Lodi
qu'il avoit à faire, sentant un si grand nombre
d'hommes dedans la ville. Sur ladite incertitude, iuy
fut amené un vilain qui sortoit hors de Milan, pris au
guet du marquis de Mantouë, lequel, estant devant
ledit Prospère et les autres capitaines, déclara avoir
esté envoyé, de la part de quelques partisans Impériaux
qui estaient dedans la ville, devers Hieronyme Moron,
pour leur faire entendre que, s'ils vouloient marcher
droit, ils estaient asseurez qu'ils entreraient dedans
Milan ; mais où ils voudraient temporiser, et que les
François eussent loisir de se recognoistre, il n'estoit en
leur puissance de les sçavoir chasser. Lesquelles cboses
entendues par les chefs, le vendredy vingt-troisiesme 1
de novembre, fut conclu que le marquis de Pesquaire,
avecques les bandes espagnoles, desquelles alors il
avoit la charge, marcherait droit à la porte Romaine,
pour y arriver à soleil couché. Or, avoit l'armée
vénitienne, dont estait capitaine gênerai le seigneur
Théodore Trevoulce*, la garde de ladite porte et du
faubourg; auquel lieu estant arrivé, ledit marquis de
Pesquaire, prenant douze cens hommes pour faire la
poincte, donna de teste droit à un bastion commencé
par lesdits Vénitiens qui n'estoit encores en deffence,
dont ils entrèrent en tel effroy qu'ils s'en allèrent sans
1. Il y a ici une erreur de date évidente : d'abord, le 23 novembre tombait, en 1521, un samedi; ensuite, à ce moment, Milan était déjà aux mains des Impériaux qui y entrèrent le 19 novembre.
2. Téodoro Trivulzio, né en 1454, cousin germain de J.-G. Trivulzio, successivement capitaine de gendarmes, chevalier de l'Ordre; plus tard, maréchal de France (23 mars 1526), gouverneur de Gènes (1527), de Lyon (1529). Il mourut, dans cette dernière ville, en 1532.
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cornbatre, à vau de roupie, abandonnans leurs gardes et fortifications. Le seigneur Théodore Trevoulce, chef de l'armée de la Seigneurie, qui estoit au lict malade, se leva et marcha droit aux ennemis, avecques si peu d'hommes qu'il peut recouvrer, pour soustenir l'effort, pensant estre suivy ; mais la nuit n'eut point de honte; parquoy, estant trop foible, fut renversé et pris prisonnier, dont il fut depuis rachepté par dix mille escus ; pareillement y furent pris le seigneur Jules de Sainct-Severin 1 et le marquis de Vigeve 2 .
Le seigneur de Lautrec, voyant l'armée vénitienne avoir abandonné le faubourg sans cornbatre, se retira avecques le reste de son armée en la place devant le chasteau; puis, voyant n'y avoir ordre de garder la ville, estant perdu ledit faubourg, délibéra se retirer, prenant le chemin de Corne pour approcher près des Suisses, attendant le secours qui devoit venir de France ; mais, avant que partir, laissa dedans le chasteau, pour capitaine, le seigneur de Hascaron 8 , Gascon ; l'evesque de Gouserans, qui n'eut moyen de suivre les autres, y demeura et cinquante hommes d'armes et six cens hommes de pied françois.
Sac et prise de Milan. — Le cardinal de Medicis, suivant le marquis de Pesquaire avecques l'armée du
1. Giulio di San Severino, frère puîné du grand écuyer, marquis de Valenza.
2. Gian-Francesco Trivulzio, marquis de Vigevano, petitfils de Gian-Giacopo, grand fauconnier et grand veneur de Milan, capitaine de gendarmes (1519), mort en 1573.
3. Sans doute ce capitaine « Masqueron » qui avait été chargé de relever les ruines du château de Milan et à qui Lautrec voulut faire donner la succession du capitaine Richebourg. Lautrec à François I er , 13 août. (Bibl. nat., ms. fr. 2992, fol. 67.)
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Pape, entra dedans Milan environ le poinct du jour, où il se feit un butin inestimable, car dix jours entiers n'y eut ordre, pour commandement qui se fist, de faire cesser le sac.
Estans les Impériaux et Papistes seigneurs de la ville de Milan, ad visèrent le moyen de pouvoir achever leur guerre; après toutes choses debatues, conclurent qu'il falloit divertir les Suisses de l'alliance de France, et pour ces t effect despescherent devers eux l'evesque de Yeronne 1 , de la part du Pape, et autres ambassadeurs de la part des Milanois. Lesquels, arrivans aux confins des pais des ligues, les Milanois ne voulurent passer outre sans saufconduit; mais l'evesque de Yeronne, sans aucune seureté, y alla, dont mal luy print, car les Suisses le meirent en prison fermée pour estre venu dedans leur pais, allié des François, sans avoir saufconduit. Cependant, le seigneur de Lautrec print le chemin de Corne, et pouvoit avoir en sa corn* pagnie cinq cens hommes d'armes et quatre mille Suisses, et peu d'autres gens de pied, et les Vénitiens quatre cens hommes d'armes à leur coustume et six mille hommes de pied, et sans grand bagage. Environ le poinct du jour arriva à Corne 2 , où tout le camp logea. Le lendemain, quatre mille Suisses, qui nous estoient demourez, se retirent en leur pais. Mondit seigneur de Lautrec, avecques toute la gendarmerie, print le chemin de Lee 3 , où il passa la rivière, pour
1 . Ennio Filonardi, évoque de Veroli, nonce apostolique en Suisse.
2. Il y était le 20 novembre. Cf. sa lettre an Roi de ce jour. (Bibl. nat., ms. fr. 2978, fol. 198.)