Hierges, arr. de Rocroy (Ardennes
vers Charles d'Autriche et les plus grands de sa cour iceluy seigneur d'Emery, se persuada que facilement il serait relevé de n'avoir appelle en temps, si appeller pouvoit, fondant les causes de son relievement sur les empeschemens qu'il avoit eus durant les guerres, pour y avoir tousjours esté en personne (comme il disoit), combien que ce fust une couleur palliée plustost que vive raison. Encores se voulut-il aider d'une finesse pour parvenir à son intention, car lorsqu'iceluy Charles d'Autriche pratiquoit les Àllemans pour monter à ceste dignité impériale, cherchant de tous costez deniers, il en emprunta grosse somme dudit d'Emery, à la caution du marquis d'Ascot 1 . Auquel d'Ascot s'adressa iceluy d'Emery, pour atteindre au but où il pretendoit : luy remonstrant qu'il estoit en grande nécessité d'argent, et que le terme de payer estoit expiré, parquoy estoit contraint de s'adresser à luy qui estoit plege, en luy faisant toutesfois sonner à l'oreille, par personnes interposées, qu'il aurait patience tant qu'il luy plairait de son payement, pourveu que suivant le droit qu'il y pretendoit il luy aydast à estre relevé de la sentence donnée contre luy pour la ville d'Hierge; chose qui fut facile à impetrer, pour la grande authorité et crédit 1 que ledit seigneur d'Ascot avoit autour de son prince, duquel l'oncle, qui estoit le seigneur de Ghieures, estoit gouverneur de la jeunesse dudit Empereur; tellement qu'à sa persuasion et instance, commission fut décernée par-devant le grand chancelier de Braban , et jour assigné aux héritiers dudit prince de Simay pour venir ouïr les
1. Philippe de Croy, marquis, puis duc d'Arschot, né en 1496, mort en 1549.
raisons dudit d'Emery et veoîr casser (si besoing estoit) l'arrest donné à leur prouffit pour la ville d'Hierge, de laquelle leur père et eux estaient en longue et paisible possession, sans jamais en avoir esté aucunement inquiétez par force d'armes, ny par justice de loy; joinct aussi que ceux du duché de Bouillon, de tout temps ne recongnoissent roy ne seigneur que leur duc, auquel lors ils s'addresserent comme à leur seigneur et protecteur, afin qu'il deffendit les libellez et privilèges de son duché, à quoy il n'estoit pour defiaillir, estant de bon cœur et bon entendement. Et y avoit d'avantage une autre occasion fort suffisante pour l'induire à y mettre la main, c'est qu'il estoit tuteur des enfants de Simay, ayant epouzé leur tante 1 , fille du prince de Simay. À ces causes, il n'obmist un seul poinct de diligence ny de solicitation, tant envers Charles d'Autriche, et ceux qui le gouvernoient, qu'envers iceluy d'Emery, pour obtenir d'eux, par prières et requestes, ce que d'eux-mesmes par raison ils dévoient consentir et accorder (tant pour le droict particulier des enfans mineurs dudit de Simay, que pour le bien commun des franchises et facultez du duché de Bouillon), sans empescher comme ils faisoient que les choses décidées et jugées par juges irréfragables et souverains ne fussent permanentes et stables, comme procedées de la volonté de Dieu qui a estably et ordonné les magistrats, les sentences desquels ne doivent estre enfrainctes ne violées par les faveurs des hommes.
Finalement, quelque poursuite que sceut faire ledit