de décembre, s'en alla à Romorantin*, auquel lieu estant, vînt la feste des Roys. Le Roy, sçachant que monsieur de Sainct-Pol avoit faict un roy de la febve en son logis, délibéra avecques ses supposts d'envoyer deffier ledit roy de mondit seigneur de Sainct-Pol, ce qui fut fait; et par ce qu'il faisoit grandes neges, mondit sieur de S. Pol feit grande munition de pelottes de neige, de pommes et d'œufs pour soustenir l'effort. Estans en fin toutes armes faillies pour la deffence de ceux de dedans, ceux de dehors forçans la porte, quelque mal advisé jetta un tison de bois par la fenestre, et tomba ledit tison sur la teste du Roy, dequoy il fut fort blessé, de manière qu'il fut quelques jours que les "chirurgiens ne pouvoient asseurer de sa santé; mais le gentil prince ne voulut jamais qu'on informast qui estoit celuy qui avoit jette ledit tison, disant que s'il avoit faict la folie, il falloit qu'il en beust sa part 3 . Soudain, les choses ainsi advenues, fut publié par tout le pais de Flandres, Arthois et Espagne que le Roy estoit mort dudit coup; autres qui vouloient moins
deux souverains traiteraient un peu plus tard des choses dont ils s'étaient déjà entretenus et qu'Us régleraient alors tout ce qui pourrait être utile à leurs intérêts, honneur et sûreté.
1. François I er séjourna à Paris ou aux environs du mois de juillet jusque vers le milieu d'octobre, puis il gagna Amboise et Blois, où il passa les mois de novembre et de décembre.