Beaedetto Visconti
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avoit cassé une compagnie de gens de pied de laquelle auparavant il avoit eu la charge, estimant en cela avoir esté injurié, délibéra lors de se venger. Or, estant ledit Sforce sur le chemin de Monche à Milan, monté sur un petit cheval, ayant peu de gens auprès de luy à cause de la poussière, ledit Visconte, estant sur une jument turque, l'accosta, feignant vouloir parler à luy, puis l'ayant accosté tira une courte dague dont il pensa donner audit duc dedans la gorge. Toutesfois le duc, baissant la teste et le corps, détourna le coup tellement qu'il ne luy donna qu'au travers du bras, et s'il luy eust aussi bien donné dedans le corps, il estoit mort; ce neantmoins, ledit Visconte, quelque suitte qu'il eust, se sauva par la vitesse de ladite jument. Le duc Sforce estant eschappé de ce péril se retira à Monche, doubtant qu'il y eust autre ambuscade sur le chemin de Milan. Incontinant le bruit courut que le duc Sforce estoit mort du coup qu'il avoit receu; ce qu'ayant entendu, un capitaine milannois nommé Galeas de Birague 4 , qui lors estoit à Turin attendant le passage de nostre armée pour se joindre avecques elle, pour le service du Roy, pensant la mort du duc estre véritable et sçachant que nostre armée estoit desja dedans les montagnes, par le moyen de quelque intelligence se mect dedans Valance 2 , ville dessus le Pau au dessoubs de Gazal-Sainct-Vas 3 , soubs umbre de la
1. Galeazzo de Birague, père du chancelier et cardinal René de Birague; il passa ensuite au service de Charles-Quint.
2. Valenza, sur le Pô, à 15 kil. en aval du confluent de la Sesia.
3. Casai de Montferrat, sur le Pô, à quelques kil. en amont du confluent de la Sesia.
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pouvoir garder jusques à l'arrivée de nostre armée ; mais autrement en advint, car le seigneur Antoine de Levé, par ordonnance de Prospère Colonne, partit d'Àst avecques l'infanterie espagnole et les chevaulx legiers et alla expulser ledit Birague hors de Valance, ne luy donant loisir de se remparer ni fortifier et le print prisonnier. Ce temps pendant l'amiral de Bonnivet (estans avec luy les capitaines qui s'ensuivent, à sçavoir le mareschal de Montmorency, le seigneur Bayar, le seigneur de Yandenesses, le seigneur de Mezieres, le seigneur de Yallery et le vidasme de Chartres et environ quatorze ou quinze cens hommes d'armes, le seigneur de Lorges, gênerai de six mille François, le duc de Suffolc, gênerai de six mille Allemans, et douze ou quinze mille Suisses, et y estoient pour leur plaisir le comte de S.-Pol et le comte de Yaudemont 1 , n'ayans aucune charge) print son chemin pour marcher droict où estoit le seigneur Prospère avec son armée et luy donner la bataille, comme je diray après que j'auray parlé de ce qui se faisoit à Bayonne et à Fontarabie. Siège de Bayonne et prise de Fontarabie. — Vous avez bien entendu cy-dessus comme l'an mille cinq cens vingt-deux, le mareschal de Ghabannes avoit secouru Fontarabie et avoit tiré dehors le seigneur du Lude qui si bien y avoit faict son devoir et tant enduré de nécessité et de famine, et en son lieu avoit, par le commandement du Roy, mis pour gouverneur le capitaine Frauget, lequel estoit lieutenant du mareschal de Chastillon alors de son décès, vieil gentilhomme et qui toute sa vie avoit eu réputation d'estre homme de
