Catherine de Croy, en 1491, — Ms. : fille du fm prince de
messire Robert de la Marche, il n'en peut jamais avoir fin, tellement que voyant que justice ïuy estoit déniée, et qu'il estoit bien loing d'estre recompensé et favorisé, il se retira devers le Roy, estant mesmement à cela solicité par sa femme, fille de Simay, et par celle de monseigneur de Florenges, son fils, laquelle estoit fille du comte de Brenne 1 , de la maison de Sallebruche, lesquelles, par une gentille invention 2 , avoient auparavant trouvé moyen de venir en France et préparer les choses envers Madame, mère du Roy; de sorte que toutes vieilles querelles furent assopies et mises soubs le pied, et iceluy seigneur de Sedan bien recueilly, lorsqu'il vint trouver le Roy à Romorantin, où il estoit blessé (comme j'ay dit) d'un coup de tison sur la teste; auquel il meit entre les mains et sa personne et ses places, luy suppliant de luy donner ayde, faveur et secours pour avoir justice du grand tort et injure qu'on lui faisoit 8 , nonobstant que Charles d'Autriche, le voyant en ces termes, eut fort essayé de le regaigner et induire, par les moyens et conditions de son frère, l'evesque du Liège, luy faisant entendre que ce qui avoit esté faict ne procedoit de luy, et luy promettant que s'il y avoit eu rien de gasté, il le ferait rabiller, de sorte qu'il en demoureroit satisfaict et content. Mais il estoit trop tard, car il avoit desja le cœur trop ulcéré, et se délibéra (quoy qu'il en deust
1. Le sieur de Fleuranges avait épousé, en 1510, Guillemette de Sarrebrûck, fille de Robert de Sarrebrûck, comte de Brayne.
2. On trouvera le détail de cette invention dans les Fragments de la première Ogdoade, p. 31.
3. L'accord entre François I er et Robert de La Marck fut conclu à Romorantin le 14 février 1521. Voir le texte dans les Fragments de la première Ogdoade, p. 155-156,
advenir) d'avoir par force ce qu'il n'avoit sceu obtenir par raison.
Defly et guerres de messire Robert de la Marche contre l'Empereur. — Messire Robert de la Marche ayant asseuré ses affaires avecques le Roy et sçachant l'Empereur à Vuorme 1 , ville impériale, auquel lieu avoit assemblé une diette des princes et villes franches de la Germanie, pour remédier aux tumultes nouvellement excitez par Martin Luther, l'envoya ledit messire Robert deffîer en plaine diette; chose qui fut trouvée et prise tant par l'Empereur qu'autres princes en grand dedaing, qu'un simple seigneur (comme messire Robert) envoyast deffier un Empereur, seigneur de tant de pais et d'hommes belliqueux. Après ladite deffiance, le seigneur de Florenges, fils aisné dudit messire Robert, leva tant en France qu'autres lieux circonvoisins* jusques au nombre de trois mille hommes de pied, et quatre ou cinq cens chevaux, contre la volonté du Roy et ses deffences expresses; toutesfois, ayant assemblé sesdites forces, s'en alla assiéger Vireton 3 , petite ville de Luxembourg, aux confins de Lorreine et des terres communes entre le duc de Luxembourg et de Lorreine.
Occasion sur le faict du royaume de Navarre. —
1. L'Empereur était entré à Worms, le 28 novembre 1520. La diète s'ouvrit le 27 janvier 1521.
2. Notamment en Suisse. Le sieur de Fleuranges était capitaine des Suisses de la garde depuis le 9 juin 1516; il envoya quérir 7,000 Suisses « par ung gentilhomme nommé Pierre Buisson ». Voir les Mémoires de Fleuranges, chap. lxx.
3. Virton, dans le Luxembourg belge, sur la Tonne, affluent du Chiers, à 15 kil. au nord-est de Montmédy.
Au raesme temps, estant le Roy à Sanxerre 4 , vint devers luy un gentilhomme de la part du roy d'Angleterre, pour le persuader de ne point entrer en guerre avecques l'Empereur, disant que s'il y avoit quelque différend, ledit roy d'Angleterre en serait médiateur pour le vuider, comme neutre 2 . Le différend duquel lors estoit question estoit tel que le roy de Navarre avoit esté par le roy catholique spolié de son royaume pour la querelle de France; et pourtant ledit roy avoit esté longtemps à la cour de France, poursuivant et demandant secours, afin de reconquérir sondit royaume. Or s'estoit-il faict un parlement à Noyon par les députez de la part de l'esleu Empereur et du Roy, ainsi qu'avez ouy; et depuis un autre à Montpellier, lequel n'eut point de resolution, obstant l'entrevenue de la mort de messire Arthus Gouffier, seigneur de Boisy, grand maistre de France ; mais par celuy de Noyon, entre autres choses, avoit esté dit que dedans six mois le roy catholique rendrait le royaume de Navarre, ou bien contenterait le roy d'iceluy, à son gré et commodité, d'autant vallant que ledit royaume. Aussi l'esleu Empereur devoit satisfaire au Roy d'une pension tous les ans, pour le droit par luy prétendu au royaume de Naples, à toutes lesquelles choses ledit Empereur ne satisfeit en façon du monde 8 . Le roy de France estoit tenu par