‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 118 sur 258 · Just, baron de Tournon, fils aîné de Jacques de Tournon · texte numérisé non relu

Just, baron de Tournon, fils aîné de Jacques de Tournon

royaume de Navarre entièrement despourveu de gens de guerre, reprindrent Pampelune et le reste du royaume, aussi aiséement qu'il avoit esté perdu.

Discours sur les causes des guerres du Roy et de V Empereur. — Or, messieurs, pour vous faire entendre la source et origine de la guerre d'entre deux si grands princes que l'Empereur et le Roy, par laquelle sont advenues tant d'eversions de villes, oppressions de peuples, ruines de provinces, et la mort de tant de gens de bien et vertu, je le vous diray sommairement, et jugerez par adventure que le commencement fut pour peu d'occasion; mais Dieu, qui est là-hault, l'avoit (comme j'estime) ainsi délibéré, soit pour punir les péchez des subjets et les attirer à le recognoistre, ou se venger des grands de la terre, qui peu souvent le recognoissent comme ils doivent. Et l'on a maintes fois veu, tant de nostre temps que du passé, d'une petite estincelle s'allumer un grand feu, d'autant qu'il n'est rien plus facile que de provoquer les princes les uns contre les autres ; puis, quand ils sont une fois esbranlez, il est merveilleusement difficile de les arrester. Et en cest endroict, veu que de messire Robert de la Marche est sorty le commencement de leurs différends, il ne sera pas impertinent de laisser couler un mot en passant des causes qui aliénèrent son cœur de la part impériale, veu que depuis peu de temps il l'avoit suivie si affectionnéement que rien plus ; par ainsi il sera aisé à juger lequel desdits

et de Jeanne de Polignac et frère du cardinal de Tournon, conseiller d'État, chambellan, bailli de Vivarais, comte de Roussillon, lieutenant général en Languedoc. Il fut tué à la bataille de Pavie (1525).

deux princes premier a rompu les conditions de la paix 1 . Les- faits et differens de messire Robert de la Marche. — Mais avant qu'entrer plus avant en ce propos 2 , fault noter qu'iceluy messire Robert de la Marche, seigneur de Sedan, estoit duc de Bouillon, par la vendition faicte de longtemps à messire Guillaume de la Marche 8 , par l'evesque du Liège 4 , à condition toutesfois de rachapt, ayant d'ancienneté iceluy duché esté vendu à un evesque du Liège, nommé Eusisprand, et à ses successeurs par Geoffroy 5 , fils d'Eustache, comte de Boulongne-sur-Mer, pour faire son voyage en la terre saincte; et estoient des dépendances dudit duché la ville de Loignes 6 et le chasteau

i. Le thème de ce développement est indiqué dans les Frag* mente de la première Ogdoade de Guillaume du Bellay (p. 21), que Martin devait avoir sous les yeux en composant ses Mémoires. Certaines phrases, notamment les dernières, sont purement et simplement la traduction du texte latin.

2. On trouvera, dans les Fragments de la première Ogdoade, p. 21-30, un exposé beaucoup plus détaillé et plus clair des origines et des principales phases de ce différend. Martin a suivi fidèlement et résumé le récit de Guillaume.

3. Guillaume de La Marck, dit le Sanglier des Ardennes. Il avait soulevé les Liégeois contre leur évêque, Louis de Bourbon, qu'il assassina, en août 1482. Maximilien le fit décapiter à Maastricht, le 18 juin 1485.

4. Jean de Homes, successeur de Louis de Bourbon, conclut avec Guillaume de La Marck un accord (traité de Tongres, 22 mai 1483], par lequel il lui promettait de l'argent et lui donnait en gage le duché de Bouillon, que Guillaume céda à son frère Robert, père de Robert de La Marck.

5. Godefroy de Bouillon, l'un des chefs de la première croisade.

6. Probablement Hognes, entre l'Ourthe et la Lesse, Luxembourg belge.

de Musancourt 1 . Et fault entendre que ledit messire Robert de la Marche, quelques années au précédant, par un mal contentement qu'il avoit eu du Roy, d'autant qu'on luy avoit cassé sa compagnie de cent hommes d'armes pour les pilleries qu'ils faisoient sur le peuple, tant en Italie qu'ailleurs, s'estoit retiré de son service 2 ; et aussi par la persuation (à ce qu'on disoit) de son frère l'evesque du Liège, lequel evesque avoit receu du feu roy Louis douziesme de ce nom tous les biens qu'il avoit, mesmes l'evesché du Liège et l'evesché de Chartres.

Or, n'est-il rien plus certain que de la controverse et différend meu entre le seigneur d'Emery 3 et le prince de Simay 4 , qui estoit de la maison de Crouy, pour la ville de Hierge 5 en Ardane, sentence avoit esté, long temps a, donnée contre ledit seigneur d'Emery, par les pairs du duché de Bouillon, qui jugent en souveraineté, de sorte qu'il n'y a nul appel de leurs jugegemens. Toutesfois, pour l'authorité et crédit qu'a voit

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