1. Louis de Lorraine, comte de Vaudémont, né le 27 avril 1500, mort le 15 août 1528.
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guerre auquel le Roy avoit donné la charge de cinquante hommes d'armes pour la garde de ladite place de Fontarabie et avecques luy dom Petre 1 , fils du mareschal de Navarre, lequel les Espagnols depuis peu de temps avoient faict mourir en prison, ayant iceluy dom Petre charge de mille hommes de pied. Suivant ce que j'ay dit cy-devant, que l'entreprise de l'ennemy estoit de tout en un temps assaillir la Champagne soubs espérance de la faveur de monsieur de Bourbon, aussi l'Ànglois et le Bourguignon entrer en Picardie et les Espagnols assiéger Fontarabie, toutes ces choses furent par eux exécutées, et mesmes le vi 6 jour de septembre audit an mille cinq cens vingt-trois, les Espagnols mirent leur armée ensemble, de quoy le seigneur de Lautrec, gouverneur de Guyenne, adverty, alla à Bayonne pour pourveoir tant audit lieu qu'à Fontarabie. Premièrement bailla audit capitaine Frauget pour la garde de sa place tout ce qui luy estoit nécessaire tant d'hommes, de vivres que de monitions pour attendre un long siège et soustenir un grand effort, puis feit retirer dedans Bayonne tous les vivres et bestail qui se trouvèrent au pais de Labour tant pour pourveoir ladite ville qu'à ce que l'ennemy ne s'en peust prevalloir. Et parce qu'il estoit depourveu d'hommes, d'autant que les forces du Roy estoient tant en Italie, Picardie que Champagne et qu'il n'avoit moyen de pourveoir ladite ville du nombre de gens de guerre dont estoit besoing et craignant que, faignant
1. Pedro, maréchal de Navarre, marquis de Cortez; il passa au service de Charles-Quint et mourut à Tolède en 1556. Son père mourut à Simancas en 1523, exécuté par ordre de Charles- Quint; selon d'autres, il se serait suicidé.
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, Ydour et la Nive.
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telle resistence, encores qu'elle feust pourveue de boa nombre d'hommes et d'autres choses nécessaires, car le capitaine Frauget, après avoir tenu peu de jours, neantmoins lesdites forces qu'il avoit et veu la grandeur de la place, rendit la ville qui n'estoit forçable et en sortit ses bagues sauves; vray est qu'il disoit avoir esté contraint de ce faire parce que dom Petre, fils du feu mareschal de Navarre, avoit intelligence aux ennemis. Toutesfois, ledit Frauget fut à Lion sur un eschaffault dégradé de noblesse et déclaré roturier luy et ses descendais pour avoir esté négligent et failly de'cueur à pourveoir à la conspiration dudit dom Petre, si ainsi estoit qu'elle fust vràye 1 .
Succez de monsieur V Amiral en Italie. — Retournons à l'amiral de Bonnivet, lequel print son chemin pour marcher droict où estoit ledit seigneur Prospère avecques son armée, délibéré de luy donner la bataille. Le seigneur Antoine de Levé estant à Ast, adverty du passage de nostre armée, en toute diligence se retira delà le Tesin ; à l'occasion de quoy mondit seigneur l'Amiral print Noare et toutes les autres villes de l'Omeline. Le seigneur Prospère, estant tombé en extrême maladie, s'estoit faict porter sur le bord du Tesin, faisant contenance de vouloir combatre; mais estant adverty que noz coureurs estoient arrivez sur le bord de la rivière, se voyant hors d'espoir de gar-
i. Voir Bibl. nat., ms. fr. 17525, fol. 2-3, le texte de l'arrêt rendu à Lyon le 7 octobre 1524 contre François de Franget, chevalier, Gacien de Mondenord, sieur d'Estillac, Jehannot de Franget et Bertrand de Martres, à cause de la reddition de Fontarabie. Une note en marge ajoute que cet arrêt fut exécuté à Lyon a le samedy 3 décembre 1524 ».
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ledit ennemy d'aller assaillir Fontarabie, vint assaillir ladite ville de Bayonne, résolut luy-mesmes de demourer dedans.
Les Espagnols ayans mis leurs forces ensemble, le seziesme jour dudit mois de septembre, vindrent loger à S. Jean de Lus, mi chemin de Fontarabie et de Bayonne; et le lendemain assaillirent Bayonne par eau et par terre, avec telle impétuosité que, sans la présence dudit seigneur de Lautrec, il est apparant qu'ils l'eussent forcée, veu le peu de gens de guerre qui estoient dedans; mais la vertu du seigneur lut telle que trois nuicts il ne bougea de dessus les murailles, faisant pourvoir à toutes choses et mesmement aux entrées des rivières. Il fault entendre qu'il y a deux grosses rivières 1 , toutes deux portans navires, dont l'une, venant de devers Dax, vient border la ville du costé de France, l'autre vient de devers S.-Jean-Piede-Porc et des montagnes de Navarre, laquelle passe à travers de la ville, et, sortant de la ville, les deux rivières s'assemblent où la mer flue et reflue deux fois en vingt quatre heures, de sorte que les grands navires y entrent à plaine voille, chose qui donnoit moult de crainte aux Bayonnois, attendu le grand nombre de navires qu'avoient les Espagnols et Bisquains ; toutesfois, la présence du seigneur de Lautrec donna telle asseurance aux habitans que tous, hommes, femmes et enfans, mirent la main à l'œuvre tellement que qui estoit couart se faisoit hardy. Le quatriesme jour, les Espagnols se voyans perdre temps, se retirèrent et allèrent assiéger Fontarabie, où ils ne trouvèrent
i. L'Adour et la Nive.
