Ms. : avecques ladicte troppe arriva devant Dourlan
208 MÉMOIRES DE MARTIN DU BELLAY. [Mars 1522
mars 1 , environ demie heure devant le jour : et vint camper au-dessus de la- ville, où de présent est le chasteau, du costé devers Amiens, espérant que ceux de la garnison, estans en si petit nombre, ne se voudraient opiniastrer d'attendre le canon. Mais ayans desja faict une folie de charger douze cens lansquenets, en voulurent encores esprouver une autre avecques vingt-cinq hommes d'armes qui rest oient; laquelle opiniastreté voyant iceluy de Bure, planta son artillerie et feit batterie près la tour Cornière, qui regarde devers Àuchy le Chasteau 2 , puis après fit donner un assault de tous costez, tant par eschelles qu'autrement 8 . Mais Dieu fut si favorable aux assiégez que les ennemis furent repoussez, à l'ayde des habitans 4 , et demoura bon nombre desdits ennemis morts dedans le fossé. Pendant cela, monseigneur de Vendosme, qui estoit à Amiens, envoya le comte de Saint-Pol, son frère, à Abbeville, pour faire marcher deux mille Suisses qui estoient là en garnison ; lesquels Suisses refusèrent de marcher, quelque persuasion que ledit comte leur sceust faire, par quoy par après furent cassez et renvoyez en leur pais ; aussi pour
aiant passé la rivière au-dessus, tirant le chemin dOrville (cant. de Pas, arr. d'Arras), environ demye heure avant le jour, le samedi/.. .
1. En 1522, le 19 mars tombait un mercredi ; c'est sans doute 29 mars qu'il faut lire.
2. Auxy-le-Château, sur l'Authie, cant. de Tarr. de Saint-Pol (Pas-de-Calais).
3. Ms. : espérant que les assiégez ri aur oient moien de mectre gens par toutes les deffences.
4. Ms. : qui tous s'y hazarderent, tant hommes, femmes que en fans et demoura...
Avril 1522] DEUXIÈME LIVRE. 209
faire marcher mille hommes qui estoient à Hedin, soubs la charge de Hutin de Mailly et de la Barre. Quand et quand manda la gendarmerie qui estoit à Montreul, à Gorbie, à Peronne et autres lieux 1 , délibérant de lever le siège des Bourguignons ou de combattre; dequoy 2 les Bourguignons advertis, et la nuict qui approchoit, voyans n'avoir riens prouffité, se retirèrent droit à Àrras avec leur courte honte, laissans les eschelles dedans les fossez de Dourlan. Ceux de Paris, voyans le hasard où Dourlan avoit esté par faulte d'hommes, souldoyerent mille hommes pour mettre dedans, desquels eurent la charge le seigneur de Bourbarré, et le capitaine Sauseuse, sous le seigneur de Lorges. Or, pour vous faire entendre l'occasion principalle qui meut les Bourguignons de ne donner l'assault, fut que l'entreprise s'estoit faicte pour venger l'outrage faict aux lansquenets le mardy précédant, où ils avoient perdu des gens de bien ; parquoy les Wallons vouloient que lesdits lansquenets donnassent l'assault, dont sourdit une mutinerie entre eux. Les assiégez, se voyans hors d'espérance de secours, sinon des Suisses, afin de temporiser et ce pendant remparer leurs portes et une saillie d'eau, envoyèrent par saufconduit le capitaine Monbrun dehors pour parlamenter, non pas pour rien conclure, mais les amuser et veoir ce qu'il pourroit cognoistre de leur délibération, et sentir s'ils avoient vivres pour séjourner, pour suivant cela se gouverner. Mais estant ledit Mon-