‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 162 sur 258 · La décision de Léon X est antérieure d'un mois, puisque · texte numérisé non relu

La décision de Léon X est antérieure d'un mois, puisque

Juin 4521] PREMIER LIVRE. 481

Corne, un seigneur Milannois nommé Mainfroy Palvoisin 1 , homme de grande authorité, lequel, estant accompagné de bon nombre de gens de guerre et mesmes de lansquenets, marcha droict à Corne, dont estoit capitaine de par le Roy le capitaine Garrou*, Basque, homme bien expérimenté aux armes. Or, estoit-il la veille de S.- Jean, et le jour mesmes que le mareschal de Foix fut à Rege, auquel jour (ainsi qu'estoit la coustume) se faisoit la feste hors la ville, pendant laquelle le capitaine Garrou, oyant l'alarme se retira soudain dedans la ville ; et, ainsi qu'homme de guerre qu'il estoit, départit les gardes à la muraille selon le nombre d'hommes qu'il avoit, et selon la nécessité, meslant les citadins parmy ses soldats, à ce que s'ils avoient quelque intelligence, ils ne la peussent exécuter. Le Pal voisin, estant arrivé devant la porte, ayant cognoissance de la provision que noz gens y avoient mise, n'osa entreprendre plus avant; encores que Benedict de Lorme, citadin dudit lieu, conducteur de ladicte pratique, l'asseurast que Antoine Risque, autre citadin dudit lieu, estant dedans la ville, luy eust pro-

c'est le 29 mai que fut signé le traité d'alliance avec l'Empereur.

1. Manfredo Pallavicini, fils d'Orlando Pallavicini et d'Antonia de Castiglione, combattit d'abord pour les Français, puis, en 1515, contre eux. Voir Bibl. nat., ms. fr. 2962, fol. 268 : Instruzione del Mus. Signor Marchese a Manfredo Pallavicino per la impresa de Como. Cf. Sanuto, Diarii, t. XXX, col. 476- 478 (datée du 8 juin 1521). Sur l'affaire de Corne qui eut lieu les 26-27 juin, voir Ibid., col. 441-442.

2. Probablement Gratien d'Aguerre, sieur de Vienne et Aubenton, baron de Romigny. Voir Bibl. nat., ms. fr. 2971, fol. 71, une lettre de lui à François I", de Corne, 10 juillet ; il signe Gracjan de Garro.

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mi» que la nuict il ferait un derrière sa maison, de sorte qu'on ayde y pourroit entrer, et que les François, petit nombre, n 'auraient pouvoir de reâsle iceluy Itenediel fut abusé, car le capitaine Garroa observé l'ordre, que je vous ay dit, de roesler les citadins avecques les soldats, tellement que ledit Risque. » l'autre quelconques, n'osèrent entreprendre de se déclarer.

Le l'alvoisio s** voyant estre deceu de sa folle entreprise, ayant assis ses gardes autour de la ville* aux lieux qu'il veit les plus commodes, s'en alla dormir: mais son somme ne fut long, parce que le capitaine Garrou, le voyant faire mauvais guet, feit une saillir si brusque qu'il surprist quatre cens lansquenets et quatre cens Italiens endormis, lesquels 1 il mist en tel effroy qu'ils s'en allèrent à vau de roupie, et luy, qui n'a voit que deux cens hommes, en tua plus de quatre cens; et entra le Pal voisin en tel effroy luy mesmes qu'il fut en deux opinions, ou de s'embarquer sur le lac pour s'enfuir, ou de prendre le chemin par terre* Fînablement, à la persuasion des capitaines desdits lansquenets, laissa le lac et print la terre; mais, ainsi que souvent advient à gens effraiez, aucuns s'embarquèrent, autres prindrent la montagne pour se sauver*

Le capitaine Garrou, voyant Teffroy de ses ennemis et sçachaut un deslroil par lequel ils estoient contraints de passer, s'embarqua sur le tac avec ce qu'il

f . M .4* : dont il mett une parti? au fil de fespée et entra le P**Uoy*in me*mes en tel vffr&y au U ftit v etc.

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peut mener d'hommes, et feit telle diligence qu'il arriva le premier au passage du destroit. Le Palvoisin, arrivant audit lieu, n'estant en doubte de rien, tomba en nostre ambuscade, où il fut deffaict sans combattre, pensant avoir le diable tousjours à ses talions, et fut pris prisonnier, ensemble les autres capitaines Italiens, et le reste mis au fil de l'espée, hors mis aucuns qui se sauvèrent en la montagne. Quant aux lansquenets , Garrou leur donna seureté pour retourner en leur pais, et soudain envoya ledit Palvoisin à Milan avecques bonne escorte ; lequel, après avoir confessé toutes les pratiques et révoltes qui estoient dressées au duché de Milan contre le Roy, et mesmes que Hieronyme Moron avoit esté cause de luy faire entreprendre ce qu'il avoit faict, après son procès achevé, fut faict mourir à Milan de mort cruelle et non usitée 1 ; aussi eut la teste tranchée Bartelemy Ferrier*, citadin de Milan, et le capitaine le Sot 3 . Tous les autres accusez par ledit Palvoisin se sauvèrent dedans les montagnes, qui furent ceux qui depuis nous feirent la guerre.

Le mareschal de Foix, au retour de Rege à Milan, voyant toutes choses tendre à révolte, depescha en Suisse pour faire levée de huict mille hommes 4 ; puis,

1. Manfredo Pallavicini fut écartelé le 6 juillet. Sanuto, Diarii, t. XXXI, col. 23.

2. Barthélémy Ferrier fut exécuté le 2 août. Sanuto, Diarii, t. XXXI, col. 30, 167-168, p. 174.

3. Il s'agit sans doute d'un membre de la famille des Scoti de Plaisance, Maso ou Magon, décapité à Milan le 24 septembre. Sanuto, Diarii, t. XXXI, col. 486.

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