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telle resistence, encores qu'elle feust pourveue de bon nombre d'hommes et d'autres choses nécessaires, car le capitaine Frauget, après avoir tenu peu de jours, neantmoins lesdites forces qu'il avoit et veu la grandeur de la place, rendit la ville qui n'estoit forçable et en sortit ses bagues sauves; vray est qu'il disoit avoir esté contraint de ce faire parce que dom Petre, fils du feu mareschal de Navarre, avoit intelligence aux ennemis. Toutesfois, ledit Frauget fut à Lion sur un eschaffault dégradé de noblesse et déclaré roturier luy et ses descendais pour avoir esté négligent et failly de'cueur à pourveoir à la conspiration dudit dom Petre, si ainsi estoit qu'elle fust vràye 1 .
Succez de monsieur ï Amiral en Italie. — Retournons à l'amiral de Bonnivet, lequel print son chemin pour marcher droict où estoit ledit seigneur Prospère avecques son armée, délibéré de luy donner la bataille. Le seigneur Antoine de Levé estant à Ast, adverty du passage de nostre armée, en toute diligence se retira delà le Tesin; à l'occasion de quoy mondit seigneur l'Amiral print Noare et toutes les autres villes de l'Omeline. Le seigneur Prospère, estant tombé en extrême maladie, s'estoit faict porter sur le bord du Tesin, faisant contenance de vouloir combatre; mais estant adverty que noz coureurs estoient arrivez sur le bord de la rivière, se voyant hors d'espoir de gar-
i. Voir Bibl. nat., ms. fr. 17525, fol. 2-3, le texte de l'arrêt rendu à Lyon le 7 octobre 1524 contre François de Franget, chevalier, Gacien de Mondenord, sieur d'Estillac, Jehannot de Franget et Bertrand de Martres, à cause de la reddition de Fontarabie. Une note en marge ajoute que cet arrêt fut exécuté à Lyon a le samedy 3 décembre 1524 ».
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der le passage pour estre gayable en plusieurs lieux, renvoya sa grosse artillerie à Milan; le lendemain, estant adverty que le reste de nostre armée estoit à Vigeve et que desja à coups d'artillerie elle avoit faict abandonner la garde dudîct passage aux lansquenets impériaux et que noz gens de cheval et de pied cornmençoient à passer S cogneut (mais trop tard) son erreur 2 d'avoir voulu entreprendre de garder le pas d'une rivière contre une armée françoise venant en sa première furie ; parquoy se retira à Milan, auquel lieu estant arrivé trouva un tel effroy tant parmy les gens de guerre que citadins qu'il résolut d'abandonner la ville et se retirer à Laudes. Mais la fortune fut si mauvaise pour monsieur l'Amiral qu'il s'inclina aux persuasions de plusieurs Milanois et speciallement de Galeas Visconte, qui luy faisoient entendre que, s'il marchoit droict à la ville, elle serait mise à sac, de sorte que le Roy ne s'en pourrait prevalloir et que, laissant aller ledit Galeas parler ausdits citadins, il trouverait moyen qu'ils mettraient les Impériaux hors de la ville et fourniraient au Roy une bonne somme de deniers pour ayder à soustenir les frais de la guerre, lesquelles remonstrances furent cause que le seigneur Amiral séjourna deux ou trois jours sans suivre sa fortune; et y fut envoyé ledit Galeas et, pour l'accompagner, le gênerai de Normandie Boyer 3 et quelques autres. Les parlemens furent longs, mais enfin ce fut toute tromperie et la ruine qui depuis advint de nostre