‹ Mémoires de Martin et Guillaume Du Bellay (volume 4)Chapitre 170 sur 258 · Lecco, à l'extrémité de la pointe sud-est du lac de Côme · texte numérisé non relu

Lecco, à l'extrémité de la pointe sud-est du lac de Côme

Nov.-déc. 1521] DEUXIÈME LIVRE. 199

aller mettre ladite gendarmerie en garnison au païs des Vénitiens, laissant le seigneur de Vandenesse 1 , frère du mareschal de Chabannes, capitaine de cinquante hommes d'armes, chef dedans Corne, et avecques luy le capitaine Bouvet, qui a voit cinq cens hommes de pied françois.

Prise et sac de Came. — Les ennemis suivans nostre armée assiégèrent Gôme, où après avoir faict batterie de dix ou douze jours, et le seigneur de Vandenesse voyant la place n'estre tenable, feit composition avec le marquis de Pesquaire, lieutenant audit siège pour l'Empereur, par laquelle les soldats s'en dévoient aller bagues sauves, chevaux et harnois, la lance sur la cuisse, et estre conduits à seureté jusques au pais des Vénitiens. La composition faicte et signée, leur fut dit, de la part dudit marquis, que les soldats se retirassent en leurs logis pour trousser leurs bagages, et qu'il mettrait des capitaines Espagnols à la brèche, à ce qu'ils ne fussent en riens offencez. Une heure après, estans lesdits soldats en leurs logis, entrèrent les ennemis dedans, et sacagerent tant les gens de guerre que les citadins, lesquels estoient compris en ladite capitulation. Après le sac exécuté, y entra ledit marquis de Pesquaire, faignant estre marry de ce qui estoit advenu, et feit rendre aux soldats quelque partie de leurs biens; mais la pluspart s'en allèrent à pied, et sans bagage. Partant de là le seigneur de Vandenesse

i. Jean de Chabannes, sieur de Vandenesse, s'était distingué à Agnadel (1509), où il avait pris Barthélémy d'Alviano; sénéchal de Valentinois et Diois (1517), chambellan, conseiller d'État, capitaine de gendarmes (1518), il rat blessé à la retraite de Robecco (24 février 1524) et mourut trois jours après.

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et estant arrivé au lieu où estoit monseigneur de Lautrec, par sa permission, envoya un cartel audit marquis de Pesquaire, par lequel luy faisoit entendre que faulcement il luy avoit failly de foy ; et qu'au cas qu'il voulust dire le contraire, il le luy maintiendrait les armes au poing. Le marquis feit response que, si ledit seigneur de Vandenesse vouloit maintenir que par son sceu ou commandement ledit sac fust advenu, il avoit menty. Ils entrèrent en plusieurs cartels les uns contre les autres, et estoit parrain dudit seigneur de Vandenesse le seigneur du Pontdormy ; mais avant que la querelle fust vuidée, monseigneur de Vandenesse fut tué à la retraitte de monseigneur l'amiral de Bonnivet, près de Romagnen 1 .

Prise et reprise de Crémone. — Peu de jours après, les Vénitiens s'ennuyèrent de si long temps soustenir nostre armée en leurs terres, vivant à discrétion; parquoy fut délibéré que toute la gendarmerie deslogeroit, pour se trouver, en un jour dit, en deux bourgs environ dix mille de Crémone, ce qui fut faict.

Or est-il que ceux de Crémone, ayans opinion que nostre armée eust esté toute deffaite à Milan, s'estoient révoltez, et avoient mis les armes imperialles sur les portes; le seigneur de Lautrec, de ce adverty, délibéra de faire diligence de la reprendre par le moyen du chasteau, lequel tenoit encore pour nous. Et estoit dedans pour capitaine Jebannot d'Herbou ville, seigneur de Bunou ; dedans la ville n'avoit que gens rassemblez et peu de gens de guerre, toutesfois ils avoient faict

1. Romagnano, sur la Sesia (rive gauche) presque en face de Gattinara. Voir plus loin.

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quelques rempars et trenchées devers la ville, pour brider le chasteau, où il fut rais environ cent cinquante hommes d'armes à pied, avecques trois cens archers, lesquels entrèrent par le chasteau, qui furent par ceux de la ville vigoureusement repoussez. Depuis, se préparons pour donner nouvel assaut, les ennemis s'estonnerent et demandèrent composition de leur en aller bagues sauves : ce qui leur fut accordé, à condition qu'ils partiraient deux heures après, comme ils firent. Et entra ledit seigneur de Lautrec en la ville, accompagné environ de cinq cens hommes d'armes, armet en teste, avecques laquelle compagnie il se logea dedans ladite ville. La diligence que fist monseigneur de Lautrec fut prouffitable, car s'il eust attendu vingt-quatre heures, les ennemis y fussent venus les plus forts.

Après avoir séjourné trois ou quatre jours audit lieu de Crémone, le seigneur de Lautrec despescha monseigneur le mareschal de Foix, son frère, pour venir en France devers le Roy luy faire entendre les affaires de par delà, lequel mareschal trouva le Roy à Compiegne 1 . Ce faict, ledit seigneur de Lautrec envoya gens à Pisqueton 2 , qui tenoit encores pour nous. Vous pouvez entendre que dez que nous eusmes perdu Milan, ceux lesquels pardevant nous faisoient bon visage tournèrent tous leurs robbes; parquoy ledit seigneur de Lautrec advisa à départir sa gendarmerie pour la soulager, attendant le secours de France. Dedans Crémone laissa le marquis de Salluces Miquel

i. Lescun dut arriver à Compiègne dans les premiers jours de décembre, car, dès le 4, le bâtard de Savoie partait pour sa mission en Suisse. Cf. Rott, op. cit., t. I, p. 258.

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