U était à Romorantin, le 2 janvier
3. Sur cet accident, voir le Journal de Louise de Savoie, p. 92; Journal de Barrillon, t. II, p. 179; Fragments de la première Ogdoade, p. 18; Journal d'un bourgeois de Paris, p. 88- 89; Livre de raison de M 9 Nicolas Versoris, p. 16. Ces deux derniers textes donnent la date du 5 janvier.
mentir disoient qu'il n'estoit pas mort, mais aveugle; parquoy le Roy (comme bien advisé) advertit tous ses ambassadeurs qui estoient aux pais estranges qu'ils eussent à publier la vérité du faict, et mesmes manda quérir tous les ambassadeurs estrangiers qui estoient suivans sa cour, à ce qu'ils cogneussent Testât auquel il estoit.
1521. — Prise et reprise du royaume de Navarre. — L'an mille cinq cens vingt et un, au commencement du printemps, Henry, roy de Navarre, duquel le père avoit depuis peu de temps esté spolié de son royaume par le roy d'Arragon, grand-pere maternel de l'Empereur, adverty qu'en Espagne y avoit grande division entre la noblesse et le peuple, et qu'ils, estoient en armes les uns contre les autres 1 , chercha moyen, par intelligence, de rentrer en son dit royaume. Et, pour cest effect, le seigneur d'Asparrot 2 , frère du seigneur de Lautrec (pour la jeunesse dudit Henry 3 qui ne pouvoit faire ladite entreprise), ayant levé jusques au nombre de cinq ou six mille Gascons, tant de ses pais qu'autres ci rcon voisins, et deux ou trois cens hommes d'armes des ordonnances du Roy 4 , entra dedans ledit royaume de Navarre, lequel en moins de quinze jours fut remis en son obéissance. Mais ledit seigneur d'Asparrot, par le conseil du sei-
i. C'est le mouvement des Communeros.
2. André de Foix, sieur de Lesparre, troisième fils de Jean de Foix et de Jeanne d'Âydie. Il mourut en 1548.
3. Henri d'Albret n'avait en effet, à cette date, guère plus de dix-sept ans.
4. L'armée comptait 12,000 fantassins, dont 6,000 Gascons, 800 lances et 29 pièces d'artillerie.
gneur de Saincte Colombe 1 , lieutenant de la compagnie du seigneur de Lautrec, ne se voulut contenter de ladite conqueste, ains voulut entrer en Espagne, sous espérance de conquérir les Espagnes aussi aiséement que le royaume de Navarre, où, pour espérance de butin , donna jusques à la Grongne* ; auquel lieu arrivé qu'il fut, ne trouvant aucune résistance, ledit de Saincte Colombe, pour son avarice (à ce qu'on disoit), luy persuada de renvoyer une partie de ses gens de pied, ce qui fut faict, et eut iceluy de Saincte Colombe la charge de ce faire. Et parce que les gens de pied avoient receu leur mois depuis peu de jours, feit que tous ceux qui s'en voudraient aller, luy rendans demie paye, auraient congé de se retirer, et mist cest argent en ses bouges; je ne sçay au prouffit de qui il revint. Les Espagnols, lesquels (comme dit est) estoient en armes les uns contre les autres, voyans les François ne s'estre contentez de ravoir ce qui estoit de leur appartenance, mais vouloient venir conquérir leur pais, s'accordèrent la noblesse et la commune, et trouvans ledit seigneur d'Asparrot (son armée desja séparée) le défirent et toute sa trouppe 3 , et y fut pris prisonnier ledit seigneur d'Asparrot, et tant battu qu'il y perdit la veue; aussi fut pris le seigneur de Tournon 4 et autres plusieurs gens de bien, le reste se sauva par les montagnes. Les Espagnols suivirent leur victoire, lesquels trouvans le
1. Jacques de Sainte-Colombe d'Esquarra, maire et gouverneur de Bayonne (16 avril 1519), mort avant le 18 mars 1523.